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CHAPITRE IV

L'AMBASSADE

Taier notter gui et in eteli»

N* nos inducaa in ientationem^

S). Quels enseignements devons-nous retirer de V Ambassade envoyée par St. Jean prisonnier à Notre Seigneur Jésus- Christ ?

^. Ces enseignements sont aussi profonds que variés. Ils ressortent, non-seulement du fait lui-même de cette Ambassade, mais encore, de l'occasion que le Christ en prend pour parler à la foule et pour promulguer un des côtés les plus caractéristiques de sa divine morale. L'époque ellemême, où se passe cet incident, dans la vie du Sauveur des hommes, a également sa portée bien digne de remarque et de méditation. Et si l'on veut condenser dans son esprit, par un bien facile petit travail de synthèse, la surnaturelle philosophie de cette triple étude : — le moment où les députés de Jean viennent au Sauveur, — le fait lui-même de la députation, — et les réponses auxquelles elle donne lieu de la part du Divin Maître, on se convaincra, sans effort, que ces saintes merveilles de la révélation sont revêtues d'un caractère social très-accentué. Elles contiennent une très-haute, trèspuissante et très-radieuse morale politique. L'autorité publique du Christ, Roi des Nations, Arbitre des Gouvernements, et Centre de tout pouvoir civil, s'y affirme avec une précision, une netteté et une maestria des plus saisissantes.

<<>"y ST. JEAN-BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA.

!Z). Quelles sont les circonstances qui marquent t époque où, Notre Seigneur Jésus- Christ reçut les Ambassadeurs de St. Jean Baptiste ?

m. Jésus était dans la floraison de ses trois années de prédication et de miracles. — Baptisé par son'cousin, le Précurseur Jean (i) et tenté ensuite par Lucifer, après quarante jours de jeûne, (2), il avait été convié aux noces de Cana et il y avait consacré, par le premier signe sensible de sa divinité, l'appel de sa présence à cette solennité majeure des familles ; — appel et consécration qui symbolisent doublement : — en premier lieu, le berceau des sociétés humaines, le mariage primordial ; — Jésus et sa Mère honorent ainsi parleur assistance cette institution originelle du Créateur — et en second lieu, le germe tout surnaturel des générations nouvelles, le mariage catholique. — En changeant l'Eau en Vin, le Fils de la Vierge donne à ce Sacrement une fécondité de sanctification, de mérites et d'honneur, que la Loi Antique n'avait point encore connue. (3) Puis, après avoir fait le choix de ses premiers disciples ; (4) après avoir appris au monde l'immortelle prière à adresser à son Père, à Notre Père à tous (5) et prêché les sublimités non encore imaginées du Sermon sur la Montagne, (6), il traversait les villes et les bourgades en faisant du bien. (7) — Il avait déjà rendu sain un lépreux ; (8) — redressé les membres du serviteur d'un Centurion et admiré publiquement la profession publique de foi, dont cet officier de troupes venait de donner l'exemple ; (9) — délivré du démon plusieurs possédés ; (10) — guéri la belle-mère de celui qui devait passer de l'état de pêcheur àla dignité de Prince des Apôtres, de pêcheur d'hommes dans les filets de la grâce ; (11) — opéré la première pêche miraculeuse ; (12) — chassé à coups de fouet les vendeurs du temple ; (13) — ressuscité le fils d'une pauvre veuve, qui rendait avec courage les honneurs de la sépulture à son mort aimé ; (14) — rétabli

(i) MaLh III, 13, et suiv. — Marc, I . (9. et suiv. — Luc III, 21 et suiv. — Jean I, 29 et suiv.

(2) Maih IV, I. et suiv. — Marc I, 12 et suiv. — Luc IV, 2 et suiv.

(3) Je;in II, I et suiv.

(4 Math. IV. 18 et suiv. — IX 9 et suiv. — Marc. I 16 et suiv. — II 14 et suiv. — Luc IV 10 et suiv. — V. 27 et suiv. — Jean I 38 et suiv.

(5) Math. VI, 9 et suiv.

