‹ Meditations pour tous les jours de l'anneeChapitre 58 sur 258 · QITNQUAGÉSIME. MARDI. — LE SACRIFICE DE L' AUTEL · texte numérisé non relu

QITNQUAGÉSIME. MARDI. — LE SACRIFICE DE L' AUTEL

s'abaisse et s'anéantit, au point de s'immoler sous les plus humbles espèces. Or la valeur d'un hommage s'accroît en proportion de la dignité, du mérite de celui qui le rend, et de l'abaissement volontaire que par là il s'impose. Quels fruits immenses ne doit donc pas produire le divin sacrifice, quand nous l'offrons aux trois fins indiquées !

Mais ces fruits précieux rejaillissent aussi sur nous. Nos prières, en effet, sont déjà toutes-puissantes par la seule vertu des promesses du Sauveur, combien plus le seront-elles quand nous participons à son immolation dans nos églises! Si les Anges et les Saints appuyaient nos requêtes auprès de Dieu, quel espoir n'aurions-nous pas d'obtenir? Combien plus, lorsque Jésus luimême prie avec nous et pour nous, en se sacrifiant comme victime en notre faveur ! Son corps, son sang, son âme et sa divinité s'unissent pour plaider notre cause et arrêter le bras vengeur d'un Dieu qui voudrait punir le monde coupable.

0 Père éternel! je vous offre, pour chaque instant de ce jour et de ma vie entière-, toutes les Messes qui se célèbrent sur toute la surface du globe; je vous les offre : à votre plus grande gloire, — en mémoire de la Passion de Jésus, — et pour obtenir à l'Église, aux pécheurs, aux agonisants, aux âmes du purgatoire et à nous tous l'effusion la plus large de vos divines miséricordes.

2° Dispositions pour assister a la messe.

Si nous comprenions comme les Anges les grandeurs de Jésus, Dieu et Homme tout ensemble, avec quelle religion profonde ne nous présenterions-nous pas devant l'autel où se célèbre le divin sacrifice? « D'où vient, demandait-on à saint Martin, ce tremblement que l'on remarque en vous quand vous entrez dans l'église? — Comment ne tremblerais-je pas? répondit-il, je suis en la présence de mon juge ! » Chétives créatures, nous ressemblons à des atomes devant l'infinie Majesté; et si nous lui devons le plus humble respect quand nous la prions dans nos demeures, combien plus quand nous assistons dans son sanctuaire, à la prière par excellence qui est le sacrifice! Pavete ad sanctuarium meum.*

Au respect joignons la dévotion. « Elle consiste, dit saint Thomas, dans la volonté de s'employer promptement à tout ce

(1) Lev. 26, %

qui regarde le service de Dieu.1 » On l'obtient, ajoute-t-il, par la considération de la bonté du Seigneur et des bienfaits dont il nous a comblés. Or quel plus grand don pourrait-il nous faire que celui de Jésus, Prêtre et Victime dans nos églises? Ce seul motif devrait disposer nos cœurs à se dévouer au service d'un si bon Maître; et en cela consiste la vraie dévotion. Par elle nous devenons victimes volontaires du bon plaisir de Dieu, avec l'adorable victime du divin sacrifice.

La pureté intérieure ajoute un éclat particulier à nos autres dispositions pour entendre la sainte Messe et surtout pour la célébrer dignement. Avec quelle innocence et quelle horreur du péché, dit le Concile de Trente, ne doit-on pas s'approcher des autels ! L'aube blanche dont se revêt le prêtre, les linges dont il use en célébrant, en sont des signes sensibles, qui nous indiquent combien doit être grande la pureté de notre conscience, de nos pensées, de nos désirs et de nos affections.

Demandons-la, cette pureté, dès le commencement de la Messe, en récitant le Confiteor et en formant les actes d'un sincère repentir, d'une contrition pleine d'amour. Répétons avec David cette invocation si belle : « Seigneur ! créez en moi un cœur pur, et renouvelez dans mon intérieur l'esprit d'innocence et de droiture.2 » Donnez-moi ce cœur qui déteste les moindres fautes et ne s'attache à rien de créé; communiquez-moi cet esprit droit, qui ne se détourne jamais du ciel pour estimer la terre, ni de sa dernière fin pour chercher ici-bas un autre objet que vous. — Je vous offre en ce moment et pour tous les instants du jour toutes les messes de l'univers entier, en réparation des outrages faits à Jésus, pendant ce temps de licence et de péchés.

mercredi des cendres - cérémonie du jour.

