CARÊME. QUATRIÈME SEM. MERCREDI. — MOTIF DE CHARITÉ
1° Noblesse de l'ame humaine.
Combien de motifs n'avons-nous pas cTestimer notre âme et .l'âme du prochain! Le Seigneur a produit la lumière, le firmament, toute la nature, par un simple fiât; mais il a créé notre âme après une sorte de délibération. Le corps humain est formé du limon de la terre, tandis que lame est comme un souffle de la bouche divine. Que signifient ces différences? que l'âme l'emporte immensément en noblesse sur le corps et sur tout l'univers. La distance qui les sépare est en quelque sorte infinie.
Otez du monde l'âme humaine, qu'y restera-t-il ? des ruines : ruines de la culture, ruines de l'éducation, de la science et des arts. Avec l'âme, tout fleurit : la société s'organise, le commerce, l'industrie embellissent la vie, et la religion dominant tous les intérêts, nous fait rapporter à Dieu et le matériel et le spirituel. Telle est l'âme humaine dans l'ordre de la nature !
Mais combien n'est-elle pas plus noble dans celui de la grâce ! Créée à l'image et à la ressemblance do Dieu, elle fut, après la chute originelle, rachetée d'un prix infini, sanctifiée par le baptême, ornée de dons et de vertus, nourrie du corps et du sang d'un Dieu, et appelée à la plus parfaite union avec la Divinité. Quoi de plus glorieux? — On estime un tableau en proportion de la dignité de celui qu'il représente, et du talent de l'artiste qui l'a peint. Quelle estime ne devons-nous pas avoir des âmes, qui sont les chefs-d'œuvre du Créateur et ses portraits les plus ressemblants! Pour une seule d'entre elles, le Verbe éternel se serait incarné ; il aurait embrassé sans hésiter tous les opprobres et les tourments de sa Passion.
Et vous, que faites-vous pour les âmes? Vous ne voulez point vous gêner en leur faveur ; vous refusez de les consoler, de les aider, de leur rendre service, et peut-être même de prier pour elles, quand vous les croyez hostiles à vos idées, à vos desseins, à votre personne. Est-ce là imiter Celui qui a prié pour ses bourreaux, et a versé pour eux tout son sang ? Ah ! si Jésus vous avait traité comme vous traitez les autres, qu'en serait-il de vous?
0 mon adorable Sauveur ! vous nous avez dit : « On emploiera pour vous la même mesure dont vous aurez usé envers le prochain. » Accordez-moi la grâce d'être miséricordieux, afin de mériter ainsi le pardon et la miséricorde. Détruisez en moi tout sentiment d'aigreur, de rancune et d'aversion. Inspirez-moi cette