‹ Meditations pour tous les jours de l'anneeChapitre 26 sur 258 · ÉPIPH. OCT. DIMANCHE. — JÉSUS PERDU ET RETROUVÉ · texte numérisé non relu

ÉPIPH. OCT. DIMANCHE. — JÉSUS PERDU ET RETROUVÉ

Ah ! que n'avons-nous, comme la Vierge immaculée, cette délicatesse de conscience, qui nous fasse appréhender les moindres fautes, les plus légères imperfections ! Marie ne contracta jamais l'ombre même d'une souillure ; nous au contraire, combien de péchés n'avons-nous pas à déplorer ! En éprouvons-nous un sincère repentir? « Avoir péché une fois, dit Tertullien, c'est assez pour qu'on doive pleurer à jamais. »Satisest ad fielus œternos. Car c'est avoir offensé un Dieu qui mérite infiniment d'être aimé ; c'est avoir blessé ses adorables perfections et contribué à la Passion de Celui qui, étant Dieu, nous a aimés jusqu'à se faire homme comme nous, et jusqu'à prendre sur lui les châtiments qui nous étaient dus. Se peut-il, de notre part, une ingratitude plus horrible, un attentat plus capable de nous briser le cœur de regret?

0 Vierge immaculée ! vous ne pouviez vous consoler d'avoir perdu, sans votre faute, la présence sensible de Jésus: comment pourrais-je oublier d'avoir poussé la malice jusqu'à fouler aux pieds ce bon Sauveur lui-même, en perdant volontairement sa grâce et son amour? N'est-ce pas là un plus grand mal que la ruine même de l'univers?... 0 Mère de douleurs ! obtenez-moi les plus vifs sentiments de componction, de contrition, jusqu'au dernier soupir de ma vie.

2° Comment on retrouve l'enfant dieu, aprè.s l'avoir perdu.

Les âmes qui aspirent à la perfection, ne perdent jamais ou presque jamais l'amitié de Jésus, mais bien parfois sa présence sensible. Que faire alors? Il faut lui montrer que nous lui sommes fidèles, non seulement quand il nous console, mais encore quand il nous laisse en proie à l'aridité, à la désolation, et qu'il semble s'être éloigné de nous. « Nous vous cherchions, lui disait Marie, pleins de douleur et d'anxiété. » Heureuses les âmes qui continuent de soupirer après le Sauveur, lorsque les ténèbres enveloppent leur esprit, et qu'une dureté involontaire s'est emparée de leur cœur! Qu'elles se gardent bien de chercher alors du soulagement parmi les créatures ou dans les joies du siècle !

Marie et Joseph ne retrouvèrent point Jésus au milieu du monde, ni même chez leurs parents, amis et connaissances ; mais dans le temple qui est sa demeure propre, et où il réside pour nous y attendre le jour et la nuit. — Dans nos sécheresses spirituelles, allons souvent visiter le très saint Sacrement, lui raconter notre

peine, nous humilier en sa présence, lui demander la résignation, la ferveur et la constance dans son service. Car pourquoi le Sau* veur permet-il nos épreuves et désolations intérieures, sinon pour nous tenir dans l'humilité, affermir notre vertu, nous exercer à la patience, augmenter nos mérites, stimuler notre ardeur, et nous apprendre à estimer davantage la grâce de la dévotion, et à la conserver avec plus de soin? Sont-ce là les fruits que vous retirez de vos aridités d'esprit?

Hélas! chez vous la privation de la grâce sensible est souvent un effet de votre tiédeur, de votre lâcheté, de vos fautes vénielles. 1° Vous négligez de veiller sur vos pensées, vos paroles, vos regards; de secouer votre paresse, de mortifier votre sensualité. — 2° Vous manquez de fidélité dans l'accomplissement de vos pratiques pieuses. De là cette obscurité, cette froideur dans l'oraison, la sainte Messe, la Communion ; ce qui vous empêche de chercher Jésus avec le courage et la constance dont Marie et Joseph vous ont donné l'exemple.