Préparation. — « Convertissez-vous au Seigneur, votre Dieu, » nous crie le Prophète. A cette fin, méditons : 1° Ce que signifie la cérémonie des cendres. 2° Ce qu'elle exige de nous. — Disposonsnous à y assister avec cet esprit d'humilité et de contrition qu'inspire le saint temps du Carême, et avec la resolution de nous convertir entièrement à Dieu par l'exercice d'une vraie pénitence. Convertimini ad Dominum Deam veslrttm.5

(1) 2. 2. q. 82. a. 1. (2) Ps. 50. (3) Joël. 2, 13.

lo Ce que signifie r,A cérémonie des cendres.

L'Église nous l'indique dans les prières récitées par ses ministres : « 0 Dieu, s'écrie-t-elle, vous qui ne voulez pas la mort, mais la conversion des pécheurs! daignez avoir pitié de la fragilité humaine, et bénir vous-même ces cendres que nous voulons mettre sur notre tête, comme marque de I'humilité chrétienne professée par nous, et en signe de pénitence pour obtenir notre pardon. » — C'est donc l'humilité et la pénitence que l'Église veut nous enseigner par la cérémonie de ce jour.

Déjà dans l'ancien Testament, on se couvrait de cendres pour exprimer sa douleur et son humiliation.1 Dans les premiers siècles de l'Église, les pénitents publics se présentaient à pareil jour devant l'évêque ou le pénitencier, demandaient pardon, revêtus d'un sac; et, comme signe de leur contrition, on leur couvrait la tète de cendres. Mais puisque tous les hommes sont pécheurs, dit saint Augustin, on eut soin d'étendre cette cérémonie à tous les fidèles, pour leur rappeler le précepte de la pénitence. Personne n'en était exempt : les pontifes, les évêques, les prêtres, les rois, les âmes même les plus innocentes, tous se soumettaient à cette humiliante expression du repentir.

Entrons dans les mêmes sentiments. Pleurons nos fautes, en recevant de la main du ministre sacré les cendres bénites par les prières de l'Église. Quand le prêtre dira à chacun de nous : « Souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière, » humilions en ce moment notre esprit par la pensée de la mort qui, nous réduisant en poudre, nous mettra sous les pieds de tous. — Ainsi disposés, loin de flatter notre corps destiné à se dissoudre, nous nous déciderons à le traiter durement, à mortifier notre palais, nos yeux, nos oreilles, notre langue, tous nos sens; à observer, selon nos forces, le jeûne et l'abstinence que nous prescrit l'Église.

0 mon Dieu! inspirez-moi de vrais sentiments d'HUMiLiTÉ, par la pensée de mon néant, de mon ignorance et de ma corruption. Donnez-moi le plus vif repentir de mes iniquités, qui ont blessé vos perfections infinies, — ont contristé votre cœur paternel, — crucifié votre Fils bien-aimé, — et m'ont causé à moi un mal plus

(1) Job. 42, G.

médit, i. 10

grand Que la perte de la vie du corps, puisque le péché mortel est la mort de 1 ame et nous expose à une mort éternelle.

2o Ce que la cérémonie des cendres exige de nous.

L'église termine la bénédiction des cendres par une exhortation aux fidèles. Elle nous engagea ne pas nous contenter des marques extérieures de la pénitence, mais à en prendre I'esprit et les sentiments. Jeûnons, dit-elle, comme le veut le Seigneur, mais accom' pagnons le jeûne des larmes du repentir, en nous prosternant devant Dieu et en déplorant dans l'amertume de nos cœurs notre ingratitude envers lui. — Mais cette contrition, pour être profi table, doit être accompagnée de confiance. Aussi l'Église ajoute aussitôt que notre Dieu est plein de bonté et de miséricorde, et toujours prêt à nous pardonner. Quia mvltum misericors est dimillere peccata nostra. Quel motif pour nous d'espérer fermement la rémission de nos fautes, si nous en avons du regret! Dieu ne méprise jamais, en effet, un cœur contrit et humilié.