(6) Math. V, VI, VII — Luc VI, 20 et suiv.

(7) Math, IV. 23 et suiv, — Marc I. 32 et suiv. III I et suiv, — Luc IV. 40 et suiv. VI. 6 et suiv

(S; Math. VIII 2 et suiv. — Marc. I. 40 et suiv. — Luc V. 12 et suiv.

(9) Math. VIII 5 et suiv. — Luc VII 2 et suiv.

(10) Math. VIII i6 et suiv. — 28 et suiv. — Marc I. 23 et suiv. — Luc IV. 23 et suiv. —VIII. 2

(11) Math VIII 14 et suiv. — Marc I 30 et suiv. — Luc IV. 38 et suiv,

(12) Luc V 4 et suiv.

(13) Jean IL 14 et suiv.

(14] Luc. VII, II et suiv,

l'ambassade.

les lois du mouvement dans les membres d'un paralytique ; (i) — commandé aux vents et à la mer ; (2) — restitué à la raison et à la morale publique l'esprit d'un maniaque, que les puissances immondes faisaient vivre, depuis de longues années, tout nu, au milieu des tombeaux ; (3) — redonné, le même jour et presque au même instant, à quelques pas et à quelques heures de distance, la santé à une pauvre femme câgée, qui perdait la vie dans la souffrance et son patrimoine entre les mains inhabiles des médecins, depuis douze années, et l'existance à une jeune fille noble, morte à l'âge de douze ans. (4)

Et cette journée de miracles avait été miraculeuse jusqu'au bout. Cet ami, cet exaltateur des enfants, qui à douze ans prêchait dans le temple et confondait les docteurs, en sortant de la maison de Jaïrus, après y avoir laissé l'allégresse et la recommandation si divinement profonde et si humainement maternelle de donner à manger à la petite ressuscitée, trouvait sur son chemin ces deux mystérieux aveugles, que les incrépations de la foule ne pouvaient faire taire et qui n'avaient, comme des jumeaux de la grâce, — (Qui sait s'ils n'étaient pas mari et femme ?) — qu'un cœur pour crier pitié au Fils de David, et qu'une âme pour lui répondre " Nous croyons ; " et leurs yeux s'ouvraient à la lumière ; (5) laissant ainsi pour toujours, en cette intimité de leurs personnes, le témoignage de ce qu'on pourrait appeler Yuniverselle aventure de Phtimanité, c'est-à-dire, la solidarité cachée de tant d'aveuglements, de tant d'illusions et de tant de mendicités d'ici-bas, mais aussi, la fréquente communion — (Union de communauté et communication instantanée,) — des miséricordes, des intelligences et des clartés d'en haut. — " Rien n'est mystère comme une âme, " répète sans cesse en France, un très saint prêtre qui vit encore.

Enfin, sur le soir du même jour, un malheureux que les mauvais Anges rendaient muet recouvrait, avec la parole, la saine et pure possession du luimême. (6)

Parler, c'est^si souvent signe d'honnêteté, Comme se taire l'est de honte.

Puis, pour consacrer, en quelque sorte, cette première poussée des bénédictions du Verbe, survenait la conversion de la Samaritaine ; (7)

(i) Math. IX, 2 et suiv. — Marc II, 3 et suiv. — Luc. V, 18 et suiv.

(2) Math. VIII, 24 et suiv. — Marc. IV, 37 et suiv. — Luc VIII, 23 et suiv.

(3) Marc. V. 2 et suiv. — Luc VIII, 27 et suiv.

(4) Math. IX, 18 et suiv. — Marc V. 22 et suiv. — Luc VIII 41 suiv.

(5) Math. IX, 27 et suiv.

(6) Math, IX, 32 et suiv.