0 Vierge sainte, toujours fidèle! donnez à mon cœur les sentiments du vôtre, cette tendresse, cette force, cette persévérance dans I'amour de votre divin Fils. Que toutes mes pensées, mes affections, tous les désirs de mon âme aspirent sans cesse veis ce Bien suprême et infini; qu'il soit à jamais mon trésor, mon repos, mon bonheur, ma grandeur et ma vie! Omnia et in omnibus Chris tus.1

7 janvier. - Vocation des Mages.

Préparation. — Du fond de sa crèche, l'Enfant Jésus appelle les Mages à la foi. Méditons 1° Comment ils ont répondu a leur vocation. 2° Quels motifs nous avons de répondre nous-mêmes à la nôtre, qui est de nous sanctifier. — Examinons si nous croyons vivement et fermement les mystères révélés, et si notre conduite est toujours d'accord avec notre foi, surtout dans les peines, les combats et les di incultes. Jusins autem meus ex fide vivii:2

(1; Col. ô, 11. (2)IIebr. 9, 58.

lo Fidélité des mages a i eur vocation a i.a foi.

Le Verbe incarné ne reste point oisif dans l'Etable où il repose. Du fond de sa crèche il éclaire tout homme venant en ce monde et donne aux âmes fidèles la lumière de la foi. C'est lui qui envoie une étoile aux Mages de l'Orient et illumine en même temps leur intelligence pour les attirer à Bethléem. Combien d'autres contemplèrent le météore lumineux, sans en comprendre le sens, et s'en tinrent a une admiration stérile! Il n'en fut pas ainsi des saints Rois : prévenus par la grâce, sans se laisser intimider, ni par le respect humain, ni par l'opposition de leurs amis et de leurs proches, ni par la pensée des fatigues et des perds du voyage," ils se décident a suivre le signe qui leur est donné du ciel. Dieu parle, sa volonté se manifeste à eux. et cela leur suffit. Quelle foi! quelle fidélité!

Arrivée près de Jérusalem, l'étoile disparaît, nouvelle épreuve pour eux! Mais sans se déconcerter, ils vont consulter les depo sitaires des Ecritures, afin d'entendre de leur bouche les oracles divins, et de s'y conformer humblement. A peine se remettent-ils en route que l'étoile reparait, en récompense de leur soumission aux représentants de Dieu.

Bientôt ils parviennent à Bethléem, et là que voient-ils? Hélas! ils avaient été étonnés de ne pas trouver Jérusalem en fête pour la naissance du Messie; maintenant leur étonnement est à son comble : au lieu d'un roi, portant un diadème et environné de sa cour, ils n'ont sous les yeux qu'un enfant pauvre, faible et sans parole. Quelle suprême épreuve pour leur foi ! Qui n'y aurait suc combé? Mais ces dignes descendants d'Abraham croient contre toutes les apparences. Ils se prosternent jusqu'à terre, et sans raisonner ils adorent l'Eternel devenu mortel pour leur amour. Saisis d'admiration de voir en Jésus tant de grandeur abaissée, de splendeurs obscurcies, de majesté voilée, ils sont partagés entre le respect, la joie, la reconnaissance et la tendresse. 0 triomphe de la foi, quand elle est vive dans les cœurs!

Examinons si nous ne manquons pas de cette foi vive, dans nos rapports avec Jésus au sacrement de l'autel, puisqu'il est là aussi réellement qu'il était à Bethléem. Prenons les sentiments des Mages chaque fois qu'il nous est donné d'entrer dans une église où réside le Dieu de l'Eucharistie.

0 mon Rédempteur ! les Mages furent étonnés de vous trouver

si pauvre sous les langes de votre enfance ; combien plus devons^ nous l'être, en vous adorant sous les plus humbles espèces, après les gloires de votre résurrection ! Ah ! communiquez-moi : 1° La foi, le respect, l'admiration des saints Rois pour vos grandeurs cachées. 2° Leur reconnaissance d'avoir été choisi, de préférence à tant d'autres, pour connaître ces mystères de salut. 3° Leur ferveur et leur fidélité, afin de mettre à profit tant de moyens de sanctification qui, dans le culte eucharistique, me sont donnés plus abondamment qu'aux Rois mages à Bethléem.

2° Motifs de fidélité a la vocation de nous sanctifier.

