LA MORT
N'est-elle pas vraiment sublime et n'est-elle pas toute simple en ses magnificences cette force mutuelle, cette vertu solidaire, cette liaison mystérieuse, mais intime et réelle, qui existe entre I'Immaculée Conception de Marie et le Précieux sang de Jésus? — Qu'ils sont donc à plaindre ceux que tant de splendeurs morales ne sauraient émouvoir, et que ne devrait-on pas faire pour populariser ces vérités aussi incontestables à croire que consolatrices à étudier ! Malheureusement on les étudie peu et on ne les connaît pas'assez. — On ne sait pas ; — du moins, on sait si peu et on veut si peu se rendre compte du peu que l'on sait — et mille confusions d'esprit, soit irréfléchies, soit indifférentes, soit honteuses, se croisent dans les âmes de bien des Fidèles, sur ces données qui sont pourtant tout l'espoir et tout le salut du monde.
Le Christ avait déjà rendu l'esprit, et le sang de ses mains traversée'i dans la plus large envergure de leurs embrassements, le sang de ses pieds fixés par le fer sur l'arbre de la Croix, le sang de sa tête, couronnée du royal bandeau des épines, le sang de ses épaules labourées de coups et de toute sa peau flagellée jusqu'à dénudation des os, avait coulé goutte à goutte sur la tête des plus chéris du Maître, commandés, dans cette marche en avant vers la conqi^te d'un tel bain de sang, par deux femmes, les deux Maries : — la Vierge Immaculée donnée pour mère au genre humain tout entier en la personne du disciple vierge, et la Pécheresse pénitente qui devait inaugurer dans le monde, après cette Reine du monde, cette Dame de Toutes Grâces, les effusions de la vie contemplative et réparatrice. — Les Prétoriens de service en cette journée du déicide consommé, voyant que le Roi des Juifs était bien mort, ne fracturèrent pas les os de ses jambes, symbole prophétique des indéfectibilités qui devaient éternellement signaler la doctrine du Verbe dans les enseignements de son Eglise, aussi bien pour les choses spirituelles, que pour les choses temporelles. — Un seul clou fixait d'ailleurs les deux pieds du Christ au gibet de Texpiation souveraine. — Mais l'un de ces soldés de César brandissant une lance, en transperça la? poitrine du crucifié, et ce furent, à la fois, et une fontaine nouvelle de son sang le plus chaud, et une source miraculeuse d'une eau très limpide, qui jaillirent de cette dernière blessure humaine du Sacré-Cœur de Jésus. L'Amour et la Pureté, le Martyre et les Larmes, la Confession de Foi et la Confession du Repentir ; bref, toute Génération et toute Régénération des âmes, sont contenues dans cette efi"usion suprême. Et ce Sang et cette Eau ne sont-ils pas aussi le divin témoignage, le couronnement, le sceau, la perfection accomplie et de l'Incarnation humaine du Verbe et de la Conception immaculée de sa Mère. Il suffit. — Nous aimons à espérer qu'on n'élèvera pas contre tous ces
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envisagements l'objection de dire : — " Tout cela est peut-être ingénieux pour ceux qui aiment à s'occuper de pareils sujets, et qui n'ont guère autre chose à faire, mais vous ne sauriez nier que c'est une matière horriblement spéculative ; c'est contraction ou, si l'on veut, pressure de l'intelligence en travail ; (/«;« non meminit pressures.) (i) cela n'a rien de pratique, et pour en faire une application usuelle de spécifique contre le Sensualisme, il faut véritablement avoir en poche une forte dose de complaisance." — "Il est très-positif d'ailleurs," — pourront même ajouter quelques libéralcules — ' ' que ce sont là deux ordres de choses tout-à- faits éparées, et la preuve en est que l'Immaculée Conception a été déclarée Dogme, c'est-à-dire affaire de la foi, de la croyance, des opérations du cerveau, et nullement règle de mœurs, et encore moins, direction sociale."
Pauvres cerveaux qui raisonnent ainsi ! — Nous leur répondrons par le simple énoncé d'un fait, d'un fait historique, et même co-existant à l'histoire universelle ; attaché à ses flancs comme une ironie de ses égarements, comme la discipline involontaire et aiguë de tous ses écarts, comme une fustigation divine de ses oublis de Dieu. Ce fait le voici :
Tout vice du peuple, comme tout désordre des sens dans l'homme, est au moins concomitant à une aberration de l'esprit, à un dérangement de l'équilibre moral et responsable de ses agissements intellectuels, à une atteinte portée à la raison divine, à une erreur philosophique, ou pour parler plus explicitement, à une altération d'un dogme. Oui le Vice est toujoun jumeau à' Erreur, ou, pour mieux dire, il en procède ; et à la suite de cette procession. Vice et Erreur se trouvent être générateurs l'un de l'autre.
