FÉVRIER. — SAINT MATHIAS, APOTRE
0 conduite adorable de la Providence! Elle ne choisit pas celui qui réunissait en apparence le plus de titres : Joseph, en effet, était proche parent de Notre-Seigneur ; on l'avait surnommé le Juste, à cause de sa grande vertu et de sa piété extraordinaire. Cependant Dieu lui préfère Mathias, que l'Ecriture se contente de nommer, sans ajouter aucun éloge. — Ce mystère nous apprend que ce n'est pas notre mérite qui a décidé le Seigneur à nous tirer du néant, à nous placer dans son Eglise, à nous inspirer le désir d'une plus haute perfection. « Ne dites pas dans votre cœur, s'écrie l'Esprit-Saint : Dieu m'a appelé à cause de ma justice; puisque vous n'avez fait que l'irriter par vos offenses,1 et c'est uniquement son amour qui a daigné vous choisir.2 »
Oui, le Créateur appelle gratuitement ses créatures, les unes à une fonction, à une dignité, les autres à un emploi quelconque. Il n'envisage point les titres, ni la réputation, mais uniquement les desseins qu'il a sur une Ame. Sagesse admirable, qui tient ainsi tous les hommes dans l'humilité et sous sa dépendance : ceux qui commandent, parce qu'ils doivent à Dieu seul leur autorité; ceux qui obéissent, parce qu'ils sont forcés de reconnaître dans leurs supérieurs les élus du ciel.
Voyez si ce sont là vos idées dans l'exercice de l'obéissance. Considérez-vous l'autorité divine en ceux qui vous commandent? et si vous commandez aux autres, le faites-vous avec douceur, patience, charité, comme tenant de Dieu votre pouvoir ?
0 Jésus! réveillez ma foi sur ces vérités, et inspirez-moi : 1° La droiture d'intention dans l'accomplissement de mes devoirs. 2° Le désir sincère de me conformer en tout à votre bon plaisir, afin que votre règne s'établisse et se perfectionne chaque jour en mon âme. Ut essemus sancti et immaculati in conspectu ejus.
2o Notre vocatiox a la sainteté.
Comprenant les devoirs de son apostolat, saint Mathias, après son élection, s'appliqua à les remplir fidèlement. Dès qu'il eut reçu l'Esprit-Saint, il manifesta le zèle qui le dévorait, en gagnant beaucoup de Juifs à l'Evangile. Etant parti pour l'Ethiopie, il y entra, dit Clément d'Alexandrie, portant dans son corps la mortification de Jésus, et l'inspirant à tous par son exemple et sa
(1) Deut. 9, 4-7. (2) Deut. 7, 8.
parole. Car il joignait à une charité ardente le plus grand soin de sa perfection. Convaincu qu'on ne peut faire du bien aux autres, qu'autant qu'on est soi-même animé de l'Esprit de Dieu, il vivait dans une union continuelle avec son Créateur.
Ainsi devraient faire tous les chrétiens. Car tous sont appelés à la sainteté, chacun selon son état. Il est toutefois des âmes dont la vocation est plus prononcée, plus manifeste, et nous en sommes. Oui, Dieu nous a prévenus de tant de grâces, que nous ne pouvons douter de son appel : il veut de nous une perfection consommée. Combien de preuves ne nous en donne-t-il pas! Chaque jour il nous éclaire, nous pousse au bien, nous fournit les occasions et les moyens de croître en vertu. Que de méditations, de messes, de communions, de prières, de bonnes lectures nous viennent en aide à cette fin !
Et cette voix intérieure qui nous presse de devenir plus humbles, plus recueillis, moins empressés dans les affaires, plus résignés dans les contre-temps et les contrariétés ; cette voix de la conscience qui nous reproche nos moindres manquements, n'estelle pas la voix de Dieu, nous invitant à renoncer à nos défauts, à nos attaches, pour nous donner pleinement à lui ? « Le Seigneur nous a choisis de toute éternité, dit l'Apôtre, afin que nous soyons saints et irrépréhensibles à ses yeux. »
0 mon Dieu ! quel compte je devrai vous rendre d'avoir reçu de vous tant de grâces et d'en avoir si peu profité ! Accordez-moi les plus vifs désirs d'une sainteté véritable et le courage d'y aspirer tous les jours : 1° Par l'esprit de recueillement et d'ORAisON, qui me tienne loin des préoccupations inutiles, et m'unisse étroitement à vous. 2° Par la vigilance et I'abnégation, qui réforment en moi le caractère, mortifient l'humeur et les inclinations perverses, et me facilitent l'exercice des vertus les plus conformes à la perfection des saints. Ut essemus sancti in conspectu ejiis.
25 février — Confiance en Jésus Enfant.
