Les Anathèmes nationaux
3). Quelles sont les Interrogations sociales du Christ au sujet de St. Jean?
tR. Les voici : — Si ce passage, comme toutes les paroles sorties de la bouche de Dieu, ne contenait pas un sens de doctrine et de philosophie qui doit en primer toute étude et en dominer toute méditation, au simple point de vue de la forme, il mériterait d'être cité comme un véritable chef d' œuvre. C'est im morceau de [la plus haute poésie ; c'est une inspiration littéraire, nous pouvons même dire musicale, — tant c'est harmonieux! — comme aucun génie humain n'en a produit de semblables.
Il parle donc de Jean à ces masses et il leur dit : " Qu'êtes-vous allés *' voir dans le désert ? — Un roseau agité par le vent ?" (2) — Et la foule se tait.
" Mais qu'êtes-vous donc allés voir dans le désert ? — Un homme vêtu " de mollesses, couvert d'habits somptueux, vivant dans les délices ?" — Et, répondant pour la foule, qui semble pétrifiée par cette ironie divine, le Sauveur ajoute : — " Mais ces gens-là, ce n'est pas dans le désert, c'est *' dans la maison des rois qu'on les rencontre. " (3)
Enfin pour la troisième fois : — '' Mais dites-moi donc ce que vous
(i) Illis autem abeuntibus cœpit Jésus dicere ad turbas de Joanne. — Math. XI, 7.
(2) Quid existis in desertum videre ? Arundinem vento agitatam ? — Math. XI, y.
(3) Sed quid existis videre ? Hominem mollibus veslimentis indutum ? Ecce qui in veste pretiosa sunt et deiiciis in domibus regum sunt. — Luc Y/I, 25.
ST.-JEAN BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA
" êtes allés voir dans le désert ! — Un prophète ? — Oh oui, je vous le dis, " en vérité, un prophète et plus qu'un prophète !" (i)
Le désert ; les roseaux agités par le vent ; les hommes portant la livrée de la mollesse dans les antichambres des rois ; les prophètes ! Quelle image de notre siècle ! quel emblème de la civilisation contemporaine ! quelle photographie de nos curiosités du jour ! Que va-t-on voir dans les pays lointains, qui sont presque toujours, hélas, pour bien des sentiments humains et bien des intentions voyageuses, de véritables déserts, quand ils ne symbolisent pas des désertions ? — (Ces deux mots ont la même originfe ; ils viennent, l'un et l'autre, d'un verbe latin qui veut dire : " Abandonner. ") Dans les pays lointains, disons-nous, dans les déplacements de la vie, que va-t-on contempler ? — Ce qu'on est convenu d'appeler les spectacles de la nature ? — Roseaux agités par le vent. — Va-t-on faire ce qu'on désigne par des études de mœurs ? — Mollesse des grands, habits somptueux des riches, délices des ignorants ; c'est toujours la même chose. Retournez, si vous voulez, la proposition et changez en les termes symboliques, l'Evangile aura la même réponse. C'est dans la maison des Rois qu'on trouve le plus de roseaux agités par le vent ; c'est dans le monde du plaisir et parmi les familiers de la faveur publique, que se concentrent ces nonchaloirs hébétés qui tournent au plus léger souffle, ces tiges creuses qui plient sous le moindre faix, ces balancements et ces courbettes devant toute illusion qui traverse l'air ; c'est toujours l'éternelle devise des plats faméliques de jouissances terrestres : " Touipasse. — Tout casse. — Tout lasse; " c'esttoujours le roseau agité par le vent ; — et Salomon, dans toute sa gloire, était moins somptueusement vêtu que la fleur des champs et le lys des vallées ; aussi Salomon s'écriait-il : " Vanité des^ vanités et tout est vanité. " (2)
Mais, faites le désert dans votre' âme, changez l'abandon du cœur des hommes en abandonnement dans le sein de Dieu. — Comme le Prophète fils du Prophète, qui tressaillit dans les entrailles de sa mère, à la présence d'un Dieu conçu dans la virginité, ceignez vos reins de ces tuniques d'expiation, que les doigts des hommes n'ont pas tissées, qui indiquent, à la fois, et la mortalité pécheresse, et la brutalité occise, et dont, aux premiers jours du monde, le Créateur miséricordieusement irrité fabriqua de ses mains ingénieuses le premier modèle pour nos premiers parents étourdis de la confusion
(i) Sed quid existis videre ? — Prophetam ? — Etiam dico vobis et plus quam prophetam. — Maih. XI, 9.
(2) Vanitas vanitatum, dixit Ecclesiates. Vanitas vanitatum et omnia vanitas. — Ecd. /, 21.
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de leur déchéance, (i) Nourrissez vos consciences du souvenir de vos fautes, ces racines amères de toute vie d'homme ; de la prise et de l'appropriation réparatrice des péchés des autres, ces sauterelles du monde ; et de la pure doctrine de la vérité, ce miel sauvage, si doux au cœur, si limpide à l'esprit; — et alors, vous verrez des prophètes, et plus que des prophètes ; vous contemplerez des Saints ; car, dit le Seigneur, " entre ceux qui sont nés des- " femmes, personne ne s'est levé qui fût plus grand que Jean-le-Baptiste ; et " pourtant, celui qui est le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus " grand que lui." (2) Alors, vous connaîtrez, et vous arriverez à. prophétiser vous-mêmes ; car, ainsi que le dit St. Paul, après avoir chanté la Charité universelle, dans le plus inimitable, dans le plus social de tous les Cantiques : (3) " De toutes ces choses, il en est une partie que nous connaissons ** et il en est une partie que nous prophétisons." (4)
Résumons la portée de ces interrogations divines, en ce qui peut toucher au cœur la Nationalité Canadienne.
Cette Nationalité comprend-elle l'idée du désert dans le sens des désertions mondaines ou dans le sens de l'abandon en Dieu ?
N'offre-t-elle pas aux regards de ceux qui la visitent les flexibilités malsaines de ces roseaux des mœurs, des institutions et de la conduite, qui croissent dans les terrains mous et sur les sols fangeux ?
