CAREME. DEUXIÈME SEMAINE. VENDREDI. — LE SAINT SUAIRE
l'acquisition duquel il s'est laissé lier, bafouer, couronner d'épines, crucifier entre deux voleurs, et enfin placer dans un suaire après son dernier soupir.
Ce suaire blanc et neuf nous indique les dispositions que doivent avoir nos cœurs pour appartenir à Jésus. i° 11 leur faut une grande pureté, qui les éloigne de toute faute et de toute attache à la créature et aux vanités du siècle. 2° Ils doivent être neufs ou renouvelés dans la ferveur, dans le désir d'une plus grande perfection et la résolution sincère d'y faire chaque jour du progrès.
Examinez donc si, à l'exemple du Sauveur caché dans le sépulcre et enveloppé d'un suaire, vous aimez sincèrement la vie obscure, ignorée, oubliée, vie si favorable à la fuite des moindres fautes, à la droiture d'intention, à la recherche de Dieu seul, en un mot, à la pureté du coeur. — Etes-vous attentif à méditer et à prier pour réveiller votre ardeur au service do Dieu ? Dans ce but rappelez-vous ce que le saint suaire vous remet en mémoire, c'està-dire la pensée de la mort. Car rien n'est plus capable de vous éloigner du péché, de vous détacher de la terre et de stimuler votre zèle dans le travail de votre sanctification.
0 Jésus ! que me restera-t-il, à mon dernier soupir, de ce qui captive maintenant mon âme et l'expose à se perdre à jamais ? Ah ! daignez me détacher de tout ce qui passe avec la vie présente. Réveillez ma foi et ma ferveur dans l'exercice des vertus, afin que je puisse attendre en paix l'heure suprême, l'heure qui décidera de mon éternité.
2o Fruits de la dévotion au saint suaire.
La dévotion au saint Suaire ou au linceul de Jésus, que le Saint-Siège a autorisée et que de nombreux miracles ont confirmée, nous fait honorer les tourments du Rédempteur. Saint François de Sales aimait à contempler l'image du saint Suaire : « C'est le portrait, disait-il, des souffrances de Jésus-Christ, tracé par son propre sang ; et rien n'est plus capable de nourrir la piété, de ranimer la ferveur. » L'Eglise parle dans le même sens, lorsqu'elle reconnaît les vestiges de la Passion dans le saint Suaire, et demande que nous arrivions à la gloire do la résurrection du Sauveur, par les mérites de sa mort et de sa sépulture.1
(1) Oraison du jour.
Comme la mort et la sépulture de Jésus ont précédé sa résur rection glorieuse, ainsi la destruction des vices et des penchants pervers, doit commencer en nous la résurrection spirituelle. Celle-ci exige en effet la mort à l'orgueil, à l'esprit du monde, à la mollesse, à la sensualité. Elle demande que nous ayons le courage de nous ensevelir avec Jésus dans la retraite, le silence, le recueillement ; de nous revêtir du linceul de la mortification et de la pénitence, en sorte qu'on puisse nous appliquer ces paroles de l'Apôtre : « Vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ. »
Et quel moyen plus capable de nous inspirer cette mort à nous-mêmes, que la dévotion à la Passion enseignée par le saint Suaire? Cette dévotion nous apprend comment un Dieu infiniment heureux en lui-même et n'ayant besoin de personne, a néanmoins voulu librement et par amour, mourir à notre place, nous préserver de l'enfer et nous ouvrir le ciel au prix des plus cruels supplices. Se peut-il une charité plus noble, plus désintéressée, et conséquemment plus propre à nous embraser d'ardeur au ser vice d'un si bon Maître? Promettons-lui donc : 1° De méditer chaque jour, au moins quelques instants, ce qu'il a souffert pour nous dans sa Passion. 2° De ne lui refuser aucun des actes de renoncement qu'il nous demande; car, selon saint Vincent de Paul, on n'a qu'une vertu imaginaire, lorsque, dans les occasions, on ne fait pas les sacrifices que réclame la vertu réelle.
0 Jésus ! ô Marie ! affermissez en moi ces deux résolutions si favorables et si nécessaires à mon progrès dans votre amour. Rappelez-moi souvent vos douleurs et inspirez-moi le désir d'être comme vous toujours immolé au bon plaisir divin, afin que, mourant à moi-même, ma vie soit cachée en Dieu avec vous, pour apparaître un jour avec vous dans la gloire. Et vos apparebitis cum ipso in gloriu . '
carême, deuxième semaine, samedi. — Martyre de Marie.
Préparation. — Ne méditons pas seulement les souffrances de Jésus; mais prenons aussi part aux douleurs de Marie, sa divine Mère et la nôtre. Considérons 1° Les motifs que nous avons d'y
(1) Col. 5, 4,
compatir. 2° Comment nous pouvons y apprendre la patience. — Examinez si cette vertu n'est pas chez vous souvent blessée par vos vivacités, vos plaintes et vos murmures, défauts si contraires à la vraie perfection, dont le complément, selon saint Jacques, est la patience. PulienUa aillent opus perfectum habet.*
1» Motifs oe compatir aux douleurs de marib.
