‹ Méditations socialesChapitre 11 sur 52 · I. AMBASSADE · texte numérisé non relu

I. AMBASSADE

" Je ne dis rien de plus. T)emeurez dans la sainte et douce dilection de " Dieu. — O Jésus Amour !" (i)

(,) Note.— Nous ne s.iurions positivement résister M'mvitation intérieure qui se fait en nous de donner publicité, dans cet opuscule, k une autre lettre de Ste. Catherine, également adressée par cette femme sublime à un homme de guerre de son temps, Tommaso d'Alviano, Capitaine renommé qui se battait en Toscane pour le ser^•ice de l'Eglise. La morale de cette lettre est d'une pureté au dessus de toute comparaison ; et c'est cette ardente pureté de la Vierge consacrée au Sang de Jésus qui donne à sa parole la profondeur philosophique, U vertu doctrinale et les hautes impulsions sociales, dont est tout émaillé ce précieux document. Ecrivant à un soldat du Pape, elle trace au défenseur des droits de l'Eglise une monographie achevée de l'ouvrier, de l'ouvrier du Seigneur. Dans le Christ et dans son Eglise, en effet, " /« Christo et iti Ecclesin, Soldat et Oir\-RlER sont deux dignités de l'âme qui se confondent si pleinement !

On permettra bien à eette copie de souligner quelques traits d'un manifeste si royal. " Très-cher frire en Christ, doux Jésus !

" Moi, Catherine, servante et esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son Précieux Sang " avec le plaisir de vous voir serviteur fidèle et colonne de la sainte Eglise."

" Soyez le défenseur de cette douce Epouse du Christ. Celui qui sera trouvé fidèle au moment de la mort, " ne verra pas les peines éternelles. " Tout bon chrétien est tenu d'être fidcîe, et de servir la sainte Eglise, " ckacuH suivant son ilat. Dieu met ses ouvriers dans ce glorieux jardin ; nous sommes ses ouvriers, et nous " devons le ser\-ir en trois manières."

" La première regarde généralement tous les fidèles chrétiens, qui doivent travailler par d'humbles et saintes " oraisons et dans une vraie obéissance. C'est-à-dire çu'ils doivent être soumis en tout à In sainte Eglise, " qui est le jardin des chrétiens, où ils se réjouissent, d'où ils tirent la vie de grâce, quand ils ne méprisent pas " le sang en faisant le péché mortel et en se roontraut irrévérents et désobéissants à la Sainte ICglise. — Soyons " donc des ou\Tiers, ainsi qu'il est dit."

" La de'oxième manière regarde ceux qui sont établis ministres pour travailler dans ce jardin ; ils doivent " administrer les saints sacrements de l'Eglise, p.iître et nourir spirituellement ceux à qui ils doivent la doctrine "" et l'exemple. Et s'il arrivait que leur exemple ne fût pas un miroir de vertu, cela ne diminue pas la vie " que nous tirons de ces sacrements, quand nous les recevons dignement. Le respect ^ue nous devons avoir ^^ Pour les Pasteurs ne doit point non plus diminuer pour aucun défaut ou mauvais exemple de leur part, " car la vertu du sacrement ne reçoit aucune diminution à cause de cela, et c'est la vertu du sacrement que " nous devons vénérer. Ils sont les oints de Dieu, qui les appelle ses Christs dans l'Ecriture, et, bons ou " mauvais, il ne veut point qu'ils soient touchés par la main du peuple. C'est un crime abominable devant " Dieu, que celui de ces hommes méchants et membres du démon, qui, se faisant leurs juges et voulant punir " leurs crimes, persécutent en aveugles la sainte Eglise "

" Pour cette méchante et inique persécution. Dieu a envoyé dans son jardin une troisième sorte d'ouvriers : " ce sont ceux qui secourent temporellement l'Église, la servent avec fidélité et de leurs biens et de leur " personne. Dieu vous a choisi pour être de ce nombre, car vous|êtes son serviteur fidèle dans une grande " nécessité. Nous ne pourrions dire combien ce service est agréable à Dieu, surtout quand l'homme sert, non " pour son plaisir et sa propre utilité, mais par zélé pour la sainte Eglise, pour son accroissement et son " exaltation. Oui, il est si agréable à Dieu que, bien que tous n'aient pas cette sainte et droite intention " qu'ils devraient avoir, ils seront pourtant récompensés de tous les services rendus à cette douce Epouse. " Dieu sera pour ceux gui se fatiguent pour lui, et si Dieu est pour eux, personne ne sera contre eux."

