MOIS DE MARS. VERTU SPÉCIALE. — L'AMOUR DIVIN
de le préférer aux royaumes, aux trônes et à toutes les richesses périssables; plaçons-le même dans notre cœur, au-dessus de tout ce que nous avons de plus cher au monde.
Car, selon saint Paul, l'amour produit en nous les plus heureux fruits. « L'ame qui le possède, dit-il, n'est point envieuse ni téméraire, ni précipitée; elle ne s'enfle point d'orgueil; elle n'est pas ambitieuse, ni avide de ses propres intérêts; elle ne s'aigrit de rien; elle n'a point de mauvais soupçons; elle ne se réjouit pas de l'injustice, mais de la vérité.' » En un mot, l'amour divin combat en elle tous les vices et y engendre toutes les vertus.
0 mon Dieu! faites-moi comprendre I'excellence de votre amour, — ses qualités précieuses — et les fruits sanctifiants qu'il produit. Que ces motifs me donnent le courage de rompre avec moi-même et ma volonté propre. Que j'y puise la force de triompher de mes répugnances, de mes aversions et de ma lâcheté, afin d'accomplir en tout vos préceptes et vos moindres désirs. Si ditigitis me, mandata mea scrvatcS1
2° Influence de l'amour sur les autres vertus.
La foi, sans doute, est le fondement de l'amour sacré, mais c'est l'amour qui perfectionne la foi, en la faisant passer de l'intelligence dans la volonté. Quand nous voyons des chrétiens croire tout ce que la religion enseigne, et vivre comme s'ils n'y croyaient pas, que devons-nous en conclure? que la foi, chez eux, n'est pas nourrie, ni fortifiée par la charité. Car la charité rend la foi pratique; elle la vivifie, au point de lui faire produire des fruits de salut. Chantas omnia crédits
L'espérance lui doit de même sa perfection. En nous rendant les enfants adoptifs de Dieu, la charité, dit l'Apôtre, nous fait aussi ses héritiers;4 car il appartient aux enfants d'habiter dans la maison de leur père et d'hériter de ses biens. Plus donc nous aimons Dieu, plus notre espérance de le posséder un jour est fondée et solide. Charitas omnia sperat.
Il n'en est pas autrement de la patience. Quand une âme est enflammée de l'amour divin, les souffrances, les ignominies, les mauvais traitements la consolent au lieu de l'abattre : elle sait
(1) I Cor. 13. (2) Joan. 14, 15.
(3)1 Cor. 13. 7. (4) Rom. 8, 17.
7 MARS. - SAINT THOMAS d'aQUIN, DOCTEUR. 405
qu'en les supportant, elle donne à son Bien-Aimé une preuve non équivoque de sa tendresse envers lui. Elle se rend ainsi capable d'exercer toutes les vertus; car, selon saint Jacques, la patience achève le travail de notre perfection. D'où il suit que l'amour divin est le lien de la sainteté ; i il met le comble à l'héroïsme des Saints; il donne la palme et l'auréole aux Martyrs. Chantas omnia sustinet. — Voulez-vous savoir jusqu'à quel point vous aimez le Seigneur? Voyez surtout jusqu'où vous savez croire, espérer dans les obscurités, les tentations, et jusqu'où vous savez supporter les fatigues, les infirmités, les douleurs, les reproches, les mépris et les contrariétés.
0 mon Dieu ! si je vous aimais, comme je croirais vivement à votre parole, et quelle confiance n'aurais-je pas en vos divines promesses! Jamais ma patience ne serait en défaut et je vous témoignerais mon affection par ma conduite à tous les instants de ma vie. Accordez-moi la grâce de penser sans cesse à vous, — de vous remercier de vos bienfaits — et de vous offrir les peines de chaque jour, en m'unissant aux Cœurs si ardents et si purs de Jésus et de Marie.
7 mars — Saint Thomas d'Aquin, docteur.
Préparation. — « Où se trouve l'humilité, dit l'Esprit-Saint, là est aussi la sagesse.2 » Considérons : 1° La vaste science et l'humilité profonde de saint Thomas. 2° Son admirable et aimable sainteté. —Examinons ensuite si nous ne sommes pas opiniâtres dans nos idées, ou remplis de présomption à pause de notre esprit et de nos connaissances. Nous remédierons à ce mal, en nous humiliant souvent et sincèrement devant Dieu. Ubi est luimilitas, ibi et sapientia.
\o Science et humilité de saint thomas.
L'année qui vit mourir saint François d'Assise et monter sur le trône saint Louis, vit naître saint Thomas d'Aquin, la lumière de son siècle.5 Dès l'âge de cinq ans, il étudia au Mont-Cassin, et à dix ans, il fut envoyé par son père à l'université de Naples. Entré chez les Dominicains à l'âge de dix-neuf ans, il s'y distingua par
(1) Col. 5, 1 i. (2) Prov. 11, 2. (3) 1220.