Elle n'a pas de Rois ; elle n'a pas de cour. — C'est peut-être un bénéfice pour elle, car presque toujours, c'est l'air des cours qui empoisonne la Royauté, pour de là, venir vicier la respiration morale du peuple ; — mais, bénéficie-t-elle de cette sobriété sociale qui lui est octroyée par la grande Charte Providentielle, en restant austère dans ses habitudes, en proscrivant le luxe et la frivolité de ses usages domestiques, les efféminements de ses foyers, les étourdissements et les étourderies de sa vie nationale ? — N'avoir pas de cour et s'en faire les singes, ce serait joindre le ridicule au vicieux et le grotesque à l'indécent !
Enfin, cette Nationalité Canadienne, que Dieu a placée, sous la bannière de St. Jean, aux avant-postes de la civilisation américaine, sait-elle se faire prophètesse de vérité, de charité et de pureté ?
fi) Fecit quoque Dominus Deus Adse et uxori ejus tunicas pelliceas et induit eos,— Gen. Il f, 21.
(2) Amen dico vobis. Non surrexit inter natos mulierum major Joanne Baptistaj Qui autem minor est in regno cœlorum, major est illo. — Ma//t. XI, il.
(3) 1ère Epitre aux Corinthiens. — Chapitre XIII.
(4) Ex parte enim cognoscimus et ex parte prophetamus, — / Cor, XIII, ^»
ST. JEAN-BAPTISTE, l'EVANGILE ET LE CANADA.
Telles sont les gloses interrogatives qui, pour le Canada de St. Jean, s'inscrirent d'elles-mêmes en marge aux interrogations sociales adressées dans l'Evangile par le Verbe de Dieu, au sujet du Prophète.
îMais, quand Dieu interroge, il répond toujours, car la Vérité incarnée répudie essentiellement les énigmes. Et voici la réponse souveraine du Maître : .
" Depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu'à présent.... " — Les Jours ■de Jean Baptiste ! quelle merveille d'expression ! quel honneur de date ! — Et dire que si le Canada a la vraie intelligence de sa mission, il peut, — il doit, — compter sa vie nationale par cette ère: "les Jours de Jean- Baptiste " ! — ** Depuis ces jours, dit le Seigneur, le Royaume des Cieux " souffre violence et ce sont les violents qui l'enlèvent " (i)
Sans nous arrêter à la merveilleuse force métaphysique que présente l'accolade de ces deux mots : Souffrir et Violence, qui pourrait ne pas voir, dans cette grande conclusion du Maître, la réprobation la plus accentuée et l'anathème le plus énergique du Libéralisme ? Le nom de " Libéralisme " est moderne, parce que dans ce siècle où règne en souveraine cette perversité morale, il a bien fallu désigner par un vocable technique cet empoisonnement des âmes. Mais la chose a existé depuis les jours de Jean, et cette chose est bien précisément composée tout entière de ce refus de souffrir violence pour le règne des cieux, c'est-à-dire, pour l'empire des vérités divines exercé sur la terre ; pour l'intronisation de rE\angile ; pour la royauté sociale du Seigneur Jésus. On admet bien le règne des cieux un jour, quand tout sera fini, pour sa petite part personnelle, puisqu'il faut bien mourir, une fois, chacun à son tour ; mais on n'admet pas ce règne des cieux en exercice public; on ne veut pas le règne régnant; comme la France actuelle, tombée tout épuisée entre des mains libérales, qui veut la monarchie sans monarque, et qui se donne tous les jours, dans la personne du premier porteur d'épaulettes ou traineur de sabre venu, des monarques sans monarchie, aspirant ainsi, par tous les poies, les miasmes du régime républicain, tout en répudiant tout ce qui peut émaner de ce régime, en fait de senteurs salubres. — Surtout, pas de cœurs qui s'affirment, pas de principes définis, pas de convictions assises, pas de doctrine inébranlable, pas de débats irritants, pas de violents du ciel ! Il faut des idées élastiques, des consciences ductiles, un pouvoir extensible, une autorité de caoutchouc ; — il faut des Ba-
(i) A diehus autem Joannis Baptistœ iisque nunc regnum cœlorum vim patitur etvio lenli rapiiint illud. — Math XI. 12.
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yard de papier-maché. — Ah ! quand Pie IX, ce radieux Voyant de l'Univers, appelle le Libéralisme une peste plus pernicieuse que la Commune de Paris, il sait bien ce qu'il dit. La Commune est un ouragan qui passe ; c'est une escouade de Démons qui traverse l'air, mais ces démons peuvent s'exorciser ; ils versent le sang, d'ailleurs, — ils en verseront encore, beaucoup, beaucoup ;
— mais c'est ce sang versé qui retrempe les sages, qui fait germer les forts, et dont sont divinement conçus ces violents, à qui seuls il sera donné de conquérir leur part de royauté céleste.
Quant à ce Libéral, qui va aux offices du dimanche de la paroisse où il a son banc, qui salue les prêtres, qui fait maigre en famille les jours d'abstinence ; (i) mais qni ne veut pas que Dieu soit souverain dans les lois de son pays, qui relègue le Christ dans le Ciel et l'Eglise dans la Sacristie, ou dans quelque Parloir de maison seigneuriale, — Ce qui est bien loin de suffire à en faire la Maison du Seigneur ; — ce Libéral, qui dit sans cesse prudhommesquement à lui-même et aux autres : " Moi, je suis le roi des honnêtes gens et le pays qui n'a vu naître est le modèle des pays qui puissent exister, sous la calotte des cieux couvrant ce monde sublunaire que nous habitons tous momentanément ; " puis, qui dit : " Charité " quand il faudrait dire : *' Extermination; " qui pleurniche : Ménagement, Tolérance, Conciliation, Partage, et Capitulation, quand il faudrait chanter : Hardiesse, Marche en. bataille, Charge et Victoire ; qui crie, tout épeuré, à la Paix, quand le Christ ardent sonne la Guerre ; qui invoque le fantôme de son Parti pour s'en faire une carapace ou en caparaçon — selon qu'il est né tortue ou palefroi — quand. il s'agit de se prononcer sur les Droits inviolables et imprescriptibles de sa. Mère l'Eglise, et qui s'exclame : "Je suis conservateur, " pour s'octroyer,, de son chef, la licence d'être lâchement et publiquement anti-chrétien ; ah !î celui-là, " maître aveugle, " en vérité, comme dit le Seigneur, " capable de; filtrer un moucheron entre ses dents et de s'ingurgiter un chameau, sans ledépecer " ; (2) non, il ne verse pas le sang des autres, mais, en un vampirisme sans nom, le sang de son âme, le sang de l'âme de ses frères, le sang desa patrie, et pour tout dire, le sang de sa Mère immortelle, la Sainte Eglisede Dieu, dont le Cœur s'appelle Vatican, oh le misérable ! il s' acharne k. l'apauvrir, à l'énerver, à le corrompre, à le pourrir, à le prostituer, car iL pèche contre le St. Esprit, et c'est le plus abominable des péchés.
