‹ Meditations pour tous les jours de l'anneeChapitre 41 sur 258 · JANVIER. —DOULEUR DE MARIE EN OFFRANT JÉSUS DANS LE TEMPLE · texte numérisé non relu

JANVIER. —DOULEUR DE MARIE EN OFFRANT JÉSUS DANS LE TEMPLE

une foulo d'occasions : 1° D'expier nos péchés. 2° De réprimer nos défauts et d'étouffer nos vices. 3° D'exercer d'excellentes vertus. 4° De mériter ce poids immense de gloire éternelle que tout acte de résignation, selon l'Apôtre, nous fait acquérir auprès de Dieu!1 0 Jésus! affermissez en moi la résolution que je prends de recevoir en paix, dès aujourd'hui, toutes les peines inhérentes à l'accomplissement de mes devoirs.

2° Sentiments que doit nous inspirer le mystère que nous méditons.

La componction est le principal effet que doit produire en nous ja pensée des douleurs de Marie et d'un Dieu offert en victime pour nos iniquités. Ce Dieu veut mourir, non pas une fois, mais, pour ainsi dire, autant de fois qu'il y aura de moments dans sa vie, autant de fois que le veut son divin Père. Il en sera de même de sa Mère désolée. Qui donc ne serait pas ému de repentir, à la pensée d'une telle expiation ? Ne faut-il pas que le péché soit un mal incompréhensible, pour exiger une telle réparation, de la part d'un Dieu et d'une Mère de Dieu ? Comme les souffrances de Jésus et de Marie n'eurent jamais d'interruption, ainsi ne devrait jamais en avoir la contrition de notre âme. A chaque instant, nous devrions déplorer amèrement le malheur d'avoir offensé un Dieu si bon, si parfait, si aimable, qui s'est offert par les mains de sa Mère dans l'intention de s'immoler pour nous.

« Seigneur ! devrions-nous dire, puisque je suis coupable, je me livre à votre justice. Mais cette justice est apaisée par le sang du Sauveur, en faveur des cœurs repentants; je m'abandonne donc à votre miséricorde. Brûlez, coupez, ne m'épargnez pas en cette vie, pourvu que vous m'épargniez en l'autre. Il me suffit do savoir que cela me vient de vous. »

Sont-ce là nos sentiments? ne nous contentons-nous pas d'un repentir faible et purement intérieur, sans aucun exercice de pénitence et de mortification? et, quand le Seigneur nous punit dans sa bonté, n'avons-nous pas la hardiesse de dire : « Qu'ai-je fait à Dieu pour qu'il me traite si sévèrement? » 0 aveuglement déplorable, qui nous fait oublier trop souvent que nous avons mérité les supplices de l'enfer ! Jésus et Marie ne se sont pas contentés de la contrition du cœur pour expier nos fautes ; ils en sont

(1)11 Cor. 4 7,

venus aux effets. On les a vus monter ensemble au Calvaire ef s'immoler de concert dans l'intérêt de nous tous.

0 Victimes innocentes ! que votre pénitence confond bien ma délicatesse ! Souvent je dis à Dieu : « Seigneur, disposez de moi comme il vous plaît ; » mais quand il me prend au mot, en permettant quelque épreuve, quelque aridité ou tentation, je tombe dans l'abattement, et je me plains de la main paternelle qui guérit mes blessures par de salutaires incisions. 0 Jésus ! 0 Marie ! inspirez-moi l'esprit de mortification : donnez-moi la force : 1° De réprimer nos mauvais penchants, sources funestes de tous mes péchés. 2° De supporter patiemment les infirmités du corps et les humiliations de l'âme, en expiation des offenses que j'ai commises contre vous. 3° De m'imposer parfois des privations volontaires, afin de mieux réparer mes torts envers vous et d'opérer plus entièrement ma guérison spirituelle.

21 janvier. - Virginité de sainte Agnès-

Préparation. — « Oh ! qu'elle est belle, s'écrie l'Esprit-Saint, la génération chaste, ornée de l'éclat des vertus!1 » Considérons 1° Quel fut le principe de la virginité d'Agnès. 2° Par quelles faveurs Dieu la lui conserva. — Estimons et aimons la vertu ange* lique plus que tous les avantages de cette vie ; gardons-la par la vigilance, la mortification et la prière, car elle en est bien digne. 0 qnam pidchra est casta generatio cum claritate !

lo Principe de la virginité de sainte agnès.

Qui n'admirera cette enfant de treize ans, éprise d'AMOUR pour l'Epoux des vierges, et par suite pour la virginité? « Retire-toi, s'écrie-t-elle, a un indigne solliciteur de sa main, retire- toi, tison d'enfer, toi qui est destiné à servir de pâture à la mort! Ne te flatte pas de- me rendre infidèle à mon Epoux, qui n'a pas son pareil. Car un Dieu est son Père, et sa Mère est une Vierge. 11 est si beau, que sa splendeur surpasse la clarté du soleil, et que les cieux eux-mêmes en sont ravis. Sa sagesse m'a tellement captivée,

(l)Sap. 4, 1.

que je ne sais penser qu'à lui, et quoique je t'aie en horreur, je suis bien aise de te voir pour pouvoir te le dire.

