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CHAPITRE V

LA mort;

Pater noster qui es in eoelii

Dimitte nobis débita noatra sicui et not dimittimua debitoribus nostris.

AMEN

S). Quelles sont les circonstances t^ui ont accotnpagné la mort de St. Jean-Baptiste ?

iP. Le simple récit de cette condamnation à mort, avec les mobiles qui la firent prononcer et les incidents qui l'émaillent, est en lui-même d'une magistrale éloquence. Nous ne pouvons mieux faire que de le reproduire dans l'intégralité même du texte évangélique. — Ecouter, méditer e palpiter, c'est le triple effet qu'imposent victorieusement à l'esprit ces annales d'un grand crime, cette étude de moeurs universelle, ces actes d'un glorieux martyre :

" La renommée de Jésus était parvenue jusqu'à Hérode qui était " Tétrarque de la Galilée." (i)

" Il se disait à lui-même : Ce Jean-Baptiste est ressuscité d'entre les " morts ; c'est pourquoi de grandes vertus s'opèrent en lui." (2)

(i) In illo tempore audivit Herodes Tetrarcha famam Jésu. — 3/a/>5. J/K, i. (2) Et dicebat quia Joannes Baptista resurrexit à itiortuis, et'propter ea virtutes operatt» turinilb. — Marc VI, il.

"^^:^^ ST.-JEAN BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA

" Mais il le fit néanmoins saisir et jeter en prison, chargé de chaînes, à *' cause d'Hérodiade femme de Philippe, son frère, qu'il avait lui-même '*' épousée." (i)

" Cai Jean disait à Hérode : — Il ne t'est pas permis d'avoir pour femme "*'la femme de ton frère." (2)

" Quant à Hérodiade, elle coquettait avec Hérode. Elle voulait la mort •*'de Jean, mais ne pouvait pas l'obtenir." (3)

'' Parce qu'Hérode craignait Jean ; il le savait être un homme juste et *' saint. Il lui conservait donc la vie, et faisait même beaucoup sur ses ■"recommandations, car il éprouvait un grand plaisir à l'écouter." (4)

" Mais survint une occasion favorable pour le crime. Ce fut le jour *' de la naissance d'Hérode. Le Roi donna pour cette fête un grand festin " aux Princes de sa Cour, aux Tribuns et aux grands-seigneurs de la Ga- ^' lilée. " (5)

"Or, Hérodiade avait une fille qui fit son entrée à la Cour dans cette '"fête, et elle dansa. Hérode la trouva charmante. Tous ses convives dirent *' comme lui, et s'adressant à la jeune Princesse: — " Demandez-moi, dit le *' Roi, ce que vous désirez, et je vous le donnerai." (6)

" Et il lui en fit le serment. — " Oui, dit-il, je vous jure que tout ce *' que vous me demanderez, vous l'aurez, fût-ce la moitié de mon roy- ■"aume." (7)

" La jeune fille sortit pour aller en parler à sa mère et pour lui dire : — "" Que puis-je demander au Roi ? — Et la mère répliqua : Va, demande lui '' la tête de Jean-Baptiste. " (8)

(ij Ipse enim Ilerodes misit ac tenuit Joannem et vinxit eum in carcere propter Herodiadem iixorcm l'iiilippi fiatris sui quia duxerat eam. — Marc VI, 17.

(2) Dicebat enim Joannes Ilerodi : Non licet tibi habere uxorem fratris tui. — Atarc VI, 18.

(3) Ilercidias autem insidiebatur illi et volebat occidere eum, nec poterat. — Marc VI, 19. '4) Ilerodes enim metucbat Joannem sciens eum virum justum et sanctum et custodiebat

eum et audito eo multa faciel)at et libenier eum audiebat. — Marc VI, 20.

(51 Et (|UHm dies opportunus accidisset, Ilerodes natalis sui cœnam fecit Principibus et Tiibunis cl piiniis Gaiilcae. — Marc VI, 21.

(61 Q im:jue introïsset fdia Herodiadis et saltasset et placuisset Herodi simulque recunibeniibus, Rcx ait puelUe. Pete a me quod vis et dabo tibi. — Maix VI, 22.

(7) Et juravil illi : Qaia quidquid pelieris dabo tibi, licet dimidium regni mci. — Marc VI. 23.