La liturgie termine, en nous exhortant à prendre de généreuses résolutions. « Corrigeons-nous, dit-elle, des fautes que nous avons commises, ou par faiblesse, ou par ignorance, ou par malice; ne différons point, de peur que, surpris par la mort, nous n'ayons pas le temps de nous convertir et de devenir meilleurs. » — La pensée de la mort reparaît encore ici pour nous engager à mieux vivre; et combien ce souvenir n'est-il pas efficace! Qui oserait, en effet, sur le bord de la tombe et comme à la porte du tribunal suprême, qui oserait braver son Juge en l'offensant, en refusant de se repentir, ou en vivant dans la lâcheté, la tiédeur et la négligence?

Mettez-vous donc en esprit sur votre lit de mort, et prenez les sentiments de componction que vous voudriez avoir alors. Placez votre confiance dans la miséricorde de Dieu, dans les mérites de Jésus et l'intercession de la divine Mère. — Promettez en outre au Seigneur ■ 1° De retrancher de vos pensées, de vos discours, de votre conduite, tout ce qui lui déplaît. 2° De vivre autant que possible dans la solitude, le silence, et surtout dans un recueillement intérieur, qui favorise en vous l'esprit d'oraison et vous sépare de tout ce qui n'est pas Dieu.

« Seigneur, vous dirai-je avec l'Église, daignez envoyer votre saint Ange, qui bénisse et sanctifie les cendres préparées en ce jour. Quelles deviennent un remède salutaire à tous ceux qui les

Jeudi d'après les cendres. — l'humilité. 111

recevront prosternés devant vous, avec un cœur contrit et humilié. Accordez-leur le pardon de leurs péchés, la santé du corps et de l'âme. Répandez votre grâce dans leurs cœurs pour les remplir de l'esprit de componction; exaucez toutes leurs prières et conservez-leur les dons que vous leur accorderez. »

JEUDI D'APRES LES CENDRES. — L'humilité.

Préparation. — La cérémonie des Cendres, avons-nous dit, doit nous inspirer des sentiments d'humilité. Méditons donc les motifs que nous avons de nous humilier 1° Dans l'ordre de la nature. 2° Dans l'ordre de la grâce. — Formez ensuite la résolution de penser souvent a la mort, qui est la peine du péché; voyez à quel état humiliant elle vous réduira, et vous trouverez dans ce souvenir un remède a l'orgueil et à la présomption. JlumiUatio tua in medio lui.*

1<> Motifs d'humilité dans l'ordre de la nature.

Quels motifs n'avons-nous pas de nous humilier, même selon la nature! Il y a cent ans, nous n'existions pas, et jamais nous n'eussions reçu l'être, si la Toute-Puissance divine ne nous eût tirés du néant. Dieu, à qui tout est présent, voit sans cesse notre nullité, notre impuissance à exister par nous-mêmes; et nous ne devrions non plus jamais l'oublier. Substantiel, mea tanquam nihilum nnte te.- — Le fait même de notre création n'est-il pas bien capable de nous confondre? Adam fui formé d'un peu de boue, et notre corps n'est que cela, un peu de limon, qui bientôt se dissoudra et accomplira l'oracle du Seigneur : « Tu es poussière, et tu retourneras en poussière.5 »

Et notre âme, qu'est-elle par elle-même, sinon un pur néant? En recevant de Dieu l'être, la vie. l'intelligence, la volonté, l'immortalité, la liberté, elle n'en devient que plus dépendante de Celui qui lui a tout donné. D'où vient donc qu'elle ose s'enorgueillir de ses talents, de ses qualités, comme si elle les tenait d'elle-même? Cela ne peut venir que de son ignorance, de son ingratitude, qui lui fait perdre de vue son Bienfaiteur, méconnaître ses bienfaits

(1) Mien. G, 14. (2) Ps. 38, G. (3; Gen. 3, 19.