« Un homme et une femme, Adam et Eve, dit saint Bernard, nous avaient perdus; il convenait qu'un second Adam, une seconde Eve, Jésus et Marie, travaillassent de concert à nous sauver. » Ils nous ont donc procuré ensemble la vie de la grâce, vie infiniment plus précieuse que la vie corporelle. Or, si nous ne pouvons nous défendre de ressentir les souffrances des auteurs de nos jours, combien plus devons-nous compatir au Sauveur et à sa tendre Mère, qui ont enduré tant d'angoisses en notre faveur!
Selon saint Thomas, « Jésus a souffert dans son âme plus que tous les pénitents; » il a donc été nécessaire que Marie souffrît de même. Aussi, comme Eve était au pied de l'arbre de la science du bien et du mal, Marie se tenait debout au pied de l'arbre de la croix. Eve vit la chute d'Adam, elle y participa; Marie vit le supplice du Sauveur expirant, elle y prit une part réelle. Et cette part ne peut se mesurer et se comprendre qu'en sondant jusqu'au fond l'abîme des angoisses et des douleurs de l'Homme-Dieu; ce qui est impossible à une intelligence créée. — Saint Anselme assure que les peines intérieures de Marie furent proportionnées à son incompréhensible tendresse envers Jésus, son Fils et son Dieu. Plus elle l'aimait, plus elle souffrit de ses tourments, de ses opprobres et de sa mort.
On reste donc au-dessous de la vérité, conclut saint Ildephonse, quand on compare les souffrances de Marie à celles de tous les martyrs réunis. Comme son amour envers Jésus, ajoute-t-il, surpassa celui de tous les hommes, ainsi sa douleur fut plus grande que les peines endurées par tout le genre humain. Considérons ce qu'ont souffert toutes les générations des hommes depuis six mille ans, et nous aurons une idée des souffrances de Marie, la Médiatrice de notre salut. Quel motif pour nous de compatir à ses douleurs!...
0 ma tendre Mère! comment pourrai-je désormais penser à
(l)Jac. i, l.
Jésus souffrant, faire le chemin de la croix, regarder le crucifix, méditer la Passion, sans me souvenir de vos ineffables angoisses qui ont tant contribué à me préserver de l'enfer et à m'ouvrir le ciel? Oublier de telles souffrances et de tels bienfaits, ne serait-ce pas une noire ingratitude? Triomphez donc, ô Marie! triomphez de la dureté de mon cœur, dureté si peu digne d'un fils envers sa Mère. Faites-moi penser avec reconnaissance à Jésus et à vous et vous prier avec confiance, en assistant à la sainte Messe, en me préparant à la confession et chaque fois que I'adversité, la tentation, le dégoût, la tristesse et l'ennui viendront m'assaillir. Je réciterai au moins tous les jours sept Ave Maria pour honorer vos douleurs maternelles qui m'ont procuré tant de faveurs, surtout la vie de la grâce et l'espérance de l'éternelle béatitude.
2« Motifs de souffrir patiemment avec marie.
Admirons la constance de la Vierge fidèle, se tenant debout au pied de la croix, dans une mer de tribulations, comme un rocher au milieu de l'océan. En la voyant si résignée, si courageuse, qui ne se sentirait la force de tout endurer avec patience? — Mais comment cette divine Mère a-t-elle pu supporter tant d'amertumes, sinon parce qu'elle se proposait, en souffrant, les fins les plus nobles et les plus dignes d'un grand cœur? Ce n'était point la nécessité qui la forçait à se soumettre, mais bien le désir d'honorer son Créateur. Elle voulait, par ses souffrances, reconnaître et glorifier le souverain domaine du Dieu trois fois saint et son autorité absolue sur toute créature. Heureuse d'accomplir ainsi la volonté divine et d'imiter Jésus souffrant, elle avait en vue de témoigner au Bien suprême l'amour le plus constant et le dévouement le plus généreux.
Oh ! si nous avions de tels sentiments dans les épreuves de cette vie! si nous savions y respecter les droits de Dieu sur nous, en confessant notre dépendance à son égard, et en avouant les dettes nombreuses que nous avons contractées envers sa justice, nous verrait-on si peu soumis dans les adversités et les afflictions? — Depuis que la croix du Rédempteur a été arborée sur le Calvaire et que nous avons été rachetés par les tourments de l'Homme- Dieu, la loi de la souffrance, écrite sur son corps sanglant, doit être aussi gravée dans nos cœurs, comme elle l'a été dans celui de Marie. Cette Vierge fidèle ne s'est point étonnée de souffrir,
quoiqu'innocente, avec son Fils innocent. Comment nous, si coupables, osons-nous trouver dur et étrange d'avoir ici-bas nos épreuves?
