‹ Meditations pour tous les jours de l'anneeChapitre 161 sur 258 · MÉDIT. SUPPLÉM. XIX. — SPECTACLE DE LA NATURE · texte numérisé non relu

MÉDIT. SUPPLÉM. XIX. — SPECTACLE DE LA NATURE

xix. — Du spectacle de la nature

Préparation. — A l'exemple des Saints, et pour nous former à l'amour sacré, nous considérerons : 1° Combien la vue de la création peut nous aider à connaître Dieu. 2° Combien elle nous porte à l'aimer et à le servir fidèlement. — Gardez-vous d être msensib e aux merveilles et aux bienfaits de la création ; prenez 1 habitude de remercier souvent le Seigneur des dons quotidiens de sa bonté, selon ce précepte de l'Apôtre : « Rendez grâces a Dieu de tout. » In omnibus gralias agile/

lo La vue de la création nous fait connaître dieu.

Qui pourrait contempler sans émotion le spectacle de l'univers et tout l'ensemble de merveilles dont Dieu l'a parsemé? Lorsque par une nuit sereine, nous admirons les magnificences du firmament, ces espaces sans bornes où des milliers de globes immenses comme le soleil sont jetés et soutenus par une force incompréhensible, ne sommes-nous pas contraints de nous incliner avec une religion profonde et d'adorer l'Auteur de tant de prodiges? Si nous descendons ensuite jusqu'aux êtres les plus infimes, ou les infiniment petits, notre étonnement redouble en apprenant qu'imperceptibles à nos sens, ces êtres sont néanmoins parfaitement organisés : une Providence toute-puissante et toute sage soutient et dirige leur existence au point de les rendre même plus merveilleux dans leur genre que les animaux les mieux constitués.

Et puis quelle admirable et ravissante ronté Dieu manifeste a notre égard dans toute la création! Quelle prodigalité de biens il met à notre usage ! Non content de nous donner le nécessaire, il y joint l'utile, l'agréable, souvent même le superflu. « Il ouvre sa main généreuse, dit le Psalmiste, et il remplit toute la terre des effets de son amour.2 » Ses ennemis eux-mêmes sont comblés de ses dons.3 Bon envers tous, il fait participer tous les hommes à sa munificence vraiment divine. 0 générosité qui surpasse tout ce que nous pouvons concevoir !

(1) I Thess. 5, 18. (2) Ps 103, 28. (3) Matth. 5, 45,

MÉDIT. SUrPLÉM. XIX. — SPECTACLE DE LA NATURE. 351

Ah ! si nous savions nous élever de la vue des créatures à la contemplation des perfections du Créateur, toute la nature serait pour nous un livre sublime où nous apprendrions à connaître Dieu : l'océan nous parlerait de son immensité, le firmament de ses grandeurs, tout l'univers, de sa puissance, de sa sagesse, de sa bonté, de tous ses divins attributs.

Et quel respect, ô mon Dieu ! n'aurais-je pas alors de votre adorable majesté, quelle crainte de vous déplaire, quel désir de vous glorifier et de vous servir fidèlement! Ne permettez pas qu'en contemplant vos ouvrages j'y reste insensible, et qu'en recevant de vous chaque jour tant de dons, au spirituel et au temporel, je n'en retire qu'une responsabilité plus grande et une obligation plus redoutable de vous en rendre compte. 0 mon Dieu ! donnezmoi l'esprit d'HUMiLiTÉ et de reconnaissance dans l'usage quotidien de vos ineffables bienfaits.

2° La vue de la création nous presse d'aimer et de servir dieu.