» Quelle n'est pas sa richesse! il m'a donné un trésor supérieur à tout l'empire romain, et personne ne le sert sans être comblé de biens ineffables. Que te dirai-je de sa bonté, qui n'a point démesure? Il m'a marquée de son sang; il m'a promis de ne m'abandonner jamais, moi qui suis son épouse ; il m'a ornée de vêtements splendides et de joyaux inestimables. Sa puissance ne connaît point de bornes; il ne saurait être vaincu par toutes les forces du ciel et de la terre. Le parfum qu'il répand suflit à guérir les malades, et sa voix seule ressuscite les morts.

» Comment ne serais-je pas entièrement à lui? Je l'aime plus que mon ûme et que ma vie, et je serais heureuse de mourir pour lui plaire. En l'aimant, je suis chaste; je deviens plus pure, en m'approchant de lui ; et ce sont ses embrassements qui rendent inviolable ma virginité. Aucune menace, aucune promesse ne pourront donc jamais m'éloigner de son amour. »

Quel noble et touchant langage, surtout dans une enfant! Qu'il est capable de nous faire aimer ce Dieu Sauveur, qui réunit en lui toutes les perfections divines et humaines ! — Or, si nous l'aimons, comme sainte Agnès, qu'arrivera-t-il ? 1° Nous estimerons comme elle la pureté du corps et de l'âme, la candeur de l'innocence, la beauté de l'angéliquc vertu. 2° Les lis de la chasteté seront l'objet de notre prédilection ; nous les cultiverons dans notre esprit, dans notre cœur, dans tous nos sens.

0 Jésus! éloignez à jamais de moi ces honteuses souillures qui flétrissent l'intelligence, dépravent la volonté et conduisent à la damnation tant de chrétiens assez malheureux pour sacrifier à un plaisir brutal leur ame, leur Dieu, leur éternité. A cette fin, accordez-moi le don de votre saint amour, qui élève nos pensées, purifie nos affections et diminue en nous le feu de la convoitise.

2o Faveurs que reçut agnès pour garder sa virginité.

Le discours d'Agnès lui valut l'honneur d'être saisie et conduite devant le tribunal du gouverneur romain. Comme celui-ci la pressait d'accepter la main de son fils, elle répondit : « Rien au monde n'est capable de me faire abandonner l'Époux que j'ai choisi et qui m'environne de toutes parts comme un mur que l'on ne saurait forcer. » — Le tyran ordonna de la conduire dans un lieu d'infa-

MÉDIT. 1. fi*

mie. Mais, ô prodige ! les cheveux de l'innocente enfant grandirent en un instant, par miracle, et la couvrirent de la tète aux pieds. Une robe blanche lui fut apportée miraculeusement, et un Ange se tint à ses côtés, prêt à la défendre. Ce spectacle remplit de crainte et convertit plusieurs païens.

Mais Procope, le fils du gouverneur, ayant voulu braver I'angélique gardien d'Agnès, en reçut au cœur un coup qui retendit raide mort. Ce fut une désolation suprême dans la famille du jeune homme. Sur les instances du père, la martyre, oublieuse de ses injures, le ressuscita par ses prières, et en fit un confesseur de la divinité de Jésus. O puissance de l'oraison dans une âme pure ! L'Epoux des vierges ne sait rien refuser à ses épouses. — Agnès fut enfin condamnée au feu ; mais Jésus ne permit pas aux flammes de la consumer. Il fallut le fer du bourreau pour immoler cette tendre victime, qui bénissait à haute voix le Bien- Aimé de son cœur.

Oh ! qui nous dira le prix de la virginité, pour laquelle tant de nobles martyres ont versé leur sang? Elle exige aussi de nous le martyre des sens, le sacrifice de ce qui les flatte et nourrit la concupiscence. Si donc nous voulons être chastes, ayons soin : 1° De mortifier notre goût, notre palais, et d'exercer la sobriété, la tempérance dans nos repas. 2° Soyons modestes dans notre extérieur; évitons toute entrevue, toute lecture, tout discours dangereux. Par ces moyens, unis à la prière, nous appartiendrons à cette génération chaste, dont l'Esprit-Saint lui-même célèbre la louange. O quam pulchra est casta generatio ami claritate!

0 Jésus, Epoux des vierges! par l'intercession de la Vierge immaculée et de sainte Agnès, martyre, accordez-moi la grâce de recourir toujours à vous, à Marie et à Joseph, dans les tentations contraires à la pureté. Faites-moi pratiquer jusqu'à la mort l'angélique vertu, au moyen de I'oraison continuelle et de la mortification des sens.