Et quant à ceux qui disent : " Il n'y a pas de Libéralisme en Canada,'"
— Petitesse et Malheur ! — de quelle jaunisse morale leur conscience:
(I) Note — HiCE oportuit facere et illa non omittere, Ua^th. XXIII. 2^. j (2) Duces cœci, excolantes culicem, camelum autem glutienles. — MatK. XXIII, 24^
ST.-JEAN BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA. /V
décevante et déçue, imprévoyante ou prévenue, ne se trouve-t-elle pas atteinte ! Leur Conscience ! Eh ! grand Dieu ! leur excuse personnelle, qui est en même temps leur plus rigide condamnation sociale, est tout entière dans le mot opposé ; un des plus pauvres qui existent : le mot : Inconscience. Le Canada ! il n'y a peut-être pas de pays, où le Libéralisme soit plus le maître de la situation. Et c'est d'ailleurs de toute logique ; et il ne peut pas en être autrement ; et il ne faut pas être grand clerc en observations philosophiques d'un pays pour se rendre compte du malaise caché qui travaille ses intestins.
Le Canada a échappé à ces grandes secousses politiques et sociales qui ont plus ou moins tourmenté les autres pays; — D'où, première germe d'orgueil intérieur, de vanité béate et irréfléchie, de confiance malsaine et tentatrice. Mais de plus, tous les intérêts humains imaginables de sa destinée et aussi, hélas ! toutes les infortunes sociales de son existence morale, toutes les infirmités de son train de vie civile, toutes les défectuosités intérieures de son régime habituel, — (Et quoi de parfait en ce monde ?) — au lieu de se neutraliser mutuellement, comme cela peut arriver pour quelques pays, se sont, tout au contraire, comme condensées, quintessenciées et coalisées entre elles, pour tarir subrepticement et subtilement dans les veines du Canada cette sève de la Violence divine, dont parle Jésus-Christ, à propos de St. Jean ; pour le libéraliser, en un mot, à colossale dose et à haute pression. — Tarissement, énervation, libéralisme, tout ça, c'est un, dans la grande singerie <!' Unité du Diable.
Au surplus, — (et pour en crayonner, puisqu'il le faut, quelques ïsommaires lignes d'ensemble) — le génie colonial britannique bien connu •de partout ; — l'acclimatation savante en ses douceâtres lenteurs, non moins qu'en ses fort longues vues d'affaissement national, du parlementarisme politique; — la. facilité d'esprit tout primesautière et si française •de sa race originelle ; facilité essentiellement rebelle, de sa nature, à la vraie science parlementaire, si tant est que ce soit une science ; — les tyranniques instincts de bien-être, de paresse et d'encensements, si peu réprimés, si peu •combattus et qui caractérisent, depuis nombre d'années d'une placidité des mieux endormies, les sept - huitièmes environ, sinon plus, des •dépositaires de touie autorité s'exerçant sur les masses; — le liquide corrosif .de l'esprit de division, de jalousie, d'envie, d'aigreur dans les contacts •de société, suintant, comme de raison, de ce mauvais repos, qui s'est infiltré •dans toutes ces fissures du corps social, que nous indiquons en Cet instant ; — et enfin, brochant sur le tout, le voisinage immédiat, industrieux
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et industriel, hardi en tout, fors l'honneur, indépendant de tout, fors de l'argent, qui est le type de l'étrange peuple en fermentation qui grouille à ses frontières tout grand ouvertes; — les importations européennes sans discernement; rossignols d'idées et démodage, en apparence inoffensif, mais en réalité fort dépravant, de toutes sortes de marchandises sociales ; — tout, tout, tout, a concouru à inoculer le virus libéral dans le plus pur bon vieux sang canadien. — Na. — Aussi le Libéralisme en Canada, il circule à pleins bouillons ; et, ce qu'il y a de plus pernicieux, à l'état inconscient ; dans la religion et dans la politique, dans la morale, dans la discipline et dans l'administration intérieure du pays. Il siège au premier rang dans tous les Bureaux de toutes les Chambres. Il charrie la pensée publique, comme son convoi quotidien de prisonniers de police. Il domine les habitudes et les mœurs , comme un négrier de la Louisiane faisait de ses travailleurs à la peau d'ébène ; et, pis que tout cela, il a le fauteuil du coin du feu au foyer des familles. Ah! c'est là qu'il trône, qu'il se prélasse, qu'il gouverne, qu'il mène les âmes par le bout du nez. C'est là qu'il porte culottes et qu'il fait en même temps le ménage. — On n'aurait qu'à entrebailler la porte, pour le voir à l'œuvre, et son œuvre est une œuvre de mort. — Suffit. — Il h'y a rien d'exagéré dans cet aveu.
Mais aussi, qu'entend-on répéter à chaque instant, aux échos d'alentour, comme aurait dit Boileau, à tous les coins de rue, derrière le grillage de tous les Bureaux, et dans tous les angles des salons, parmi les Canadiens- Français ? — "Le Canada se meurt. " — Nous sommes débordés. " — " Nous sommes un peuple fini. " — " Les Anglais nous étouffent ; et ma foi ils ont raison. " — "Les Américains nous lorgnent, et un de ces quatre matins, si l'estomac leur en dit, ils nous mangeront sur le pouce. " — " Nous ne savons pas nous entendre; Nous ne voulons pas nous comprendre; Nous ne pouvons pas nous défendre. " — " Dès que nous nous réunissons à trois, nous avons tant d'esprit naturel, qu'il surgit immédiatement parmi nous quatre idées contradictoires, qui n'ont de rapport entre elles que celui d'être envieuses à l'envi les unes des autres, et chacun tire de son côté. " — /e me le demande, — trouvera-t-on que j'invente un seul de ces dires là ? — Eh ! non, — je ne les ramasse même pas ; je ne fais que les pousser du pied ; on peut les prendre au crochet sans avoir besoin de lanterne ; et c'est bien la réalité positive des choses. Mais il n'y a qu'un remède à ce mal, c'est le remède que le Christ prescrit lui-même ; le remède des jours de Jean-le-Baptiste, Patron très-puissant du Canada ; le remède, l'unique remède delà Violence Soufferte ; c'est-à-dire, Exercée -çonr tout bien, comme Affrontée contre tout mal.