0 mon Dieu! vous avez dit : « Je châtie ceux que j'aime; j'éprouve ceux que je regarde comme mes enfants.' » Si donc vous cherchiez à m'épargner, ne serais-je point, comme parle l'Apôtre, un enfant supposé, au lieu d'être un fils légitime, surtout après que mon Rédempteur et sa tendre Mère ont tant souffert pour m'enfanter à la grâce et me donner part à la filiation divine? Accordez-moi donc la force d'embrasser sans me plaindre toutes les peines et les difficultés de cette misérable vie. Communiquezmoi la volonté de me vaincre, surtout quand l'humeur, le chagrin, l'abattement s'emparent de moi, à l'occasion d'une humiliation ou d'une contrariété. Eloignez de moi la prétention de voir tout le monde compatir à mes maux, tandis que je compatis si peu aux souffrances des autres, surtout à celles de mon Sauveur et de sa Mère, qui est aussi la mienne. — Je suis résolu de me tenir avec Marie, dans les adversités : Debout par le courage; — au pied de la croix, par la patience; — auprès de Jésus, par la prière, la confiance et l'amour.
CARÊME. TROISIÈME SEMAINE. DIMANCHE. — Le péché.
Préparation. — L'Évangile de ce jour nous parle du malheur d'une âme qui perd la grâce de Dieu. Considérons en conséquence que le péché mortel est tout à la fois : 1° Le mal de l'homme, qu'il entraîne à sa perte. 2° Le mal de Dieu, qu'il outrage indignement. —•Pour fruit de cette méditation, proposons-nous d'éviter tous les dangers et de fuir jusqu'à l'ombre même des fautes les plus légères, qui souvent conduisent à de lourdes chutes. Ab omni specie mata a bs Une te vos.-
1° Le péché mortel est le mal de l'homme.
Le péché a causé notre ruine au commencement du monde. Impossible de comprendre toute l'étendue de ce malheur. 11 faudrait, pour cela, pouvoir connaître à fond la félicité qui nous était destinée, si nos premiers parents n'avaient point prévariqué.
(1) Hebr. 12, 6. ♦ (2) I Thess. 5, 22.
Depuis leur chule, les maux ont envahi la terre : les maladies, la guerre, la famine, la mort. Bien plus, nos passions révoltées nous entraînent à leur suite dans toutes sortes de crimes, qui aboutissent à la mort éternelle. 0 conséquences désastreuses de la désobéissance d'Adam !
Mais ce n'est pas tout : le péché mortel fait perdre à l'âme qui le commet : le bien inestimable de la grâce sanctifiante, les vertus surnaturelles et les dons du Saint-Esprit, dont un seul vaut plus que l'univers. Son péché la fait mourir spirituellement et la rend comme un cadavre aux yeux des Anges attristés. En cet état, tous ses mérites sont éteints et elle n'a plus aucun pouvoir de mériter. Elle perd même son droit à l'héritage des saints, et n'a par ellemême d'autre sort à attendre que celui des maudits ou des réprouvés. 0 malheur digne d'être pleuré avec des larmes de sang!
Mais ce malheur est plus profond, quand il s'agit de péchés de rechute. L'Évangile d'aujourd'hui nous assure que, dans ce cas, le démon va chercher sept autres démons plus méchants que lui, et, entrant dans l'âme coupable, ils y font leur demeure; de sorte que son dernier état est pire que le premier. — Comment le Seigneur a-t-il donc pu me supporter, moi qui ai péché tant de fois? Comment la terre no s'est-elle pas entr'ouverte pour m'engloutir?
0 mon Dieu! que serais-je devenu, si vous n'aviez écouté que votre justice? Je serais maintenant un tison d'enfer, d'autant plus malheureux que j'ai mieux connu vos miséricordes et reçu de vous plus de bienfaits. Ah ! daignez m'inspirer la plus vive horreur de ces penchants criminels, qui tant de fois m'ont séduit et empoisonné, au détriment de votre gloire et de mon salut. Donnez-moi le courage de combattre en moi cet orgueil qui m'aveugle et m'empêche de me défier de moi-même; cet amour-propre, qui me porte à chercher mes satisfactions plutôt que votre bon plaisir. Accordez-moi I'esprit de foi, de vigilance et de prière, qui règle tout mon intérieur et sanctifie toute ma conduite.
2o Le péché mortel est le mal de dieu, qu'il outrage.