(7) Jean. IV.

touchante étape, entre les plus touchantes, parmi ces excursions de la vie du Bon Pasteur. La Samaritaine ! qui vit toujours et qui pour nous, dans les temps que nous traversons, nous représente, avec une incisive netteté de contours psychologiques, la pauvre conscience protestante ; honnête, mais ne sachant pas ; n'ayant pas de révoltes préméditées contre l'appel de Dieu, mais absorbée dans les devoirs purement humains ; naïve en ces devoirs jusqu'à la franchise ; inconsciente des choses surnaturelles ; adorant ce qu'elle ne connaît pas, comme le Christ le dit lui-même à l'habitante de Sichar — (Sichar signifie Ivrognerie — Ivrognerie de l'individualisme de la Raison qui produit la déraison de la Personnalité. — Tout le génie du Protestantisme est dans l'ivresse de ce vin frelaté) ; — bref, ayant déjà eu cinq maris et avouant elle-même, sous le regard du Maître, qui lui traverse l'âme, qu'elle n'est pas, en réalité, la vraie femme du mari qu'elle a pour le moment ! !

Ces pauvres protestants que nous côtoyons tous les jours, ah ! comme il nous faut les aimer et les respecter ! comme ils valent tant et tant de fois mieux que nous, et comme ils nous dépasseraient de mille et mille distances dans le chemin de la vérité et de ses actes, s'ils avaient reçu seulement la moitié des bienfaits et des grâces dont nous sommes comblés nous-mêmes ! c'est bien d'eux qu'il faut dire ce que disait, de son temps, des Donatistes, leurs aînés en infortune, le doux et profond St. Augustin, ce fils de Ste. Monique, ce converti de ses larmes, qui causait si sereinement de l'Eternité avec sa mère mourante, dans le tête-a\5te d'Ortie : " Que ceux-là vous " traitent avec rigueur qui ne savent pas combien il est difficile de trouver "" la vérité et d'éyiter l'erreur ! Que ceux-là vous traitent avec rigueur, qui "*' ignorent combien il y a de peine à s'élever au dessus des fantômes dont "'' on est une fois rempli ! Mais pour nous, nous sommes bien éloigné de "" suivre cette doctrine envers des personnes divisées d'avec nous, non pas " des erreurs qu'elles aient inventées elles-même, mais pour s'être trouvées ■** dans l'égarement des autres. Nous offrons, au contraire, nos prières à " Dieu, afin qu'en réfutant les fausses opinions de ceux que vous suivez, avec *' une préoccupation que nous taxons plutôt d'imprudence que de malice, il ■" nous fasse la grâce de n'y apporter qu'un esprit qui ne soit touché ni " d'autres impressions que de celles de la charité, ni d'autres intérêts que de " ceux de Jésus-Christ, ni d'autres désirs que de celui de votre salut."

Et qu'il est beau le Christ, qu'il est patient et qu'il est vraiment père •vis à-vis de la Samaritaine ! Il commence par lui demander à boire, et lui -dit : '* Si tu connaissais le don de Dieu et ces fontaines d'eau vive qui désal- ''* tèrent toute soif ! Viendra l'heure où l'on adorera l'Eternel en esprit et

L AMBASSADE

•'en vérité; car Dieu est Esprit." (i) — Et la femme, émerveillée de ces choses spéculatives qui lui sont toutes nouvelles, plus émerveillée encore d'être si bien connue de cet Etranger, court raconter à ses proches cette aventure de son âme ; et le Sauveur ne la poursuit pas ; il reste assis ; il l'attend, mais en l'attendant, comme il pense à elle, à elle et à toutes ses sœurs de l'avenir, qu'il médite de conquérir à son amour ! Aussi, quand ses disciples le rejoignent, continue-t-il tout haut son divin colloque intérieur ; ce qu'on pourrait appeler le rêve de ses bénédictions futures. — " Celui qui *' moissonne, dit-il, reçoit son salaire, de façon qu'il y ait une joie commune "entre les semeurs et les moissonneurs. (2) — Il y a des circonstances où il "est bien vrai de dire que celui qui sème n'est pas le même que celui qui "récolte la moisson " (3). — Mais c'est toujours le fondement de cette nourriture intérieure et cachée, ayant pour substance la volonté du Dieu bon qui est le Père vrai. (4) — C'est toujours l'envoi, la délégation, le mandement de ce Père ; (5) — C'est toujours l'achèvement de son ouvrage. (6) C'est toujours le blanchissement printanier de ces régions intimes de l'âme, caressées des plus chauds rayons de soleil et laissant onduler la bonne semence qui a germé au souffle de la grâce, dans cette maturité qui frissonne en tout cœur sachant élever ses regards. (7) Enfin, c'est toujours le mandat, la repartition, l'équilibre, la poussée divine, l'ordre tout surnaturel, le dévouement tout humble et la bénédiction promise du Travail ! (8) — Il faut entrer dans le travail les uns des autres ! (9)

