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CARÊME. PREMIÈRE SEMAINE. MARDI. — LA SOUFFRANCE

souffrance. Le collège apostolique se réjouissait, dit saint Luc, d'avoir été jugé digne de supporter des affronts pour le nom de Jésus-Christ.1 Les premiers chrétiens et les martyrs tressaillaient d'allégresse, lorsqu'on les persécutait, calomniait, qu'on les dépouillait de leurs biens, et qu'on les mettait à mort. D'où leur venait un tel courage? De la pensée de Jésus souffrant. L'amour de leur Sauveur les pressait de lui devenir semblables.

Ils étaient encore encouragés par l'espérance des biens futurs que nous a promis le Rédempteur. « Sachez-le, disait Jésus à saint François d'Assise, vos douleurs sont plus estimables que toutes les richesses, et il ne faudrait pas vous en défaire au prix du monde entier, supposé même que toutes les montagnes se changeassent en or pur, toutes les pierres en diamants, et toutes les eaux de la mer en baume précieux. » « Oui, Seigneur, répondit le Saint, c'est ainsi que j'estime les peines que vous m'envoyez. » — Dans la pensée des récompenses destinées à ceux qui souffrent patiemment, nous devrions aussi préférer la croix à toutes sortes de prospérités, et regarder comme une grande disgrâce, selon saint Vincent de Paul, de n'avoir rien à souffrir pour Dieu.

Sont-ce là vos idées habituelles? Hélas! vous ne vous croyez bien avec le ciel qu'autant qu'il vous exempte des afflictions et vous fait réussir en tout. Dès qu'une épreuve, une peine intérieure altère votre paix ordinaire, vous pensez être abandonné de Dieu. Dites plutôt désormais avec saint François de Sales : « Je ne suis jamais mieux que lorsque je suis moins bien, » c'est-à-dire moins bien pour la santé, la nourriture, le vêtement, la fortune; moins bien dans l'estime des autres, moins applaudi, moins considéré, mais en même temps plus résigné, plus patient dans les infirmités, les privations, les contrariétés et les mécomptes de l'amour-propre.

0 Jésus! faites-moi comprendre, comme les Saints, que la souffrance est le lien le plus fort qui nous unisse à vous, puisqu'elle détruit en nous tous les obstacles à votre amour. Accordez-moi la résignation la plus parfaite, afin qu'elle change toutes mes peines en perles précieuses de vertus, et toutes mes humiliations en rayons de gloire pour l'éternité.

, (l)Act. 5, Al.

126 CARÊME. PREMIÈRE SEMAINE. MARDI. — LA SOUFFRANCE. 2° Divers degrés de la patience chrétienne.

II y a trois degrés de patience que nous devons tâcher d'acquérir. Le premier consiste à souffrir sans murmurer. Le murmure nous rend semblables au mauvais larron, qui se tordait sur sa croix et en faisait l'instrument de sa ruine éternelle. Laissons* les damnés crier, blasphémer, se désespérer dans leurs tourments. Sur la terre, nous souffrons avec, mesure; nos peines ont leur soulagement et sont souvent interrompues. En enfer, on endure tous les supplices à un degré incompréhensible, sans même d'espoir d'adoucissement ni de relâche. Oh ! que la pensée d'avoir, par nos péchés, mérité de telles tortures, que cette pensée est capable d'arrêter nos plaintes et d'étouffer nos mécontentements!

Le second degré de la patience chrétienne consiste à nous soumettre à la volonté divine, comme fit le bon larron sur le Calvaire, où il ravit le ciel par sa résignation. La croix sur laquelle il expira, lui devint ainsi plus précieuse que les trônes des plus glorieux monarques. Il en serait de même pour nous, si, par notre soumission à Dieu dans les peines de cette vie, nous parvenions à entrer dans le ciel en évitant les tourments du purgatoire qui, selon saint Augustin, surpassent tout ce que l'on peut endurer et même imaginer ici-bas. Servons-nous de ce motif pour souffrir avec calme; nous paierons ainsi nos dettes à la divine miséricorde, au lieu que, plus tard, nous devrions subir les coups de sa justice, qui exige jusqu'à la dernière obole.

