SEXAGÉSIME. MARDI. — PASSION DE JÉSUS
Et quelle force ne nous communique-t-il pas dans I'advershé? Les martyrs n'avaient point de plus puissant secours au milieu de leurs tortures, que la pensée de la Passion. « Quoi ! se disaient-ils, un Dieu a souffert les plus horribles supplices pour nous ouvrir le ciel, et nous voudrions y entrer sans avoir eu part à ses douleurs? 11 était innocent, et nous sommes coupables ; il était notre Créateur, et nous sommes de viles et méprisables créatures. » — De telles réflexions, jointes à la prière, sont bien capables de nous faire embrasser avec amour toutes les afflictions. Des plaies de Jésus s'échappe, en effet, comme un baume qui adoucit nos peines, calme nos angoisses et nous fait recevoir sans nous plaindre toutes les tribulations.
0 Jésus! la méditation de vos souffrances me fait comprendre le prix des mortifications, des combats et des épreuves de cette misérable vie. Toutes mes peines bien supportées me donnent une large part aux biens de la Rédemption. La croix me devient ainsi comme un canal de grâces, comme un pain spirituel qui fortifie mon âme et me rend invincible aux ennemis du salut. 0 Croix sainte ! soyez désormais avec Jésus, ma consolation et ma force. Que je trouve en vous le courage des pénitents, — l'énergie victorieuse des vierges — et la constance inébranlable des martyrs! Christo passo in carne, et vos eadem cogitatione armamini.
2° La passion de jésus nous aide a nous sanctifier.
Le souvenir des souffrances du Rédempteur, dit Origène, doit nous inspirer une vive horreur du péché. Comment, en effet, penser à un Dieu qui meurt à cause de nos offenses, et ne pas détester l'ingratitude qui nous a fait rompre avec lui ? Il pleure nos fautes au Jardin des Olives, et nous rappelle ainsi l'esprit de componction si nécessaire à la vraie sainteté.
Il supporte chez Caïphe toutes sortes d'avanies, pour nous apprendre à mépriser l'estime des hommes et à pratiquer une sincère et profonde humilité. Flagellé et couronné d'épines au Prétoire, il nous mérite par là l'amour de la chasteté et la force de nous entourer des épines de la mortification pour nous conserver purs devant Dieu. Tous ses tourments nous enseignent la patience, la douceur, le support héroïque des maux de cette vie, et il n'est point de vertu qui ne soit offerte en lui à notre imitation, depuis l'agonie du Jardin jusqu'aux suprêmes angoisses du Golgotha.
Aussi saint François de Sales nous exhorte à porter toujours sur nous le Crucifix, à le regarder avec respect et tendresse, à le baiser avec affection, à lui adresser de douces paroles pleines de confiance et toutes brûlantes du désir d'imiter le divin Maître et de lui appartenir sans réserve. — Celui qui suit cette pratique si simple avancera chaque jour dans r amour de Jésus crucifié. Car à la vue d'un Dieu souffrant, dit saint Alphonse, il n'est plus permis de s'en tenir à l'écorcc de la perfection, mais on est doucement contraint d'entrer dans la voie des solides vertus, du dévouement sans bornes et de la parfaite charité.
Formons donc la résolution de méditer souvent la Passion du Sauveur, en nous figurant être sur le Calvaire avec la Mère de douleurs. Il fut révélé à sainte Marguerite de Cortone, qu'aux heures où elle se tenait en esprit au pied de la croix, la grâce pleuvait sur elle en aussi grande abondance, que le sang de Jésus en avait coulé quand il y était attaché.
0 tout aimable Rédempteur! mes prières ne seront jamais plus humbles, plus confiantes, plus ferventes et plus efficaces, qu'au pied de votre croix. Là donc je viendrai implorer votre clémence et vous demander l'horreur du péché, — le courage de pratiquer les vertus — et le don si précieux de votre amour. Et vous, ô Mère affligée ! gravez à jamais dans mon cœur les plaies de Jésus crucifié, plaies qui m'ont préservé de l'enfer, m'ont ouvert le ciel et sont pour moi la source de tous les biens de la grâce.
février, premier VENDREDI. - Confiance dans le Sacré-Cœur.
Préparation. — « Vous qui craignez le Seigneur, dit l'Esprit- Saint, espérez en lui.' » Méditons attentivement : 1° Les motifs de nous confier dans le Cœur de Jésus. 2° Ses promesses généreuses en notre faveur. — N'avons-nous pas souvent à nous reprocher des défiances, des découragements, qui blessent plus ou moins la vertu d'espérance? Proposons^nous fermement de réprimer en nous ces défauts, si contraires à notre progrès. Qui timelis Dominum, speratc in Muni.
(L)Ixcli. 2,0.
1° Motifs de nous confier dans i.e cœur de jésus.
Quel fils ne se confierait pas dans un père plein de tendresse, jouissant de biens immenses et mettant tout son plaisir à les prodiguer à ses enfants? Quel frère n'aurait pas confiance en son frère bien-aimé, dont il connaîtrait la générosité, la droiture et l'exquise délicatesse? Quel ami pourrait se défier d'un ami dévoué, dont il aurait éprouvé en mille rencontres le désintéressement et l'inviolable fidélité? Or, Jésus est tout à la fois notre Père le plus tendre, notre Frère le plus aimant, notre Ami le plus fidèle. Il est sage, puissant, riche, bienfaisant au delà de toute expression; rien ne lui manque pour nous faire du bien.