" C'est pour cela, très cher frère, que je vous invite vous et les vôtres qui sont dans votre compagnie, à " vous fatiguer saintement pour la sainte Epouse du Christ. C'est la plus douce et la plus utile fatigue de ce " monde. Cette fatigue est victorieuse, lors Tnime qu'elle perd, c'est-à-dire, qu'en perdant la vie corporelle " elle a la vie étemelle. Dans le sang répandu pour la sainte Eglise se lavent tous les défauts et tous les *' pochés commis. Si l'on est victorieux, on avait offert à Dieu sa vie, on s'était exposé à la mort, et si l'on a " acquis des biens temporels, on peut en jouir hcitement."

" Qui ne voudrait, îrés-cher frère, être prêt à souffrir toutes sortes de tourments pour être serviteur fidèle " de cette Epouse? Celui qui est aveuglé, qui méprise le sang du Christ et qui la persécute, perd d'un se^tl " coup et son âme et son corps et ses biens temporels.

" Quelle grande grâee Dieu vous a faite, à vous et aux autres qui la servent I Je vous le dis : Jetteriez- " vous vos corps dans le feu, vous ne pourriez reconnaître une si grande grâce. C'est pour cela que je vous " supplie d'y correspondre avec un ineffable amour, et d'être dans votre état un miroir de vertu, afin que vous " persévériez dan» votre sainte et bonne intention, — que vaus soyez une colonne ferme, un serviteur fidèle, et

,-^ ST. TEAX-EAPTISTE, L'EVAXGILE ET LE CANADA.

C'est par de pareilles impulsions surnaturelles, bien supérieures aux propres vues des âmes qui les reçoivent, que les Zouaves Pontificaux peuvent réellement exercer, dans leurs pays respectifs, et pour les besoins sociaux tout particuliers de l'époque actuelle, une fécondité de civilisation tout-àfait analogue à celle qui distingue l'incalculable et véritablement impérissable influence des antiques Croisades.

" que le gonfalon de la sainte Croix soit toujours dans votre cœur et dans votre esprit. Si vous n'êtes point ' vertueux, si vous ne purifiez pas votre conscience par la sainte confession, vous ne serez pas le serviteus ■' fidèle de Dieu et de l'Eglise, vous ne serez pas un bon ouvrier dans le jardin sacré. Et pourtant, je vour " le dis, j'ai désiré vous voir un serviteur fidèle de l'Eglise."

" Je vous en prie, je vous en conjure, vous et les vôtres, de la part du Christ crucifié, faites ainsi; iasez " votre vertu sur la justice et sur la miséricorde, autrctnent ell' Jie sera point vertu. Baignez-vous dans le ' "sang du Christ crucifié, et, avec une sainte intention et une pieuse sollicitude, faites ce que vous devez faire ; — " et moi, je lèverai mes mains et mon esprit au ciel, — je prierai sans cesse pour vous, pour les autres, deman- " dant à Dieu de vous préserver de tout mal, de vous donner sa grâce et la paix, — et alors, nous pourrions tous "marcher en belle compagnie contre les Infidèles.'

" Cela me donnerait une grande joie. Ce qui me fait beaucoup de peine, c'est de voir que nous, chrétiens, " nous H014S combattons les uns les autres, que les fils se révoltent contre le Père, persécutant le sang du Christ " crucifié. Je ne dis rien de plus ; demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Gesù dolce ! Gesù " etmore ! "

A lira robba. — C'est pour moi un tout joyeux devoir de vieille camaraderie catholique et militaire dénoter franchement ici à quelle source j'ai puisé ces radieuses citations. Elles ont été, avec un rare bonheur, lancées dans la circulation de la publicité ultramontaine par un jeune journal de Bruxelles parfaitement intitulé : " La Croix." — On remarque à prime vue le burin du Zouave Pontifical dans les maîtres-traits de la rédaction de cette feuille qui " n'est pas un journal d'abonnement, mais l'organe d'une association." — (Bravo pour cette intelligente notion de la liberté de la Presse. ) —C&XXe/aveur des bonnes inspirations divines est toute naturelle du reste car " Dieu ne marchande pas, ne jauge pas la mesure dans le don qu'il fait de son esprit " aux hommes qui se font siens, selon les propres paroles de St. Jean-Baptiste. ( i) Or, dès l'origine du Régiment des Zouaves Pontificaux, — cette milice de sabres et d'idées, dont très-noble, très-sage, très-vaillant et très-regretté feu le colonel Cte. de Becdelièvre, un des plus rudes chrétiens qui se soit pu rencontrer, dans l'acception bravement surnaturelle de ce terme, a si bien mérité devant Dieu d'avoir été le créateur et le premier père, — le plan providentiel de cet enrôlement voloiitaire et spontané s'est manifesté par l'union armée de la France et de la Belgique sous le drapeau de la Croix : de la Sainte Croix Catholique Apostolique et Romaine. — La dénomination primitive des Zouaves du Pape a été celle de " Bataillon des Tirailleurs Franco-Belges."