Jésus Enfant nous a prédestinés comme les Rois mages, non seulemenl ù la foi et à la grâce, mais encore a la perfection de son amour. Etegil nos ante mvndi constitutionem ut essemus sancti.* One de preuves de cette vérité n'avons-nous pas dans notre vie! A peine nés, nous voilà portés sur les fonts baptismaux, purifiés du péché, arrachés aux griffes de Satan, faits enfants de Dieu et de l'Eglise, établis héritiers du royaume des cieux! Pour nous donner le temps d'augmenter nos mérites, le Seigneur a prolongé nos jours, il nous a procuré une éducation chrétienne, nous a prévenus de ses lumières et inspiré le goût de la piété. Que de bons mouvements, d'inclinations vertueuses, ne tenons-nous pas de lui! Combien de moyens d'en profiter n'avons-nous pas dans la prière sous toutes ses formes et pour tous les instants; dans les sacrements si féconds en fruits de salut, et dans le sacrifice de nos autels, le même que celui du Calvaire, qui a racheté le genre humain vendu à Satan par le péché.

Tant de secours nous seraient-ils donnés sans but? Ne nous prouvent-ils pas combien le Seigneur souhaite de nous voir saints et parfaits? Quel compte redoutable nous devrons lui rendre, si, par notre négligence, nous ne correspondons point à tant de grâces, ou si, par notre tiédeur volontaire, nous en abusons au détriment de sa gloire et de notre progrès! Il nous importe donc beaucoup de faire fructifier en nous les dons célestes, en travaillant sérieusement chaque jour à notre sanctification. — L'avons-nous fait jusqu'ici? Ne sommes-nous pas rebelles aux reproches intérieurs que nous adresse 1 Enfant-Dieu? Examinons devant sa

(i)Eph. 1,4.

crèche : 1° Si, pour lui plaire, nous combattons notre vanité, notre dissipation, nos attaches, nos désirs empressés, nos vivacités fréquentes, et tant d'autres obstacles au règne de sa grâce en nous. 2° Si, dans le désir de l'imiter, nous travaillons à acquérir plus d'anéantissement devant Dieu, de condescendance envers le prochain, de mépris de nous-mêmes, d'attention à la divine présence et de résignation dans les contrariétés.

0 Sauveur tout aimable! vous m'appelez à vous comme les Mages, et vous me proposez la perfection de votre amour. Ne permettez pas que je me montre indocile à votre voix et infidèle à vos attraits. Que n'ont pas souffert les saints Rois pour arriver à vous? quelles fatigues! quels ennuis! quelles privations ! Inspirezmoi le courage : 1° De travailler sérieusement comme eux à ma sanctification, par une vie de vigilance, de recueillement et d'oraison. 2° De supporter les peines, les dégoûts, les difficultés inséparables de l'accomplissement de mes devoirs. 3° De renoncer à mon jugement, à ma volonté, à mes mauvaises inclinations et à tous les défauts qui empêchent en mon âme votre règne parfait. Je vous demande ces grâces par l'intercession de votre divine Mère, de votre Père nourricier et des saints Rois qui visitèrent votre berceau. Ut essemus sancli et immaculati in conspeclu ejus.

8 janvier, — Les dons des Mages.

Préparation. — « Us lui offrirent des présents : de l'or, de l'encens et de la myrrhe. » Ainsi parle l'Évangile. Considérons ce que signifient les présents des Mages 1° Par rapport à Jésus, 2° Par rapport à nous. — Le fruit de cette méditation sera de nous inspirer la résolution de produire souvent des actes d'amour, de demande et de renoncement à nous-mêmes, actes que symbolisent les trois présents des Rois. ObtiUerunt ei mimera, aiiram thus et myrrham.1

lo Signification des dons des mages par rapport a jésus.