22 janvier L'exil de Jésus.

Préparation. — « Joseph, dit saint Matthieu, prit l'Enfant et sa Mère, se retira en Egypte et y fut jusqu'à la mort d'Hérode.1 » Considérons 1° La fuite de la sainte Famille en Egypte. 2° Son séjour dans cette contrée. — Prenons ensuite la résolution de vivre ici-bas comme des voyageurs, des exilés qui, par l'esprit de foi et d'oraison, aspirent sans relâche à retourner à Dieu et à la patrie céleste. Dum siimus in corpore, peregrinamur a Domino.2

\o Fuite db la sainte famille.

Siméon avait dit à Marie dans le Temple : « Cet Enfant sera en butte à la contradiction.3 » A peine est-il présenté au Seigneur quarante jours après sa naissance, que la contradiction commence. Joseph est averti en songe de fuir devant les émissaires d'Hérode, et de se retirer en Egypte avec l'Enfant et sa Mère. Voila donc la sainte Famille, Trinité de la terre, figure de la Trinité du ciel, la voilà errante et fugitive à travers le désert, par le froid et la pluie, sur des chemins rompus et fangeux ! Quel spectacle ! le Fils et la Fille de David,'avec le Fils unique de Dieu, qui parcourent une distance de trente journées, sans ressources, sans vivres et sans asile! « Hélas! disait Marie, le Dieu qui vient sauver les hommes, doit fuir devant eux, comme un criminel et un malfaiteur ! »

Apprenons de là à ne nous attacher a rien en ce monde. Soyons comme ces voyageurs qui logent une nuit dans une ville, et n'accordent aucune importance à ce qu'ils y voient et entendent. De même, étrangers ici-bas, nous ne devrions jamais nous émouvoir des curiosités et des nouvelles de ce monde. Notre grande affaire, à nous, est celle de l'éternité. Il nous faut regagner la patrie céleste pour laquelle nous sommes créés. Tel doit être l'objet principal de nos soucis et de notre attention.

En agissant de la sorte, nous sentirons bien peu les ronces et les épines semées sous nos pas. Celles-ci n'ont pas manqué à la sainte Famille sur la route de l'Egypte. Mais avec quelle résigna-

(1) Matth. 2, 14. (2) II Cor. 5. 6. (3) Luc. 2, 34.

tion ces augustes exilés n'en ont-ils pas supporté les piqûres! « Personne ne reçoit les faveurs du ciel, disait Marie à l'une de ses servantes, sans les avoir méritées par la souffrance et la patience. » — C'est aussi par ce moyen que nous purifierons notre cœur de tout péché, de tout attachement au monde, et mériterons les grâces divines. Quelle honte pour nous d'être si peu résignés, non pas dans de rudes épreuves, mais dans des contrariétés légères inhérentes à nos devoirs de chaque jour !

Et quelle peut être la cause, ô mon Dieu ! de mes impatiences habituelles, sinon mon attachement à moi-même, à mes idées, à mes satisfactions, à mon repos, à certain travail qui me plaît? Ah ! si je ne tenais plus à rien ici-bas, votre volonté serait mon unique amour, votre grâce ma seule richesse et votre gloire toute ma grandeur. Et quelle épreuve alors pourrait me rendre malheureux?... Apprenez-moi donc à me contenter de vous dans l'affliction et les revers, comme dans la consolation et les succès.

2° Séjour de la sainte famille en Egypte.

Les peines de Jésus, de Marie et de Joseph, ne se bornèrent pas au voyage : ils durent passer sept longues années dans ce pays lointain. Leur pauvreté fut extrême pendant tout ce temps, et plus Jésus croissait en âge, plus leurs privations se faisaient sentir. Ce n'était qu'à force de travail et de fatigues qu'ils gagnaient le pain de chaque jour. Inconnus dans le pays, ils y étaient regardes et traités comme des étrangers.

Mais loin de déplorer son sort, la sainte Famille en profitait pour mener une vie de recueillement et d'oRAisoN. Sa demeure ressemblait à un sanctuaire, et quel religieux silence n'y gardaiton pas ! Le Verbe incarné se taisait, mais il s'offrait au Père éternel en expiation de nos péchés. La bienheureuse Vierge et saint Joseph s'occupait intérieurement avec Dieu, le remerciant de les avoir choisis pour habiter constamment avec le Rédempteur, partager ses peines et contribuer ainsi au salut du genre humain.

Quelle joie pour la divine Mère, de nourrir de sa main le divin Enfant, de lui apprendre à parler, à marcher ! Comme elle adora les premières paroles et les premiers pas de l'Enfant-Dieu ! Avec quel respect, quelle dévotion elle lui mit le premier vêtement fait de ses mains maternelles, cette robe sans couture qui, selon la tradition, croissait avec le Sauveur! Joseph, de son côté, était

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