O trois fois saintes sublimités — personnelles — domestiques — et sociales des Choix, des Appels et du Règne de notre si bon Maître, le Seigneur Jésus.

Et la foule le suivait, toujours plus nombreuse à faire cercle autour de lui, toujours plus ardente, à écouter ses enseignements, toujours plus riche en

fi) Dicit ei Jésus ; Da mihi bibere. — Si scires donum Dei et quis est qui dicit tibi : Da mihi bibere, tu forsitan pelisses ab eo et dedisset tibi aquam vivam. — Sed venit hora, et nunc est, quando veri adoratores adorabunt Patrem in spiritu et veritate. — Spiritus est Deus. — Joan. IV, 7, 10, 23, 24.

12; Qui metit mercedem accipit ut^et qui seminat simul gaudeat et quit metit. —

yoan /V, 36.

(3) In hoc enim est verbum verum : quia alius est qui seminat et alius est quit metit. — yôan IV, 37.

(4) Meus cibus est ut faciam volontatem ejus.

(5) Qui misit me.

(6) Ut perficiam opus ejus. — ycan IV, 34.

(7) Nonne hoc dicitis quod adhuc quatuor menses sunt et messis venit ? — Ecce dico vobls : Levate oculos vestros et videte regiones quia albae sunt jam ad messem. — ^oan 1 V, 35.

(8| Ego misi vos metere quod non laborastis.

(9) Alii laboravemut et vos labores eorum introistis. — yoan IV, 38.

ST. JEAN-BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA

misères à étaler devant ses yeux (i) — La Foule, les masses populaires, cette substance des nationalités, ce ferment des Etats, cette gestation continue de tous les problèmes, comme de toutes les énigmes de la politique. Et devant cette foule, Jésus s'arrête, et une immense compassion s'empare de son cœur, — "Voyez ces hommes, dit-il à ces disciples, — ces hommes, ces femmes, ces vieillards, ces enfants, ces pèlerins brisés de toutes lassitudes et affamés de toute nourriture, ces grands et ces petits, ces riches et ces pauvres, ces superbes et ces infirmes, ces mendiants dans le luxe et ces soldats vaincus de la misère, ces languissants dans le tourbillon et ces esseulés dans la multitude ; ces consciences humaines, en un mot, tour-à-tour abandonnantes et abandonnées ; elle sont devant moi, "tourmentées et gisantes, comme des " brebis qui n'ont point de pasteur. — Oh ! que cette moisson désirée " est donc grande, mais que les moissonneurs sont rares ! Priez \t maître de " moisson qu'il envoie des ouvriers à sa moisson. " (2)

Alors, l'institution divine des Apôtres, chacun par leur nom, succède à cette grande parole attristée. Leurs pouvoirs sont définis, leurs attributions délimitées, leurs charges départies, leurs devoirs tracés, leur radicale séparation d'avec le monde affirmée sans retour, leurs innombrables persécutions prédites et peintes d'avance, trait pour trait. Ils sont armés chevaliers de prophétiques souffrances par l'accolade d'un glaive divin, tranchant comme le glaive des sanglantes batailles ; et le mot de Croix est prononcé, pour la première fois, en ce jour, par le Crucifié du lendemain. (3}

Et c'est en ces instants qu'arrive l'Ambassade de Jean ; elle va donner au Divin Maître im surcroît d'amertume sociale et de douleurs poignantes, au sujet de la foule.

3). Qu' avait à mander Jea7i-Baptiste à Jésus- Christ, par V entremise de ses Ambassadeurs ?