Ce n'est pas au hasard que les Mages offrent au Verbe incarné de l'or, de l'encens et de la myrrhe; non, leur intention se mani-

(l)Matth. 2, il.

feste déjà dès leur passage à Jérusalem, alors qu'ils appellent Jésus. Roi; qu'ils déclarent vouloir l'adorer comme Dieu, et qu'ils s'informent où il est né comme Fils de Marie. Ne reconnaissent-ils pas ainsi sa royauté, sa divinité et son humanité? '

En conséquence, ils lui apportent de l'or, et témoignent par là le révérer comme le Roi très sage et très riche dont Salomon n'était que la figure. La reine de Saba vint autrefois de l'Orient visiter le fils de David ; ainsi, conduits par une étoile miraculeuse, ils viennent rendre leurs hommages au Fils unique du Roi des rois, à qui appartiennent tous les trésors. — Ils lui présentent de I'encens. comme au Dieu qui a tout créé, et vers qui doivent monter les prières de ses créatures ; — ils lui offrent de la myrrhe, pour professer leur foi à son humanité sainte et à la mort qu'il doit subir un jour.

Éclairés comme ils l'étaient de la lumière céleste, comment auraient-ils ignoré ces mystères? De là les fatigues qu'ils s'imposent dans la recherche de Jésus; de là les fruits abondants qu'ils retirent de leur séjour à Bethléem, où leurs dons, offerts avec tant de ferveur, leur méritent la grâce de devenir plus tard des apôtres, des saints et des martyrs. — 0 puissance de la foi, animée par la charité!

Pendant que les pieux Rois rendent ainsi leurs hommages au Sauveur, que fait, de son côté. l'Enfant Jésus? 11 s'offre à son divin Père avec un amour sans bornes représenté par l'or de ses visiteurs ; — il s'anéantit devant sa majesté sainte avec une religion profonde, dont les actes montent au ciel comme la fumée du plus pur encens. — En hommage à la divine justice et en réparation d'honneur, il lui présente d'avance la myrrhe de sa passion et de sa mort douloureuse.

Unissons-nous à l'Enfant de Bethléem, et avec lui : 1° Offrons au Père éternel l'or de notre amour, en nous réjouissant de ses adorables perfections. — 2° Connaissant notre impuissance au bien. demandons avec ferveur les grâces qui sanctifient. — 3° Joignons a l'encens de la prière la myrrhe de la mortification, en offrant a la justice de Dieu quelque léger sacrifice : d'une parole, d'un regard, d'un ressentiment, d'une satisfaction, d'une répugnance.

0 saint Enfant! je me soumets à vous comme à mon Roi; je vous adore comme mon Dieu, et je vous aime comme mon Rédempteur. Accordez-moi la grâce de produire souvent dans

(1) Matth. 2, ±

l'oraison des actes semblables d'assujettissement, d'adoration profonde et d'union à votre Passion douloureuse, comme aussi des actes d'amour, — de demande — et de renoncement, pour réaliser complètement en moi le sens mystique des présents des Mages. Aurum, Unis et myrrliam,

2° Signification des dons des mages par rapport a nods.

Les présents des Rois Mages embrassent, dans leur signification, toute la perfection evangelique. c'est-a-dire les devoirs envers Dieu, que figure l'encens de la prière, les devoirs envers le pro chain. résumés dans l'aumône et représentés par l'or , les devoirs envers nous-mêmes, compris dans la mortification des vices, et indiqués par la myrrhe offerte a l'Enfant divin Ces différents devoirs renferment toutes les vertus qui font les vrais disciples du Verbe incarné.

Pour mieux accomplir les premiers, c'est-à-dire nos pratiques tieuses, rien de plus efficace que de nous unir à l'Enfant de Bethléem. De son humble crèche, il rend au Père éternel les plus parfaits hommages d'adoration, de dépendance, de reconnaissance, de confiance et de dévouement, qui sont comme l'âme de la piété solide et de la vraie dévotion. Entrons dans ses sentiments chaque fois que nous nous prosternons devant Dieu..

Méditons de même la charité qu'il témoigne à nos âmes, afin d'apprendre de lui jusqu'où nous devons aimer le prochain. Son attention et son ardeur à offrir ses souffrances au profit de notre salut, nous prêchent éloquemment la générosité à pardonner, à oublier les offenses, a supporter les défauts d'autrui, à combler de biens ceux-là mêmes qui nous haïssent, nous persécutent et nous calomnient.