(8) Qua? eum exisset dixit matri suae : Quidpetam? At illa dixit : Caput Joannis .hapûhtiii.—Marc VI. 24.

" Et la voilà qui, sans tarder, retourne en courant auprès du Roi et lu " dit : — Je veux qu'à l'instant même, vous me donniez la tête de Jean- " Baptiste sur un plat. " (i)

" Hérode fut attristé de cette fantaisie, mais à cause du serment qu'il " avait fait et de la présence de ses convives, il ne voulut pas contrarier la jeune Salomé. " (2)

" Et il manda son exécuteur des hautes-œuvres en lui enjoignant de " lui apporter la tête du prisonnier dans un plat ; et c'est ainsi que Jean fut ** décapité dans sa prison. " (3)

" Et la tête fut apportée dans le plat ; et le roi l'offrit à la jeune fille ;. " et la jeune fille passa le plat à sa mère. " (4).

Tel est le récit mouvementé de la mort de St. Jean-Baptiste. Comme tout ce que contient l'Evangile, cette narration fait image ; on y voit en jeu, dans une merveilleuse finesse de touche, toutes les petites passions du cœur humain, toutes les réalités de l'existence prises sur le fait, et toutes les ciselures naturelles de l'esprit, qui accompagnent toujours, dans l'histoire écrite de notre Seigneur Jésus-Christ, les grands traits larges, hardis et. lumineux de ses enseignements infaillibles.

S}. Quelles leçons particulières ces détails de la condamnation à mort de- St. y^ean-Baptiste nous donnent-ils ?

S. Les traits les plus saillants de ces leçons se divisent en deux; branches ; l'une qui touche à la morale, et l'autre qui se rapporte directement à la politique.

Comme la première de ces fortes leçons est, par le temps qui court,, d'une importance tout à fait extrême, et que, par les côtés insidieux dui mal qu'elle nous montre, sa matière devra nécessairement entraîner quelques, développements tout à fait indispensables, nous commencerons par signalerla deuxième leçon ; celle qui, dans le récit de la décollation de St. Jean-- Baptiste, confine au côté tout à fait politique.

(l) Qumque introisset statim cum feslinatione ad legem petivit dicens. Volo ut protinus; des mihi in disco caput Joannis Baptistaî. — Marc VI. 25.

(2; Et constrislnUis est Rex, propter jusjurandum et propter aimul discumbentes, noluit eam contristarc. — Maïc VI. 26

(3) .Sed misso spiculatore prBCcepit afferri caput ejus en disco. Et decollavit eum. — Uaïc VI. 27.

(4) Et attulit caput ejus in disco, et dédit illud puellœ et puella dédit matn.— Marc Vh.

ST.-JEAN BAPTISTE, L'eVANGILE ET LE CANADA.

S). Quel est le côté politique oie Von doit envisager la mort de St. J^ean Baptiste ?

3i. C'est la question du Serment, de l'abus profanateur qu'en fit Hérode, et de la violence odieuse que cet abus exerça sur sa lâche conscience.

On le sait, le Serment est une chose sainte, solennelle et sacrée, de sa nature intime, puisque c'est une invitation directe de l'âme à Dieu, pour qu'il intervienne, par un véritable témoignage de sa part — Le témoignage d'un Dieu ! — dans un acte que nous allons accomplir. Or, Dieu se rend à tout appel que nous lui adressons, bien que nous ne puissions concevoir toute la profondeur d'une telle condescendance; mais où cette condescendance divine est le plus sensible c'est lorsque nous lui adressons un appel ayant un caractère public, et formant une sorte de pacte social. Telle est, en effet, l'essence du Serment. Dieu s'appelle un Dieu jaloux ; c'est l'expression qui nous semble la plus énergique dans le peu que nous pouvons comprendre de son immense amour pour les âmes ; et quand les âmes font de son invocation un acte de solidarité entre elles, l'horizon de cette Jalousie de l'amour divin s'élargit en quelque sorte de toute l'étendue du mot : " Société." — On conçoit dès lors sans peine quelle mortelle injure on fait au Tout-Puissant en l'amenant, comme de force et publiquement, au cœur ■d'actions ou futiles en elles-mêmes, ou, — ce qui est bien pire, — attentatoires à sa Majesté, à son Intelligence et à sa Pureté infinies. Dans le premier cas, c'est une impolitesse impardonnable, une grossièreté sans nom -qu'on fait à l'Eternel; et dans le second cas, peut-on penser sans frémir à ce qu'on accomplit ! — On se substitue à Satan lui-même pour tenter le Seigneur ! — Quand Satan commit cet acte de son infernale puissance, savait-il que Jésus était Dieu ? — Il est licite, et même plausible de croire .que Dieu n'avait pas encore permis que l'Esprit de Ténèbres fût informé, du moins d'une manière intime et précise, du grand acte de la Rédemption ; mais nous, pouvons-nous ignorer cette irréfutable réalité ? Quelle ne devrait pas être la juste épouvante de notre responsabilité, quand nous prêtons serment pour quelque chose que nous savons coupable, faux et dérisoire, au fond de notre conscience, envers la miséricorde de Dieu !