7i. Et d'abord, le fait en lui-même de l'envoi de cette Ambassade mérite quelques minutes d'attention.

Jean était prisonnier. — Dans le Chapitre suivant, nous étudierons cette inique captivité et la condamnation à mort dont elle fut suivie. — Personne plus que Jean n'avait rendu témoignage à la divinité de Jésus-Christ. Per-

(i) Math. IX, 39.

(2) Math IX, 36-37-38.

(3) Math. X. — Marc III, 14 et suiv. VI, 7 et suiv. — Luc VI, 13 et suiv. X, i et suiv.

^ l'ambassade.

sonne plus que lui ne l'avait proclamé comme étant le Messie attendu, la Vérité incamée, la Lumière éternelle, et l'unique Sauveur du monde. Et pourtant, il lui envoie des députés pour lui^adresser cette étrange question : " Es-tu Celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?" (i)

Evidemment, ce n'était pas pour s'éclairer lui-même que Jean dépêchait cette ambassade, mais c'était pour convaincre ses propres disciples, ceux sur qui il avait juridiction de conscience et de foi. C'était pour que tout doute fût dissipé en eux, par la vertu d'une autorité infaillible ; et Jean affirmait, par cette délégation de proprétique voyage, qu'il ne peut exister, réellement qu'««^ seule autorité ayant ce privilège de l'Infaillibilité.

Les leçons et les rapprochements qui découlent de cette démarche sont d'une clarté qui n'a pas besoin de longues démonstrations.

Jésus-Christ seul est la vérité infaillible, mais ayant voulu que cette vérité de sa doctrine et de sa loi se perpétue intacte, après sa mort et sa résurrection, il en a confié l'indéfectible dépôt à la personnalité du Chef de ses Apôtres et de ses successeurs, qui sont les Evêques de Rome. A moins de n'être pas Dieu, et alors, d'être le plus immense des insensés, il ne pouvait pas agir autrement ; car, en rachetant l'homme, il n'a pas anéanti en lui le signe divin qu'avait imprimé à l'âme humaine le souffle éternel du Créateur; ce signe de l'image et de la similitude de Dieu, qui n'est autre, — on ne saurait trop y penser, — • que le Libre-Arbitre. Or, si Jésus-Christ avait disséminé l'infaillibilité de sa doctrine sur toutes les âmes simultanément, il aurait, par cela même, effacé ce sceau du Libre-Arbitre de la conscience humaine, et de plus, créé du même coup l'absurde philosophique et le contradictoire rationnel. Il aurait fracturé à l'indéfini et pulvérisé à outrance la Foi, la Sainte Foi, dont l'essence est d'être une ; il aurait déprécié et véritablement avili toutes vérités, en les émiettant, (2) — ce qui est précisément l'œuvre fatale de toutes les hérésies, et spécialement du Protestantisme, dont le malheureux génie tire vanité de les représenter toutes. — Il aurait, en un mot, selon une expression familière mais juste, que nous avons entendu émettre im jour par un cœur catholique parlant à une conscience protestante : ^^ fait des Saint-Esprit de poche. " — D'où il suit, que dans tous les pays du monde, les fidèles eussent-ils pour Pasteur un St. Jean, un Précurseur de la Parole Divine, un héros de sainteté, de science et de vertu, qui le rende plus qu'un prophète, selon le titre qu'a donné le Christ lui-même au fils de Zacharie, il

(i) Joannes autem quum audivit in vinculis opéra Chrisli, miltens duos de discipulis suis. — Ait illi : Tu es qui venturus es an aièium expectamus ? — Math. XI, 2, 3. (2) Diminuntae sunt veritates a filiis hominis. — Ps. XI. 2.

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f uidrait toujours, et de toute nécessité, coinmimiquer avec Rome, par des relations, par des missions, par des ambassades réelles et personnifiées. Il faut toujours aller interroger l'arbitre de la doctrine, le Vicaire de Jésus- Christ. Vi iz.vX \.o\\]Owx^ passer les viofits ; et c'est là le vrai Ultratnontanisme ; — un mot qui, Dieu merci, avec les lumières éblouissantes qui jaillissent du Vatican, au temps où nous vivons, et les coups de tonnerre qui ébranlent les peuples contempteurs du Vatican, en arrivera bientôt à ne plus effaroucher que les lâches, les poltrons et les sots.