Saint Paul reprochait aux philosophes païens de fermer les yeux au spectacle de la nature, qui nous montre les grandeurs et l'amabilité de notre Dieu. Toutes les créatures ne sont-elles pas des présents de sa bonté? chacune d'elles est comme un trait enflammé qu'il lance à nos coeurs pour les embraser de son amour. — Saint Paul de la Croix avait coutume de se figurer les plantes, les fleurs, les herbes des champs, comme autant de bouches lui criant tour à tour : « Aime Celui qui nous a créés pour toi. » Souvent il leur disait en les frappant doucement de son bâton : « Taisez-vous ; vous me recommandez d'aimer mon Dieu ; je vous ai comprises, taisez-vous. »

Tels étaient les sentiments des Saints! Regardant la création comme une prédication muette mais éloquente, ils se sentaient pressés, à son aspect, d'aimer l'Auteur des merveilles dont nous sommes chaque jour les témoins. —N'est-ce peut-être pas le contraire que vous éprouvez, vous qui donnez si souvent votre cœur à la créature, de préférence au Créateur ?

Le monde sensible ne nous porte pas seulement à aimer Dieu ; il nous donne encore l'exemple de le servir, en ne résistant jamais à ses volontés. « Les étoiles, dit le Prophète, sur les ordres du Tout-Puissant, ont répandu leur lumière et se réjouissent de lui obéir. Le Seigneur les a appelées, et elles ont répondu : Nous

voici.1 » Toutes les créatures irraisonnables lui sont également soumises.2 — Quelle leçon continuelle pour nous, qui avons la raison et la foi, et qui refusons si souvent de nous assujettir à Dieu, soit qu'il nous commande par nos supérieurs, soit qu'il nous éprouve par des peines providentielles ?

0 Dieu, majesté infinie ! quelle n'est pas votre bonté de daigner vous occuper de moi sans relâche, vous plier à ma faiblesse et soulager mon indigence ! Ah ! faites-moi comprendre combien je dois vous aimer. Que chacun de vos bienfaits me soit une étincelle qui m'embrase de votre divine charité ! Je forme la résolution de vous prouver mon attachement : 1° Par un soin jaloux de vous contenter en toutes choses. 2° Par une résignation constante dans les privations, les difficultés et les contre-temps. En vertu des mérites de Jésus et de Marie, inspirez-moi le courage de vous rendre grâces en tout événement heureux ou malheureux. In omnibus gratins agite.

xx. — Signes de l'amour divin.

Préparation. — « N'aimons pas seulement de parole et de bouche, dit saint Jean, mais par les oeuvres et en toute vérité.3 » Les vrais signes de l'amour sont : 1° Les œuvres saintes. 2° La patience dans les peines d'ici-bas. — En examinant quelle est la perfection de notre vie et comment nous supportons nos épreuves, nous aurons la vraie mesure de notre amour envers Dieu, notre souverain Bien. Non diligamus verbo, neque lingua, sed opère et veritate.

lo Les œuvres, signes de l'amour véritable.

« L'amour divin, dit saint Grégoire, n'est jamais oisif. » L'Ecriture le compare au feu, qui est actif de sa nature et ne dit jamais : « C'est assez. » Quand on aime Dieu véritablement, on ne vit point dans la tiédeur, la lâcheté, la négligence; mais on remplit sa carrière d'œuvres saintes et utiles. Jamais on ne laisse passer l'occasion de faire plaisir à son Créateur, soit en accomplissant les devoirs ordinaires, soit en Rappliquant à l'oraison et en employant toujours le temps à quelque chose d'utile.

(I) baruch. 3, 33-33. (2) Ps. 113, 91. (3) 1 Joan. 3, 18.

Non content alors d'être fidèle à la grâce dans les entreprises importantes, on pousse cette fidélité jusque dans les détails de la vie, mais sans contrainte, sans scrupule, sans affectation, avec la générosité qu'inspire un filial amour. Jamais on ne se permet la faute la plus légère : ni un manque de respect dans l'église, ni un maintien peu religieux dans la prière, ni une parole peu charitable dans la conversation. Toujours attentif à plaire au Bien- Aimé, on pratique à tout instant l'obéissance à ses volontés, à ses désirs, la condescendance envers le prochain ; on cherche à rendre service ; on prie pour les pécheurs et les âmes du purgatoire ; on exerce le zèle envers tous ceux qui veulent en profiter.