« La malice d'une injure, dit saint Thomas, se mesure à l;i personne qui la fait et à la personne qui la reçoit. » Un outrage fait à un homme du peuple est un mal; mais l'offense devient plus grande, si c'est à un noble, à un prince* à un monarque. Or, qui
est Dieu, et qui pourra comprendre sa grandeur? C'est l'Être éternel, infini, auprès de qui tous les peuples et les rois de la terre sont moins qu'un grain de sable, comme parle Isaïe.1
Et c'est ce Dieu infiniment adorable que le pécheur outrage ! — Et ce pécheur, qu'est-il? un ver de terre, un vil néant. Et ce néant ose attaquer en face le souverain Dominateur de l'univers ! ô insolence impardonnable! Les éléments, les astres, les Anges mêmes obéissent au Tout -Puissant; il n'y a que l'homme, l'homme pécheur, qui refuse de se soumettre. Comme autrefois Lucifer, il lève l'étendard de la révolte contre son Créateur et brise son joug suave, en s'écriant : Non serviam :- « Je ne sers plus ce Maître, je ne veux plus de sa loi. » 0 criminelle audace! — « Il dresse sa tête avec orgueil, dit l'Écriture; il ose même lever la main contre la majesté divine et la traiter en ennemie! » T étendit advenus Deum manum smm.~>
Il y a plus : le Seigneur habite en toute âme qui possède son amitié. Il règne en elle en qualité de Roi et de seul légitime Souverain. En l'offensant mortellement, que fait l'âme ingrate et rebelle? elle détrône l'Esprit-Saint, le chasse de son palais, et met à sa place le démon; oui, le démon qui fut homicide dès le commencement et ne cesse de faire la guerre aux justes et à Dieu. « 0 cieux, s'écrie le Prophète, soyez dans la stupéfaction. *» — L'homme coupable poursuit à mort son Prince, son Bienfaiteur. Il dirige contre son Roi sa volonté perverse dont il se fait un poignard, et il en perce, faut-il le dire? le Cœur de son Père, de son Créateur et de son Dieu ! . . .
0 Seigneur! que vous êtes juste, en condamnant à des supplices éternels les auteurs de tels forfaits! Non, un enfer ne suffit pas pour me punir, moi qui vous ai tant offensé. Accordez-moi l'horreur de moi-même, l'amour de la pénitence et de la mortification, afin que je répare mes torts envers vous. — 0 Mère de miséricorde, Mère de mon àme! ne m'abandonnez pas à mes passions aveugles, mais obtenez-moi le courage de mener une vie vraiment pieuse, une vie toute consacrée à me sanctifier moi-même par le renoncement et I'oraison, et à me dévouer au bien de mes semblables. Inspirez-moi le désir d'arracher les pécheurs des griffes de Satan et de la damnation éternelle, au moyen de la prière. — de la parole— et du bon exemple.
(1) ls. 40, 15. (2)Jer. 2, 20.
(5) Job. 15, 23. (4) Jer. 2, 12.
carême, troisième semaine, lundi. — L.a pensée de l'enfer.
Préparation. — Sous le spécieux prétexte d'une plus haute perfection, gardons-nous de repousser la salutaire pensée des supplices éternels. 1° Elle nous sépare totalement du péché, du monde et de nos passions. 2° Elle nous rend plus facile l'exercice des vertus. — « Souvenez-vous de vos fins dernières, s'écrie l'Esprit-Saint, et jamais vous ne pécherez. » Metnorare novissima tua, et in œlernum non peccabis.1
lo Le souvenir de l'knfer nous éloigne du péché.
Qui pourrait commettre encore le péché, en considérant, avec une foi vive, les châtiments dont Dieu le punit durant l'éternité? Une douleur légère, quand elle se prolonge, nous est déjà si insupportable ; que sera-ce d'endurer sans aucun soulagement et pour toujours des supplices incompréhensibles? Nous plaignons ceux qui, perdant en un jour leur fortune, se trouvent réduits tout à coup à la mendicité ; combien plus sont à plaindre ceux qui subissent en enfer l'indigence sans remède!... Comment méditer fréquemment et sérieusement ces vérités, sans être saisi de crainte, pénétré d'horreur du péché, rempli de componction et d'esprit de pénitence, dispositions si nécessaires à la vraie sainteté?
La pensée de l'enfer nous détache encore du monde, où tant d'àmes font naufrage. Sur cent mille qui, toutes les vingt-quatre heures, passent du temps à l'éternité, combien n'en est-il pas qui se damnent? Et dans ce grand nombre, la plupart ont été entraînées à leur perte par leurs rapports avec le siècle, où l'impiété, l'immoralité, l'amour des biens périssables souillent tant de cœurs, et les conduisent comme fatalement à une ruine sans fin. Comment, après cela, une àme qui réfléchit pourrait-elle s'attacher au monde, à ses vanités, à ses maximes, à ses jouissances, à sa renommée, autant de filets que lui jettent les démons pour la mener aux abîmes?