112 jeudi d'après les cendres. — l'humilité.

et s'approprier la gloire dont le Créateur est le maître et dont il est si jaloux. — Gardez-vous de cette rapine que le Seigneur ne laisse point sans châtiment. Confessez qu'il est le Dieu par qui vous vivez, le Dieu qui vous conserve, vous donne chaque jour la nourriture et le vêtement, le Dieu qui ne cesse de vous combler de biens, malgré vos défauts, vos manquements, vos infidélités. La reconnaissance, sœur de l'humilité, n'est-elle pas trop souvent absente de votre cœur? Avez-vous l'habitude de remercier Dieu, le malin, le soir, après vos repas, dans tous vos succès? Lui faitesvous part de vos joies comme de vos tristesses? Lui rendez-vous grâces de tout, selon le conseil de l'Apôtre, en vous avouant indigne de ses faveurs. — 0 mon Dieu ! je devrais même vous être reconnaissant des épreuves qui m'affligent, combien plus des bien faits qui me consolent! Accordez-moi l'esprit de gratitude et de dépendance, qui nourrisse en moi l'humilité confiante, — l'humilité docile — et l'humilité généreuse.1

2° Motifs d'humilité dans l'ordre de la grâce.

Si, dans l'ordre de la nature, nous trouvons déjà tant de motifs de nous confondre, combien plus dans l'ordre de la grâce! Le péché originel, en nous privant de l'amitié divine, nous a rendus des enfants de colère, vendus au démon et condamnés à ne voir jamais Dieu. — Nos péchés actuels n'auraient fait que confirmer cette terrible sentence, si la grâce de Jésus-Christ n'était venue nous secourir. C'est à cette grâce que nous devons tout. Sans elle, en effet, que pouvons-nous, sinon vivre dans l'ignorance des choses de Dieu, être tyrannisés par nos mauvais penchants, et subir la servitude du corps et des sens? Impuissants à faire le bien, à produire ne fût-ce qu'une pensée méritoire, nous sommes, de plus, exposés à commettre beaucoup de fautes, et même à tomber dans les crimes les plus honteux. Quoi de plus humiliant?

Les faveurs célestes et les vertus que vous pratiquez, loin de vous dispenser d'être humble, vous forcent en quelque sorte à vous abaisser davantage. Ne peut-il pas arriver, en effet, que votre orgueil et vos péchés vous rendent plus vil aux yeux du Seigneur, que beaucoup d'autres moins favorisés que vous? Eussiez-vous reçu d'ailleurs plus de grâces que Lucifer, ne pouvez-vous pas

(I) I Thés. 5, 18.

comme lui, en un instant, devenir un réprouvé? L'abondance des faveurs divines et les nombreux moyens de salut qui sont à votre disposition semblent même prouver mieux votre extrême misère. Car si tant de secours multipliés vous laissent encore imparfait, et surtout plein de vous-même, qu'en serait-il si l'assistance de Dieu vous était donnée avec mesure, comme à tant d'autres? Ne deviendriez-vous pas peut-être alors un très grand pécheur?

Quoi! après tant de lumières et d'attraits de l'Esprit-Saint, après tant d'oraisons, de prières, de messes, de communions, vous êtes a peine recueilli et respectueux devant Dieu, à peine disposé a obéir quand un commandement vous coûte, à peine résigné aux événements, dès qu'ils sont contraires à vos désirs; et vous prétendez vous élever en vous-même, ayant fait si peu de progrès?

0 mon Dieu! je tremble que vos miséricordes envers moi, rendues stériles par ma lâcheté, ne me deviennent une cause de condamnation à votre tribunal. Par les mérites de Jésus et de Marie, accordez-moi la grâce : 1° De produire souvent des actes de foi sur mon néant, mon ignorance, mon impuissance au bien et mes tendances au mal. 2° De me défier toujours de moi-même et de prier sans cesse en m'appuyant sur vous seul.

vendredi d'après les cendres. — Couronnement d'épines.

Préparation. — « Les soldats, ayant tressé une couronne d'épi nés, dit l'Évangile, la mirent sur la tète de Jésus. d » Considérons 1° Ce que cette couronne d'épines a été pour le Sauveur et pour nous. 2° Combien elle est préférable au diadème des rois. — Encourageons-nous à nous renoncer par la pensée qu'en nous inclinant ici-bas avec Jésus, sous les épines humiliantes de la mortification, nous aurons part un jour dans le ciel à la gloire et au bonheur de sa royauté triomphante. Corona tribuiationis efjloruit in coronam çlonœ et exultationis?

lo Ce que la couronne d'épines a ÉTÉ POUR JÉSUS et pour nous.