Maintenant, — pour rendre un juste hommage au journal " La Croix " qui est supérieurement fait pour ser\'ir de modèle à tout organe d'association d'Ultramontanisme, et surtout, de l'UItramontanisme-Zouave- Pontifical, lequel est l'Ultramontanisme indispensable, car " Noblesse oblige," — nous ne pouvons mieux faire que de reproduire les propres paroles prononcées par Notre Très-Saint Père et Roi, le Pape Pie IX, quand II fut informé des débuts de cette publication. — " S'étant fait rendre compte par les personnes de son service du but de cette feuille périodique, Sa Béatitude a tout particulièrement apprécié en elle la première partie de son programme catholique, à savoir : la résolution de donner le plus de publicité et de popularité possible " aux " grands Actes doctrinaux du St. Siège dans toute la série des diverses époques de l'histoire." Puis, lorsque le Souverain Pontife eut connaissance que ce journal s'était engagé, vis-à-vis de lui-même, à ne rien laisser échapper de tout ce qui émane de Rome à l'adresse de Messieurs les Catholiques-Libéraux, " Benissime ! " — s'est écrié le saint captif du Vatican, — " ces hommes-là, s'apprêtent au martyre, car qui touche, de nos jours, " à cette plaie sociale, doit se préparer à tout genre de persécution ; — à celle des méchants, bien entendu, — " mais aussi à celle des Timides, qui sous le prétexte de ne pas laisser voir l'ivraie, la laissent croître ot lui " permettent de devenir la maîtresse absolue de nos champs."

Sic " Romalocuta est,"

(1) Non euim nd meosuroai dftt Dena Si'iritum, — Jou IIL 34.

L AMBASSADE

^. Quelle fut la réponse de Jésus- Christ aux députés de St. Jean- Baptiste ?

S. Ce fut la réponse simple, paternelle et victorieuse, qu'à l'imitation de son Divin fondateur, la Papauté a toujours donnée et donnera toujours à tous ceux qui viennent l'interroger et lui demander s'il doit arriver quelque autorité meilleure, quelque puissance plus bienfaisante que celle de Jésus- Christ. Jésus-Christ se borne à dire, et dicte ainsi à tous ses successeurs dans le domaine des bénédictions agissantes: "Allez, retournez auprès de qui vous a envoyés et dites tout simplement ce que vous avez entendu et ce que vous avez \-u : des aveugles qui voient clair, des boiteux qui marchent droit, des lépreux dont le corps est devenu sain, des sourds qui entendent juste, des morts qui ressuscitent ; et pour couronner ces merveilles, les pauvres qui sont évangélisés." (i) — O Sainte et Séculaire Papauté ! Que de dons de la WlQ. tu as restitués à la terre par la salive de ta bouche mélangée à la poussière de ce monde ! Que de membres tordus tu as redressés de tes attouchements délicats ! Que de lèpres morales tu as purifiées de ton souffle embaumé ! Que de mutismes et que de surdités tu as eu le génie de vaincre par la force de ta parole et la patience de tes auditions ! Que de cœurs glacés par la mort de l'orgueil sont sortis de leurs tombeaux à la voix de ta maternelle humilité ! — Et tous ces prodiges, tu les as opérés, à travers les âges et à travers les nations, toujours pacifique en tes amertumes, familière en tes triomphes et inébranlable en tes résistances au mal, par la réalisation universelle du grand mot prononcé par le Maître : V Ev ange lis atioji des Pauvres.

Ah ! voilà le secret entier et souverain, le secret social et civilisateur par excellence, le secret domestique et intérieur au possible ! Et de quelle immense vastitude n'est donc pas fait ce mot de Pauvres !