Les catégories qu'on essaye d'établir, par des subtilités libérales, entre les divers serments en usage, ne sauraient dénaturer le principe eurnaturel du serment, et par conséquent, atténuer la profondeur de sa culpabilité, quand il est criminel?

Se moquer de Dieu, ou mentir à sa place et en son nom, telle est donc l'alternative inexorable de tout serment, ou prononcé à la légère, ou attestant une faute. — C'est tout un abîme de révolte.

A cette question du Serment se rattache tout ce qui est corruption politique, et spécialement Corruption Electorale, outre la bassesse morale particulière à l'espèce ; car c'est une tentation volontaire et préméditée de faux serment, dont on est responsable comme de l'acte en lui-même.

" Les Elections qui se font par la corruption sont de leur nature " immorales et la cause de beaucoup de parjures. Ceux donc qui vendent " et achètent des suffrages, dans ces élections, doivent être traités comme " prévaricateurs des lois divines et humaines, qui intéressent à un haut ** degré le bien public et la morale (i). "

Se rattache encore, par les plus grandes affinités, à cette même question du Serment ce qui concerne le Blasphèfne, dont nous avons déjà eu occasion de parler, dans un Cliapitre précédent. Mais à côté des Blasphèmes proprement dits, il y a les Jurons qui ne sont, après tout, que des avortons de blasphèmes. Rien que cette idée devrait nous en donner mal au cœur. Enfin, pour parachever le sujet, nous ajouterons à la nomenclature ce que l'on pourrait appeler dans cet ordre d'idées qui se rattache toujours à une idée divine, les Médiocraties, ou si l'on veut, les Malsonnances du langage.

En voici im exemple :

Un homme, qui pense à être chrétien, ne dit jamais à un de ses semblables : * ^Je vous jure. . . " quand il peut tout aussi bien dire : * ^ Je vous affirme, ' ' on:" Je vous certifie. ..^^ — Il ne dit jamais non plus à une femme: "Je vous adore,^^ quand cela lui revient tout-à-fait au même, à lui, — et à elle donc ! — de dire : "Je vous aifne^^ ou " :Je vous chéris.''^ Pourquoi donc singer un serment ou parodier l'essence divine du Culte ? — " Pour rien.., pour le plaisir...^'' — Est-ce que, dans ces domaines de choses terrestres, tous les synonimes imaginables des mots: " Jurer ^^ et "Adorer''^ ne sont pas aussi expressifs? — Et d'ailleurs, n'est-ce pas le ton qui fait la chanson ? — Quant à la Chanson du Verbe : " Adorer ^^ — (employé comme susdit, c'est bien chanson, en vérité, les trois quarts et demi du temps ! — il faut lui reconnaître ceci de particulier, c'est que tout le talent du chanteur se trouve logé, meublé et enchâssé dans l'oreille de son auditoire. — C'est peut-être drôle, mais c'est comme ça. Et c'est peut-être aussi pour ça que du verbe " Chanter^^ on a fait le verbe : " Enchanter.'"

(I) Mgr Ignace Bourget, Circulaiie aux confesseurs, ler mars l868.