C'est cette habitude de communications continues avec Rome, dont le Gallicanisme a eu pour but de sevrer les Eglises et de dénuder les Etats.

Et elles peuvent -être si variées, ces fécondes Ambassades de la Chrétienté à Rome ! Le génie d'un Ambassadeur est, d'ailleurs, d'être témoin. — " Témoin, " c'est un des plus grands mots qui existent ; le mot Martyr ne signifie pas autre chose ; c'est le témoin, qui signe son témoignage avec son

sang.

En fait d'Ambassades envoyées à Rome, Monseigneur Ignace Bourget, Evêque de -Montréal, a acquis devant Dieu, devant l'Eglise et devant sa patrie, le saint honneur d'avoir député toute une légion d'Ambassadeurs du Canada auprès du Vicaire de Jésus-Christ, en se faisant, comme il l'a fait, c'est-à-dire avec cette douceur et cette énergie qui le caractérisent, l'inspirateur, l'initiateur et le propagateur du mouvement des Zouaves Pontificaux de ce pays. C'est qu'en lui, " le dévouement, excite le dévouement, comme le feu embrase le feu," (i) selon ses propres paroles, qu'il adressait à ses enfants alignés pour le départ, et qui ne se sont montrés dignes de s'en faire l'application que parce qu'ils ont eu, dans ce saint Pontife, un père qui leur en a donné supérieurement l'exemple. Il a voulu envoyer auprès de la Chaire Apostolique qu'il aime tant, ce patriotique bataillon de témoins, " afin de prouver à l'univers entier que l'extrême Occident se joint à toutes " les autres parties du monde, pour épouser la cause sacrée de l'Eglise, et " que des froides contrées du Nord ont surgi des combattants pour le grand " principe sur lequel seul peuvent reposer solidement les sociétés humai- " nés. " (2)

Effectivement, le rôle le plus providentiel des Zouaves Pontificaux Canadiens, leur mission la plus bénie de Dieu et les fruits les plus catholi-

(i) Allocution de S. G. Mgr. Ign. Bourget aux Zouaves Canadiens, à leur départ pour Rome, le 19 Février 1868.

(2) Mgr. Ignace Bourget. — Lettre Pastorale 8 Décembre 1867.

l'ambassade.

ques qu'ils laisseront de leur Ambassade Romaine au Canada, — qui a tant à en profiter, — ce sera d'être revenus dans leur patrie, comme autant de Témoins et Ultramontanisme.

Or, ce fait substantiel, cette obligation véridique, cette allégiance de l'âme, une femme, une vierge, une sainte, une admirable sainte, en a proclamé l'honneur et la vertu, il y a cinq siècks, en s'adressant à un soldat du Pape alors régnant, à un croisé de St. Pierre, à un capitaine de l'Eglise, qui partait en expédition pour le service de la Chaire Apostolique, — Pro Pétri sede." — C'est Ste. Catherine de Sienne, conseillère de la Papauté, médiatrice de politique chrétienne entre l'Eglise et ]es Etats de son temps, proclamée, il y a quelques années, par Pie IX, Protectrice spéciale de la ville de Rome, grande Patronne d' Ultramontanisme, en un mot. — Voici quelques extraits de ce qu'elle écrivait à Charles de Duraz, investi par Urbain VI d'un commandement militaire sur la frontière de Naples, où régnait précisément une Salomé de l'époque, la Reine Jeanne de Provence. — Tout homme ayant eu l'honneur de porter l'uniforme des volontaires de Pie IX ne peut manquer d'être profondément impressionné par ces hautes paroles ; car elles contiennent, en tout ce qui touche à la défense armée de l'Eglise, un superbe ordre-du-jour, sur la noblesse des services passés, non moins qu'un haut commandement surnaturel, pour tout ce qui concerne les devoirs capitaux — (nous allions dire : "les devoirs-eapitaines, " ) — de l'heure présente. — Mais surtout, ce qui, dans la page qu'on va lire, a été soufflé par la bouche du St. Esprit, — cet éternel raccoleur des hommes pour les rassemblements inspirés tout autant qu'inspirateurs, — est bien de nature à servir de sonnerie retentissante pour les recrutements, pour les appels, de l'avenir.