Ils sont donc bien irrationnels, bien petits d'esprit, et surtout, bien mesquins de cœur, tous ces séparatistes. — (Ce mot d'ailleurs n'est qu'une variété de la gent libérale,) — du dogme d'avec la morale, du dogme d'avec le domptage des sens, du dogme d'avec la société civile, du dogme d'avec l'honnêteté du foyer des familles, du dogme d'avec la sagesse politique, du dogme d'avec le respect dû à la simple police intérieure d'une Puissance ou d'une Cité ; que sais-je encore, toutes espèces de séparations, au surplus embrassées dans leur grand genre de Séparation, — celle de l'Eglise et del'Etat ; — toutes bâtardises de conscience.
Le Dogme c'est le salut et c'est la Joie ; le salut de chacun et la joie sociale. Il faut donc l'aimer en conscience et en société, cominus et eminus, intrinsecus et exfrinsecus, jiominatitn et abumdantius, selon ces traits
(I) Joan XVI, 21,
victorieux dont le Bon Pasteur nous peint lui-même son immense amour pour la brebis égarée dans les broussailles de ses séparations. Il faut porter en soi cet amour, à la différence du mercenaire que Christ appelle un voleur, un bandit et un poltron, qui ne sait que fuir (i). — Oh ! les mercenaires de la politique, et les intrus sociaux, qu' ils sont donc innombrables ! — Oui il faut aimer le Dogme et tout ce qui, de près ou de loin, touche à un Dogme, d'une fidèle, d'une générale, d'une haute et d'une minutieuse dévotion. — La dévotion, c'est le dévouement élevé à l'honneur de la fécondité. — Il faut l'aimer avec force et avec caresses, avec respect et avec expansion, avec une humilité brûlante d'ardeur, et avec des ardeur j palpitantes de sagesse. — Et mon Dieu! il faut l'aimer, comme on aime quand on sait aimer !
L'un des grands signes auxquels vous reconnaîtrez toujours le Libéralisme-Catholique le plus subtil et le plus déguisé, fût-il déguisé d'une soutane violette, — pourquoi ne pas le dire? — c'est qu'il subit les Dogmes et ne les aime pas. — Dont actes existent.
3). Quelle est pour le Canada V expression pratique et se traduisant par des œuvres, de toutes ces théories de salut social qui émanent du Dogme de F Immaculée Conception de la Vierge Marie ?
^. En Canada, nous avons, de cette merveilleuse fécondité dogmatique et de cette génération spirituelle, deux beaux produits, deux filles immortelles, deux fondations saintes, deux maisons royales de la céleste royauté ; disons le mot, deux Couvents ; — l'un d'hommes et l'autre de femmes. — Et voyez les beautés harmoniques de tout ce qui tient à l'ordre surnaturel ! L'un de ces couvents, — celui des hommes,— a pour patronage, l'Immaculée Conception de la Vierge Marie ; ce sont les Oblats. L'autre, — celui des femmes, — plus national encore que le premier, puisqu'il n'a pas été importé de l'étranger en ce pays, mais qu'il a pris naissance sur le sol canadien lui-même, il y a à peine quelques années, et qu'il y croît comme un véritable enfant de l'Enfant de Marie, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes, (2) honore, invoque, appelle, supplie, adore, réchauffe, — peut-on dire, — et répand, — peut on ajouter, — comme une rosée de miséricorde et d'amour, de virilité et d'espérance, le Sang du Fils de l'Homme sur cette Patrieenfant ; c'est le Monastère des Religieuses du Précieux Sang, dont la Maison-Mère est à St. Hyacinthe.
(1) Jean, X.
(2) Et Jésus proficiebat sapientia et tetate et gratia apud Deum et homines. — Luc 1 1 52.
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Le lien qui rattache ces deux Institutions Catholiques du Canada est bien fort, et la force qui les lie à l'avenir social du pays est bien attachante en toute franchise de confiance et de souhaits. Quatre mots rapides suffiront à esquisser cette double harmonie vraiment patriotique.
