CARÊME. TROISIÈME SEMAINE. JEUDI. — CONFESSION FRÉQUENTE
par le péché, reprend vie; de repaire des démons, elle devient le sanctuaire du Saint-Esprit ; laide et hideuse auparavant, la voilà maintenant revêtue d'une beauté qui réjouit les Anges et fait tressaillir les Elus. Ce scélérat, abhorré de l'univers et couvert de la lèpre de ses crimes, le voilà qui sort, comme Naaman, d'un nouveau Jourdain, du sacrement de Pénitence ; il est redevenu pur et agréable à Dieu.
Mais les effets de ce sacrement sont-ils moins merveilleux dans les justes que dans les pécheurs ? Loin de là : quels biens précieux ne reçoivent pas ceux qui se confessent fréquemment! Outre l'augmentation de la grâce sanctifiante, des vertus théologales, des vertus morales infuses et des dons de l'Esprit-Saint, ils acquièrent une grande pureté de conscience, qui est la grâce sacramentelle. De là cette joie secrète, ce bien-être spirituel que ressentent les bonnes âmes, en sortant du tribunal sacré comme d'un bain de salut.
Et en réalité c'est un bain salutaire, préparé par le sang d'un Dieu. Il nous purifie de toutes nos souillures et nous rend plus facile l'exercice des vertus. Après une confession fervente, n'est-on pas plus humble, plus soumis, plus docile, plus ardent pour le bien, et mieux résolu de travailler à se corriger et à devenir meilleur? Là s'accomplit ce que recommande l'Apocalypse : « Que le juste se justifie encore ! que l'âme sainte se sanctifie de nouveau ! »
Et quelle gloire éternelle ne méritera pas celui qui se confesse toujours avec une humilité profonde, une vive contrition et un vrai désir de s'amender! Ne pourrait-on pas dire qu'il évitera le purgatoire? car s'étant purifié soigneusement, toute sa vie, dans la piscine sacrée de la Pénitence, il n'aura plus rien à soumettre, après sa mort, au feu de l'expiation.
0 Jésus ! je veux me confesser souvent, et le faire toujours, comme si j'étais sur le point de comparaître à votre jugement. Montrez-moi quels sont les défauts de mes confessions : si je ne les fais pas d'ordinaire par routine, par habitude, par manière d'acquit, sans m'y être préparé et sans grand profit. Accordez-moi la grâce de recueillir de ce sacrement les fruits précieux qu'il renferme, c'est-à-dire : le pardon des péchés, la diminution de la peine qui leur est due, — l'accroissement de la grâce habituelle, le développement des privilèges, des vertus et des dons qui l'accompagnent, — l'augmentation des grâces actuelles, — la pureté de la conscience et la paix intime qui rassure si bien les âmes ferventes.
174 CARÊME. TROISIÈME SEMAINE. JEUDI. — CONFESSION FREQUENTE. 2° Dispositions pour se confesser avec fruit.
Ceux qui s'approchent souvent du tribunal sacré, par exemple, tous les huit jours, ne doivent point employer un temps considérable à l'examen des fautes à accuser. Ils peuvent toutefois, pour un plus grand profit spirituel, sonder le fond de leur cœur, peser les motifs de leurs actions, voir les pensées, les désirs, les sentiments qui d'ordinaire les dominent, étudier la racine de leurs défauts, et apprendre ainsi à se connaître eux-mêmes pour se corriger, se mépriser et avancer dans les solides vertus. « Considérez, dit saint Bernard, combien vous profitez, ou combien vous perdez. » Cependant, au confessionnal, il suffira de dire les seuls manquements réels.
Quant à la contrition, elle est plus nécessaire que l'examen. Il faut s'y disposer par la réflexion et la prière : la réflexion, sur les motifs qui excitent le mieux notre repentir, par exemple, le ciel perdu, l'enfe'r mérité par le péché mortel, le purgatoire encouru par le péché véniel. Et quels tourments, grand Dieu ! que ceux de l'enfer et du purgatoire! Ils surpassent, dit saint Augustin, tout ce que nous pouvons souffrir et même imaginer en cette vie.
A ces motifs de crainte, ajoutons ceux de l'amour : la bonté de Dieu, ses infinies perfections outragées, ses bienfaits méconnus, ses grâces méprisées, et la Passion de Jésus rendue inutile et renouvelée par nos iniquités. Combien ces vérités ne sont-elles pas capables de briser nos cœurs de repentir, si nous les considérons sérieusement, et si nous demandons en môme temps à la Mère de douleurs la grâce d'une vraie contrition ! — Formons-en de plus un acte intérieur ainsi qu'une résolution sincère de nous corriger.
