CARÊME. QUATRIÈME SEMAINE. MERCREDI. — MOTIF DE CHARITÉ
franche cordialité, qui naît de la foi, — de l'abnégation — et de la générosité des sentiments.
2o Destinée sublime de l'ame.
Lorsque Dieu créa le premier homme, non seulement il l'appela à connaître et à aimer son Créateur au moyen du spectacle de la nature, mais il lui donna une fin si sublime, qu'elle doit frapper d'étonnement le ciel et la terre. Il le destina à contempler un jour sa divinité face a face, sans l'intermédiaire d'aucun être créé, à l'aimer de l'amour dont elle s'aime elle-même, et à la posséder éternellement en partageant sa félicité.
« Que notre âme, s'écrie saint Augustin, dilate ses désirs, qu'elle étende sa capacité; jamais elle ne pourra comprendre ce mystère ineffable. Elle peut souhaiter la gloire de sa destinée et s'y porter avec de saintes ardeurs; jamais elle n'en concevra la sublimité. » Notre cœur a des désirs insatiables de connaître et d'aimer : l'univers entier ne saurait le rassasier. Cependant il sera pleinement satisfait, quand nous jouirons de la vision béatifique. Satiabor cum appnruerit gloria tua.x
Pour nous conduire à ce bonheur inestimable, qu'a fait le Seigneur? il nous a donné la grâce sanctifiante, qui divinise l'essence de notre âme; il a élevé notre intelligence à la foi surnaturelle, notre cœur et notre volonté à l'espérance et à l'amour du Bien suprême que nous devons posséder un jour. Ces dons précieux et autres semblables sont comme des ailes qui facilitent notre vol vers notre fin dernière.
Avez-vous jamais réfléchi que des âmes ainsi dotées, et appelées à une destinée si noble, doivent être plus grandes à vos yeux que toutes les merveilles de la création? On s'extasie devant des beautés d'architecture, œuvres de la main des hommes ; combien plus ne devrions-nous pas le faire, à la pensée d'une âme, chefd'œuvre du Tout-Puissant ! Lui-même l'a ornée comme son temple ; il l'a enrichie de ses trésors et il lui destine une place dans son royaume, qui est le royaume de la gloire. Oh ! qu'une telle âme devrait nous être chère ! qu'elle devrait éveiller en nous des sentiments de vénération, de bienveillance et de dévouement ! Or toutes les âmes en état de grâce méritent de notre part cette
(1) Ps. 16, 15.
estime et cet amour ; et comme nous ignorons l'état intérieur de nos semblables, nous sommes redevables envers tous des témoignages d'une sincère et cordiale charité.
0 Jésus ! ô Marie ! faites-moi voir Dieu seul en tous les hommes et honorer en eux les perfections divines, afin de me pénétrer d'amour et de respect envers tous ceux qui m'entourent. Je me propose : 1° De me montrer doux, prévenant, affable, compatissant envers tous, sans excepter mes ennemis. 2° De vous recommander chaque jour les justes, les pécheurs, les agonisants, les fidèles défunts, spécialement ceux pour lesquels je suis obligé de prier.
CARÊME. QUATRIÈME SEMAINE. JEUDI. - Charité de Jésus
sacrement.
Préparation. — L'Evangile de dimanche dernier nous parle de la bonté du Sauveur, qui multiplie les pains en faveur de la multitude. Considérons encore : 1° Les prodiges de sa charité dans l'Eucharistie. 2° Les sentiments qui l'y animent à l'égard de nous tous. — Formons la résolution sincère de l'y visiter souvent, afin de puiser en lui l'esprit de charité, de prévenance et de dévouement dont il est le principe. Venite ad me omnes;et ego refwiam vos.*
lo Prodiges de la charité de jésus sacrement
La compassion de Jésus pour les besoins corporels de la foule lui fit opérer le miracle de la multiplication des pains; mais combien de miracles d'amour n'a-t-il pas faits pour se donner luimême à nous, comme le Pain vivant, dans l'adorable Eucharistie ! D'abord il est descendu du ciel, il a passé par tous les états et en est venu jusqu'à s'immoler sur le Calvaire, afin de se faire la Victime sacrée de nos autels.
Et sur ces autels, que de prodiges en notre faveur ! Le prêtre, homme faible qui consacre, semble revêtu d'une puissance égale, supérieure même à celle qui a créé l'univers. Par une parole, il change la substance du pain et du vin en celle du corps et du
(l)Matth. 11, 29.
sang d'un Dieu. Et ce Dieu, pour rester avec nous, que ne fait-il pas ? il renverse en quelque sorte toutes les lois de la nature. 11 nous fait voir, sentir, toucher et goûter les apparences du pain et du vin dont la substance n'est plus ; et ces apparences, par miracle, produisent les effets de la substance en conservant la force de nutrition.
