MÉDIT. EN RÉSERVE. VII. — PRÉSENCE DE DIEU
Nous devons rendre surtout pratique ou efficace en nous cet exercice de la divine présence. Dieu est dans notre cœur comme il est dans le ciel, avec tous ses attributs : sa puissance, sa sagesse, sa bonté, sa justice, sa véracité, sa sainteté infinies. Quel puissant motif de l'adorer en nous, de le craindre, de l'aimer, de nous confier en sa miséricorde et d'imiter ses divines perfections! Agissons désormais avec lui, dans notre intérieur, comme les Anges et les Saints le font dans la gloire.
«0 mon Dieu! vous dirai-je avec saint Augustin, je ne veux plus éloigner mes yeux de vous, puisque vous n'éloignez jamais de moi vos divins regards. » Accordez-moi la grâce de penser à votre bonté, — de vous prier sans relâche — et de pratiquer sous votre conduite les devoirs que votre volonté m'impose.
2» Fruits db l'exercice dr la présence de dieu.
Le respect doit être comme le premier effet de la pensée de la Majesté souveraine habitant en nous et se rendant présente à toutes nos actions. Tous les rois de la terre, avec l'éclat de leurs cours; tous les Pontifes de l'Eglise, environnés des splendeurs du culte; la multitude même des légions angéliques ne sauraient nous donner une idée des grandeurs de Dieu. Et c'est ce divin Créateur qui fait en nous sa demeure permanente ; ' et nous vivons sous ses divins regards ! 2 0 pensée capable de nous inspirer la crainte filiale, et de nous rendre adorateurs assidus de l'infinie Sainteté résidant dans notre âme ! In timoré Domini esto tota die.7'
Comme Dieu est en nous, avec toutes les richesses de sa bonté, surtout en faveur de ceux qui l'invoquent,1 nous devons joindre la confiance au respect dans le culte qui lui revient à tant de titres. Présent en nous pour nous communiquer ses biens, il les donne de préférence à ceux qui le prient et se confient en sa miséricorde. Disons donc souvent avec David : « il m'est avantageux de m'attacher au Seigneur et de placer en lui seul toutes mes espérances. » Bonum est ponere in Domino spem meam*
Efforçons-nous spécialement de l'aimer. Infiniment aimable en lui-même à cause de ses perfections, il nous aime avec une tendresse ineffable et nous le prouve par ses bienfaits. Plongés en
(1) Joan. 14, 23. (2) Act. 17, 26. (3) Prov. 23, 17.
(4) Rom. 10, 12. (5) Ps. 72, 28.
lui comme dans une fournaise d'amour, nous sommes l'objet continuel de ses soins jusque dans les détails de notre vie, puisque, selon l'Evangile, pas un seul cheveu ne nous tombe de la tête sans sa permission. Non content de nous avoir créés, rachetés, sanctifiés, nourris de la chair de son Fils, il nous soigne du berceau à la tombe avec un amour qui veille à tout, et avec une constance invincible. Comment pouvons-nous rester froids au milieu de tant de flammes ?
0 mon Dieu, Majesté souveraine! je vous adore, présent dans mon cœur. Je m'abandonne'à votre infinie sagesse, qui dispose tout selon mon plus grand bien. Par les mérites de Jésus et de Marie, donnez-moi la grâce : 4° D'une foi vive à votre divine présence et à l'action de votre Providence en moi. 2° D'une attention particulière à vous adorer, prier, aimer en tout temps, et à diriger vers vous toutes mes intentions, tous mes désirs.
vin. — De la bonne intention.
Préparation. — Puisque la fin qu'on se propose détermine en grande partie la valeur morale de nos œuvres, considérons : 1° Le prix de la bonne intention. 2° Comment on peut la rendre plus pure et plus méritoire. — Le fruit de cette méditation sera de nous rappeler souvent cette parole de l'Apôtre : « Faites tout pour la gloire de Dieu, et au nom du Seigneur Jésus. » Omnia in gloriam Dei facite, et in nomine Domini Jesu.*
\o Prix de i.a bonne
INTKNTION.
Le Seigneur étant la Grandeur par essence et le seul Appréciateur du vrai mérite, parvenir à lui plaire doit être aussi la vraie noblesse et la plus haute faveur en cette vie. Combien ne se croient pas honorés les mondains, quand ils s'attirent une marque d'attention, un signe de bienveillance, de la part d'un monarque? Une âme en état de grâce doit estimer bien plus grand le bonheur de contenter son Dieu. Or, elle l'obtient par la pureté de ses intentions, et c'est là, selon saint Jean Chrysostome, ce que nous
(1) I Cor. 10, 31 et Col. 3, 17.
devons le plus souhaiter, et ce que nous devons regarder ici-bas comme un trésor inestimable.