Considérez souvent comment Jésus aimait son divin Père : « Je fais toujours, disait-il, ce qui lui plaît.1 » — Pourriez-vous parler de la sorte avec vérité ? Combien de fois ne préférez-vous pas votre idée, votre honneur, votre satisfaction, au contentement de Dieu? La grâce vous presse de renoncer à telle faute, à tel défaut, à tel attachement; elle vous poursuit par des reproches, des remords ; néanmoins vous ne voulez ni vous corriger, vous renoncer, ni devenir plus fervent, plus recueilli, plus adonné à la prière, plus vigilant sur vous-même, plus attentif à exercer les vertus pour contenter votre Créateur.

0 mon Dieu ! comment résister au désir de vous aimer, vous qui vous employez jour et nuit à me faire du bien? Donnez-moi la grâce de vous payer de retour : 1° En pensant toujours à vous. 2° En formant de fréquents actes d'amour envers votre bonté infinie. 3° En accomplissant tous mes devoirs avec exactitude, dans l'intention de vous plaire. Non diligamus verbo, neque lingua, sed operc et v cri ta te.

2° La patience, signe de l'amouu sacré.

Une âme aimante ne considère point si le Seigneur la console, s'il lui rend son joug facile et suave. Son attention n'est pas sur elle-même, mais sur son Bien-Aimé. Tout ce qu'il fait, elle l'approuve et l'adore. Les volontés du Créateur lui sont des lois sacrées, qu'elle est résolue de respecter à tout prix. Il lui suffit que Dieu soit satisfait. « Seigneur, lui dit-elle avec sainte Thérèse, je ne me soucie plus de moi-même ; c'est vous seul que je veux. »

(l)Joan. 8, 20.

De là cette force de l'amour, que l'Esprit-Saint compare à celle de la mort. La mort nous ravit à nos parents, à nos amis; elle nous enlève les biens, les dignités, les plaisirs ; elle nous arrache à nous-mêmes, en séparant notre âme de son corps. — L'amour opère les mêmes effets, en nous détachant de tout ce qui n'est point Dieu. Il nous fait renoncer aux amitiés mondaines, aux désirs de la chair; il nous donne la force de mortifier nos sens, de sacrifier nos goûts, nos inclinations, nos répugnances, au bon plaisir de Dieu. Il va même jusqu'à nous inspirer de nous complaire, à l'exemple des saints, dans les maladies, les douleurs, les privations, l'abjection, la vie cachée et méprisée.

Que n'ont pas souffert les martyrs pour rester fidèles à leur Créateur? Combien de mauvais traitements, de persécutions, de calomnies n'ont pas endurés les justes de tous les siècles, pour témoigner leur amour au Dieu trois fois saint qui nous aime? N'est-ce pas ainsi que Jésus lui-même a prouvé son invincible charité envers son Père et envers nous? Ainsi nous prouverons nous-mêmes à Dieu notre attachement à son service, en supportant nos peines avec résignation.

Examinez en quelles circonstances vous manquez de soumission et de patience, et corrigez-vous par un motif d'amour. Dieu ne mérite-t-il pas que vous enduriez, môme la mort, pour lui plaire, puisqu'il a livré pour vous son Fils unique aux supplices du Golgotha? Pourquoi donc vous plaindre d'un mal léger, d'un manque d'attention, d'une contrariété? pourquoi murmurer d'une épreuve, qui est loin d'approcher de ce que Jésus a souffert de vous et pour vous ?

0 mon Dieu! je ne devrais m'affliger que du péché et du malheur des âmes qui vivent sans vous aimer. Par les mérites de Jésus et de Marie, accordez-moi la grâce : 1° D'oublier mes intérêts, mes satisfactions pour ne penser qu'à votre bon plaisir. 2° De vous demander la résignation et la patience, chaque fois qu'une peine m'afflige ou qu'une humiliation, une contrariété menace de m'ôter la paix.

Page 1