Préparation. — Nous méditerons demain deux grands motifs de pratiquer la confiance : 1° L'incarnation du Verbe éternel. 2° La bonté du Verbe incarné. — Nous formerons aussi la résolution d'honorer l'immense charité de notre aimable Sauveur, en bannissant de nos cœurs tout sentiment de défiance à son égard,
et en nous exerçant à une espérance ferme en sa générosité sans bornes, qui nous crie à tous : « Venez à moi... et je vous soulagerai. » Venite ad me omnes... et ego reficiam vos.1
1° L'incarnation pu verbe, motif de confiance
Avant la venue du Rédempteur, la crainte dominait parmi les hommes dans leurs rapports avec Dieu. « Je mourrai, disait-on, parce que j'ai vu le Seigneur. » Le seul aspect d'un Ange faisait appréhender une mort prochaine. — Quand Dieu donna sa loi sur le Sinaï, le peuple d'Israël fut tellement épouvanté qu'il pria Moïse de parler lui seul avec Jéhova pour ne plus entendre sa voix formidable. — En un mot, tout l'ancien Testament porte le cachet de la crainte plutôt que do la confiance.
Mais il n'en est plus de même depuis que le monde a vu le Dieu du ciel s'incarner sur la terre et se faire l'un de nous. Si les patriarches et les prophètes tressaillaient d'espérance, à la seule pensée du Messie promis, combien plus nous qui l'avons vu, par la foi, naître à Bethléem, sous la forme gracieuse d'un Enfant; d'un Enfant pauvre et sans éclat, qui se fait tout à tous, même aux déshérités de la fortune; d'un Enfant sans parole et sans force, qui s'accommode aux ignorants et aux faibles, afin de n'effrayer personne et de rendre à tout le monde son accès facile, agréable et aimable! — 0 Bonté infinie! qui donc pourrait se défendre d'espérer en vous?...
Contemplons souvent Jésus dans sa crèche ; de là il nous ouvre ses petits bras pour nous attirer à lui. Ecoutons ce qu'il dit à nos coeurs avec une tendresse ineffable : « Venez à moi, vous qui tremblez à la vue de vos péchés, vous qui êtes chargés de fautes, remplis de passions indomptées, accablés par les peines et les luttes de cette vie ; venez tous à moi et je vous soulagerai. » — Obéissons à cette invitation si douce du Dieu-Sauveur, qui nous a laissé dans son Eglise tant de moyens de communiquer avec lui, c'est-àdire, la prière, les sacrements et le sacrifice de l'autel. Profitons de ces moyens, et bientôt les troubles, les remords, les frayeurs, les tristesses feront place en nous au calme, à la paix, à la confiance et à la joie des enfants de Dieu.
0 mon aimable Sauveur ! puisque vous pardonnez aux pécheurs
(1) Matth. 11, 28.
repentants, me voici prosterné à vos pieds dans l'étable de Bethléem, pour vous demander, non seulement le pardon, mais encore le courage de me consacrer sans réserve à votre service. Donnezmoi la volonté sincère : 1° De bannir de mon cœur tout sentiment de crainte excessive, de chagrin et d'abattement, au souvenir de ma vie passée. 2° De me rappeler souvent comment, par l'Incarnation, vous êtes venu me chercher, non pour me perdre, mais pour me restaurer, me purifier, me sanctifier et me conduire avec vous dans la Jérusalem céleste.
2o La bontk du verbb incarné, motik dk confiance
Comme il est naturel au vide de se remplir, ainsi l'est-il à notre indigence de recevoir. Or le Verbe éternel, infiniment riche et incapable de rien perdre de sa plénitude infinie, a une extrême propension a donner ou à remplir le vide immense de notre pauvreté spirituelle. Il est même plus heureux de nous faire part de ses biens, que nous de les accepter. Et en effet, tout infini qu'il est, dit saint Grégoire de Nazianze, il a soif au milieu de son abondance, et cette soif n'est autre que celle de nous enrichir. Nous lui rendons service, ajoute le saint, en lui demandant des grâces; nous l'obligeons, en le priant de nous obliger. Il reçoit de nous, comme un bienfait, l'occasion que nous lui donnons de nous combler de ses faveurs.