D'où vient donc que souvent nous hésitons à nous confier en lui? nous osons à peine espérer qu'il nous exaucera, encore moins essayons-nous de nous abandonner à sa conduite. D'où peuvent naître en nous de tels sentiments? Jésus aurait-il trop de sévérité, trop d'exigence à l'égard de ceux dont il est aimé? Pourquoi sentons-nous ce frémissement secret de la nature, dès qu'on nous parle de lui remettre la totale disposition de notre libre arbitre, de tout ce que nous avons et de tout ce que nous sommes?
Ah ! c'est que nous comprenons trop peu son amour et nos vrais intérêts. Quand un grand de la terre nous ouvre son palais et nous prend sous sa protection, nous tressaillons d'espérance ; et voici que le Roi du ciel nous ouvre ses bras, nous presse sur son cœur, nous y fait même entrer comme dans un paradis, et nous hésitons encore à espérer en lui et à nous abandonner à sa bonté !
0 Jésus ! je me repens d'avoir tant de fois, par crainte, évité de m'approcher de vous, soit pour vous prier, soit pour vous recevoir dans la sainte Communion. Dès aujourd'hui je prends la résolution : 1° De me remettre sans réserve entre vos mains, afin que vous disposiez de moi selon vos desseins infiniment aimables. 2° De soumettre entièrement mon esprit à votre divine sagesse, et mon cœur à votre Cœur sacré, sans examen ni défiance. — Comment, en effet, me défier de Celui qui m'a cherché pendant trente-trois années, lorsque je le fuyais? de Celui qui a donné pour moi son sang et sa vie, et qui chaque jour encore s'immole sur les autels, — se fait mon prisonnier — et devient même mon ineffable nourriture?
2° Promesses généreuses du cœur de jésus.
Le Cœur de l'Homme-Dieu, nous n'en cloutons pas, est bon et puissant, mais sa puissance et sa bonté ne sauraient nous inspirer une entière confiance, sans promesses de sa part. Or, celles qu'il nous a faites sont des plus magnifiques, et il ne manquera pas de les garder à jamais. La fidélité est inhérente à sa nature, puisqu'il est la vérité par essence. « Le ciel et la terre passeront, a-t-il dit, mais mes paroles ne passeront point.1 » Fions-nous donc sans réserve aux assurances qu'il nous a données : de ne pas nous repousser quand nous viendrons à lui ; - — de nous aimer lorsque nous l'aimerons ; 3 — de nous exaucer quand nous lui demanderons des grâces.*
Toutes ces promesses si consolantes, Jésus les a toujours fidèlement gardées. Quel est le pécheur, en effet, qui après une faute, ou même une série de crimes, soit venu repentant vers lui, et n'en ait pas été reçu ? Judas lui-même aurait obtenu son pardon, s'il n'avait point désespéré. Quelle est l'ûme qui, implorant sa bonté dans les églises où il habite, ne se soit retirée consolée, fortifiée, encouragée à persévérer dans son amour et dans la confiance en sa miséricorde? Or, si Jésus a toujours gardé ses promesses dans le passé, pourquoi y manquerait-il à l'avenir?
Vous n'êtes donc jamais excusarle, quand vous entretenez en vous à son égard des sentiments de défiance, de crainte excessive, de pusillanimité; quand, après une faute, vous tombez dans l'abattement, le chagrin, l'inquiétude, au lieu de recourir à Celui qui peut seul vous guérir. Combien de temps n'avez-vous pas perdu en réflexions tristes et stériles, lorsque par la prière et la confiance, vous auriez pu pénétrer jusqu'au Cœur si compatissant de Jésus et y puiser les remèdes à vos langueurs et à vos infidélités !
0 Cœur de mon Rédempteur ! où trouverai-je mieux qu'en vous les motifs et les moyens de fortifier ma confiance? Par l'intercession de votre aimable Mère, donnez-moi la grâce : 1° De méditer souvent votre puissance, votre bonté, vos mérites infinis et Ja fidélité qui rend toujours votre parole inviolable. 2° De vous
(1) Matth. 21, 35. (2) I Joan. 6, 37.
(3) Prov. 8, 17. (4) Joan. 14, 24.
demander chaque jour le don d'une confiance parfaite, qui me soit comme la clef de vos divins trésors.
FEVRIER. PREMIER VENDREDI, (bis) — Cœur de JéSUS,
modèle de confiance.
Préparation. — Afin d'acquérir une confiance parfaite, nous verrons : 1° Comment le Sauveur l'a pratiquée. 2° Comment nous pourrons en. cela marcher sur ses traces. — Nous formerons en outre la résolution de ne jamais compter, à son exemple, sur l'opinion des hommes et sur les moyens humains, mais uniquement sur la sagesse et la puissance divines, selon cette parole de David : « Mon vrai bien est de m'attacher à Dieu et de placer en lui seul tout mon espoir. » Miki adliœrere Deo bonum est, ponere in Domino Deo spem meam.1