Le souvenir de l'enfer nous donnera la victoire sur toutes nos
(l)Eccli. 7, 40.
tassions : sur l'orgueil, en nous montrant comment Dieu, ennemi des superbes, les couvre de honte et d'ignominie parmi les esclaves de Satan; — sur l'avarice, en nous rappelant le mauvais riche réclamant à grands cris une simple goutte d'eau, sans pouvoir l'obtenir; —sur l'impureté, par la pensée du feu dévorant qui consume les réprouvés, les torture de toute façon sans jamais les faire mourir, quoiqu'ils endurent mille morts à tout instant. Quelle force ne nous communiquent pas ces réflexions, contre nos penchants !
0 mon Dieu! comment est-il possible de consentir au péché mortel, quand on se place devant ces brasiers allumés par votre colère et dont les feux de la terre ne nous donnent qu'une faible idée? Ah! daignez me pénétrer de votre sainte crainte. Autant vous êtes bon et généreux dans les largesses de votre charité, autant vous êtes terrible dans les châtiments de votre justice. Vous multipliez les tourments des damnés selon la multitude et la malice de leurs péchés, en sorte que rien n'échappe en eux à une juste punition. Accordez-moi la grâce : 1° De diminuer chaque jour le nombre de mes fautes, même légères. 2° D'expier par la contrition et la mortification celles que j'ai malheureusement commises dans le passé. Et à cette fin, rappelez-moi souvent la pensée de l'enfer qui attend le pécheur impénitent. Memorare novissima tua, et in œternum non peccabis.
2° Le souvenir de l'enfer nous rend plus facile l'exercice des vertus.
L'humilité trouve d'abondantes ressources dans la pensée des opprobres réservés aux damnés. Elle nous fait dire : « Si j'étais en enfer, comme je l'ai mérité, j'y serais méprisé, bafoué, couvert de confusion. Les démons me reprocheraient avec rage d'avoir reçu plus de moyens qu'eux de me sauver et- de n'en avoir pas profité. Us m'accableraient d'injures et d'outrages, et les réprouvés avec eux. » — De telles pensées n'auront-clles pas pour effets de rabattre nos prétentions, de diminuer notre confiance en nousmêmes, et de nous aider à supporter en paix sur la terre l'oubli, les manques d'égards, les dérisions, les dédains et les affronts les plus sanglants?
Et quelle reconnaissance ne devons-nous pas à Dieu de nous avoir préservés de l'enfer! Si le pire des damnés était arraché en
ce moment aux flammes éternelles et replacé sur la terre pour y faire pénitence, oublierait-il jamais un tel bienfait? Et nous que Dieu n'a pas seulement retirés, mais préservés des abîmes du feu vengeur, par une miséricorde toute gratuite, quelle gratitude lui en témoignons-nous?... 0 mon Dieu! je devrais jour et nuit louer votre bonté de m'avoir supporté malgré mes offenses, de m'avoir inspiré le repentir, au lieu de m'abandonner au pouvoir de Satan dès mon premier péché, comme il est arrivé à tanl d'autres.
Une telle charité, de la part d'un Dieu, ne devrait-elle pas nous embraser d'amour envers lui? Car ce n'est pas sans frais que le Seigneur nous a remis sur le chemin du salut. Il a dû nous appliquer les mérites de son Fils, de ce Fils qui a souffert et qui est mort pour nous; de ce Fils qui chaque jour encore s'immole afin d'apaiser la divine justice en notre faveur. Et grûce à cette application bienveillante et continuelle que Dieu nous fait des mérites de Jésus, il nous est donné d'échapper à la rage des démons, aux supplices des réprouvés, au malheur incompréhensible d'être à jamais rejetés loin du souverain Bien. — Oh ! que ces pensées sont de nature à nous enflammer d'amour envers un Dieu si bon pour nous !
Seigneur! ce n'est pas un amour simplement tendre et reconnaissant que je dois vous vouer, mais un amour fort et généreux," qui me rende capable des plus grands sacrifices. Dès le matin, à mon lever, je vous remercierai de m'avoir préservé de l'enfer de préférence à tant d'àmes qui y sont chaque jour précipitées. En retour d'un tel bienfait, je me proposerai : 1° De vous servir pendant la journée avec générosité, fuyant la délicatesse qui ne sait rien souffrir et la susceptibilité qui s'irrite de tout. 2° De vivre en ce monde dans les sentiments d'un échappé d'enfer, qui serait tout ardeur et tout amour au service de ses insignes bienfaiteurs Jésus et Marie.
CARÊME. TROISIÈME SEMAINE. LUNDI, (bis.) - Le péché véniel.
Préparation. — Si nous voulons éviter toujours le péché mortel, ayons horreur des moindres fautes. A cette fin, méditons 1° La malice du péché véniel. 2° Ses ravages et ses dangers. — Examinons ensuite quelle faute, négligence ou imperfection fait le
plus de tort à notre avancement spirituel et nous expose le plus au relAchement. Eflbrçons-nous sérieusement de nous en corriger. Qui timet Dcum nihil negligit.x
lo Malice du péchk vrniel.