Et comment Jésus se rapetisse-t-il sous de si humbles espèces? Comment multiplie-t-il sa présence en tant d'églises du monde, où il se plaît à séjourner ? Comment en un mot opère-t-il tant de merveilles incompréhensibles? c'est par la toute-puissance de son amour, qui ne met point de réserve, quand il s'agit de nous faire du bien.
Il aurait pu, en effet, restreindre le privilège de sa présence réelle à un seul sanctuaire du monde, à une seule hostie, et à un seul jour dans l'année; et alors quelle pompe n'aurions-nous pas déployée, et que de multitudes seraient accourues de tous les points du globe, pour adorer le Dieu demeurant sur un autel, dans un seul ciboire et un seul jour avec nous! Mais non, la charité du Sauveur ne veut point de bornes : elle le force à séjourner dans nos églises et le jour et la nuit, et nous pouvons l'y trouver à toute heure dans toutes les hosties consacrées.
Oh ! qu'une telle charité est capable de fondre la glace de nos cœurs! Un Dieu nous aime tous à un tel excès, et nous n'aimerions pas nos frères, qui en sont si tendrement aimés? nos frères, pour qui Jésus s'immole, pour qui il se fait prisonnier, et à qui il se donne en nourriture dans la sainte Communion ?
0 mon Dieu, devenu Victime et Sacrement pour moi ! faites-moi profiter de l'adorable Eucharistie pour vous, rester toujours uni, ainsi qu'à tous mes semblables, quelque peu agréables ou peu aimables qu'ils me paraissent. Quoniam unum corpus miilti sumus, qui de nno pane participamus.1
2° Sentiments de jésus hostie envers nous tous.
« Quelle consolation pour un pauvre prisonnier, s'écrie saint, Alphonse, d'avoir un ami tendre et fidèle, qui vient s'entretenir avec lui, adoucir ses peines, relever ses espérances ! Nous avons dans nos tabernacles le meilleur des amis, Jésus notre Sauveur,
(f)l Cor. 10, 17.
qui nous encourage par ces paroles : Me voici, nous dit-il, venu tout exprès du ciel, dans votre exil, dans votre prison, afin d'être continuellement avec vous. Demeurons toujours ensemble, attachez-vous à moi ; par là vous ne sentirez pas vos misères. Puis vous viendrez dans mon royaume où je vous rendrai pleinement heureux. » — Ainsi nous parle Jésus du fond des tabernacles.
Il y est sans cesse disposé à nous combler de biens. Le matin, il nous invite à nous unir à lui par la sainte communion, ou du moins par l'assistance au divin sacrifice. Pendant le jour, à tous les instants, il attend la visite des âmes dont il est aimé. La nuit môme, il veille sur nous, et, quoique délaissé par les chrétiens eux-mêmes, il reste toujours là avec une bonté et une douceur infinies, afin que chacun puisse le trouver aussi souvent qu'il le désire, au moins par la pensée, par l'affection, par les actes intérieurs d'une tendre confiance et d'un fervent amour. Qui n'admirera une telle charité de la part d'un Dieu ? Toujours prêt à nous accueillir, à nous écouter, à nous exaucer, il ne se rebute jamais de notre importunité. Il nous éclaire, nous défend, nous console ; nos gémissements vont jusqu'à son Cœur et l'attendrissent sur nos misères.
Quelle confiance ne doit-il donc pas vous inspirer ! Pendant sa vie mortelle, il sentit son cœur ému, en voyant le peuple souffrir la faim ; combien plus sera-t-il favorable à vos demandes, si vous lui exposez les besoins de votre Ame! Les saints allaient puiser en lui cet esprit de sacrifice et de dévouement qui les a toujours caractérisés. Allez, vous aussi, supplier sa tendresse infinie de vous rendre peu à peu, à leur exemple, bon, compatissant, généreux, bienfaisant envers le prochain ; de vous faire même devenir, quand l'occasion s'en présente, le soutien du faible, du pauvre et de l'orphelin, le consolateur des malades et des affligés, le refuge bienveillant de tous ceux qui souffrent et qui s'adressent à vous.
0 mon Dieu! vous dirai-je avec saint Vincent de Paul, « que c'est une bonne chose de n'en point faire d'autre que d'exercer la charité ! » Tel est votre emploi, ô mon Sauveur ! dans le très saint Sacrement. Faites qu'il soit aussi le mien tous les jours de ma vie. Par l'intercession de Marie, la plus prévenante et la plus dévouée des mères envers ses enfants, rendez-moi doux, compatissant, affable, toujours prêt à accueillir, — à consoler, — à secourir ceux qui réclament mes services.