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CAKEME. DEUXIEME SEMAINE. JEUDI. — LE TRÉSOR DE LA CHOIX

comme un bouquet de myrrhe ; je vous promets que ma bouche, qui est heureuse de baiser vos plaies sacrées, s'abstiendra désormais des médisances, des murmures, de toute parole qui pourrait vous déplaire ; — que mes yeux, qui voient couler votre sang et vos larmes pour mes péchés, ne regarderont plus les vanités du monde, ni rien de ce qui expose à vous offenser; — que mes oreilles, qui écoutent avec tant de consolation les sept paroles prononcées par vous sur la croix, ne prendront plus plaisir aux vaines louanges, aux conversations inutiles, aux paroles qui blessent le prochain ; — que mon esprit, après avoir étudié avec tant de goût le mystère de la croix, ne s'ouvrira plus aux pensées et imaginations vaines ou mauvaises ; — que ma volonté, soumise aux lois de la croix, et à l'amour de Jésus crucifié, n'aura plus que charité pour mes frères ; — qu'enfin rien n'entrera dans mon coeuk ou n'en sortira qu'avec la permission de la sainte croix, dont je tracerai sur moi avec vénération le signe sacré, à mon coucher et à mon lever, et parmi toutes les angoisses de la vie.1 »

Proposons-nous encore de renouveler aux pieds de Jésus crucifié et sous la protection de Marie : 1° Les vœux de notre baptême. 2° Si nous sommes prêtres ou religieux, les promesses de notre sacerdoce ou les vœux de notre profession. 3° Les résolutions si souvent prises dans nos retraites annuelles et mensuelles.

carême, deuxième semaine, jeudi. — Le trésor de la croix.

Préparation. — Moïse et Elie s'entretinrent avec Jésus sur le Thabor, du mystère de ses souffrances. Considérons le trésor cache : 1° Dans la croix du Rédempteur. 2° Dans la nôtre. — En voyant notre Sauveur embrasser si généreusement les tourments de sa passion, décidons-nous tout de bon à marcher sur ses traces, en supportant avec calme les peines et les difficultés. Car dans la croix, dit l'Imitation, se trouvent toutes les vertus, toute la sainteté. In cruce, summa viriulis, perfeclio sanctitalis?

(1) Bolland. Sa vie. (2) lmit. chr. 1. 2, en. 12.

452 CARÊME. DEUXIÈME SEMAINE. JEUDI. —LE TRÉSOR DE LA CROIX. lo Biens que nous apporte la croix de jésus.

Jésus-Christ a racheté les hommes par la croix; par elle, il a payé notre rançon. Les trois concupiscences du monde ont été vaincues sur le Calvaire : l'orgueil, par les humiliations du Sauveur ; la sensualité, par ses tourments; la convoitise des richesses, par sa pauvreté et ses privations. — Tous les riens nous sont venus de sa passion douloureuse : l'Eglise, sortie de son cœur percé d'une lance ; Marie, devenue notre Mère au pied de la croix ; les sacrements, symbolisés par le sang et l'eau s'échappant du côté ouvert du Rédempteur; les promesses si généreuses attachées à nos prières et sanctionnées sur le Golgotha par les douleurs du divin Maître : quels effets merveilleux !

Maintenant encore Jésus les renouvelle tous les jours sur des milliers d'autels, où il s'immole d'une manière non sanglante, mais avec les mêmes fruits qu'au Calvaire. En vertu de son sacrifice, le Baptême nous lave de la tache originelle, et la Confirmation nous enrichit des dons de l'Esprit-Saint. — Et que n'opère pas en nous le sacrement de Pénitence ? Par les mérites du sang de Jésus, il nous purifie de nos péchés, nous restitue nos droits à l'adoption divine et à l'héritage des saints. Il augmente ces privilèges en ceux qui ont déjà l'état de grâce avant l'absolution. Se peut-il plus de faveurs?

L'Eucharistie cependant va plus loin : elle nous donne en nourriture le même corps qui a souffert sur la croix et le même sang qui a rougi ce bois sacré pour la restauration de nos âmes. Dans ce banquet divin, nous recevons le Christ lui-même, qui s'immole mystiquement dans nos églises. Nos âmes s'y restaurent et s'y eni vrent ; elles y trouvent le gage de leur glorification future. — Examinons comment nous participons aux sacrements de Pénitence et d'Eucharistie; si c'est par routine, sans préparation, sans devenir meilleur ; ou bien si c'est avec foi, respect, dévotion, avec un vif désir d'en profiter.

0 mon Rédempteur ! inspirez-moi plus d'humilité et de contrition, quand je m'approche du tribunal sacré pour m'y laver dans votre sang. Disposez-moi vous-même à vous recevoir à la table sainte, et à cette fin, rappelez-moi votre Passion douloureuse : qu'elle m'inspire la componction qui purifie, — la reconnaissance qui attendrit, — l'espérance qui rassure — et l'amour qui enflamme et sanctifie ! 0 sacrum conviviwn in quo Ckrislus sumitur, recoULur memoria passionis ejus !

2o Biens que nous procurent nos croix de chaque jour

Depuis qu'un Dieu a daigné diviniser la souffrance en souffrant lui-même, chacune de nos afflictions est d'un prix inestimable. Qu'est-elle, en effet, aux yeux de la foi, cette contrariété, cette peine qui vous cause tant d'ennui, et dont vous souhaitez si vivement la fin ? C'est une participation à la passion du Sauveur ; c'est une épine de sa couronne, une parcelle de sa croix. Ce dégoût, cette tristesse qui vous jettent dans l'accablement, ont passé par son divin Cœur, puisqu'il a prévu et souffert toutes les douleurs du corps mystique de son Eglise, dont il est le chef et dont vous êtes membre. Comment osez-vous donc, en repoussant la croix, rejeter un bien si précieux, qui vous vient du Cœur même de votre Sauveur?

D'ailleurs, quels trésors inappréciables ne renferme pas pour vous chacune de vos peines? Cet affront, ce reproche, cet outrage dont vous murmurez, ne sont-ils pas, dans les desseins de Dieu, des moyens très efficaces d'expier vos péchés, de détruire en vous l'amour-propre et ses vices, d'abréger votre purgatoire, de vous procurer les mérites de l'humilité, de l'abnégation, de la patience, de l'union à la volonté divine et de la conformité avec Jésus-Christ?

Et puis quelle magnifique récompense attend les âmes vraiment résignées ! Saint Dominique visitant un jour une malade atteinte d'un cancer où fourmillaient quantité de vers, en prit un dans sa main et le changea en une perle précieuse. Image frappante du mérite de nos souffrances endurées patiemment! elles deviennent de riches diamants destinés à embellir notre immortelle couronne. Aussi l'Apôtre assure qu'une peine légère, offerte à Dieu en cette vie, nous vaudra dans le ciel un poids immense de gloire ; et qu'un moment très court de douleur ici-bas sera. payé là-haut par des délices sans fin.1

Lors donc que nous souffrons, efforçons-nous de nous résigner, en nous disant : « La souffrance est une nécessité : j'y suis assujetti par la chute originelle. — C'est une obligation, puisque Dieu lui-même me l'impose. — C'est un devoir de l'accepter, après que le Rédempteur a tant souffert pour nous. — Et puis, n'est-ce pas toujours un Dieu d'une sagesse et d'une bonté infinies, qui me choisit ma croix? il la mesure à mes forces, l'approprie à mes besoins,

(1)11 Cor. 4, 17.

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