■*^>J)^ ST. JEAN-BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA

Quoiqu'il en soit, il ne nous appartient nullement de déterminer ici la question àt péché dans l'habitude de ces mots, dits sans intention mauvaise, et nous n'avons pas la moindre velléité de faire de la casuistique sur la matière, mais nous affirmons sans hésiter que Vtisage usuel de pareilles locutions est du dernier mauvais-goût ; c'est un mauvais-goût divin, si je puis ra'exprimer ainsi, et je ne sache pas que l'on soit dispensé d'être poli et bien élevé avec le bon Dieu.

En résumé, rien n'est plus grave que tout ce qui se rattache à cette question criminelle dont le mot : "Jurement " implique toutes les variétés et toutes les nuances. La langue populaire de certaines provinces de France traduit par cette expression à la fois philosophique et ingénue: " Dire dit mal, " tout péché de cet ordre d'idées.

Dans la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, qui est bien le miroir souverain où se reflètent, avec une incroyable netteté, les traits frappants de tous les ennemis de Dieu et la physionomie typique de tous les caractères qui ont porté, qui portent et qui porteront de tout temps atteinte à sa surnaturelle morale, une grande et saisissante place est occupée par la perpétration de ces crimes du Jurement. Il est bon d'en noter la leçon.

Par deux fois le Divin Maître est abandonné de l'autorité-constituée de son pays, et ce sont les deux potentats de l'ordre spirituel et de l'ordre temporel en exercice de pouvoir, qui accomplissent cette négation du Christ : Caïphe et Pilate ; — représentant si insicivement, l'un, toute haine systématique et mortelle contre la vérité révélée ; l'autre, toute lâche et égoïste tergiversation à proclamer l'innocence reconnue ; Caïphe et Pilate, symboles vivants des ennemis modernes de l'Epouse du Christ: ces persécuteurs déclarés, qui reconnaissent un Bismarck comme leur bon génie, et ces ménageurs pleins d'affadissements, dont en France le gouvernement provisoire actuellement en exercice nous ofl're un si pénible exemple ; autrement dit ; le Protestantisme jouant de son reste, et le Libéralisme se croyant parvenu à régner. — Et c'est lorsque cette désertion de Dieu de la part de l'autorité s'est effectuée sans retour, que Jésus est livré à toutes les insultes des Blasphèmes parlés et agis de la soldatesque et de la populace. On dirait que, dès que le Pouvoir Public a corrompu ses voies, par malicieux orgueil ou par poltronnerie intéressée, le Peuple se sent pris d'une frénésie d'attaques directes contre la Divinité et qu'afin d'attiser en son propre cœur sa débordante licence, il donne à l'idée du Serment une exécution pratique et matérielle. Les scènes poignantes qui se passèrent dans l'Atrium du Prince des Prêtres et dans le Prétoire du Procurateur de Judée ne sont, en

effet, qu'une longue et cnielle série de Jurements traduits par des actes. Et Pierre lui-môme, intimidé par une servante, tombe dans ce grand crime et renie son Maître, en jurant avec imprécations qu'il ne le connaît pas. (i)

Ce lourd péché en matière de serment a donc, comme on le voit, pesé de tout son poids satanique dans l'effusion du sang du Juste et dans l'effusion du sang de son Précurseur prédestiné. Touchante similitude d'expiation entre le Maître et le Disciple, entre le Roi et l'Ambassadeur ; mais aussi, réprobation doublement accentuée dans le Saint Evangile, — et de quelle vertu énergique ô grand Dieu ! — contre cet abus odieux des invocations sacrées ! Leur effet immédiat et direct est d'éloigner Dieu de l'âme qui s'en rend coupable, et quand Dieu, le vrai et unique Dieu, qui est tout Esprit et Vérité, s'éloigne, un autre Dieu le remplace immédiatement ; c'est le Dieu abject et trompeur par excellence, le Dieu des Sens. — Telle est le logique des choses sm-naturelles. — La condamnation à mort de St. Jean-Baptiste nous en offre la plus vive application, dans la seconde partie de ses enseignements supérieurs ; celle qui touche directement à la morale.

^. Quelle est la leçon de morale que doit présenter à notre étude la mort de St. JeanBaptiste'i

"R. Le Pape Grégoire XVI, de sainte mémoire, le prédécesseur de Pie IX sur la Chaire Apostolique, qui était un homme d'Etat très-clairvoyant, et un philosophe très-sage ; — les écrits qu'il a laissés en font hautement foi, — lorsqu'on venait lui dénoncer quelque crime commis sur ses domaines, disait toujours: " Cercate la donnai " Cherchez la femme." Et c'était la recommandation la plus judicieuse qui se puisse voir, en effet. — Tous les Lieutenants de police en savent quelque chose.

