LE SERMON
suivant, que nous mettons sous les yeux de nos leeleurs :
" Leva in circuitu oculos tuos et vide, omnes isli venerunt tibi."
" Lève tes yeux, 0 Sion, regarde autour lie toi et vois ces flots de peuplesqui viennent à toi."
Isaie XLIX— 18.
MONSEIGNEIB, MES FkÈRES,
J'aime à me rappeler en ce jour ce»
paroles du Prophète à la ville de Sion. Soulevant le voile de l'avenir, le Prophète voit les peuples qui se mettent en mouvement et se hâtent de toutes parts vers la cité de Dieu. Ils viennent de loin et sont eu grand nombre — " Ventent de longé.'' C'est vers Sion qu'ils ont fixé leurs regards, Sion, l'objet de leur amour, Sion, leur patrie, la Ville du peuple choisi 1 " Exulta Sion ! " réjouis-toi, cite sainte. La muliitude et la noblesse de tes enfants le parent comme d'un vêtement de gloire " omnibus his velut orna- . mento vestieris."
0 Canada ! 0 ilontroal ! Sion, ma Patrie ! ne puis-je pas le dire avec le Prophète, en ce jour à jamais mémorable dans les pages de ton histoire : '• Lève " ta tète et regarde autour de loi ! Leva in circuilu oculos tuos." Vois tes enfants qui te viennent de tous côtés. " Et vide," regarde" Ils n'ont compté ni lea distances ni les sacrifices " Venient de longée C'est l'amour de la patrie qui les amène, mais c'est aussi un sentiment de foi qui les anime. Pourquoi viendraient-ils s'agenouiller devant tes autels ? Salut, frères Canadiens! nous vous reconnaissons à la noblesse de vos sentiments. Soyez donc les bienvenus, compatriotes bien aimés ; ô ma Patrie, fais éclater ta joie, car jamais tu n'as été parée d'un plus riche et d'un plus superbe vêlement '' omnibus his velut ornamento vestieris."
Nouveau Peuple de Dieu, vous aimez à rehre les annales de votre Patrie pour fortifier votre foi et raviver votre patriotisme Laissez-moi alors vous dire ce que j'aime dans mon Pays puis vous permettre/, i\ mon amour filial de dire ce que je souhaiterais à cet ainiè Pays.
Ce que j'aime, ah 1 l'enfant ponrra-t-il jamais dire tout ce qu'il aime dans sa mère? Et qui le pourra, quand ce pays, qu'on appelle sa mère, est un Canada ?....
Je m'arrête donc i\ deux traita camctérisliqiies, deux tniits qui nous oni toujours distingues et qui éclatent plus que j imais dans ce f^riiud et magnifique ôlan qui réunit toui le Canada sous mes yeux.
Foi ! Patriotisme l voili les deux mots qui flottent sur cette immense assemblée, mais je les vois aussi flotter sur toute IListoire du Canada. Ils expriment ce que j'aime surtout dans mon pays : Sun esi'ril de foi cl sun esi'ril de palrioliitite.
Son esprit de foi. — Il m'apparait à tontes les époques de notre histoire.
N en soyez pas surpris : le cœur religieux des Rois très-Chrétiens, en dirigeant vers le Canada les premiers navires et les premiers colons, se proposait plutôt d'y envoyer des apùtres que des soldats : •' Nois nous proposons do taire chanter les louanges de Dieu dans ces déserts oii le nom de Jésus Christ n'est pas encore connu.' Ainsi parlaient et voulaient François 1er, Henry IV, Louis XIII. Louis XIV.
Voyons comment leur dessein a été accompli.
J'aperçois un vaisseau qui remonte les eaux de notre granl fleuve — je suis à la dislance de trois siècles eu arrière, c'està-dire aux premiers jours de no. re oi igine.
Le St. Laurent, comme étonné et saisi de respect à la vue de ces étrangers, semble s'incliner pour leur laisser un passage plus facile, intrépide Capitaine, qui es-tu? d'où viens tu i où diriges-tu ta course audacieuse'? quel dessein t'a poussé vers ces plages inconnues et sauvages'!*. . Il aborde la rive et son premier acte est de tomher à genonx. Il baise aveu respect cette nouve.le terre, et en prend possession au nom de Dieu en y plantant une croix au pied de laquelle il se prosterne avec tous ses gens Saluez-le. mes frères. C'est le premier canadien. Jacques- Cartier vient de prendre possession du Canada et de donner un nouveau monde k la France. Bientôt on le verra ce nouvel apôtre, la croix à la main, parcourant les tribus sauvages, les catéchisant et les gagnant à Jésus-Christ, son Maître.