Les Révérends Pères Oblats ont été institués en France par un saint Evêque, vrai gentilhomme d'armes nobiliaires et de houlette pastorale, Mgr. Charles Joseph Eugène de Mazenod, Successeur de l'ami de Jésus, du frère de Marthe et de Marie, St. Lazare, sur le Siège Episcopal de Marseille. Ornés, dès leur fondation, du titre de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie, ils ont formé, contre le Sensualisme, toute une conquérante avant-garde de précurseurs de ce beau Dogme, qui est venu ensuite, par la définition de Pie IX, constituer l'arsenal surnaturel des combats de l'Eglise contre cette invasion meurtrière des Etats modernes ; et ils ont, tout juste, pour cri de ralliement dans leurs chères batailles, le " Pauperes Evangelizaiitur " dont nous avons été amenés à parler déjà plusieurs fois dans le cours de cet écrit.
En 1841, Monseigneur Ignace Bourget, cet autre Fils et Frère de Pie IX, inspiré du St. Esprit, dont le souffle Principal %\x\Aç^ et confirme son infatigable apostolat, a emmené de France les Oblats dans son Diocèse, comme colons de ses ingrats labeurs, comme fermiers de sa dure culture des âmes. Et la fertilité de leurs travaux est connue. Entre autres abondantes récoltes de leur précieux assolement, ils ont, dans la ville même de Montréal, arraché au Sensualisme faubourien, le plus implacable de tous, tout un vaste quartier en friche, dont l'insalubrité, et même la pes::ilence morales, étaient effroyables. Ils ont assaini, avec une incroyable rapidité, tous ces champs délaissés et croupissant dans une vase d'enfer, ce Faubourg de Québec, dont ils ont fait un des plus riches, un des plus inépuisables greniers de vertus dont la Maîtrise Catholique de la cité ait le droit d'être fière ; réalisant ainsi, à miracle de réalité, cette verdoyante parole de l'Ecclésiaste. " J'ai fait des " jardins et des vergers et je les ai complantés d'arbres fruitiers de toute " production. " (i)
Si l'on ne voit pas dans cette œuvre une action sensible et directe de la Vierge Immaculée, si bien nommée la meurtrière de toutes les hérésies, dans ses plus éclatantes victoires contre le Sensualisme, c'est qu'on n'est qu'un Castor paralytique et aveugle, qu'un Pharisien de Ville-Marie..
Disons encore, que tout dernièrement la Providence a décoré cette Maison Religieuse d'une des plus belles dignités, d'un des plus beaux Ordres
(I) Feci hortos et pomaria et consevi ea cuncti generis arboribus. — Eccle ii, 9.
de la Sainte Chevalerie des consciences qui rappelle et symbolise les triomphes sociaux du Sang de Jésus-Christ. La ville de Paris, cette capitale du Sensualisme, ainsi que nous l'avons suffisamment démontré, a maintenant un Père Oblat pour premier Pasteur, et cet Oblat, qui creuse laborieusement sur les buttes de Montmartre, le Mont des Martyrs de France, les fondations du grand Sanctuaire national de la France pénitente s'étant consacrée au Sacré- Cœur de Jésus, vient d'être revêtu, par la main de Pie IX, captif comme St. Jean et prêt à mourir comme lui, de la pourpre cardinalice. Or, cette pourpre n'est pas autre chose que l'image et l'engagement perpétuel déverser tout son sang pour la Sainte Eglise Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les- Eglises.
Quant au Atonastère du Précieux Sang. — La miséricorde divine, est vraiment bien généreuse et bien prodigue envers le Canada ! — Il accomplit, dans l'ombre d'une dixaine d'années seulement d'existence, une œuvre immense en ses secrètes et mystérieuses profondeurs, un bienfait patriotique et social incalculable en sa portée régénératrice de la Nationalité Canadienne. En effet, sur ce sol du Canada, qui a bien, comme tous les sols de cette pauvre machine ronde, ses aridités naturelles et ses sécheresses périodiques, les vaillantes Recluses du Précieux Sang ont implanté la première bouture des Ordres monastiques contemplatifs, dont la terre indigène ne connaissait pas encore la sève pacificatrice, l'ombrage rafraîchissant, les fruits savoureux, V essence toute divine, en un mot. Et c'est là un équilibre social souverain, une pondération politique hors de pair, une autorité réparatrice défiant tout génie humain et qui seule possède la puissance, — on l'oublie trop et trop souvent — de rétablir une nation sur ses bases les plus fondamentales, de la retremper perpétuellement dans une vive jeunesse ; bien plus, de lui refaire une virginité.