Mais une telle perfection ne s'acquiert pas sans une entière mortification, c'est-a-dire, sans régler nos sens, nos désirs, notre humeur* sans combattre en nous la colère, les aversions, l'impatience; sans faire abnégation de nous-mêmes et de nos inclinations, sans nous plier, en un mot, aux volontés, aux caprices mêmes du prochain, pour l'édifier et le porter à la vertu. Exa minez où vous en êtes dans l'exercice de ce parfait renoncement.

Adorable Sauveur! communiquez-moi la force de rendre à Dieu et à mes semblables, au prix même des plus grands sacrifices, tout ce que la piété et la charité réclament de moi. A cette fin i

1° Réveillez ma foi sur les motifs qui me pressent d'obéir aux divins préceptes, de respecter les autres et de me mépriser moimême. — 2° Embrasez-moi de cet amour généreux qui me rende capable de me dévouer au service du Père céleste et au bonheur du prochain. — 3° Inspirez-moi la résolution de ne jamais montrer au dehors mes impressions intérieures, quand elles peuvent blesser- la délicatesse de la charité envers Dieu et envers mes frères.

9 janvier. — Les présents des Mages.

Préparation. — « Les rois de Thnrse et les îles lui offriront des présents.1 » Ainsi parle le Psalmiste. Considérons 4° Quels actes d'offrande les dons des Mages peuvent nous inspirer. 2° Quelles vertus spéciales ils recommandent à notre attention. — OilVons aujourd'hui à Dieu plusieurs actes intérieurs d'obéissance, d'amour et de résignation, dans les saintes dispositions qui animaient les Rois mages près de la crèche du Verbe incarné, Rcges Tharsù et insulœ muncra oflerent.

lo Actes d'offrande en rapport avec les dons des mages.

Au jour de l'Epiphanie, sainte Gertrude offrait à Dieu pour myrrhe, les tourments du Rédempteur, en expiation des crimes du monde ; — pour encens, l'âme de Jésus et toutes ses opérations, en réparation des négligences du genre humain au service de son Créateur; — elle remplaçait I'or, en offrant la divinité du Verbe incarné, pour suppléer à l'insuffisance et à l'imperfection des créatures. Comme elle achevait ces actes d'offrande, elle vit Jésus traverser le ciel et les porter à la très sainte Trinité ; preuve évidente que Dieu les avait agréés.

Combien d'iniquités provoquent chaque jour la colère céleste sur toute la surface de la terre ! Combien de fautes plus ou moins Volontaires n'y ajoutons-nous pas nous-mêmes ! Comment apaiser la justice divine, sinon par l'offrande des souffrances et des mérites d'un Dieu ? C'est là cette myrrhe choisie, symbole de la mort et

(l)Ps. 71, 10.

de la sépulture de Jésus, que nous apportons à son berceau, afin de rappeler au Père céleste les mérites de l'Agneau divin, qui efface les iniquités de la terre et peut sauver une infinité de mondes plus coupables que le nôtre. Formons donc des actes de repentir en union avec le cœur de l'Enfant Jésus, si affligé de nos offenses.

En outre, que de tiédeur ne voyons-nous pas chez la plupart des chrétiens! Nous avons sans doute nous-mêmes bien des reproches à nous adresser, bien des négligences à déplorer dans le travail de notre perfection. Or quelle meilleure réparation pouvons-nous offrir au Père éternel que celle de l'Enfant divin qui, dans sa petite crèche, forme les actes les plus fervents des vertus ? Il nous invite ainsi à secouer notre torpeur, à stimuler notre insouciance, à réveiller notre foi, afin d'être plus exacts à obéir à la grâce et plus fidèles à en conserver les fruits. Ce sera l'encens d'agréable d'odeur, qui réparera notre tiédeur passée et nous rendra plus ardents, plus dévoués dans l'avenir.

Eussions-nous d'ailleurs l'ardeur des Séraphins, nous serons toujours incapables de glorifier Dieu comme il le mérite. A cette fin, recourons encore au Verbe incarné, et offrons l'or de sa divinité pour rendre au Créateur tous les hommages qui lui sont dûs. — 0 Dieu! Père tout-puissant! je vous présente, dans l'étable de Bethléem et dans nos tabernacles, l'adorable Victime de notre salut, son corps, son âme et sa divinité : son corps, qui a tant souffert, je vous l'offre en expiation de mes péchés ; — son ame si fervente et si sainte, en réparation de ma lâcheté à votre service ; — enfin sa divinité, en hommage à vos grandeurs et en actions de grâces de vos bienfaits qui sont sans nombre et de chaque instant.