Cette résolution, appelée bon propos, doit compléter, perfectionner nos regrets ; car pourrions-nous détester nos péchés passés, sans vouloir sincèrement nous prémunir contre la rechute ? De là vient que ce propos doit être ferme, universel, efficace; et ces qualités sont de rigueur pour les fautes mortelles. — Quand on n'accuse que des péchés véniels, il suffit de diriger la résolution de s'amender, sur l'un ou l'autre d'entre eux, ou bien sur les péchés de la vie passée, que l'on soumet à l'absolution par une accusation générale, en nommant l'espèce ou le commandement violé. Est-ce là votre pratique ?
0 Jésus ! ne permettez pas que je rende nulles mes confessions,
par défaut de repentir ou de bon propos, ou en ne donnant pas, dans l'accusation, matière suffisante à l'absolution. Faites que j'y forme au moins la résolution d'éviter les péchés plus graves de ma vie passée, ou bien de diminuer le nombre de certaines fautes légères que j'apporte, hélas ! trop souvent au tribunal sacré.
carême, troisième semaine, vendredi. — Plaies de Jésus.
Préparation. — « Vous puiserez avec joie, dit -Isaïe, les eaux de la grâce aux sources du Sauveur. < » Méditons 1° Combien les plaies de Jésus sont glorieuses. 2° Combien elles sont vivifiantes. — Heureux ceux qui ont la sainte habitude de regarder souvent le crucifix, de baiser avec repentir ses pieds sacrés, de puiser dans ses mains et dans son côté la force de fuir les fautes légères et d'être fidèles à tous leurs devoirs! llaurietis aquas in gaudio de fontibas Salvatoris.
1° Combien sont glorieuses les plaies de jésus.
Avant la Rédemption, les blessures des crucifiés étaient des marques d'infamie; mais celles que l'Homme-Dieu a reçues dans son humanité sainte sont glorieuses pour lui et pour nous. Jésus, en effet, n'en rougit jamais, et il nous enfanta par elles à la grâce et à la gloire. Sur le Calvaire, il présenta de lui-même ses mains et ses pieds, aux clous qui devaient les percer, et il permit à la lance du soldat, de pénétrer jusqu'à son Cœur sacré.
Après sa résurrection, loin de cacher ses divines blessures à ses disciples, il les leur montra à tous, les faisant même toucher à son apôtre incrédule. Bien plus, dans son Ascension glorieuse, il les porta, plein de joie, devant le Père éternel et toutes les légions angéliques, comme les trophées de sa victoire sur la mort, l'enfer, le monde et le péché. Maintenant encore, assis à la droite du Très-Haut, il s'en fait un titre de gloire, et ses plaies brillent comme des soleils, à la grande consolation des Elus.
Nous les verrons nous-mêmes, ces plaies glorieuses, quand écla-
(1) Is. 12. 3.
tera d'un pôle à l'autre la majesté de Celui qui viendra nous juger. Malheur alors à ceux qui auront abusé des grâces dont elles sont la source ! « Je vous avais écrits dans mes mains, leur dira le Sauveur, pour ne vous oublier jamais; une mère eût plutôt oublié son enfant. Et vous n'avez répondu à mon amour que par l'ingratitude et l'outrage. Retirez-vous donc de moi, maudits, allez au feu qui ne s'éteindra jamais. » — Puis se tournant vers les élus, Jésus leur dira : « Venez, les bénis de mon Père ! mes plaies ont été pour vous des asiles; loin d'en avoir honte, vous vous êtes fait gloire de les porter : dans votre esprit par un pieux souvenir, dans votre cœur et votre corps, par la patience et la mortification. Venez donc posséder le royaume qui vous a été préparé dès l'origjne du monde. »
0 Jésus ! pour m?.riter cette bienheureuse sentence, je me propose de baiser chaque matin avec amour vos pieds sacrés, vous promettant de suivre en tout la voie de vos préceptes; vous suppliant de me soutenir de vos mains divines dans la pratique du bien, et unissant mon cœur à votre Cœur aimant, afin de sanctifier tous mes désirs et toutes mes affections. — Le soir, je ferai le môme exercice, pour obtenir le pardon des fautes que j'aurai commises par mes démarches, — mes actions — et mes sentiments intérieurs. Ainsi je veux, ô Jésus! rendre mes hommages quotidiens aux plaies glorieuses de vos pieds, de vos mains et de votre côté sacré.