Ces suppliantes voilées qui sont vêtues de la robe couleur de l'Innocence et du scapulaire teint de Sang ; qui portent sur leur front l'image de ce Signe de salut qui a vaincu le monde ; esclaves volontaires, en cette symbolique livrée du Cœur et de la Croix de cet Homme-Dieu qui s'appelle un Epoux de Sang ; travailleuses infatigables des mystiques canalisations de la double fontaine d'amour qui a jailli de ce Divin Cœur attaché à cette Divine Croix, au sommet du Calvaire ; Ah ! bien sûr, elles ont, cent et cent fois plus qu'on ne saura jamais s'en rendre un compte exact, bien mérité de la Patrie, et, — qui connaît l'avenir ? — arboré le Gonfalon civilisateur de Jean-le-Baptiste sur les vastes plaines, si sablonneuses et si ^tourmentées, du Continent Américain tout entier.
ST.-JEAN BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA. jxf<'^>.
Notons encore que depuis quelques semaines à peine, le Diocèse de Montréal s'est donné en propre une branche de ce bel arbre des futures grandeurs spirituelles du Nouveau Monde, (i) Il va venir faire germer un de ses rejetons, dans le Jardin de Notre-Dame de Toutes Grâces, bourgade la bien nommée, attachée aux flancs de la montagne dont Montréal tire son nom. Et cette couronne des Offrandes ininterrompues de chaque heure du jour, non moins que des nocturnes prières de la Réparation, est bien destinée à devenir devant Dieu la plus précieuse parure de ce Mont Royal. — O sanctification des âmes, vous sanctifiez la nature elle-même ! Pèlerinage ! Pèlerinage ! qui pourrait n'en pas découvrir le tracé marqué du doigt de Dieu, pour la piété -Montréalaise qui awie et qui va son chemin, dans cette bergerie naissante, où .le Pasteur et l'Agneau ne sont qu'un dans le sang inépuisable de leurs cœurs et dans le sang versé de leurs sacrifices ! (2)
Enfin, pour achever l'esquisse de tous ces rapports vivificateurs, disons aussi que le principe fondamental de ce si jeune et si vivace Institut unit, dans une seule et même efflorescence de ses œuvres claustrales, l'Adoration du Sang de Jésus et la Vénération de l'Immaculée Conception de Marie. Ces nonnes illuminées des clartés de la grâce, ont mille fois mieux ■compris que nous n'avons tenté d'en donner une idée, quelques pages plu? haut, la solidarité sublime et l'indissolubilité surnaturelle qui soude, l'une à l'autre, ces deux forces vives de toute conscience, de toute famille, de toute cité, de toute JDuissance, de toute association du monde entier, lesquelles consciences, familles, cités, puissances et associations ne doivent être individuellement et collectivement, pour rester honorables, que les sujettes de Jésus-Christ et les domestiques de son Epouse. — Telle est la foi de l'Eglise.
!2). Que fit Jésus-Christ, Jean ayant été mis à mort?
3i. L'Evangile nous en donne une indication aussi succinte qu'énergique. Informé du meurtre du fidèle messager de sa royale puissance, Jésus rassemble ses disciples, monte avec eux sur une barque et se retire à l'écart dans un endroit désert (3). C'est ainsi qu'eu face des grands crimes, fruits des grands vices, surtout quand ces crimes sont l'œuvre du
(i) Note. — Une succursale des Religieuses du Précieux Sang est déjà établie dans le Haut Canada à Toronto.
(2) Note. — Quolciuot autem receperunt eum dédit eis potestatem filios dei fiori, liis qui credunt in nomine ejus, qui non ex sanguinibus, neque ex volunt.Ue viri, sed ex Deo nai; sunt. — Juan. I 12, 13.
(31 Quod quum audisset Jésus, secessit inde navicula in locum descrluni seoisuni, — Ma//i. .\JV, 13.
Pouvoir Public, et qu'ils sont la conséquence directe de vices sociaux, comme la mort de Saint Jean Baptiste nous en offre un si saisissant exemple, Jésus-Christ se tait, et il ne se contente pas de se taire ; il se cache, il se retire, il s'isole des consciences, il se dérobe aux outrages qu'on lui fait, il tourne le dos aux nations ; silence mille fois plus sévère que tous les reproches, suivi d'une retraite qui est en elle-même le plus intensif et le plus radical de tous les châtiments.