Le plus beau jour de sa vie sera celui oit il portera sur les fonds baptismaux le premier enfant qui reçoit la grâce du baptême dans ces terres intidèles. Et si vous me demandez ou il a puisé ce courage et c-; dévouement, pénétrez avec moi sous les larges voûtes de l'antique cathédrale de St. .Malo. Voyez-vous ces soixante-deux marins, modestes et recueillis, à genoux à la table sainte et recevant leur Dieu f C'est Jacques Cartier avec ses compagnons qui communient avant de quitter la Frauce. Ah I je ne m'étonne p. us de leur force et de leur dévouement. Ils portent au cœur le Dieu qui donne la force aux héros et le
zèle aux api)tre3. La source n'est pas tari, mes frères. Puissent les dèfeuseura et les héros de mon Pays ne jamais l'oublier.
Voili la première page de notre histoire, y respirez-vous assez l'Esprit de foi? Si vous lisez la seconde page de cette brillante histoire, vous subirez invinciblement uue impression religieuse devant la calme et imposante figure de Champlain C'est lui, ce grand chrétien qui fera la terreur des llufruenots et les chassera du pays pour les rempUicer par une colonie française toute composée de catholiques. Dans sa dévotion pour la Reine du ciel il fera élever une chapelle qui portera le nom da Notre-Dame de Kecouvrance. Lui aussi, il se fera catéchiste, et il écrira îi Henri IV : " La conversion d'un seul infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume." II sera le premier qui fera sonner VAnyelus trois fois le jour — " afin, dit-il, de rappeler aux colons la pensée de Dieu." A sa table, nouvel Augustin, il se fera lire la vie des Saints, et. quand viendra le soir, ce père de la colonie assemblera ses eutants autour de lui pour réciter la prière en commun et faire l'examen de conscience. Touchante et pieus ■ traditioa de la France et de nos Pères ! puisse-telle se conserver toujours dans nos familles, canadiennes.
,0 cité de Québec, ville canadienne, sois fière de ton noble et pieux Fondateur ; et puisses-tu toujours, comme tu l'as su faire lusqu'à présent, conserver intact et vif dans le cœur de tes enfants l'amour de ses rares vertus et de son noble dévouement.
C est la deuxième page de notre histoire, y respirez vous assez l'esprit de foi?
Il est une Vertu sur la terre qui grandit l'homme au-dessus de lui-même et le porte à la hauteur des anges ; une Vertu qui fait rayonner au front un trait de céleste beauté et commande le respect et l'admiration ; une Vertu au souffle d© Ja'iuelle germent les affections pures et saintes qui in.sjjirent les grands dévouements et enfante les héros et les saints ; une Vertu, rayon échappé du cœur de Dieu, qui conserve i\ l'intelligence toute sa limpidité et sa fraîcheur, rien de terrestre : rien de soullé ne s'attache i\ son blanc vêtement Vestale sacrée, debout sur l'autel du cœur, elle entretient le feu du ciel en faisant épanouir autour d'elle le germe de toutes les vertus chrétiennes. Vous l'avez nommée cette fleur tombée des cieux ea la saluant pour la première fois au front rad.eux de Celle dont .Vlontréal s'honore de porter le nom, vous l'avez saluée brillant au front de notre glorieux Patron Sai/it Jean liapliste. Mais saluez-la encore au front du Fondateur de .Mont-
réal. Apparaissez noble de Maisonneuve avec le blanc lis de votre chasteté ! Je ne veux plus d'autre éloge de votre esprit de foi, de votre religion.... On vous a vu à genoux faisant votre vœu héroïque! Relevez vous, je comprends maintenant ladmiration et le respect qui vous accompagii(-nt partout ; je ne m'étonne plus de cette rare sagesse qui distingue tous vos actes et de cet ascendant que vous exercez sur tous ceux qui vous approchent. Je comprends ce généreux dévouement qui vous fait expo.-er mille fois votre vie pour les vôtres. Cette Place d'aimes que j'ai sous les yeux, n'est plus une énigme pour moi. Nobles Compagnons de ce Héros chréuen,vos cendres ne frémissent-elles pas en m'entendant parler des vertus de votre héroique chef et ne me répondez-vous p ts du fond de TOtre glorieuse poussière. ''Oui nous étions chrétiens à la suite de M. de Maisonneuve ; nous avions l'espril de foi, nous étions français ! " — Ecrivez donc à la mère patrie, missionnaires de Ville-Marie '' Nous n'avons tous ici qu'un cœur pour Dous aimer et pour servir Dieu. C'est le temps delà plus pure aurore de l'Eglise. Les démons ont fait place aux anges." — Salut noble et glorieux Fondateur de Ville-Marie ! à qui revient avant tout ee magnifique éloge ! J'incline devant vous le drapeau de mon pays sur lequel vous avez fait briller le rayon admirab'e de votre virginale pureté.