Allons plus loin : pour mériter dans le ciel la récompense des plus grands Saints et prendre place auprès du Roi des martyrs, efforçons-nous d'atteindre à la perfection de la patience, en souffrant avec amour et avec joie. — 0 Jésus ! vous avez dit : « Lorsqu'on vous maltraitera, persécutera, calomniera, réjouissez-vous et tressaillez d'allégresse.1 » Cette doctrine, vous l'avez pratiquée le premier et vos disciples après vous. Mais combien je suis éloigné de vos dispositions ! Au lieu d'embrasser avec bonheur les petites croix de chaque jour comme des présents du ciel, je me plains amèrement de tout ce qui blesse ma volonté et mes inclinations. Les dégoûts de la prière, la fatigue du travail, la multiplicité des occupations, les reproches qu'on me fait, les critiques dont je suis l'objet, les malaises, les ennuis, les difficultés qui

(1) Malth. 5, il.

me surviennent, tout me met en mauvaise humeur et me rend insupportable à moi-même et aux autres. 0 Jésus! rappelez-moi vos douleurs, vos opprobres et votre patience invincible. Comme l'abeille change en miel le suc amer du thym, faites que le souvenir de vos souffrances et de votre résignation convertisse en douceurs toutes mes amertumes. Par les mérites et les prières de votre Mère affligée, inspirez-moi le courage de supporter toutes mes peines sans jamais me plaindre, — avec une patience généreuse — et même avec la joie des Apôtres, des Martyrs et des Saints.

carême, première semaine, mercredi. — Brièveté de la vie.

Préparation. — Encourageons-nous à supporter toutes nos épreuves, par la pensée qu'elles seront de peu de durée. Méditons à cette fin : 1° Combien notre vie est courte. 2° Comment nous devons la sanctifier.— Renouvelons, tous les matins, la résolution de nous détacher de tout et de travailler sérieusement à nous faire un trésor dans le ciel. Car chacun se crée dans le temps son sort pour l'éternité. Ibit liomo in domum œternitatis sujb.1

lo Combien notrc vie est courte.

La vie est d'une brièveté effrayante pour les mondains qui ont la passion d'en jouir. L'Esprit-Saint la compare à une vapeur légère qui se montre un instant et bientôt disparaît.2 Les vapeurs qui s'élèvent de la terre présentent parfois un bel aspect; mais soudain lèvent les dissipe. Ainsi notre vie a des jours d'éclat et de renommée. Ce sont de brillantes vapeurs, qui parfois nous éblouissent; mais bientôt que nous en restera-t-il ? un faible souvenir, qui se perdra lui-même, comme une bulle d'air, dans l'atmosphère de l'éternité. — Insensé qui se laisse séduire par les honneurs et les succès! Et combien n'en est-il pas qui sacrifient à cette fumée passagère, leur âme, leur Dieu, leur béatitude sans fin! A l'heure de la mort, ils comprendront leur folie ainsi que le néant de leurs espérances déçues.

L'Esprit-Saint compare encore notre vie à une flèche qui vole

(1) Eccl. 1-2, 5. (2) Jac. i, lo.

rapidement à son but. Elle fend les airs en un instant, et n'y laisse aucune trace.1 Ainsi disparaissent nos heures, nos semaines, nos mois, nos années; et qu'en reste-t-il autre chose que le sillon de l'âge, qui nous éloigne du berceau et nous rapproche de la tombe? Combien de fois vous vous êtes dit : « Oh ! que le temps passe vite! » Et peut-être, vous n'avez pas réfléchi au compte rigoureux que vous en devez rendre. Dieu vous a donné la vie, non comme une somme à dépenser, mais comme un capital à faire fructifier, et qui doit vous rapporter une éternité de délices.