Il y a, en outre, dans ce verset, l'idée du Désert qui reparait et qui nous * indique l'unité des vues surnaturelles, dans tout l'ensemble des prédications de la parole divine. St. Jean avait justifié la prophétie qui le désignait comme " la voix criant dans le désert ; " (i)il meurt martyr des propres accents de sa voix inspirée ; et à la nouvelle de sa mort, son Maître prend possession du désert. C'est l'hommage d'un Dieu rendu à ses Elus; c'est le deuil dont l'Humanité du Christ honore l'humanité divinisée des bénis de son Père. — Tout deuil n'est-il pas un isolement imposé par la mort, une retraite du cœur à l'écart des sourires du monde ? — Et comme Jésus est l'Unité incarnée il fait de ce désert, vers lequel il se replie, tout à la fois et les saintes funérailles de ses serviteurs et de ses amis, et le symbole du mépris, de la douleur et de la colère qui l'animent envers les persécuteurs triomphants de ceux qui le servent et qui l'aiment. Il les séquestre dans le cycle douleureux des abandonnés de sa grâce.
Enfin, on peut encore signaler, dans ce même verset, les disciples se: groupant autour du Maître dans une barque, cette impérissable figure del'Eglise. La Papauté, quand on martyrise ses envoyés, n'en agit pas> autrement. Ses fidèles enfants se serrent autour d'elle dans la barque insubmersible de l'Epouse du Christ ; et cette barque transporte ainsi, loin dut monde, ces divins affligés de l'ingratitude du monde.
Mais Dieu est amour, et c'est en ce moment que la Foule reparait pourfaire éclater l'amour que son Dieu lui a scellé de son sang. C'est bienl'heure du Sacré-Cœur de Jésus, et de sa blessure ineffable. Le vrai Peuple - Chrétien retrouve son empire aux jours les plus désespérés. Quand les malheurs . publics semblent arrivés à leur comble, c'est à la réaction de la multitudequ'il appartient de faire violence à la Miséricorde céleste. " Les foules, dit l'Evangile, le suivirent à pied hors des villes. — '' Pédestres de civitaiibus.^' (2).
(i) Vox clamantis in deserto, Isaî. X, /, 3. — Maih. III, 3. — Ma/c. /, i.—Ltic III, 4 — Joan /, 23.
^2) Et quutn audissent turbaB secutae sunt eum pédestres de civitcxtibus — yiath \. IV 13...
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— N'est-ce pas le trait, en quelque sorte photographique, du Pèlerinage, dont Vidée vient déjà de s'imposer, quelques pages plus haut, à nos réflexions.
Les Pèlerinages ! Da nos jours, ne voyons-nous pas ces légions des fantassins de la pénitence et de la réparation sortir de terre quand le sang des justes a coulé et marcher, marcher comme une armée expéditionnaire ? Mais marcher à la conquête de quoi ? — D'une intronisation nationale et populaire de Jésus-Christ et^de son Cœur, et des Coeurs Lieutenants du sien, le Cœur de sa Mère, le Cœur de ses Archanges et le Cœur de ses Saints. — Les Pèlerinages, ce sont les Croisades pacifiques du siècle, absolument comme les Croisades du Moyen-Age n'ont été que la série des Pèlerinages militaires de leur époque. N'est-ce pas toujours d'ailleurs, la conquête d'un Tombeau et d'une Couronne ? Aux temps antiques, — ces temps, souches de la généalogie non pas seulement de quelques familles illustres, mais de la véritable généalogie du peuple des diverses nationalités qui ont été représentées dans ces pèlerinages en armes, et qui maintenant encore n'ont de vie que par cette marche surnaturelle de leurs aïeux bardés de fer ; — en ces temps, disons-nous, la piété était sociale, et la pure doctrine du Verbe, formait l'éducation du peuple. Aussi, les combats de l'esprit contre la chair, de la conscience toujours tentée contre le Prince des Ténèbres toujours tentateur, se traduisaient-ils par l'enthousiasme, par l'entraînement, par la fièvre chevaleresque ; en un mot, par une dévotion, dont la possession du propre Tombeau duChrist et de saCouronne d'Epines embrasait les plus mâles courages. Ce fut l'œuvre de ces grands chrétiens qui de Godefroi de Bouillon, à St. Louis, se signèrent. Aujourd'hui le Tentateur qui est le grand Infidèle a vaincu une de ses plus grandes victoires ; il a remporté un Triomphe éclatant ; il a désarmé la société civile detout glaive divin; il a pourfendu la Foi d'Etat du plus affilé comme du plus empoisonné de ses cimeterres : le mépris officiel et patenté par le Pouvoir Public de la royale doctrine de l'Eglise en matière de gouvernement ; mais Dieu le veut .' Dieu le veut toujours! Les Croisés sont vivants. Ils se transforment, mais ils sont; ils ne se rendent pas, parcequ'ils ne meurent pas. On trouve en eux les immortels de cette immortalité de la Croix qui est le seul véritable Drapeau des peuples ; de cette immortalité qu'implique l'hérédité de la dynastie pontificale, à qui le Saint-Esprit a promis sa fécondité indéfectible et dévolu le droit d'aînesse de toute puissance terrestre. Et c'est toujours un Tombeau à conquérir pour l'arracher aux mains des profanateurs et des mécréants, le Tombeau des Saints Apôtres, héritiers directs de Notre-Seigneur Dieu. C'est toujours une Couronne à défendre et à sauver du sacrilège, la Tiare, dont les ..opines, sont plus que jamais acérées de nos jours, — Oh ! qui les connaît
bien, si ce n'est celui dont l'auguste front en saigne abondamment, le Vicaire de Notre Seigneur Dieu, héritier lui-même du Prince des Apôtres !