A genoux comme vous et devant vous nous proclamons voire gloire et nous vous convions à n'être plus seulement le fondateur et le père de Ville-Marie, mais encore son patron et son gardien. Tant que nous verrons germer au cœur des Canadiens votre noble vertu, nous pourrons sans inquiétude contempler l'avenir.
— Nous avons terminé notre troisième •page d'histoire, y avons-nous assez respiré resprit de foi ? L'arbre est planté, grâce à ces trois hommes la foi a jeté ses racines dans le sol du Canada. Croissez, arbre magniâque, vos rameaux iront se développant et se multipliant jusqu'à cette époque oii il nous a fallu changer de drapeau sans changer de croyance.
La tempête sera longue et terrible, mais l'arbre ne sera pas déraciné, le Canadien ne se rendra qu'à la condition foimelle qu'o:i lui " garantisse le liore exercice de sa religion."
La foi sera toujours la grande assise du -Canada,et cette quatrième page de notre histoire n'esi-elle pas encore toute embau- -mée du pafum de l!es]trU (h- l'oi ? Demandez-le à nos vainqueurs? Depuis lors, ■cet esprit n'a pas disparu. Dans ce siècle ^i'apostasie des peuples, à cette époque où nn grand nombre de nations ont renié Dieu, et levé l'étendard de la révolte «ontie le Christ et «on Eglise, le Cana-
dien n'a pas pris place dans leurs rangs, il n'a pas essayé de chasser Dieu de son foyer ; il est resté avec sa foi, on dirait mJme que les bornes de son pays sont devenues trop étroites pour contenir les battements religieux de sot cœur.
Voyez ses missionnaires abordant des plages inconnues et rivalisant de dévouement avec ceux de la m^r:; Patrie. Contemplez ses légions de vierges affrontant les glaces du nord ; ou semant à pleines mains autour d'elles l'instruction et l'amour de Dieu ; ou prodiguant partout la charité de leurs cœurs qui panse les blessés et guérit les malades Que ne diraisje pas, si je voulais être infini '! mais c'est assez. Toutefois un rayon de cette couronne de foi qui brille au front de ma patrie, captive encore mes regards et me force à parler. Il est vivant dans votre souvenir ce jour d'impérissable gloire où nos jeunes hiros, prenant la croix et l'épée du croisé, volèrent au secours de l'immortel Vieillard. Demandez à la France qu'ils ont traversée et qui a reconnu en eux le sang de ses anciens Preux; demandez mJme aux ennemis frémissants de la papauté qui ont insulté peut être ces Pellerins belliqueux; allez fiapper à la porte du Vatican et demandez au cœur de Pie IX, car lui plus que tout autre a su apercevoir le molif qui conduisait nos Braves. Demandez à tous ces témoins quel feu brûlait aux cœurs de ces jeunes hommes, tous vous répondront jusqu'aux vagues de l'Océan qui les ont assaillis, tous vous diront queleurs cœurs étaient pleins de foi ; l'amour le l'Kglise en faisait des héros !
0 Canada, incline ta tite ; avec quel bonheur je dépose sur ton front la couronne de la foi. Puissent tes enftints l'y soutenir toujours et n'en laisser jamais s'amoindrir le magnifique éclat. Car n'oublie pas que c'est i\ la religion que tu dois ta vie et la gloire de ton passé et que c est sur Elle que doit reposer ton avenir.