2° Vertus symbolisées par les dons des mages,

Le jour de l'Epiphanie, la même sainte Gertrude demandant au Sauveur ce qu'elle devait lui offrir pour une personne qu'elle aimait, il lui répondit : «. Offre-moi ses pieds, ses mains et son cœur : ses pieds, c'est-à-dire les désirs qui l'animent de me dédommager des tourments de ma Passion, en souffrant sans plainte ; sa résignation me sera agréable comme une myrrhe de choix; — ses mains, c'est-à-dire ses œuvres intérieures et extérieures, en union avec les miennes ; elles me seront ainsi un suave encens; — son coeur ou sa volonté, ce qui signifie l'exercice de

l'obéissance, qui me sera plus précieuse que l'or le plus pur. » Ainsi parla Jésus, et que nous enseigne-t-il ?

1° A compatir à ses souffrances, et à unir les nôtres aux siennes. Comme la myrrhe sert à embaumer les corps et les préserve de la corruption, ainsi la pensée des douleurs du Verbe incarné et les peines que nous endurons patiemment, ont pour effets principaux de garder notre âme contre la contagion du siècle et de nos mauvais penchants, surtout de la concupiscence qui nous expose si souvent au péché.

2° Les œuvres intérieures et extérieures que réclame Jésus doivent être sanctifiées par la bonne intention. Plus celle-ci est pure, sans recherche de l'estime mondaine et de l'intérêt propre, plus nos actions seront embaumées d'un parfum surnaturel, qui montera comme l'encens vers le trône de Dieu. A cette fin, unissons-nous aux sentiments et aux désirs de l'Enfant de Bethléem.

3° Ajoutons à celte pratique ce que le Seigneur estime le plus, c'est-à-dire une volonté parfaitement obéissante a ses préceptes et soumise à ses desseins sur nous. C'est l'or le plus précieux que nous puissions lui offrir. L'obéissance, en effet, nous dépouille de tout retour d'amour-propre et nous unit étroitement à 1;j volonté de Dieu. D'où il suit qu'en agissant pour obéir, nous faisons ce qu'il y a de plus grand, de plus sage, de plus parfait, de plus méritoire.

0 Jésus! dès votre entrée en ce monde, vous vous êtes proposé d'accomplir tous les désirs du Père céleste.' Vous en avez fait votre aliment; vous y avez mis votre bonheur et votre reposa Accordez-moi la grâce de ne chercher comme vous en toutes mes actions que le contentement du Père éternel et d'y trouver, à votre exemple, une paix profonde, une tranquillité délicieuse. Je forme la résolution : 1° De penser souvent aux souffrances et aux ignominies de votre Passion. °2°Dc me détacher, par là, du monde et de moi-même, afin d'envisager en tout la gloire et le bon plaisir de Dieu. 3° D'imiter en tout votre obéissance parfaite, obéissance que vous, le Roi du ciel, avez pratiquée sur la terre depuis la crèche jusqu'au sépulcre, à l'égard de toute autorité légitime, sans excepter celle de vos persécuteurs et de vos bourreaux. Qitœ placila sunl ei fado semper.

(1) Hebr. 10, 9. (°2) Joan. ;, 31 et 8, 29.

10 JANVIER. — VISITE A l'ENFANT-JÉSUS. 33

10 janvier. - Visite à l'Enfant Jésus.

Préparation. — « El entrant dans l'habitation, dit l'Évangile, les Mages trouvèrent l'Enfant avec Marie, sa Mère.' » Considérons 1° Quelles sont les dispositions requises pour visiter Jésus. 2° Quels fruits précieux nous pouvons retirer de cette pratique. — Proposons-nous de penser souvent au très saint Sacrement, et d'aller prier chaque jour devant les tabernacles où réside l'Auteur de toute grâce. Et intrantes aomum, vwenerunt Puerum cum Mann, Matre ems.

1<> Dispositions requises pour visiter l'enfant-dieu.