Quel respect ne mérite pas la grandeur infinie de Dieu ! Plutôt que de lui déplaire, il vaudrait mieux laisser périr toute la création. Aussi de quels châtiments terribles Dieu n'a-t-il pas puni parfois même des fautes vénielles, dans l'ancienne Loi ! Et les peines du purgatoire, infligées aux légers manquements, ne dépassent-elles pas en rigueur, selon saint Augustin, tout ce que l'on peut souffrir et même imaginer en cette vie? Et vous direz, après cela : « Ce n'est qu'un péché véniel ! » Quoi ! un péché véniel ! mais ce péché a contribue, pour sa part, à la passion de l'Homme-Dieu; et faire souffrir un Dieu n'est-ce pas un mal plus affreux que la destruction de tout le genre humain? Les Séraphins si élevés dans la gloire préféreraient l'anéantissement au malheur de déplaire à leur Créateur. Et nous, pécheurs vils et ingrats, nous osons l'offenser si facilement ! —0 Jésus ! inspirez-moi, comme aux saints, une vive horreur des moindres fautes.
Nous ne saurions, d'ailleurs, commettre le péché véniel, sans manquer à I'affection que mérite le meilleur des pères, à I'obéissance qui est due au plus grand des rois. Dieu nous le fait entendre par le prophète Malachie : « Si je suis votre père, nous dit-il, où est l'honneur qui me revient ? Si je suis votre Seigneur, où est la crainte que vous me devez?2 » Dieu daigne nous considérer comme ses enfants ; il veut que nous l'appelions du doux nom de Père, et il nous promet de nous faire entrer en partage de tous ses biens avec son Fils unique Jésus. 0 bonté! ô tendresse ineffable ! — Bien plus, désireux de notre salut, n'a-t-il pas poussé l'amour envers nous, jusqu'à sacrifier ce même Fils sur l'autel de la croix et nous le donner chaque jour en nourriture dans la sainte communion? Et nous irions, après cela, pour un rien, pour un caprice, faire de propos délibéré ce qui déplaît à un tel Père? ô ingratitude inqualifiable!
Père éternel ! faites-moi comprendre combien vos grandeurs et vos infinies perfections méritent mon respect, ma soumission,
(1) Eccle. 7, 19. (2) Malach. 1, 1G.
ma reconnaissance et mon amour. Car de là naissent : 1° Vos titres incontestables à mes adorations et à mon obéissance. 2° Mes obligations constantes de vous remercier de vos bienfaits et de vous témoigner mon affection par une entière fidélité. Je renonce dès ce moment à toute attache, à toute aversion, à toute dissipation, à toute négligence, qui pourraient m'exposer à vous offenser véniellcment. Préservez-moi vous-même de toute faute délibérée, dans mes pensées, — dans mes paroles, — dans toute ma conduite. Ab omni specie mata absiinete vos.*
2° Ravages et dangers du péché véniet.
Quels ravages ne fait pas dans les âmes le grand mal du péché véniel! Il les blesse, les affaiblit, leur ôte ces vives lumières dont Dieu éclaire ses amis dévoués, ces consolations intimes qui donnent tant de charmes à la vertu. La charité se refroidit dans le cœur qui néglige de s'amender ; il n'a plus les joies de l'espérance, ni les tendresses de la dévotion ; les pratiques de piété lui sont à charge, lui inspirent du dégoût; et ce n'est point sans motif : à chaque faute qu'il commet, il se prive d'un degré de grâce sanctifiante qu'il aurait acquis par sa fidélité, ainsi que des grâces actuelles dont Dieu récompense les âmes ferventes. Comment pourrait-il, dans ces conditions, avancer encore dans la vie intérieure?
Bien plus : on ne s'arrête pas d'ordinaire où l'on tombe, dit saint Grégoire; de petites infirmités négligées conduisent à de plus grandes; les blessures légères, quand on ne les soigne pas, produisent des ulcères dangereux. En se familiarisant avec les fautes vénielles, on passe de la négligence à l'indifférence et à un certain endurcissement de cœur. On voit alors sans crainte l'abîme du péché mortel. On y glisse peu à peu, on s'y endort, parfois même on y meurt. Combien d'âmes appelées à la sainteté ont abouti à l'enfer par cette voie !
« Celui qui est injuste ou infidèle dans les petites choses, dit le Sauveur, le sera de même dans les plus importantes.- » Cet oracle si formel de la Sagesse incarnée devrait nous pénétrer de l'horreur la plus sincère des moindres fautes. Dieu menace de rejeter de sa bouche et même de son cœur ceux qui les commettent habituellement et de propos délibéré.3 Comment osez-vous, après cela,
(1) 1 Thess. 5, 22. (2) Luc. 10, 10. (3) Apoc. 3, 16.
blesser encore si souvent l'humilité par vos paroles de jactance, la douceur par vos brusqueries, l'obéissance par vos critiques, la charité par vos médisances, la patience par vos plaintes et vos murmures?