Dieu dit au premier Adam : « La terre te produira des ronces et des épines.3 » Le second Adam, Jésus-Christ, voulut prendre sur

(1) Joan. 19, 2. (2) In Missà festî. (ô) G?n. 5. 18.

lui cette malédiction : notre terre, où il passa trente-trois années, ne lui fournit que les ronces des amertumes et les épines des tribulations. Pendant sa Passion, on lui tressa une couronne d'épines aiguës, on la lui mit sur la tête, on la lui fit entrer jusqu'au cerveau.

Oh ! que cette couronne de douleur et d'iGNOMiNiE le fit souffrir cruellement ! Il en souffrit surtout lorsqu'on la lui enfonça à coups de roseau ; lorsqu'il tomba sur la voie douloureuse ; lorsqu'on le dépouilla au sommet du Calvaire. — Elle lui fit une couronne de dérision : car on le traita en roi de théâtre, on le salua roi des Juifs par moquerie, et sur le Golgotha on vint encore insulter à sa faiblesse apparente, en le défiant de descendre de la croix.

Mais cette couronne, si douloureuse et si humiliante pour Jésus, combien n'est-elle pas douce et glorieuse pour nous! Lorsque Dieu voulut délivrer Israël, il apparut à Moïse sous la forme d'un buisson ardent, qui brûlait sans se consumer. Ainsi le Sauveur, en se montrant à nous, la tète hérissée d'épines et le cœur embrasé d'amour, nous annonce l'heure tant souhaitée de notre Rédemption. Sa couronne d'épines nous présage l'empire qu'il va nous communiquer sur le monde, l'enfer et nos passions; le feu de son amour nous donne l'assurance qu'il est le Roi pacifique, le Prince de la paix dont parle Isaïe,1 et que son royaume, quoique parsemé d'épines, n'est au fond que douceur et suave charité. 0 consolants et encourageants mystères !

Les avons-nous bien compris jusqu'ici? Les épines de la mortification ne nous effrayent-elles pas trop ! Nous séparent-elles suffisamment du monde et de nous-mêmes pour embraser nos cœurs de l'amour sacré ? Oh! que d'oBSTACLES nous y mettons chaque jour par nos habitudes de légèreté, de dissipation, de recherches d'amour-propre, de vaine gloire et de sensualité, sans aucune réforme de nos défauts ! La grâce nous presse de rendre notre vie moins terrestre, moins naturelle, moins routinière. Obéissons à sa voix. Car plus nous veillerons à la pureté de notre Cœur, plus l'amour divin aura d'empire dans nos âmes. Il occupe en nous la place que nous lui faisons; plus nous chassons de penchants vicieux de notre intérieur, plus il y est ferme et durable.

0 Jésus ! vous me dites aujourd'hui dans l'Évangile: « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Soyez parfaits comme votre Père céleste.2 » Comment accomplir de si diffi-

(1) Is. 9, 6. (2) Matth. 5, 45-48.

cilos préceptes, sans l'esprit de renoncement et de mortification? Accordez-moi donc le courage de vaincre mes ressentiments, d'étouffer mes aversions, de retrancher en moi tout ce qui s'oppose à l'union parfaite de mon cœur avec votre royauté souffrante. Qu'après avoir porté ici-bas avec vous les épines de l'abnégation, je puisse partager au ciel, dans l'assemblée des élus, votre gloire et votre béatitude sans fin. Corona tribulationis efiloruit in coronam gloriœ et exuUationis.