Frères bien-aimés, peuple chrétien, de ton beiceui chrétien jusqu'à ce jour, sois-le jusqu'à la fin, soyons comme nos Pères les missionnaires des Rois de France. Affirmons ici notre apostolat par une conduite franchement et noblement chrétienne. Et vous, frères qui ne vivez pas sous notre beau ciel du Canada, n'oubliez pas votre mission et exercez, en d autres contrées votre noble ministère. iSouvenons-nous tous et partout que nous sommes nés aux flots d apôtres et que nous sommes un peuple d'apôtres. Nous tenons notre mission des Rois de France, et la leur ils la tenaient de Dieu.
Maintenant ai-je besoin de vous dire que notre Canada port • aussi la couronne (lu patriotisme ? Autant vaudrait vous
prouver que la fleur s'épanouit sur la tige, que le fleuve nait de la source. Tout peuple qui ai ne sa religion aime son pays. Qui dit '• Religion.' dit " l^.itrie" Aussi dis le commencement je vois le drapeau nation il se dresser à coté de la croix et ces deux invincibles Tuteurs de la Patrie soutiennent jusqu'à n is jours la marche du peuple cauad en français.
Il faudrait recommencer la lecture de notre histoire si nous voulions tracer le tableau fidèle des œuvres d'éclat qu'a fait l'amour de la Patrie dos le berceau de notre nation. Vous apparaîtriez encore, magnanimes fiiTures de Jacques Cartier, de Cbamplain.et de M. Maisonneuve ; mais ce serait nous attarder dans une course qui deviendrait trop longue. Je ne vous parlerai pas même de cet Héroïque Lambert Gloss et Charles Lemoine, qui portèrent si souvent la terreur dans le camp Iroquois. Saluons seulement en passant le dévouement national porté à son suprême héroïsme dans l'immortel Dollart qui meurt avec ses
17 braves pour sauver le pays
Saluons encore l'arrivée de cet intrépide de Denonville qui comptera bientôt autant de victoires que les ennemis comptent de postes armés dans le pays.
Partez, vaillant d'Iberville avec votre mesquin vaisseau, et revenez avec 3 vaisseaux conquis sur l'ennemi. Passez tout entière, brillante jjhalange de Héros, nous s.iluons à vos fronts vos couronnes de gloire, mais vous êtes à jamais des monuments immortels élevés au dévouement, à la patrie, à travers toutes ces gloires.
A travers toutes ces gloires, j'arrive au temj>s de la Conquête La conquête ne sembliiit-elle pas devoir marquer le terme de la nationnlitc canadienne f Qu'est-ce que 70,000 âmes laissées seules loin de la mère patrie, en face d'un puissant vainqueur qui a juré Jeur perte ! Mais un peuple ne meurt que lorsqu'il le veut Et le peuple Canadien ne voulut pas mourir.
Il tombe, mais il dit en tombant, je ne meurs pas, et sa chute est plutôt celle d'un triomphateur que d'un vaincu. Aussi entendez la fierté de son langage : '• nous nous rendons à la condition " qu'on garantira notre langue, nos usages, nos institutions " en un mot ce qui fait un peuple .... La nationalité I Et le Canada ne mourut pas !
Il demeura comme un témoin irrécusable de ces nobles combats, ce Drapeau magnifique dont les glorieux lambeaux raconteront k la postérité un des plus beaux triomphes qu'ail enrc'gisirés mitre histoire, le triomphe de Carillon. Salut, noble Drapeau de Moatcalm et de De Vaudreuil I
C'est là ce que je pourrais appeler nos luttes de san^^ que notre esprit de patrio-
tisme soutint avec tant d'énergie et de noble grandeur.