Et en effet, nos actions les plus communes, étant par là consacrées au service de l'infinie Majesté, deviennent des actes d'amour divin, et nous méritent d'éternelles récompenses. — Combien donc n'est-il pas important d'offrir au Seigneur, non seulement nos oraisons, nos communions, tous nos exercices de piété, mais encore notre travail, nos loisirs, nos conversations, notre sommeil et nos repas !
Cette pratique rendra notre vie précieuse devant Dieu. « Aucun prix, disait la vénérable Béatrix de l'Incarnation, ne saurait payer ce que l'on fait à la gloire du Seigneur. » Lui-même se charge de nous récompenser d'une manière digne de lui. Ego mer ces tua magna nimis.i L'existence des mondains, qui font tout par des vues humaines, est inutile aux yeux du Très-Haut; mais combien n'est pas méritoire la vie des fidèles qui, dans toute leur conduite, se proposent toujours le contentement de Dieu ! Leurs jours sont des jours pleins, selon le langage de l'Ecriture, c'est-à-dire des jours où rien n'est perdu, et où tout sert à préparer la bienheureuse éternité. — Examinez : 1° Si vos intentions sont toujours droites et n'ont pour objet que Dieu, sa gloire, sa volonté, son règne en vous. 2° Si vous n'agissez point par intérêt, en vue de votre honneur ou de votre satisfaction.
0 mon Dieu ! inspirez-moi le courage de combattre en moi la vanité et le respect humain, ennemis mortels de la bonne intention. Purifiez vous-même mes vues et mes désirs en toutes mes œuvres et entreprises. Faites-moi user de ce monde comme n'en usant pas, ou comme si j'y étais seul avec vous seul. U taris hoc mundo tanquam non utens.2
2° Comment on rend l'intention plus pure.
Il est permis sans doute de faire des aumônes, de prier, de communier, d'entendre la messe, dans le but d'obtenir une grâce temporelle, comme serait de guérir d'une maladie, de récupérer son honneur ou ses biens. Cette intention est bonne, pourvu qu'elle soit accompagnée de résignation à la volonté de Dieu. Cependant, comme son objet ne passe pas la terre, elle est moins
(l)Gent. 15, 1. (2) S. August.
parfaite que les deux suivantes, qui envisagent les biens du ciel. — Quand donc nous formons une intention de ce genre, ajoutons-y quelque motif plus élevé, qui la rende agréable au Seigneur.
Il est encore permis, et même plus louable, de faire ses actions, de pratiquer la pénitence, d'exercer la piété, en vue d'obtenir un bien spirituel, par exemple : le pardon de ses péchés, la victoire sur les tentations, l'acquisition d'une vertu quelconque. Cette intention est plus parfaite que la précédente. Elle la surpasse, comme le spirituel l'emporte sur le matériel, le céleste sur le terrestre. De là cette parole du Sauveur : « Cherchez avant tout le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. » Et hœc omnia adjicientur vobisA
Mais la plus parfaite des intentions, c'est de vouloir contenter et glorifier Dieu, uniquement parce qu'il le mérite. Plus nous entrons dans ces sentiments, plus nos motifs sont purs, puisque par là nous donnons au Seigneur la première place dans notre estime ; nous confessons son domaine souverain sur toutes nos œuvres ; nous procurons son honneur, de préférence au nôtre ; et combien cet acte d'abnégation ne glorifie-t-il pas l'excellence infinie du Créateur ! Par là nous vivons sous sa dépendance jusque dans les détails de notre vie.
Formons donc la résolution : 1° D'offrir à Dieu, chaque matin, toutes nos pensées, paroles, actions, affections et souffrances, souhaitant que tout en nous, même les battements de notre cœur et tous les instants de notre existence lui soient entièrement consacrés. 2° De dire souvent avec l'Apôtre : « Au Roi des siècles, Roi immortel et invisible, au seul Dieu tout-puissant, soient à jamais l'honneur et la gloire ! » Soii Deo honor et gtoria in sœcula sœculorum.'*
0 Jésus! ô Marie ! purifiez vous-mêmes mes intentions de tout alliage d'amour-propre et de recherche de l'estime humaine ou de la gloire mondaine, afin que mon esprit et mon cœur soient entièrement à Dieu jusqu'à mon dernier soupir. Je m'unis à vous et à toute la Cour céleste, pour rendre au Père éternel, à tous les instants de ma vie, les hommages qui lui sont dus, c'est-à-dire la louange, — l'action de grâces, — la réparation — et la soumission sans réserve.
(1) Matin, 6, 33. (2) I Tim. i, 17.