Ainsi que le dit de la France, un officier français franchement ultramontain, — (Il y a encore, Dieu merci ! dans l'armée française, de ces violents de l'Evangile — ); " Le moment est venu ; il est encore temps de " nous relever, parce que pour un peuple, comme pour un homme, tant que " dure la vie, l'espoir n'est pas perdu, ni le devoir fini ; le moment est " venu, . . . sans quoi, des temps arrivent, où il fait meilleur à honorer ** les morts qu'à servir les vivants. " (i)
Les morts et les vivants ! — Oh mon Dieu ! comment expliquer, si ce n'est par une foi catholiquement aveugle en vos infinies perfections si inexplicables à notre pauvre entendement humain, cette dure parole que vous avez prononcée un jour. Vous le sublime résurrectionniste des morts : " Laisse les morts ensevelir leurs morts ?" (2) — C'est qu'en cette heurelà de votre vie mortelle, Simon Pierre, tout seul entre tous les Apôtres harcelés par vos interrogations prophétiques, venait de vous confesser comme étant le Christ de Dieu. (3) — Et les autres ? — Les autres, ils se disputaient sur le degré de leur grandeur respective. Il leur était entré en l'esprit je ne sais quelle excogitation, sur je ne sais quelle distinction dans leurs attributs. (4)
Alors !... — Et aujourd'hui ?... — Mais aujourd'hui comme alors. Seigneur ! comme partout et comme toujours, jusqu'à la consommation des siècles, vous êtes Arbitre et Roi, car vous êtes l'immortel Christ de Dieu ; et Pierre vit sans interrègne de vie, dans cette Royauté et dans cet Arbitrage que vous lui avez transmis ! — Les vivants et les morts ! le symbole professionnel de notre foi de chrétiens nous affirme en termes précis qu'ils auront tous un seul et même juge, ce même Christ Jésus, qui réapparaîtra un jour sur cette terre, mais cette fois, dans tout l'éclat victorieux de sa gloire, et pour la définitive sanction de son règne sans fin. (5)
Un dernier mot. — Dans la méditation des rapprochements, si légitimes et si naturels que le Canada peut faire avec sa patrie d'origine, il est une petite chose qu'il ne lui est pas permis d'oublier.
Autant que l'on peut pronostiquer des plans de la Providence dans
(i) Cte. de la Tour du Pin Chambly, Capitaine d'Etat-Major. — " L'Armée Française â Meiz " — Se vend au profit de V Œuvre des Tombes.
(2) Sine ut mortui sepeliant mortuos suos. — Luc IX, 6.
(3) Dixit autem illis : Vos autem quem me esse dicitis ? — Respondens Simon Petrus dixit : Christum Dei. — Luc IX, 20.
(4) Intravit autem cogitatio in eos, quis eorum major esset. — Luc IX, 46.
(5) Et iterum venturus est cum gloria judicare vivos et mortuos ; cujus regni non erit Dnis. — Symbole de Nicêe.
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l'économie sociale du monde, la France est placée en Europe comme la clé de voûte de l'édifice des autres Puissances Continentales. Ses ennemis euxmêmes, les plus acharnés et les plus négateurs du plan divin, ne peuvent s'enpêcher de reconnaître ce signe séculaire marqué à son front par le doigt du Christ qui l' aime, (i) de sorte que, si bas qu'elle puisse descendre dans les flots de l'oubli d'elle-même et de Dieu, elle' est, en quelque sorte, véritablement insubmersible comme nation. — Le Canada, le Canada Catholique et Traditionnel a certes, lui aussi, une grande mission de bien, de vertus et d'influences à exercer sur le Continent Américain ; une mission similaire à celle de la France en Europe, précisément parce qu'il est Fils de France; mais on ne peut admettre que sa position internationale sur cet hémisphère soit la même que celle de la Fille Ainée de l'Eglise sur l'autre. Il ne porte pas, dans ses flancs, cette force, pour ainsi dire indispensable, de cohésion et d'équilibre pour les autres nationalités qui l'enserrent; de sorte qu'il peut disparaître, sans que l'univers en éprouve la moindre secousse, le plus léger tremblement. Il peut être submergé dans l'océan de ses négations de lui-même et de son Christ, sans qu'il se creuse le moindre tourbillon au dessus de son engloutissement national. Les implantés de Jacques-Cartier sur le sol américain peuvent être rayés du vocabulaire, ou plutôt, de l'armoriai des Peuples et ils ne se survivront pas même à eux-mêmes, comme Polonais du Nouveau Monde. Et si leur nom se détache de l'arbre mystérieux des nationalités, cette chute ne fera, pas plus de bruit que la chute d'une pomme. C'est ainsi qu'il y a des peuples qui meurent, sans ébranlement d'aucune sorte pour les autres peuples; ce qui n'empêche pas que leur naaturité et leur maintenance auraient grandement pu être fécondes en sève morale, expansives de vie, germinatives de civilisation et de paix, florissantes d'honneur et d'Jionnêteté. (2) Le fruit gâté qui se détache de la branche, contenait dans ces pépins le germe de tout une forêt. — Le mot t'epinière en fait foi.
En résumé, que le Canada apprenne la violence, la violence des jours de son patron, la violence ordonnée par le Christ, s'il ne veut pas périr. — " Autant que vous vous ferez de violence, autant vous ferez ÛQ progrès, " dit l'immortel SLUteur de V /mi/aù'on de/ésus-C/irisf. "
Mais le Christ a lui même des démonstrations plus incisives encore dans la seconde partie de son grand discours de la St. Jean-Baptiste.
(i) Préambule de la Loi Salique,
(2) Flores mei fructus honcris et honestatis. — Ecdi. XXIV 23.