Les premiers visiteurs de l'Enfant divin, dans l'etable de Bethléem, furent les esprits bienheureux. « Lorsque le Père éternel, dit l'Apôtre, introduisit son Fils premier-né sur la terre, il ordonna à ses anges de venir l'adorer.- » Et ces Esprits célestes de descendre vers la grotte où repose l'Enfant-Dieu. Avec quel etonnement ils contemplent sa pauvreté, sa petitesse, l'état d'assujettissement où il s'est réduit, lui qui jouissait dans les cieux de tant de richesses, de gloire, de pouvoir et dinriépendance! Quelle n'est pas leur admiration de voir en lui la Majesté divine humiliée, la Splendeur éternelle obscurcie, l'Allégresse du paradis pleurant et vagissant sur un lit de paille comme un enfant délaisse! Qui de nous ne tomberait à genoux, pénétré a*unc religion profonde, en considérant ce ravissant spectacle?

Les Anges vont l'annoncer à des Bergers, qui veillent à la garde de leurs troupeaux. Et voici que ces hommes simples accourent ; et que trouvent-ils? Un Enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche comme on le leur avait dit. Ils se prosternent, et, remplis d'une tendre dévotion, ils remercient leur Dieu-Sauveur de s'être abaissé jusqu'à eux, et lui demandent la grâce de le servir fidèlement. Puis, répandant le.ur cœur en pieuses affections, ils se consacrent à ce divin Messie, attendu depuis tant de siècles comme un puissant monarque, et qui se présente à eux sous la forme gracieuse d'un Enfant!

(l)Matth. 2,1t. (2)IIebr. 1,0.

Enfin des Rois d'Orient viennent, à leur tour, rendre leurs hommages au Rédempteur nouveau-né. Ils lui offrent l'expression de leur foi, de leur confiance et de leur amour, dans les dons précieux qu'ils déposent à ses pieds et qui sont pour nous les symboles des dispositions qu'il nous faut apporter au berceau de Jésus et devant les tabernacles où il repose jour et nuit.

0 mon aimable Sauveur ! chaque fois que je viendrai vous visiter dans les églises ou vous recevoir à la table sainte, je me propose 1° De m'unir à I'admiration des Anges, étonnés de voir en vous la Force invincible réduite à l'impuissance par votre Cœur aimant. — 2° D'emprunter aux Bergers leurs sentiments de respect pour vos grandeurs, de gratitude pour vos bienfaits, et d'ESPÉRANCE en votre bonté sans bornes. — 3° Je veux vous demander en particulier la ferveur et I'amour des trois Rois mages, pour vous consacrer mon corps, mon ame, tous mes instants, afin que rien en moi ne soit soustrait à votre empire et à votre service. — Par les mérites de Marie et de Joseph, fortifiez en mon cœur ces dispositions, et montrez-moi combien souvent et dans quelles circonstances j'en ai manqué jusqu'ici.

2o Fruits a retirer dk nos visites a Jésus.

ce Celui qui garde la pureté du coeur, dit l'Esprit-Saint, aura le Roi du ciel pour ami . ' » Lis lui-même, le Roi Jésus se plaît parmi les lis. Pascilur inter lUia* Aussi, ce sont les Anges qu'il appelle les premiers à sa crèche. Lors donc que nous le visitons dans l'étable ou dans nos églises, demandons-lui cette pureté de cœur, qui lui est si agréable, parce qu'elle nous inspire l'horreur des moindres fautes et le détachement des créatures.

De là nous viendra cette simplicité, cette droiture envers Dieu, vertus dont les Bergers nous donnent l'exemple et que nous devons aussi réclamer du Sauveur quand nous paraissons en sa présence. Car il aime tendrement, dit l'Esprit-Saint, les âmes simples, qui vont droit à lui, sans détour, sans déguisement.5 Avec quelle complaisance il considère un cœur qui ne se cherche .en rien, vit sans prétention et désire ardemment la gloire de son Bien-Aimé! Quand donc nous visitons Jésus, prions-le de nous rendre, comme l'Apôtre, capables de nous conduire en

(1) Prov. 22, 15. (2) Cant. 2, 16. (3) I Par. 19, 27 et Prov. 2, 7.

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