" Très cher Frère en Christ, doux Jésus, — moi, Catherine, esclave *' des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec " le désir de vous voir un chevalier courageux, combattant vaillamment pour " la gloire et la louange du nom de Dieu, pour l'exaltation et la réformation ^' de la Sainte Eglise..

" Considérez, Très cher Frère, que vous ne pourrez pas vigoureuse- *' ment accomplir ce bien et subvenir aux nécessités de la Sainte Eglise, si, *' d'abord, vous ne faites la guerre et ne livrez bataille aux ennemis qui *' tuent l'âme spirituellement, dans quelque état qii elle soit . . .

" Je ne dit pas que pour vivre en grâce il faille quitter son état dans le * monde. David et St. Louis étaient Rois, et ils ont été des Saints. Ils ont

ST.-JEAN BAPTISTe/l' EVANGILE ET LE CANADA.

" possédé temporellement le Royaume, mais sans affection désordonnée. " En eux brillait la perle de la/usù'ce, avec une vraie humilité et une ardente " charité. Ils rendaient à chacun ce qui lui était dû, au petit comme au " grand, au pauvre comme au riche.

" Celui là peut s'appeler chevalier intrépide, qui a défendu et qui garde " courageusement la cité de son âme contre les ennemis et les tyrans " malicieux qui voudraient l'opprimer. Il est apte, alors, à faire de grandes " choses pour Dieu, c'est-à-dire, pour la gloire et pour la louange de son '' nom et de la Sainte Eglise. Il peut, ainsi, sûrement livrer bataille ru " dehors, après qu'il aura bien combattu au dedans. — S' il n' avait pas bien " combattu au dedans, il combattrait mal au dehors.

"N'est-ce pas une grande misère de voir la vérité attaquée et niée ? " de voir l'Agneau poiu-suivi par les loups ? de voir les âmes jetées dans les " bras du démon ? de voir la douce Epouse du Christ dé^nembrêe ? — Les seuls '' amateurs (f eux-mêmes ne sentent pas ces choses. Comme Pharaon, ils " ont endurci leur cœur par t amour-propre. Il ne parait pas que la bonté " divine veuille que votre cœur ait une dureté si coupable. C'est pour cela " que le Christ vous appelle au secours de son Epouse.

" Attendrissez donc votre cœur. Soyez courageux avec sollicitude et sans " négligence. Venez promptement. Ne tardez pas. Dieu sera pour vous. // " ne faut point attendre le tenps ; cela porte malhenr. Venez donc. Cachez- '' vous dans l'Arche de la Ste. Eglise, sous l'aile de votre Père le Pape, qui " tient les clefs du Sang de Jésus- Christ. Je sais que vous serez courageux, "que vous vous efforcerez d'accomplir la volonté de Dieu, sans vous souvenir " de vous-même : Autrejitent, vous ne ferez rien.

" C'est pour cela que je vous ai dit que je désirais vous voir un "chevalier courageux; et ainsi je vous en prie pour l'amour du Christ " crucifié. Quelle honte pour les Princes du monde, et comme il est " déplaisant à Dieu de voir tant de froideur dans leur cœur, car ils n'ont " apporté à l'Eglise que le secours de leurs paroles ! Comment pourraient- ils " donner leur vie pour la vérité, quand ils ne peuvent même pas lui donner "' le secours de leurs biens et de leurs bras ? Je crois qu'un jour ils en auront •^ ^(t grands reproches. Je ne veux pas que vous fassiez ainsi; mais, avec " une grande allégresse, donnons notre vie s'il le faut.

" Pardonnez-moi la dureté de mes paroles ; V amertume des fautes et " i amour de la Ste. Eglise, me seront une excuse devant Dieu et devant vous.

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