L'avez-vous employée jusqu'ici à cette noble fin? Où sont vos efforts, vos actes de mortification, de renoncement ; vos progrès dans l'humilité, le détachement, le recueillement, l'esprit de prière? Ne vous voit-on pas, comme toujours, dissipé, impatient, difficile, manquant de charité, de douceur, de support, faisant souffrir tout le monde et ne voulant rien endurer de personne?

0 mon Dieu ! que ma vie a été peu fructueuse, et quels remords je me prépare pour l'heure suprême où la figure de ce monde disparaîtra à mes yeux! Alors je gémirai, mais trop tard, d'avoir été si peu fervent et de n'avoir pas mieux employé mes moments dans l'important ouvrage de ma perfection. 0 Jésus! ô Marie! j'implore votre miséricorde. Faites-moi comprendre la vanité, le néant et la brièveté de la vie qui passe et qu'on n'emploie pas à se sanctifier ou à mériter l'éternité bienheureuse. Puisque chacun de nous récoltera ce qu'il aura semé, je suis résolu de remplir mon existence d'ACTES de vertus, en agissant toujours en esprit de foi, avec l'unique intention de vous glorifier et de vous contenter vous seul en toutes mes paroles et en toute ma conduite.

2° Comment nous devons sanctifier notre vie

Le patriarche Jacob, interrogé sur son âge par le roi Pharaon, répondit : « Les jours de mon pèlerinage ici-bas sont de cent et trente ans.2 » Pourquoi appelle-t-il la vie un pèlerinage? parce que, sortis des mains.de Dieu, nous retournons chaque jour à Dieu. Un pèlerinage est un voyage entrepris par dévotion. Notre vie n'est donc pas un voyage de plaisirs et de fêtes ; il s'agit pour nous d'aller à Dieu, d'y aller comme pèlerins, c'est-à-dire, en méditant, en priant, en répandant sur notre route la bonne odeur

(1) Sap. 5, 12. (2) Gen. 47, 9.

de Celui qui a passé faisant le bien.' — Est-ce ainsi que nous entendons la vie? La réglons-nous en conséquence?

La sainte Église l'appelle encore un temps d'ExiL.2 L'exil suppose une patrie d'où l'on est exclu. Notre exclusion du ciel s'est faite au paradis terrestre, après qu'Adam eut prévariqué. Depuis lors, nous ne pouvons entrer dans la cité des Anges, qu'en nous attachant à Celui qui nous a justifiés devant le Père éternel et nous a rouvert les portes de la Jérusalem céleste. Mais pour nous lier étroitement à Jésus, nous devons nous détacher de la terre et vivre en ce monde comme des étrangers, ne tenant à rien de ce qui est périssable.

Notre vie, aux yeux de la foi, est un temps d'ÉPREuvE. Nous devons nous sauver, selon l'Apôtre, en devenant conformes a Jésus, chef des prédestinés.3 Et comment le serons-nous, si ce n'est en triomphant de nous-mêmes, et en portant nos croix avec résignation ? Enfantés sur le Calvaire à la grâce et à la gloire par les douleurs et l'immolation d'un Dieu, nous ne pouvons prétendre régner un jour avec lui dans le ciel, qu'après avoir souffert et nous être mortifiés sur la terre avec lui, comme ont fait les élus. Nés des blessures du Rédempteur, pourrions-nous d'ailleurs lui rester fidèles sans une sainte horreur delà vie commode et sensuelle? Pourrions-nous acquérir de solides vertus, sans l'épreuve de la souffrance et du combat? Et quels soldats de Jésus serionsnous, si, par nos impatiences et notre lâcheté habituelles, nous déshonorions l'étendard de sa croix?

0 Jésus, Roi tout aimable ! j'accepte d'avance les peines et les luttes de cette misérable vie. Détachez-moi des biens passagers et faites-moi recourir sans cesse à vous, dans les sentiments du voyageur et de I'exii^é, qui n'ont ici-bas d'autre souci que de regagner leur patrie. Je suis résolu à cette fin : 1° De suivre un règlement de vie, qui fixe à jamais mes exercices de piété. 2° De m'appliquer constamment à purifier mon cœur des affections terrestres. 3° D'embrasser avec courage les sacrifices et les contrariétés qui se présentent à moi chaque jour dans l'accomplissement de mes devoirs.