Combattez désormais tous vos défauts dans leurs causes, en réprimant la vanité, l'estime propre, le désir de paraître, de voir, d'entendre, déparier sans retenue; en fuyant la noire tristesse, la mauvaise humeur, les conversations oiseuses, l'immodestie des regards, les amitiés trop tendres, les attachements dangereux. Après de telles fautes, on se trouve froid dans la communion, aride et distrait dans toutes ses pratiques de piété.
0 mon Dieu ! ne me privez pas de vos lumières, de vos grâces de choix et de cette providence spéciale dont vous entourez vos amis. Préservez-moi surtout de la tiédeur, qui me ferait perdre des biens si précieux et m'exposerait ainsi à vous offenser grièvement et même à périr pour l'éternité.
CARÊME. TROISIÈME SEMAINE MARDI — Le don de Dieu.
Préparation. — Pourquoi faut-il fuir le péché, sinon pour conserver la grâce sanctifiante? « Si tu connaissais le don de Dieu, disait Jésus à la Samaritaine, et quel est celui qui te dit : Donnemoi à boire ! * » Considérons 1° Quel est ce don de Dieu. 2° Quel est Celui qui demande à boire, et de quoi il a soif. —'Comme fruit de cette méditation, renouvelons en nous l'estime de la grâce habituelle et le désir de l'accroître en nous, en aimant -de plus en plus Jésus-Christ. Diliges Dominum, Deum tiium, ex toto corde tuo.*
lo Le don de dieu dont parle jésus.
a Oh ! si tu connaissais le don de Dieu ! » nous dit Jésus, comme à la Samaritaine ; si tu savais, âme rachetée, ce qu'il y a de beauté, de grandeur, de noblesse, dans le don que je t'apporte de la part de mon Père, dans ce don qui rend la vie perdue par le péché, et qui s'appelle grâce sanctifiante ! Ce don fait disparaître en toi la tache originelle et toutes les honteuses souillures de tes crimes, fussent-ils aussi nombreux que les grains de sable de la mer et
(l)Joan. 4, 10. (2) Matlh. 22,57.
aussi horribles que les iniquités des plus fameux scélérats. — Il rétablit en toi la beauté première, celle d'Adam avant sa chute. Il te sanctifie comme lui, te rend comme lui agréable à la milice des Anges et au Dieu trois fois saint. Tu deviens alors enfant du Père céleste, par adoption, comme je le suis par nature.
Et que suit-il de là? tu partages avec moi mes droits toujours sacrés : mes richesses, mes mérites sont à toi ; ma doctrine, mon esprit, mes sentiments, mon cœur, ma vie même passent en toi; tu peux dire avec l'Apôtre : ce Non, ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus qui vit en moi.1 » — Mais que dis-je? I'Esprit-Saint qui a reposé sur moi, dès mon incarnation, comme sur la Fleur de Jessé, daigne venir en toi, malgré les souillures de ton passé, afin d'habiter en toi substantiellement, avec Dieu le Père et Dieu le Fils.
Te voilà donc enrichie par lui de vertus et de dons plus précieux que l'univers ! Te voilà formée à mon image et à ma ressemblance par ce divin Paraclet lui-même, afin de participer un jour à ma gloire dans les cieux. Oh ! si tu connaissais, âme rachetée! la valeur de ce don de la grâce, qui te transforme à ce point ! tu no cesserais de l'augmenter en toi par ta ferveur et ta fidélité.
0 Jésus! votre langage me touche. Jusqu'ici je n'ai pas assez apprécié le bonheur d'être en grAce avec vous. Autant le péché mortel est un mal immense, autant votre amitié sainte est un bien excellent qui surpasse tous les biens. Elle est en moi la source de la paix, — le principe de la vertu — et la condition du mérite. Je veux donc la conserver à tout prix, par la fuite des dangers, la prière habituelle et la fréquentation des sacrements.
2o Qui est jésus et quem.e est sa soif.
« Oh ! si tu savais, disait Jésus à la Samaritaine, quel est celui qui te dit : Donne-moi à boire ! » Si tu savais, âme rachetée de mon sang! ce que je suis à ton égard, moi qui te cric sans cesse : a Donne-moi ton cœur, ta volonté, ton amour ! » — Pour être aimé de toi, que n'ai-je pas fait? je t'ai chérie avant tous les siècles, lorsque le monde n'existait pas encore et que les Esprits célestes eux-mêmes n'avaient point été créés. Je t'aimais alors déjà sans intérêt, uniquement par bonté, te distinguant à travers toutes les
(1) Gai. 3, 20.
générations, parmi ces milliards d'êtres que je me proposais de créer.