ST.-JEAN BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA
^. Quelle est la Peinture politique que nous offre le Christ en parlant de St. Jean-Baptiste ?
H. Après avoir adressé à la foule ces interogations sublimes, que nous venons d'analyser, et pour réponse victorieuse, après avoir préconisé l'obligation de la violence divine de son règne, Notre Seigneur Jésus- Christ, pénétrant plus à fond dans le sondage de la plaie corrosive des sociétés humaines, s'écrie, infaillible^ clairvoyant des siècles qui devaient naître un jour :
" Mais à qui comparerai-je cette génération? Elle est semblable à ces enfants assis dans le forum, qui glapissent à leurs petits camarades (i) : Nous vous avons chanté et joué de la flûte, et vous ne dansez pas ; nous vous avons modulé des lamentations, et vous ne pleurez " point (2)! "
Ces enfantillages du Forum, ces clameurs puériles, cette camaraderie désoeuvrée, ce mécontentement systématique, cette opposition toute réglée d'avance, ces doléances fades ; et puis, cette plate plateforme des chants obligatoires, de la musique d'impôt, et des danses forcées ; le tout synoptiquement aligné en regard des jérémiades officielles, des lamentations de commande, et des larmes en poche qui ne peuvent parvenir à faire pleurer leur monde ! — n'avons-nous pas eu raison d'appeler cela la grande peinture politique du Maître ? — Et quel coup de pinceau y manque ! — Oh ! Seigneur, Mon Dieu ! Telles ne sont pas vos assemblées, et vos législatures ne ressemblent guère à ce jeu réputé, de nos jours, comme la science suprême de la conduite des peuples! L'ironie mordante de votre parole flagelle à juste titre ces niaiseries du Pouvoir Public, où le mensonge est érigé en dogme, la duperie en art, et le bavardage, ** cette moisissure de l'esprit, " en principe de gouvernement, I
Les joueurs de flûte et les pleureurs! Il semble vraiment que le Christ les poursuive de ses détestations. Il les chasse de sa présence partout où il les rencontre sur son chemin, dans la Famille et dans l'Etat. Quelques pages plus haut, nous rappelions cette journée si pleine de la vie du Maître, où il rendit la vie à l'enfant pleurée d'un des dignitaires de la Synagogue. Or, comme pour tous les miracles du Christ, l'appropriation de leur enseignement est à la fois spirituelle et sociale, parce que leur mobile a
(i) Cui autem similem -Tistimabo geneiationem istani ? similes est pueris sedentibus in foro qui clamantes coaequalilnis. — Math. XI, 16.
'2) Dicunt ad invicem : caji''Avimus vobis tibis etjnon saltastis, lamentavimus et non plorastis. — Luc VU, 32.
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été universel et souverain dans le concept infini qui les a directement opérés. Il disait donc de cette enfant : " Elle n'est pas morte, mais elle dort. " (i) — Ainsi des nations, qui souvent semblent expirer et qui ne son qu'ensommeillées; mais, pour accomplir leur réveil, pour qu'elles entendent le divin " Thalita cumi, " il prend grand soin d'expulser, tout d'abord, de la chambre, les joueurs de flûte et les pleureurs, absolument comme il les accable ensuite de ses sarcasmes sociaux, quand il nous les montre sous les malingres traits des petits traînards de la place publique. Les pleureurs riaient de Jésus. Rien n'est dérisoire, en effet, comme ces larmes de parade, ou bien ces larmes de nerfs, ou bien encore, ces larmes, peut-être plus sincères, mais tout aussi stériles, des douleurs sans résignation, sans abandon à Dieu, sans -ce doux mysticisme du cœur, qui seul peut rendre toute peine féconde et qui est le grand secret de la sagesse ici-bas; toutes larmes qui ne sont que des larmes révoltées, et qui figurent également des laiines libérales, car le libéralisme s'est infiltré jusque dans les brisements du cœur. — La terminologie populaire a d'ailleurs stigmatisé cëS divers pleurs qui ne montent pas jusqu'à Dieu d'un nom qui fait image ; elle les appelle des " pleurs de crocodile. "
Et quand Jésus a fait ce vide autour du lit virginal de l'endormie, qui introduit-il dans ce foyer en deuil ? — Trois de ses Apôtres, qui représentent, chacun par sa mission spéciale ultérieure, par ses écrits à venir, par la monographie surnaturelle de son ministère particulier à travers les âges, — l'un le Dogme et la Foi, — Pierre ; — l'autre, la Morale et l'Espérance, — Jacques ; — et le troisième, le Culte et l'Amour, — Jean (2). Ah ! que la vertu de ces Apôtres, de ces grands et premiers Ministres du Roi Jésus, préside aux Assemblées d'Etat ; qu'elle soitl'âmedes soucis politiques et l'interprétation d'un gouvernement! — Voilà la vérité, et voilà la réponse à ces amertumes de la Parole Divine sur ces enfants de la place publique qui se plaignent de chanter sans qu'on danse et de se lamenter sans qu'on pleure !
Pour résumer ce grand débat, si actuel et si troublé, entre la Vérité et l'Erreur politiques, entre la Doctrine et l'Illusion gouvernementales, entre la Vertu d'Etat et le Préjugé régnant, il faut bien dévisager l'Idole, l'Idole de l'Etat, tel qu'on voudrait aujourd'hui en déifier l'économie et le règne, — et cette déification est déjà tant et tant faite ! Le nom de cette Idole qui
(i) Et quum venisset Jésus in domum principis et vidisset tibicines. — Math. \X, 23.
(2)Et flentes et ejulanles multum, et ingressus ait iilis : quid turbamiiù etploratis? Puella non est mortua sed dormit. Et irridebant cum. Ipse vero ejectis omnibus, non admisit quem quam se sequi nisi Petrum, Jacobum et Joannem. — Marc V, 37, 38, 39, 40,
ST. JEAN-BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA
a le Parleme7itarisme, dit Coîistifutionnel, pour temple, s'appelle la Majorité. — Quelle expression ridicule de sa nature intime ! Le mot Majorité est, en effet, la quintessence d'un comparatif, Or, — prendre un comparatif, c'està-dire, le terme d'une idée qui n'a d'être et de vie que par sa juxtaposition, perpétuelle à une autre idée ; — savoir et professer que de ces deux termes de la comparaison en présence, le terme supérieur en validité de simples chiffres n'a de confirmation législative que par un démenti continu que lui applique le terme inférieur en cette même validité numérique ; — vouloir faire de cette infirmité essentielle des choses, de ce défaut radical de tout étalonnage fixe et absolu, le grand arcane, le souv rain critérium et la valeur maîtresse du Principe cT autorité, de la Vertu cT obéissance et de la Sanction souveraine de tout acte civil, — (cette indissoluble Trinité du droit au gouvernement des hommes ;) — c'est véritablement, dans le domaine des idées, des notions et des faits, pire que l'efféminement même de tout Droit, car c'en est, en toute certitude, l'émasculation.