(1) Act. 10, 33. (2) Salve Regina. (3) Rom. 8, 29.

CARÊME. PREMIÈRE SEM. MERCREDI (bis). —De la patience

Préparation. — Pour nous encourager à souffrir sans nous plaindre, considérons les motifs de résignation que nous trouvons : 1° En marchant dans le chemin du ciel. 2° En méditant les maux de l'enfer dont Jésus nous a préservés. — Habituons-nous à voir nos épreuves, nos difficultés, nos afflictions, non pas comme le monde les envisage, mais à la manière des martyrs et des saints, c'est-à-dire de l'œil de la foi, qui nous montre les récompenses promises aux âmes résignées. Gaudele et exultate, quoniam merces vestra copiosa est in cœlis.x

\o Motifs de patience que l'on trouve sur le chiemin du ciel.

Chaque jour nous avançons rapidement vers l'éternité. Or deux chemins se présentent à nous : celui de l'enfer et celui du ciel. Ceux qui suivent le premier ont plus à souffrir pour arriver au malheur sans remède, que nous, pour conquérir la gloire éternelle. En effet, dans nos afflictions : !° Nous avons la prière, qui nous obtient la patience; et quoi de plus facile que de prier? — 2° La foi nous soutient, à son tour, dans nos souffrances : elle nous montre la Pfovidence paternelle du Tout-Puissant, qui nous éprouve pour nous guérir, nous purifier, nous sanctifier et nous conduire au salut. — 3° L'espérance du ciel nous rassure contre les terreurs de la mort elle-même. Elle nous fait entrevoir et attendre ce poids immense de gloire sans fui, réservé aux justes qui souffrent les peines si légères et si courtes de cette vie. — Or les incrédules, dans leurs souffrances, n'ont point les consolations de la prière, — de la foi, — de l'espérance. Aussi en voit-on plusieurs recourir au suicide, comme à leur unique ressource dans l'adversité.

4° Nous possédons encore dans nos tribulations ce dont les impies sont fort éloignés, c'est-à-dire la paix intérieure, fruit d'une bonne conscience. Leurs remords, leurs appréhensions de l'avenir les jettent dans le trouble et leur ôtent la force de souffrir avec résignation. Le juste, au contraire, soutenu par le témoignage

(1) Matth. 5.

d'un cœur tranquille et par l'onction de l'Esprit-Saint, porte ses maux facilement en les unissant à la croix du Sauveur, aux douleurs de sa divine Mère et aux tourments glorieux des Martyrs.

Il suit de là : 1° Que nous avons toujours tort de nous plaindre dans l'adversité, prémunis comme nous sommes contre ses coups, et dans des conditions plus avantageuses pour souffrir patiemment, que tous ceux qui manquent de foi, do piété et de religion. 2° Qu'ayant par là même plus de facilité à endurer nos peines, nous devenons moins excusables aux yeux de Dieu, des fidèles et des mondains eux-mêmes, si nous souffrons sans patience, sans soumission et sans douceur. — Prenons donc garde de scandaliser les faibles par notre humeur, nos chagrins peu raisonnables, notre caractère difficile au milieu des contrariétés. Soyons bien résolus de porter chaque jour nos croix avec amour, comme des reliques de la croix du Sauveur, reliques qui nous viennent de Dieu, et que nous devrions recevoir avec foi et respect, avec reconnaissance et avec amour.

0 Jésus, mon Rédempteur! faites-moi comprendre le prix de la souffrance, qui me détache de la terre et de moi-même, — me rend semblable à vous — et me fait vivre par votre esprit. Donnez moi la force de supporter toutes les tribulations, de conserver la tranquillité d'âme au milieu des contre-temps, de pratiquer la mansuétude et la résignation quand tout heurte mes idées, contrarie mes projets, renverse mes plans et fait souffrir ou saigner mon amour-propre.

2o Motifs de patience dans la pensée de l'enfer

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