La Pauvreté ! — Où ne la trouve t-on pas, grand Dieu ! sur cette terre, et que sont, en vérité, les indigences de l'ordre physique à côté des dénuements de l'ordre moral ! Cette Pauvreté là, encrassement de l'esprit, haillons du cœur et défroques de la conscience, elle vient s'asseoir à la table somptueuse du riche, — du riche en argent et en or monnayés de ce monde, — et coucher dans son lit que souvent elle souille. Elle réclame, avec usure, sa part de pression dans les conseils des Rois et son droit de vote aux délibérations d'Etat. Elle assiste à tous les tournois de la politique, y pèse de tout le

(I) Et respondeus Jésus aît illis : Euntes renunciate Joanni quae audistis et vidistis. — Cfleci vident, claudi ambulant, leprosi mundantur, surdi audiunt, mortui résurgent ; pauperes evangelisantur. — Math. XI, 4. 5.

ST.-JEA\ BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA

poids de ses ajoplaudissements, et ce poids est lourd à porter pour le peuple. Elle surgit au cœur de toutes les saines effusions des joies nationales et communique son ulcère à la santé publique. Et même, dans le Temple, si l'entrée du Sanctuaire, qui s'appelle si merveilleusement le Saint des Saints, lui est interdite par la vertu de ce voile divin, à l'abri duquel s'immole la grande Victime de propitiation et réside en paix l'Arche sainte de la vérité (i), ne la rencontre- t-on pas, cette Pauvreté délétère, cette pauvreté responsable de r âme, sous les parvis sacrés et dans le vestibule ? Et là, elle est la pire de toutes ; elle insulte, elle vole, elle siffle, elle crache, car c'est, au plus haut degré, l'inévitable mise en œuvre de cette très-véridique et très-ancienne maxime : " Co7'ruptio oplimi pessima. — Pauvreté du foyer des familles et des promesses conjugales ; Pauvreté des constitutions politiques et des agissements sociaux ; Pauvreté des habitudes populaires et des modes du jour; Pauvreté des saines études et de tous les loyaux couronnements de r éducation chrétientie ; Pauvreté du ministère spirituel et du culte ; Pauvreté de l'indépendance religieuse et de la hiérarchie ecclésiastique, — l'Evangêlisation des Pauvres de toutes ces Pauvretés n'est pas autre chose que la synonimie parfaite et l'équation souveraine de ce mot : La Rédemption du Christ ; et la réponse du Christ aux Ambassadeurs du hérault de ses combats, de celui qu'il appelle l'Aîné de tous les hommes, contient tout entière, dans sa concision divine, cette universelle synthèse.

Mais là aussi est la pierre-de-touche de toute députation qui pourrait prendre la route de Rome, en suivant mentalement des chemins de traverse; en se rendant, non pas " ad iimina Apostolorufn, mais bien " ad îimina Personalitatum. " L'Evangêlisation ou la Monopolisation d'une Pauvreté qnoiconque établit, en ces voyages dissemblables, la même distance que celle dont se distingue une conspiration, d'un témoignage; une trahison à l'ennemi, d'un service commandé ; un flibustier, d'un ambassadeur. — Il est, au surplus, parfaitement inutile d'insister davantage sur cette donnée de hasard qui d' Ultramontaines affadirait et aplatirait ces partances pour Rome jusqu'à les rendre, en toute étroitesse de cœur et stérilité de foi, tout simplement Transocéanes, si le mot peut s'inventer. — Le Verbe Divin"a. congédié de cette magistrale parole d'adieu les députés de son Précurseur enchaîné. " Fort " heureux est, tout de même, celui qui ne sera pas scandalisé en moi, " (2)

(i) Ne omni tempore ingrediatur Sanctuarium quod est intra vélum coram Propitiatorio quo tegitur Arca. — Levit. XVI. 2.

'.2) Et beatus qui non fuerit scandalisatus in me. — }ilath XI. 6.

L AMBASSADE

3). Jétus-Christ a-t-il home à ces enseignements ce qu'il a voulu nous apprendre au sujet de V Ambassade de St. Jean Baptiste ?

^. Loin de là, car au contraire l'Evangile nous dit qu'à peine les Ambassadeurs étaient-ils partis, le Christ commença à parler aux foules au sujet de Jean (i). Et c'est bien en effet aux foules qu'il s'adresse, dans le sens populaire que nous avons indiqué plus haut. Or, ses paroles, en cette circonstance, revêtent un cachet tout particulier de doctrine sur l'Autorité publique. — S'animant par degré, il semble avoir divisé les graves questions qu'il a ainsi à traiter, pour les avertissements impérissables des peuples, en trois parties :

Page 1