2o Combien sont vivifiantes les plaies pe Jésus.
Le Rédempteur étant mort pour nous ou pour la restauration de nos âmes, ses divines blessures nous sont devenues des moyens de guérison, qui réparent en nous les pertes causées par le péché. Elles nous sont d'abord des foyers de lumières, qui dissipent nos ténèbres et nous éclairent sur les mystères les plus nécessaires et les plus utiles à notre sanctification. A peine l'incrédule Thomas les eut-il touchées, qu'il s'écria, plein d'une foi vive : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ' » — Que d'enseignements y ont puisés les Docteurs de l'Eglise, un saint Bernard, un saint Bonaventure, un saint Alphonse, si dévots à la Passion ! Quelle science pratique et sublime n'y trouverons-nous pas nous-mêmes, si nous sommes assidus à les contempler chaque jour!
(1) Joan. 20, 28.
Jésus nous y a préparé un rain de salut, bain qui nous purifie, nous ôte la tache de nos offenses et nous rend plus aptes à servir Dieu fidèlement. En arrosant de leurs larmes ses pieds sacrés, sainte Marie-Madeleine, pénitente, saint Augustin, sainte Marguerite de Cortone et tant d'autres se sont purifiés de leurs souillures, et ont recouvré l'innocence des prédestinés. — Combien dames, naturellement faibles, ont trouvé, dans les mains transpercées du Sauveur, la force de se corriger de leurs habitudes vicieuses et le courage de s'enrôler pour toujours à son glorieux service!
De son Coeur divin, comme d'un océan de grâces, nous viennent tous les secours qui nous aident à nous détacher et à nous sanctifier. Ces secours se communiquent à nos âmes par les sacrements. Efforçons-nous de recevoir ceux-ci avec les meilleures dispositions. Nous y puiserons la volonté constante de laisser là cette vie toute naturelle, toute humaine, vie conforme à Pamourpropre et éloignée des sentiments de Jésus-Christ. Nous y formerons la résolution : 1° De regarder souvent avec amour les plaies vivifiantes du Rédempteur. 2° De réclamer avec instance, par leurs mérites, l'esprit de prière et de sacrifice, et le courage de pratiquer l'humilité, l'abnégation et le. dévouement sans reserve.
0 Vierge, Mère de douleurs ! par votre dévotion aux souffrances de niomme-Dieu, obtenez-moi la grâce de me faire à moi-même avec saint Bonaventure, trois demeures en Jésus crucifié : l'une dans ses pieds, l'autre dans ses mains, et la troisième dans son côté sacré, afin que j'y apprenne à m'humilier, — à agir — et à aimer : à iïi'humilier de mes offenses envers la majesté divine ; à m'EXERCER dans la pratique des vertus contraires à mes défauts, et à diriger sans cesse mon cœur, mes affections, tous mes désirs, selon la volonté de Celui qui est mort pour me sauver.
CARÊME. TROISIÈME SEMAINE. SAMEDI. — Les plaies de Jésus.
Préparation. — Après avoir considéré la gloire des plaies du Rédempteur, voyons 1° Les biens immenses qu'elles nous procurent. "1° Les sentiments de repentir et de confiance qu'elles doivent nous inspirer. — Nous ferons cette méditation sur le mont du Calvaire, et, en y contemplant Jésus crucifié, nous dirons avec saint Bernard : « Ah! Seigneur, que ne m'est-il donné de coller mes lèvres sur vos divines blessures, et d'y sucer le miel de l'amour
qui adoucit tout, et l'onction de la piété qui communique sa saveur à toutes nos actions ! » Liceat mihi sugere met de petra oleumque de saxo ! '
lo Biens qui nous viennent dks plaies de jésus.
A peine le divin Rédempteur est-il élevé de terre, que la vue de ses divines blessures touche les coeurs bien disposés. Lui-même avait prédit ce mystère par la bouche du Prophète : « Ils ont considéré mes plaies, et ils ont pleuré sur moi comme sur un fils unique, comme à la mort d'un premier-né.2 » Que de larmes n'ont pas versées les saintes femmes et les amis du Sauveur, présents à sa dernière agonie! Qui nous dira les immenses douleurs de la Vierge-Mère contemplant les plaies de son Fils bien-aimé? Les soldats eux-mêmes et le centurion se frappèrent la poitrine, par un effet des grâces sans nombre qui semblaient découler du corps ensanglanté de Jésus.