2o La couronne d'épines préférable au diadème des rois

Le roi de France, Charles V, digne descendant de saint Louis, étant à l'heure de la mort, se fit apporter la couronne d'épines de la sainte Chapelle et la couronne du sacre des rois. Faisant placer la première devant lui, avec piété et dévotion, il ordonne de mettre la seconde sous ses pieds. Puis s'adressant à celle du Sauveur : « 0 saint diadème de notre salut! s'ccrie-t-il, combien est délicieux le contentement que tu donnes, en nous rappelant le mystère de notre Rédemption ! Et toi, couronne royale, ajoute-t-il en regardant la couronne de son sacre, que tu es précieuse et vile ! précieuse pour le mystère de la justice que tu renfermes et exécutes; mais vile, vile à l'excès, à cause des angoisses de conscience que tu donnes, et des périls où tu jettes 1 ame pour son salut.1 »

Ces accents convaincus du pieux prince, qui arrachèrent des larmes aux assistants, sont une grande leçon pour nous. Ils nous rappellent que la Couronne d'épines, si douloureuse pour Jésus, nous représente la vie humble, pénitente et mortifiée qui convient aux disciples d'un Dieu souffrant, tandis que la couronne des rois est le symbole de la vie commode des partisans du monde, vie qui s'écoule dans la recherche de l'estime, des richesses et des délices d'ici-bas.

Laquelle des deux choisirons-nous? Avant de donner notre réponse, plaçons-nous au lit de la mort. De là, nous verrons briller la couronne du Sauveur; nous verrons les épines de nos mortifications, de nos actes de patience, d'abnégation, d'obéissance, se changer en pierres précieuses pour orner notre couronne dans le ciel, tandis que le diadème des rois, ou les dignités,

(1) Rohrbacher, hist. de l'Eglise, tom. 21.

les trésors et les jouissances du siècle nous paraîtront un objet d'horreur et de mépris, à cause de leurs dangers. — Jésus offrit un jour à sainte Catherine de Sienne deux couronnes, l'une d'or, et l'autre d'épines, en l'invitant à choisir. La Sainte prit aussitôt la couronne d'épines et se l'enfonça dans la tète.

0 Jésus ! combien cet exemple devrait me persuader de préférer vivre ici-bas avec vous dans les travaux, les privations, les affronts et les souffrances, comme ont fait les Saints, plutôt que de passer mes jours avec 1j siècle dans l'oisiveté, le bien-être, les honneurs et les plaisirs. Par l'intercession de votre divine Mère, inspirez-moi la résolution : 1° De méditer souvent votre royauté souffrante pour m'y conformer ici-bas par la mortification et la patience. 2° De m'exciter à la ferveur par la pensée de votre royauté triomphante, qui toute l'éternité récompensera si magnifiquement les sacrifices que j'aurai faits pour votre gloire.

Samedi d après les cendres. — Sanctification du Carême.

Préparation. — « Jésus, dit l'Evangile, fut conduit par l'Esprit dans le désert. Il y jeûna quarante jours et quarante nuits.1 » Considérons 1° Comment il sanctifia cette sainte quarantaine. 2° Comment nous devons la sanctifier nous-mêmes, à son exemple. — Entrons dans les sentiments de Jésus et de son Eglise, pendant ces jours de pénitence, et à cette fin proposons-nous d'unir la prière à la mortification des sens, pour imiter le Sauveur au désert. Jésus duclus est in desertum a Spirilu.

lo Comment jésus sanctifia son séjour au désert.

Quoique Jésus fut la Sainteté même et qu'il n'eût pas besoin de moyens extérieurs pour conserver son âme dans l'union avec Dieu, cependant voulant devenir en tout notre modèle, il se retira dans la solitude pendant quarante jours, et pourquoi? afin de vaquer plus librement aux exercices de la vie intérieure. Le désert est, en effet, un lieu très favorable à la contemplation. Le silence, l'isolement, le dégagement du monde, la liberté sainte dont on y jouit, tout y contribue à élever l'âme à Dieu. — Toujours favorisé de

(1) Matin. 4, 1-2.

la Vision béatifique, le Sauveur était partout recueilli ; toutefois il recherche la solitude, pour nous apprendre à nous y retirer nousmêmes avec lui, surtout pendant ces jours si favorables au salut.

Mais quelle est l'occupation du divin Maître au désert ? Il y prie, il s'y abîme devant la majesté de Dieu, se prosterne la face contre terre, pour réparer nos irrévérences, nos légèretés d'esprit et de maintien dans nos exercices pieux. Avec quel respect et quel amour il loue Dieu de ses grandeurs! Avec quelle ardeur il le remercie des bienfaits qu'il accorde aux hommes, et demande pour nous de nouvelles faveurs!