^^ La somme du nombre et des forces matérielles n^ est pas un principe '^d'autorité,'''' a dit Pie IX, dans une de ses allocutions dogmatiques (i), et n'a-t-il pas, par cette parole infaillible, flétri le Parlementarisme, de cette flétrissure sans recours intellectuel raisonnable et possible, qui s'attache à toute constatation d'un non-sens mathématique? Que ceux qui prônent tant l'excellence des scioices exactes y pensent donc un peu ! Appliquée aux choses politiques, cette exactitude des Décrets irréformables de la Papauté formera toujours le rudiment élémentaire, l'A. B.- C. de toute science de gouvernement civil. — La Majorité: — une certaine somme indispensablevient fluctuante de certains nombr-es essentiellement indéterminés. — (La Majorité en politique, c'est ça et ce n'est que ça) — eh, Mon Dieu ! c'est la négation à jet continu de toute force morale ; de toute force intellectuelle ; de toute force des aptitudes ; de toute force des études ; de toute force du travail ; de toute force des dévouements personnels et vrais ; de toute force des générosités libres et dociles ; de toute force des associations franches, vivaces, bien réglées et fécondes pour le bien : — {In bonum, car tel est le grand mot dont St. Paul couronne le front du Prince, pour marquer à quel signe on peut reconnaître la légitimité absolue du Pouvoir Public ;) (2) — de toute force de ces apparitions vitales qui peuvent guider la marche lumineuse d'une Patrie, des • manifestations honorables qui communiquent à cette patrie la vigoureuse élasticité de cette même marche, — ce qui est tout le progrés ; — et enfin, des gé-
{\\ AUoc, " Maxima qtiideiti " du 9 Juin l562.
(2) Dei enim minister est tibi in bonum. — }io7n. XllL 4.
nies sauveurs qui'\-iennent relever cette même patrie dans ses chûtes accidentelles et la guérir dans ses crises morbides. — Oh la Majorité .' — sa propre appellation le crie, — c'est la négation formelle, formaliste et formulée de l' Uniié invincible de Dieu — En vérité, le bel idéal de Gouvernement dont le monde moderne se montre fier ! — Mais " Fier,'' c'est peut-être le mot qui présente les plus radicales divergences de signification, et les plus brusques casse-cou de l'emploi qu'on a le droit d'en faire ; car on dit un fier imbécile et un fier coquin, pour marquer un excès d'imbécilité et le comble de la coquinerie.
En résumé, le mot Majorité et l'idée publique que ce mot représente apportent, attirent et assument tous les secrets du mépris divin.
Dans ce mépris souverain de l'Eternel Dieu se range, en sa place, — et cette place est large, — le Suffrage Universel, invention révolutionnaire, dans laquelle, quand on veut l'analyser tant soit peu, l'inepte le dispute à l'immoral, et le non-sens à l'anti-foi ; — si ce mot existait. Le Suffrage Universel c^\, en tout réalisme — le mot réalité n'est pas assez fort, — d'orthodoxie sociale, de science politique et même de bonhomie populaire, mérite si pleinement la définition dont Pie IX vient de le marquer à l'épaule du fer rouge de sa franche parole, qui est bien la sainte vengeresse de l'universel honneur social, quand il l'a appelé, devant une toute récente assemblée de pèlerins Français : le mensonge universel, (i)
Que ne comprend-on vraiment, en face de tant de capitales illusions du courant politique du jour ; — Que ne comprend-on... — le refrain s'en im-
(i) Note. — Ces pages étaient livrées à la presse quand est parvenue en Canada la relation de cette belle audience que le St. Père vient de donner aux Pèlerins de France, à la date du s Mai, Fête de St. Pie V.
A l'intention très sincère, que nous venions d'énoncer, de flétrir, de toutes nos forces, l'idée du suffrage universel, on co.-nprendra avec quelle profonde joie nous nous somnaes hâté d'ajouter, sur le manuscrit de ce Livre, le mot du Pape, ce mot de MENSONGE UNIVERSEL qui a toute la portée d'un coup d'état; le coup d'état de la lumière, de la vérité infaillible, et qui est bien un cri souverain de contre-révolution.
Devant ces Pèlerins français qui s'efforcent de donner, par la pénitence, l'amour et l'humilité, une reproduaion espérée de l'oeuvre de Charlemagne et des vertus de St. Louis, Pie IX a dit, entre autres effusions de coeur qui aime tant sa pauvre Fille-Ainée :
" Aveie Français, je vous salue.
" Je vous salue, et j'entends par ce salut vous confirmer dans la bonne volonté que vous avez manifestée "jusqu'à présent. — Je vous salue et j'entends que ce salut s'étende à toutes les âmes charitables, afin que vous " priiez tous ensemble, pour obtenir que votre piété se dilate et porte les coeurs les plus durs à suivre vos «' exemples. Je vous salue, et en vous saluant, je vous bénis."
Et puis encore, insistant, l'Evangile à la main, et avec une indicible onction sur la nécessité'de parler de Jésus-Christ, comme condition de la réciprocité qu'apporte à nos combats le Grand Allié, le Pontife inspiré de l'Esprit- Saint s'est écrié :
" Recherchons toutes nos alliances aux pieds de Celui qui a lié au char de son triomphe le Monde, l'Enfer " et la Mort. Il est le grand Conquérant, l'Empereur des empereurs, le Roi des rois. Il nous crie aujourd'hui " ce qu'il disait autrefois : " Confidete ; Ego vici mundun."
pose énergiquement à la conviction comme à la plume, à la pensée intime comme à la pensée criée. — Que ne comprend-on " toutes les amertumes " de la Parole Divine sur ces enfants de la place publique qui se plaignent de " chanter sans qu'on danse et de se lamenter sans qu'on pleure. " ?