Je te voyais d'avance coupable de tant de fautes, oublieuse de mes bienfaits, poussant même l'ingratitude jusqu'à résister à mes grâces, que dis-jc ? jusqu'à renouveler tous les tourments de ma Passion! Et malgré cela, âme rachetée, le croirais-tu ? je t'aimais, je te chérissais avec tendresse, comme une pauvre brebis égarée que je voulais ramener au bercail de ma grâce. — Et pour te ramener à ce bercail, combien ne m'en a-t-il pas coûté? Je suis descendu du trône de mes grandeurs jusqu'à la condition d'esclave, jusqu'à devenir en quelque sorte « un ver de terre, l'opprobre des hommes et l'abjection du peuple.1 » Comprends-tu maintenant combien je t'ai aimée?...
0 Jésus! je ne comprends que trop mon ingratitude et ma perfidie envers vous. Vous m'avez donné l'existence sans aucun mérite de ma part, et j'en ai si souvent abusé contre vous ! Au baptême, j'ai reçu de votre libéralité des dons si précieux; mais hélas! qu'en ai-je fait? à peine avais-je l'usage de la raison que, nouvel Enfant prodigue, j'ai dépensé tous ces biens pour satisfaire mes penchants. Et cependant. Seigneur ! votre tendresse à mon égard ne s'est point rebutée ; toujours vous avez eu soif de mon amour. Descendu du ciel, vous avez traversé la vie présente, et, après bien des travaux et des fatigues, vous voici, comme au puits de Jacob, dans l'adorable Eucharistie, me criant sans relâche : « Oh ! si tu savais quel est Celui qui te dit : Donne-moi à boire : donnemoi ton cœur, ta volonté, ton amour! »
0 mon Créateur et mon Sauveur, le plus tendre ami de mon âme ! comment pourrais-je vous résister encore ? Je vous consacre mon esprit, qui désormais pensera toujours à vous ; je vous donne entièrement mon cœur, ses désirs et ses affections. Affermissez en moi la résolution d'être à vous sans partage, sous la protection de votre divine Mère, qui est aussi la mienne.
(1) Ps. 21.
carême, troisième semaine, mercredi. — Crainte de Dieu.
Préparation. — Comme la crainte nous aide à fuir le péché et à persévérer dans l'amitié divine, considérons 1° Ses effets salutaires. 2° Les grâces précieuses qu'elle nous attire. — Pour y avoir part, proposons-nous aujourd'hui de penser souvent à la grandeur de Dieu, à ses redoutables jugements et aux châtiments terribles qu'il inflige dans l'autre vie. Bealus vir qui timet Dominiim ! in mandatis ejus volet nimis.*
1° Effets salutaires de la crainte de dieïî.
Que de saintes impressions ne produit pas dans une âme le sentiment de la crainte du Seigneur ! Convaincue de son néant et de la majesté de Celui qui la voit partout, elle se tient en sa présence avec une respectueuse modestie, n'osant jamais, ni lui déplaire, ni transgresser aucune de ses lois. De là cette délicatesse de conscience qui lui fait éviter jusqu'aux moindres fautes et imperfections. De là cette horreur-qu'clle ressent de toute prétention, de toute suffisance. Jamais on ne l'entend ni se louer, ni se prévaloir de ses talents ou qualités, pas même indirectement. Pénétrée du souvenir de la grandeur de Dieu, elle ne s'arrête pas aux désirs de l'estime, moins encore aux vaines appréhensions du respect humain; car elle se rappelle la parole du Maître : «Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l'âme mais craignez celui qui peut précipiter en enfer l'âme et le corps.2 >
Lui survient-il des attaques, des suggestions de Satan ; et qu peut y échapper ? elle ne s'amuse pas à raisonner avec le tentateur, mais défiante d'elle-même et redoutant le péché, elle se hâte de prier, de combattre, et met en fuite ses ennemis. Jamais on ne la voit s'exposer au danger ; d'où saint Jean Chrysostome a pu dire : « La crainte du Seigneur est la gardienne de I'innocence. » Et en effet, comment les Saints se sont-ils conservés purs, même au milieu d'un monde corrupteur, si ce n'est au prix de précautions continuelles, inspirées par leur crainte d'offenser Dieu? — Examinez si, comme ces amis du Seigneur, vous opérez votre salut
(1) Ps. 111. (2) Matin. 10, 28.
avec le tremblement dont parle l'Apôtre, et qui nous aide si puissamment à triompher de l'orgueil, de l'insubordination, de la paresse, de l'insouciance et de cette léthargie spirituelle si nuisible à notre salut.
0 mon Dieu! inspirez-moi cette crainte religieuse et confiante, sans laquelle on vit dissipé, présomptueux et peu retenu dans les manières et le maintien. Donnez-moi la grâce d'être recueilli pendant l'oraison, la sainte messe, la communion ; communiquezmoi un profond sentiment de respect filial envers vous, — de déférence à l'égard du prochain — et de réserve envers moi-môme. « Car celui qui possède votre crainte, dit l'Ecriture, pratique toutes sortes de bien. » Qui tirnet Deurn facict bona.{