A la prière, il joint la pénitence, afin d'obtenir plus efficacement notre pardon. Il ne mange ni ne boit pendant quarante jours et quarante nuits. Il n'a d'autre lit que la terre nue, et se trouve exposé sans abri à toutes les intempéries de la saison. — Quelle n'est donc pas la malice de nos péchés, puisqu'ils exigent une telle réparation, de la part d'un Dieu !

Aussi voulons-nous incliner notre âme vers la pratique de la mortification? méditons les funestes effets de nos penchants vicieux : de cet orgueil, qui a changé des millions d'anges en démons et les a précipités du ciel dans les gouffres de l'enfer ; de cette désobéissance, dont un seul acte a ruiné notre premier père et toute sa race avec lui ; et voilà six mille ans que l'humanité déchue en porte le châtiment ! Et, si nous réfléchissons aux supplices éternels réservés à ceux qui meurent gravement coupables, n'y a-t-il pas de quoi gémir et pleurer jusqu'à la mort sur les fautes que nous avons commises? — 0 Jésus innocent ! vous avez tant souffert pour expier mes iniquités, tandis que moi, pécheur, j'en fais à peine pénitence. Inspirez-moi le courage de me mortifier pendant cette sainte quarantaine et d'entretenir sans cesse en moi l'amour de la solitude, de la prière et de la componction.

2l> Moyens de sanctifier le carême.

Comme le Sauveur, nous sanctifierons le saint temps du Carême, en vivant dans le recueillement, espèce de solitude qui est possible à tous et partout. Saint Philippe de Néri voulait fuir le bruit du monde, pour chercher au loin l'isolement et le silence ; mais Dieu lui dit de ne point quitter Rome et d'y vivre comme au désert. Le moyen donc de vivre partout comme au désert, c'est de ne penser qu'à Dieu, — de ne s'attacher qu'à lui, — de perdre

en lui notre esprit et notre cœur, comme si nous étions seuls avec lui sur la terre.

Cette solitude intérieure nous aidera à pratiquer la vie d'oraison, si nécessaire à la sanctification de notre âme. L'Église, pendant ce temps de componction, prie plus instamment, et nous invite à faire de même : « En ces jours sanctifiés par les prophètes et par Jésus-Christ, nous dit-elle, crions vers Dieu et supplions-le prosternés en sa présence.1 » — Ne semble-t-elle pas nous recoin mander par là de faire mieux que jamais nos exercices de piété avec plus de foi, d'attention, de ferveur? de méditer, de commu nier, d'entendre la messe avec plus de dévotion, et, si les senti ments manquent, d'y suppléer par la bonne volonté, par la pureté de nos intentions, par les saints désirs et les oraisons jaculatoires

A la prière, continue la sainte Eglise, ajoutons la pénitence « Mortifions-nous, dit-elle, dans le boire, le manger, le sommeil les paroles, les jeux ou amusements. Evitons tout ce qui est nui sible à nos âmes, surtout le péché et les dangers d'y tomber Fléchissons la colère de notre Juge, en pleurant amèrement devant lui, afin qu'il nous pardonne et nous affermisse dans le bien.2 Telles sont les recommandations de l'Eglise, notre Mère!

Sommes-nous disposés à nous y conformer par la mortification des sens et le support des peines de chaque jour? Persuadonsnous que les contrariétés les plus opposées à nos idées, à nos inclinations et à nos goûts sont les meilleures pour nous, celles qui expieront le mieux nos fautes, — nous feront plus promptement mourir à nous-mêmes — et nous exempteront plus sûrement du purgatoire, parce que Dieu y trouve moins qu'ailleurs notre propre volonté.

0 Jésus, modèle des vrais pénitents! je m'unis à vous dans le silence du désert, pour oublier le monde, me recueillir et vaquer à la méditation et à la prière. Par vos mérites et ceux de votre divine Mère Marie, accordez-moi l'horreur des moindres fautes, un regret profond de vous avoir déplu, et le plus vif désir de me mortifier en tout, pour réparer mes ingratitudes envers vous.

(1) Crev. hyran. Ex more. (2) Ibid.

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