Ce n'est pas tout encore. — A ces flagellations de l'erreur, impérissables comme la vérité, et toujours de saison. — Il suffit de regarder autour de soi pour se convaincre de leur actualité locale et contemporaine, — le Christ ajoute, pour couronner sa harangue, les expressions les plus foudroyantes de ses anathèmes nationaux.
2). Quels sont les Artathèmes nationaux lancés par J-ésus- Christ à la suite de l^ Ambassade de St. Jean ?
^. " Malheur à toi Corozaïn ! Malheur à toi Bethsaïda, par ce que " si pour Tyr et Sidon eussent été opérées les vertus qui ont été opérées en " vous, elles eussent, dans le temps, fait pénitence sous le cilice et dans la " cendre. " (i)
'' Et pourtant, je vous le dis, au jour du Jugement, il sera^plus pardonné " à Tyr et à Sidon^qu'à vous ? " (2)
"Et toi, Capharnaum, penses-tu t'exalter jusqu'au Ciel? — Non; tu '•' descendras en enfer, parce que, si pour les habitants de Sodome eussent " été opérées les vertus qui ont été opérées en toi, peut-être eussent-il.<: " subsisté jusqu'à ce jour." (3)
" Et pourtant, je vous le dis, au jour du Jugement, il sera plus pardon- " né à la terre de Sodome qu'à toi-même." (4)
Ces vibrantes paroles qui "ne passent pas, le ciel et la terre vinssentils à passer," (5) parce qu'elles sont sorties de la bouche de Dieu, ont-elles besoin de commentaires ? Elles ne sont d'ailleurs que l'application faite aux Cités, aux Royaumes, aux Empires, aux Nationalités, aux Pouvoirs civils, aux Gouvernements temporels, de cette grande loi morale de salut
(i) Vœ tibi Corozaïn ; Vae tibi Bethsaïda quia si in Tyro et Sidoiie facUB essent virtutes quee faclsosunt in voljis, olim in cilicio et cinere poenitentiam egissent. — Math. XI- 22.
(2) Verumtanien dico vobis : Tyro et Sidoni remissius erit in die judicii quam vobis. — Math XI. 22.
(3) Et'tu Capharnaum, numquid usque in cœlum exaltaberis ? Usque in infernum descendes : Quia si in Sodomis factce fuissent virtutes qua3 factce sunt in te fuite mansissent usque in hanc diem. — Math. XI, 23.
(41 Veiumtamen dico vobis, quia terrœ Sodomorum remissius erit in die judicii quam X-Hax.—Math. .17, 21.
(5) Cœlum et terra transibunt, verba autem mea non prKteribunt, — Math, XXIV, 35.
l'amuassaue.
qui domine tout l'Evangile, à savoir : — que les publicains et les courtisanes auront la préséance, dans les palais de la Cité Céleste, (x) sur les privilégiés, qui se font un jeu de leurs privilèges ; sur les choisis, qui abusent de leur élection ; sur les enfants gcàtés du bon Dieu, qui se gâtent ; bref, sur les . consciences qui flirtent avec le St. Esprit. — (On nous pardonnera ce néologisme néo-continental : — c'est une expression qui en dit long.) —
Cette grande, cette immortelle, cette populaire et fortifiante vérité, Jésus-Christ l'affirme et l'affirme encore, avec une remarquable insistance ; et après l'avoir énoncée une fois, devant la multitude, il la répète à nouveau précisément à propos de Jean, pour attester que ceux qui ne veulent pas croire à la parole des hommes choisis par lui pour être les prédécesseurs de sa puissance comme de ses bénédictions, sont les reniés de son Père régnant au plus haut des Cieux, et qu'il n'y aura pour eux pas plus de rémission que pour les villes impénitentes dont il vient de prononcer l'anathème.
C'était après son entrée à Jérusalem, et comme préambule de cette loi jusqu'alors inconnue dans la pratique des consciences humaines, il venait de proposer aux Princes des Prêtres, cette parabole, d'ailleurs de son côté, éminemment politique, et dont tant de gouvernements modernes s'empressent à l'envi, et comme avec une sorte d'affectation, de ne prendre que le contre-pied déraisonnable et l'illogique mise en œuvre : la parabole de cet homme ayant deux fils, et disant au premier : — "Va mon fils, aujourà'hut " travailler à ma vigne (2) — C'est toujours aujourd'hui pour les travaux du " divin Laboureur. — " Et le fils répond : — Non, je n'y veux point aller ; " puis, touché de repentir, il y va. (3) — Et le père, abordant son autre fils, " lui donne le même ordre, et celui-ci répond : — " J'y vais, Maître, et " puis, il n'y va pas. (4) Et Jésus dit à ses ennemis : — " Quel est celui de " ces deux fils qui a fait la volonté de son père ?" — (5) Et ses ennemis courbant la tête devant cette irréfutable dialectique du grand Docteur des masses, ne peuvent s'empêcher de répondre : — " C'est le premier." (6) — Aujourd'hui, dans leurs agissements et dans leur vie autoritaire, les politi-
(i) Amen dico vobis quia publicani et meretrices proecedunt vos in regnum Dei. — i/o/A AJ/, 31.
(2) Homo quidam habebat duos filios, et accedens ad primum dixit : Fili, vade hodie operare in vinea mea. — Math. XXI, 25.
(3) Ille autem respondens ait : Noio. Postea pœnitentia motus abiit. — Math. XXI, 29.
(4) Accedens autem ad alterum dixit similiter. At ille respondens ait ; Eo Domine et non ivit. — MatA. XXI, 30.
(51 Quis ex duolus fecit voluntatem patris? — Mnth. XXI, 30. (6) Dicunt ei : primus. — Mcu/i. XXI, 31.
