MÉDIT. SUPPLÉM. XVIII. — MOTIFS D'AIMER DIEU
les Bienheureux qui le voient face à face, sont ravis d'une éternelle extase, et de leurs cœurs embrasés s'échappent de continuelles louanges.
Ici-bas même, dans ce triste exil, que n'ont pas éprouvé les Saints, en contemplant l'amabilité divine à travers les voiles de la foi ? que de soupirs, de larmes et de ravissements ! « Je vous ai aimée trop tard, s'écriait le docteur d'Hippone, je vous ai aimée trop tard, ô Beauté toujours ancienne et toujours nouvelle ! > — Il suffisait de prononcer le nom du Seigneur devant les Gertrude, les Thérèse, les Marie-Madeleine de Pazzi, pour les mettre hors d'elles-mêmes. Et combien les heures de cette vie passagère semblaient longues à ces âmes séraphiques, éprises du désir de voir le souverain Bien et de l'aimer à jamais ! — Avons-nous un peu de cette ardeur si sainte, si digne de Dieu et de nous?
Pour l'obtenir, considérons souvent ce que le Seigneur a fait pour nous, et ce qu'il fait encore tous les jours. Il nous a aimés de toute éternité; il nous a donné son Fils pour nous racheter, et il ne cesse de nous combler de biens au spirituel et au temporel. C'est donc avec raison que, des hauteurs du Sinaï, il nous a près crit à tous de l'aimer sans réserve, et que Jésus, la Sagesse incarnée, a renouvelé ce commandement par sa parole, l'a confirma par son exemple, et l'a scellé de son sang infiniment précieux.
0 mon Dieu, mon Créateur! donnez-moi la grâce de vous aimer de tout mon esprit, en pensant toujours à vous, à vos perfections et à vos bienfaits ; — de tout mon coeur, en vous consacrant sans réserve mes désirs et mes affections ; — de toute mon ame, en renonçant à ma volonté pour accomplir la vôtre ; — de toutes mes forces, en me dévouant totalement à votre service et au salut de mes frères. Faites-moi connaître, ô mon Dieu ! en quoi je manque dans la pratique de ce précepte si doux, si noble, si raisonnable, le premier et le plus grand de tous. Hoc est maximum et primum mandatum .'
2° Moyens d'aimer dieu de plus en plus.
Interrogé comment on peut apprendre à aimer le Seigneur saint François de Sales répondit : « C'est en l'aimant. » En effet, en multipliant les actes d'amour, on enflamme sa volonté et on la décide à se donner à Dieu et à son service. Tout acte
(1) Matlh. 22, 58.
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d'amour est comme le bois mis dans le feu, pour l'augmenter et en former ce vaste incendie, qui détruise dans nos cœurs le péché, les fautes, les imperfections, et toutes les affections étrangères au souverain Bien.
Nous devons aimer Dieu d'un amour de complaisance, en nous réjouissant comme la bienheureuse Vierge, qui chantait : « Mon Ame célèbre les gloires de mon Seigneur, et mon cœur tressaille dans le Dieu, mon Sauveur et mon salut. » « Que je vive ou que je meure, s'écriait le saint évêque de Genève, il me suffît de savoir que mon Dieu est riche en tous biens et que sa bonté est infinie. » — Réjouissons-nous de même de voir le Créateur adoré et aimé des Anges, servi sur la terre par tant d'âmes fidèles, parfaitement heureux en lui-même, et recevant jour et nuit les dignes hommages que lui rend Jésus sur nos autels et dans nos tabernacles. Nous devons encore aimer Dieu d'un amour de bienveillance, en souhaitant qu'il soit connu, glorifié, chéri par toute la terre, comme dans le ciel ; — en désirant de convertir tous les pécheurs, de délivrer toutes les âmes du purgatoire, afin que le Seigneur soit mieux loué et servi ; — en lui sacrifiant volontiers tout ce que nous avons, tout ce que nous sommes, dans le dessein de l'aimer davantage, d'imiter les Saints et de nous immoler à sa gloire comme Jésus et les martyrs. — Ajoutons à cela un désir toujours nouveau de nous conformer au bon plaisir de Dieu, et nous formerons les actes les plus capables de nous unir à lui.
« 0 Seigneur, la douceur et la beauté même, vous dirai-je avec saint Augustin, donnez-moi la grâce de m'attacher à vous seul. Que toujours et partout je vous aie dans mon cœur, sur mes lèvres, et devant l'œil intérieur de mon âme, afin que nulle affection étrangère ne puisse jamais m'éloigner de vous. » — Pour arriver à vous aimer ainsi, je suis fermement résolu : 1° D'éviter jusqu'aux fautes les plus légères. 2° De vous obéir en tout, malgré les répugnances de mon jugement, de mes sentiments et de ma volonté. 3° De souffrir paisiblement, sans aucune aigreur, les contrariétés de chaque jour, en m'unissant aux intentions et à l'amour de Jésus crucifié, de la Mère de douleurs et de tous les Saints les plus éprouvés et les plus résignés.