Pour avoir sans relâche cette occasion, il quitte les splendeurs de sa gloire, vient s'incarner, se faire enfant parmi nous, se manifester à nos regards sous les dehors les plus simples, comme les plus attrayants. Bon par essence et charité substantielle,1 il cherche ici-bas des misères à soulager et des maux à guérir. Plus désireux que nous de notre Rédemption, il nous apporte tous les remèdes, se- fait lui-même notre médecin et prend sur lui nos infirmités, avant même que nous ayons songé à réclamer son secours. Que ne fera-t-il pas lorsque nous le prierons, et que nous placerons en lui toute notre espérance? Et cette espérance, où pourra-t-elle mieux s'épanouir en nous, qu'auprès de la crèche de l'Enfant-Dieu? Là nous voyons le ciel descendu sur la terre, avec tous ses charmes et ses trésors de grâces, avec tous les signes les plus capables d'encourager les cœurs faibles, les âmes timides et
(1)1 Juan, i, 8.
pusillanimes. La nature humaine en Jésus s'unit à la nature divins, pour dissiper nos craintes et nos impressions de défiance. Confions-nous donc en sa bonté et en sa puissance infinies. C'est un Enfant pour nous accueillir, nous pardonner et nous aimer ; c'est un Dieu pour nous assister, nous enrichir et nous sauver.
0 Verbe incarné ! si, du haut des cieux, au sein de votre gloire, vous accordez à tous et donnez abondamment ce qu'on vous demande, sans nous reprocher notre importunité,' que ne ferezvouspas maintenant que vous descendez jusqu'à nous et vous abaissez jusque dans une étable? N'y a-t-il pas là de quoi bannir de notre cœur tout sentiment de défiance? Inspirez-moi donc la résolution : 1° De vous prier souvent en toute confiance, prosterné devant les tabernacles, ou en esprit devant votre crèche. 2° De me laisser conduire par votre sagesse et votre providence, sans raisonner sur les événements et sans jamais désespérer de l'avenir.
25 février (ms ) - Confiance en Jésus Enfant.
Préparation. — « Un Enfant nous est né, dit Isaïe, un Fils nous a été donné.2 » Notre confiance en Jésus doit avoir : 4° Pour motif, son Enfance même. 2° Pour modèle, l'abandon des enfants à l'égard de leurs parents. — Proposons-nous, comme fruit de cette méditation, de former souvent des actes de foi sur les promesses du Sauveur et sur son inviolable fidélité à les garder. « Bienheureux l'homme qui espère en lui, » en sa puissance, en sa bonté, en ses mérites, en sa véracité ! Beatus vit qui sperat in eo ! z
1° L'enfance de jésus, motif de confiance.
Qui jamais pourrait approcher avec crainte d'un enfant royal, en qui l'on remarquerait un visage ouvert, une miséricorde toujours prête à pardonner, une profonde inclination à compatir aux maux d'autrui et à prodiguer des secours à tous les malheureux ? La seule pensée que c'est un enfant, nous ôterait toute appréhension, tout sentiment de défiance. — Ce qui est vrai par rapport au fils d'un roi, ne l'est-il pas davantage quand il s'agit du Fils
(1) Jac. 1-, 5. (2) Is. 9, 6. (3) Ps. 33, 9.
unique de Dieu, source infinie de richesses, trésor inépuisable de bonté ?
Il se présente à nous, non comme un prince ou le fils d'un 'grand monarque, mais comme un tout petit enfant, le plus humble et le plus pauvre de tous. Il se montre à nous, non dans un palais superbe, au sein d'une cour splendide, mais dans une étable abandonnée, ouverte à tous les passants. Son berceau est une crèche dont s'approchent même les animaux ; son entourage n'a rien qui puisse nous intimider : c'est une jeune Vierge, pénétrée de tendresse envers nos âmes ; c'est un saint Patriarche dont la charité surpasse tout ce que nous pouvons imaginer. Où serait encore le motif ou le prétexte de notre défiance?
Jésus nous cache sa majesté, et ne nous montre que sa bonté, sa mansuétude, son désir de nous faire du bien. En venant à nous, il se fait en quelque sorte la propriété de tous, même des plus misérables et des plus indigents. Filins datus est nobis. Chacun peut le prendre dans ses bras. Que dis-je? Jésus fera plus : il viendra de lui-même dans nos cœurs. 0 prévenance ineffable ! On ne redoute pas un enfant ordinaire. Qui donc n'oserait approcher de l'Enfant qui est la bonté, la douceur divine incarnée parmi nous? Au Sinaï, Dieu commandait le respect; à Bethléem, il nous oblige à la confiance, et pour nous la faciliter, il a pris la forme la plus aimable, la plus gracieuse, la plus attrayante.
0 Sauveur infiniment tendre et généreux ! comment appréhender vos châtiments, en vous voyant m'ouvrir vos petits bras pour me donner le baiser de paix? Comment craindre un refus en vous demandant des grâces, lorsque vous venez exprès du ciel pour me les apporter? Je veux donc : 1° Me confier en vous sans retour, puisque jamais vous ne méprisez un cœur repentant. 2° M'abandonner à vous sans réserve, persuadé que votre désir de me sauver surpasse infiniment celui qui me presse d'être sauvé.
2° L'abandon des enfants a leurs parents, modèle de notre confiance