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ciens qui régnent n'ont pas même ce bon sens et cette profession de logique des Princes des Prêtres de la Synagogue, pourtant si envieux du Messie et si hostiles à ses enseignements. — Or, c'est en cet instant qu'après avoir édicté sa grande morale des publicains préférés et des courtisanes prenant, par le titre du repentir, le pas sur les raisonneuses, les cachottières et les tièdes, le souvenir de Jean revient à la pensée de Jésus dans une effusion de sa gratitude intarissable, et qu'il répète son précepte comme un hommage en l'honneur de son ancien ministre des décrets de sa Justice, martyrisé pour la Justice. — '' Jean était venu à vous dans les voies de l'équité, et vous '' n'avez pas voulu croire en lui ; mais ce sont des publicains et des courti- " sanes qui ont cru en lui. Vous voyez la vérité, mais vous ne faites pas " pénitence ; — Et il faut la pénitence pour croire.''^ (i)
C'est ainsi que tout se tient, tout s'enlace, tout se fond et tout s'harmonise, dans le vouloir éternel du Règne de Jésus-Christ sur la terre, et qu'on ne peut scinder ce règne en deux, pour s'en vêtir, d'une partie, la conscience individuelle et pour en dépouiller, de l'autre partie, les épaules de l'autorité civile. — La Robe du Christ est sans couture. On peut la tirer au sort, si l'on veut, mais on ne la partage pas.
C'est ainsi qu'un Diplomate Autrichien, qui fait hautement profession d'ultramontanisme, a pu dire, avec une grande justesse de vues sociales: *' Nos politiques utilitaires d'aujourd'hui n'ont pas même sa pénétration " (Il parle de Machiavel. ). — " et leur faculté d'observation ne s'arrête pas " même aux faits les plus saillants. Ils sont encore moins capables de " comprendre que le summum utile et le sumumjus doivent être identiques, " si le terme "jus'^ a une signification quelconque. Leur tort est d'ignorer •* qu'il y a un gouvernement surnaturel et de se persuader qu'il n'existe pas " de vérité absolue. — L'Eglise n'est pas un hospice pour les âmes languis- " santés ; le Christianisme n'est pas seulement un système hygiénique pour " l'individu. Si Notre Sauveur nous a appris à dire : '' Adveniat regnum " tuum . . . sicut in cœlo et in terra, " il veut que la vérité révélée pénètre " l'humanité entière, non seulement dans ses membres, mais l'humanité " constituée en Société, c'est-à-dire, la Famille, la Commune et l'Etat. Ces " principes ont été la règle de l'Eglise dans l'éducation de l'Europe ; la " condition de son existence est de si conformer. (2)
fi) Venit enim ad vos Joannes in via justitiac et non crediditis ei. Publicani autem et meretrices crediJemunt ei. Vos autem videntes nec pœaitentiam habuistis postea ut credelitis ei. — Math. XXI, 32.
(2) *** Quel !st l'avenir de V Europe ? Genève 1871.
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Corozaïn ! Berthsaïda ! Capharnaiim ! Quel exemple à tirer du sort de ces Cités, surtout pour les nations privilégiées, pour les races bénies dès leur berceau ! Car, voyez, — le Christ nous l'affirme, — ces villes ne se sont attiré l'exprobration du Ciel et l'expropriation de la terre, que parce qu'une immensité de vertus s'étaient opérées en elles, et qu'elles n'avaient pas voulu faire pénitence de leurs égarements, (i) C'est la loi suprême des dons de Dieu. '' Si scires donum Dei ! '' " A quiconque a été beaucoup donné il " lui sera beaucoup demandé ; et il sera requis bien davantage de ceux à *' qui il aura été beaucoup confié. " (2)
Corozaïm, Bethsaïda, Capharnaiim ! Principautés terrestres anathématisés de Dieu, au sujet de leurs oublis des prédications de St. Jean-Baptiste ! — La signification hébraïque du nom de ces trois villes de la Décapole, de ces reines déchues du Lac de Tibériade et des rives du Jourdain, se lit ainsi : Pour Corozaïn : — " Ici est le Mystère ; " — pour Bethsaïda : — " Za Maison des Fruits ^^ — et pour Capharnaiim ; — " Le Champ du Repentir. " — Ah ! puisse le Canada catholique, le Canada, client du Divin Précurseur, se faire de la trilogie de ces exergues de Puissances tombées et de Cités qui sont mortesjcomme un trépied de sa vertu nationale, de sa virilité politique et de ses réveils sociaux. — " Ici est le Mystère. " — Qu'il croie au mysticisme, à ce mysticisme fortifiant et régénérateur, qui est le surnaturel dans l'Etat : — C[\x' \\?,o\\.\3i Maison des Fruits àeV église, et non un figuier qui ne porte que des rameaux et des feuillages ; — et qu'il devienne le Champ du Repentir, car ce sera, pour lui, le sillon de ses prospérités et le patrimoine inaliénable de sa gloire.
PRIÈRE
O Trinité Eternelle de Dieu, Notre Père qui êtes au Ciel, — Pater NosTER QUI ES IN CŒLis / — Jésus, son FUs Unique, fait Homme par miséricorde envers chacun de nous, Christ, seul vrai Roi surfiaturel de toutes les nations du monde ; et Vous, Esprit-Saint, qui procédez du Père et du Fils, par la vertu incompréhensible de V incommensurable amour, qui seul, pouvez éclairer nos intelligences, féconder nos volontés, pacifier, purifier et sanctifier nos cœurs ; — les tentations nous enveîoppenf
(i) Tune cœpit exprobrare civitatibus in quibus factae sunt plurimae virtutes ejus quia tion agissent pœnitentiam. — Math. XI, 20. jf
(2) Omni autem cui multum datum est, multum quoeretur ab eo. Et cui commenda- Tcrunt multum, plus pètent ab eo. — Luc XII, 48.
'*^VK ^^' JEAN-BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA
de toute part ; elles sont, au temps où nous vivons, plus fortes, plus variées, plus subtiles et plus universellement répandues que jamais ; si bien que la vraie dénomination de notre siècle pourrait être : Le Siècle des Tentations. Mais, Seigneur! Faites qu'elles soient pour nous ce que vous nous avez appris sur leur compte, par la bouche de votre Apôtre surnommé /'Enfant du Tonnerre, — car le Tonnerre représente si bien la Tentation de la nature terrestre, — c* est-à-dire, qu'elles deviennent pour nous "la probation de ftotre foi et le gage dune couronne plus brillante de nos béatitudes espérées y Délivrez-nous donc de toute tentation, et ponr opéter cette délivrance, soyez-nous présent en tout et pour tout ; en tout ordre humain et pour tout ordre divin. — Et ne nos