« Si quelqu'un entre par moi, avait dit le divin Maître, il trouvera de gras pâturages. » Pnscua inveniet? Toute Ame qui pénètre dans les plaies du Rédempteur, y trouvera tout ce qui lui manque. Est-elle pécheresse, chargée de fautes et d'imperfections, elle y puisera des sentiments de contrition, capables de la purifier de toutes ses souillures. Est-elle faible, découragée, accablée d'épreuves et de tribulations; où pourra-t-el le mieux se consoler, se fortifier, se procurer la victoire, la paix et le salut, que dans les plaies de son Sauveur? « Lorsqu'une pensée mauvaise, dit saint Augustin, frappe à la porte de mon cœur, je recours aux plaies sacrées de Jésus; si la chair me livre des assauts, je me souviens des blessures de mon Dieu ; et quand le démon me prépare des embûches, je fuis dans le cœur même de mon Rédempteur, et l'ennemi s'éloigne de moi.1 Je n'ai trouvé nulle part, ajoute le saint Docteur, de remède aussi efficace dans mes maux spirituels, que les plaies de l'Homme-Dieu.3 »
Après de tels témoignages, ne devons-nous pas avouer que, si nous sommes misérables, la faute en est à nous? à nous qui négligeons de faire valoir les trésors renfermés en Jésus. Quoi ! ses plaies; comme des mines précieuses, nous sont toujours ouvertes, et nous allons si rarement y puiser! Jésus nous les offre comme
(lj Serm. 3. de Pass. Doinini. (2) Zach. 12, 10. (3) Joan. 10,9. (i) Manuale cap. 22. (3) Ibid. cap. 12.
des fontaines de grâces ; et nous restons arides, sans cesse altérés de satisfactions passagères, tandis qu'on trouve en lui des sources intarissables dont les eaux jaillissent jusqu'à la vie éternelle !
0 Jésus, mon Dieu ! je ne me lasserai plus désormais de demeurer en esprit dans vos divines blessures, où sont les remèdes à tous mes maux. Accordez-moi la grâce d'y goûter, avec saint Bernard, le miel de cet amour qui nous détache de la terre, adoucit nos amertumes et nous unit étroitement à vous. Faites que j'y trouve l'onction de la piété la plus tendre, piété pleine de saveur et dont je ressente les effets dans mon cœur, dans mes paroles et mes actions. Liceat mihi sugere met de petra, oleumque de saxo!
2» Sentiments qu'inspirent les plaies du rédempteur.
« Quelles sont, demande le Prophète à Jésus, quelles sont ces plaies au milieu de vos mains ? — Je les ai reçues, répond le Sauveur, dans la maison de ceux qui auraient dû m'aimer.1 » — Hélas! enfants de Dieu, frères de Jésus-Christ, rachetés par ses travaux et ses souffrances, et conséquemment .obligés de l'aimer, nous avons poussé l'ingratitude jusqu'à transpercer, par nos péchés, les pieds, les mains et le cœur mêmcde notre aimable Rédempteur. Oh ! si jamais, dans un accès subit de colère, nous avions versé le sang d'un innocent, d'un ami, d'un parent, d'un bienfaiteur insigne, quels regrets n'en aurions-nous pas ? Et voici l'Innocence même immolée par nos caprices, nos penchants, notre volonté propre; voici le meilleur de nos amis, notre Frère, notre Libérateur et Père par excellence, le voici couvert de plaies, le corps tout sanglant, et cela par un effet de nos iniquités ! Comment ne pas en ressentir une douleur indicible? Oh ! pleurons, comme les Saints, notre perfidie, notre cruauté, notre injustice envers Jésus, surtout quand nous allons recevoir l'absolution sacramentelle.
Gardons-nous toutefois de tomber dans la défiance. Entrons dans la profondeur des plaies de l'Homme-Dieu ; mesurons l'océan des tribulations qui l'abreuvent, et l'abîme des amertumes dont son âme est inondée. Puis disons-nous : « Est-il possible que tant de sacrifices et de dévouement ne touchent point le cœur du Père céleste, en faveur de ceux qui espèrent en son Fils? Jésus est mort, non pour provoquer, mais pour apaiser la justice divine.
(1) Zach. 13, 6.