Et, — autre rapprochement, — Si Jésus-Christ n'était pas Dieu, — Ceci est constaté par tous les philosophes éminents, ceux qu'on pourrait bien appeler les cardinaux de la philosophie, -^- il n'y aurait qu'un homme qui aurait mérité d'être Roi du monde entier, par le génie de l'intelligence du monde dont il était pénétré. Cet homme c'est Mahomet, car il savait son homme à fond ; — son homme, c'est-à-dire, l'humanité prise à vif, toutes les fois qu'elle se désintéressera de toute influence, de toute direction de toute morale et de toute soumission surnaturelles. Mahomet s'est bien nommé le Prophète... de ce grand œuvre d'anti-surnaturalisme, et il Tétait en vérité; et comme, hors du surnaturel il n'y a pas de Dieu, — c'est bien là le suprême postulatum intellectuel, — ce Prophète a été l'Anti -prophète des âges, aussi profondément que Satan en est appelé TAnti-christ.
Il n'y a donc pas de milieu possible, quand la dissection des notions exactes en arrive au squelette de l'histoire ; Ultramontanisme ou hlamisme telle est l'alternative de tout aboutissement de la civilisation. El pour rattacher cette irréfragable vérité au sujet tout spécial qui vient de nous occuper dans ce Chapitre, indiquons d'un seul mot, pour le clôturer, le trait capital de l'Islamisme dans sa sphère à la fois la plus sociale pour lui, comme empire exercé sur la soumission de ses nationaux, et la plus religieuse, comme perspective de l'autre vie présentée par lui aux aspirations de ses dévots. — Ce trait dominant c'est bien le Sensualisme. La Royauté et le Paradis de Mahomet en sont pétris.
O Pontifes Romains, si vous disparaissiez, en quelle Turquerie se changerait donc le monde ! •
PRIÈRE
O Trinité Eternelle de Dieu, Notre Père qui êtes au Ciel, — Pater NosTER QUI ES IN CŒLis / — Jésus, son Fils Unique, fait Homme far miséricorde envers chacun de 7ious, Christ, seul vrai Roi surnaturel de toutes les nations du monde ; et Vous, Esprit-Saint, qui procédez du Père et du Fils, par la vertu incompréhensible de V incommensurable amour, qui seul, pouvez éclairer nos intelligences, féconder nos volontés, iacifier, purifier et sanctifier nos cœurs ; — qui de nous est sans péché,
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surtout à cette époque où les péchés des hommes sont devenus si solidaires et si subtils, si responsables les mis des autres et si sociaux. La consciefice publique moderne est bien la femme adultère, dont parle V Evangile ; cette malheureuse, que Von surprend, en tant de circonstances, outrageajit des derniers outrages le pacte sacrafnentel cimenté par le sang de Jésus- Christ entre V autorité de V Eglise et la fécondité de V Etat ; mariage surnaturel des sociétés humaines. Ecrivez, Seigneur, de votre doigt tout-puissant, sur le solde nos patries, le libelle de leur réhabilitation et de votre miséricorde iiiépuisable. Efnous, gardonsnous bien et imiter les Pharisiens qui traînaient cette femme à vos pieds, mais répétons avec plus d'' ardeur et d'' humilité que jamais tcnit ce que vous nous avez enseigné à donander à Notre Père. Alors, vous noiis pardonnerez nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Et dimitte