Et cela s'explique bien facilement. De sa nature, l'empire exercé par la femme sur l'homme est primordial ; il est foncier ; il est, pour ainsi dire, humainement absolu, en ce qu'il pénètre jusqu'aux racines vives delà volonté de l'homme, de son activité morale, de %2i puissance d'hotnme, en un mot.

Et cela est pour le bien comme pour le mal.

Les Saintes Écritures, qui sont l'arsenal le plus solide comme le plus complet de toutes les notions exactes de la science psychologique, nous fournissent de ce grand fait substantiel de l'humanité des traits innombrables et tous, mieux trempés les uns que les autres. Nous nous bornerons ici

(i; Malh. XXVI. 67 et suiv. XXVII. 27 et suiv. — Marc. XIV. 65 et suiv. XV. l6 e iuiv. — Luc XXII 55 et suiv. XXIII. 29. Jean. XVIII. 22 et suiv. XIX 2 et suiv.

"^^yC ST.-JEAN BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA. /VI>^"

à n'en citer qu'un seul pour chacun des deux extrêmes de la grande classification générique de la femme : la Femme bonne et la Femme mauvaise.

Pour la première, il est dit; " Son mari est fwble dans les portiques. " — Les Portes ou Portiques représentaient chez les Juifs l'autorité civile et politique, la haute magistrature gouvernementale. Par le fait de sa femme il acquiert donc cette noblesse, " et il peut s'asseoir parmi les sénateur^ de la terre " (i), c'est-à-dire, parmi ces pairs du monde entier, qui forment les universels aristocrates des âmes. Il est impossible de donner une plus haute idée de la puissante influence pour le bien que peut exercer la femme sur l'homme. Et dans ces conditions, ajoute immédiatement le Saint-Esprit, " la /emme est comme vêtue de force et de prestige, et la " gaieté sera sa compagne Jusqu'' à son dernier Jour (2), "

Quant à la Femme mauvaise, le tableau que nous en trace le même Saint-Esprit est, on peut le dire, effrayant de justesse et d'exactitude. ^^ Son cœur est bas, " est-il dit, " et sa face triste. " De plus, " ses mains sont débiles. '' — La débilité des maiils, c'est-à-dire, la lâcheté, la poltronnerie et des œuvres et des étreintes, et de tout ce qui orne la vie, et de tout ce qui retient la tendresse. — " Ses mains sont débiles ! " Mais, — accent plus incisif encore, — ^^ ses genoux sont pervertis. " Les genoux! c'est l'hommage rendu et le repos goûté; c'est, à la fois, tout ce qu'on implore et tout ce qu'on honore. C'est humble et austère symbole de prière, et c'est, aussi, emblème honnête et familier de bercement. Eh bien ! toutes ces saintetés, tous ces honneurs, toutes ces forces et toutes ces richesses, la femme mauvaise les corrompt, les disjoint, les effeuille, les jette au vent, et s'en fait réellement la persécutrice acharnée. — " Ses genoux sont pervertis. " — " File est la plaie du cœur {^. " Remarquez; le Saint-Esprit dit : la plaie, et non pas la blessure. Il y a là, pour la morale des coups variés partant de la main d'une femme, toute la distance d'une gangrène repoussante, au sang vivace et chaud qui s'échappe d'une veine rompue, fût-ce à coups de couteau.

De ce grand dualisme héréditaire des généralités humaines, l'on doit inférer, en matière d'observations philosophiques et sociales, que pour diagnostiquer sûrement de la santé morale d'un peuple, il faut commen-

(1) Nobilis inportis vir ejiis, quando sedebit cum senatoribus terrae. — Prov. XXXI. 23.

(2) Fortiludo et décor indumentum ejus, et ridebit in die novissiino. — Prov. XXXI. 24.

(3) Cor humile et faciès tiistis. — Manus débiles et genua dissoluta et plaga cordis mulier nequam. — Eccli. XXV, 31, 32.

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