Abordons maintenant nos luttes morales .' Si le temps si le lieu, si mille autres circonstances me leperniettaienb, je retraconiis ici: devant vous, un long chapitre de notre histoire, et vous verriez toujours i\ chtvqiie page sous les efforts multipliés et sans cesse renaissants pour comprimer le feu de la na'ionalité canad eniie, celte flamme, j)rendre un nouvel essor sous la pression qui la contient, et s'élever toujours aussi ardente et toujours aussi belle jusqu'à cette journée, où, réunis dans un même faisceau, vous venez affirmer aux yeux du pays tout entier que l'amour de la Patrie est immortel dans vos âmes. En effet, si j« vous demandais aujourd'hui quel est le motif de votre démarche, ù quelle voix vous avez répondu, Vous. infatig,ible3> généreux et intelligents organisateurs de c -tte mémorable journée, pour appeler vos frères ; et vous, cœurs vraiment canadiens, pour accourir des quatre coins de l'Amérique, que me répondriez vous "/ Une voix s échapperait de tous les cœurs pour me dire : ah ! la Patrie est une Mère, et quand elle ouvre ses bras en appelant ses enfants, toute distance disparait, toute difficulté s'évanouit, et l on n a qu'un cri, qu'un chant pour redire : amour à notre Mère t fidélité à notre Patrie I J'avais donc raison de saluer l'esprit de foi et l'esprit du patriotisme m'apparaissant brillant et pur à toutps le.<< époques de notre histoire. O Canada, incline ta tète. Avec quel bonheur je dépose à ton front cette deuxième couronne, " la couro'ine du palrinlisme." Et pour que jamais cette double roy luté ne tombe de ta tête, laisse moi te dire rapidement les vœux que jf. /•.rme pour Tut.
Le passé, quand je le considère à la douce lumiJre du foyer domestique qui est toujours le principe du flambeau national, ce pissé se r.vde à moi avec des (rails que mon cœur admire. Humble simplicité de nos aïeux, que j'aime à vous contempler avec celte parure modesi£ que la vertu embellit bien plus que les dorures et les diamants I Sobriété et temp rance admirable qui avez entretenu aux cœurs de nos p res et la force du corps et la nobless) des sentiments. Amour inviolable de la justice, d tache»ment sacr- de l'or qui me rappelle cette époque mémorable où l'on pouvait-exposer sur le chemin public le trésor perdu, et où la por e n'avait p is besoin de serrure pour garder les richesses du foyer domestique ! " Amour sacré d;- la patrie, qui attachait au sol natal dont oa 8 éloignait que pour d indispensables m'cessités, et vers lequel on revenait toujours les larmes aux yeux et 1&
joie au cœur. Voilà quelques traits de ce passé que j'admire ei qui a fait la gloire et le bonheur de nos ancêtres. Sortez de votre tombeau grande figure de Champlain et de De Maisonneuve ; je viens de dire ce que vous avez vu et fondé, dites-moi maintenant ce que vous voyez h votre tour, sommes-nous les enfants de nos pères ? Les fleurs de verlus qu'ils nous ont léguées ne se sont-elles pas étiolées dans nos mains ?.... Je vois les Fondateurs de notre pnys promener gravement leurs regards sur le Canada et de leurs lèvres tombent ces mot."! que de leur part je vous con6e :
" Justice — Tempérance — Modestie — Simplicité " Puissent des lèvres sacrées de nos Pères, ces mots tomber dans vos cœurs 1
Puisque j'ai évoqué de leurs tombeaux le souvenir de nos Pères, puisque ce sont leurs exemples qui doivent nous animer à l'accomplissement de nos devoirs et à la pratique de leurs vertus, que j'aimerais à voir s'élever au milieu de nous leurs vénérables imapjes dont la présence serait pour nous un perpétuel enseignement, de même qu'elle redirait aux étrangers les principaux faits de notre gloire J'ai trouvé partout écrite sur l'airain et gravée dans le marbre 1 histoire des peuples de la terre ; et les cités et les nations montrant avec orgueuil les statues de leurs fondateurs et de leurs héros ; et moi. Canadien comme un pauvre orphelin qui n'a plus ni père, ni mère, je regarde et je cherche, je cherche e vain quelque monument qui me rappelle le souvenir de ceux qui mont donné le jour. Je vous cherche, intrépide Cartier ; je vous cherche, immortel Champlain ; je vous demande, pieux De ilaisonneuve ; M. Olier, oii êtes-vous ? vous le ])remier et le véritable fondateur de V'ontréal, puisque M. De Vaisonneuve n'était que votre représentant. Ou C'tes-vous I ... Je regarde, j écoute, et je n'ai que le désert et le silence de nos places pour réponse. En vain je cherche sur la terre qu'ils nous ont dcmnée les images de ceux auxquels nous devons et lu gloire du passé et l'espérance de l'avenir. Ah ! dressez donc sur vos places publiques des monuments qui parlent et qui racontent h nos neveux les grandeurs de notre histoire.
Laissez-moi vous ex[)rimer un dernier souhait pour attacher à jamais les deux couronnes de la Foi et du Patriotisme au front de la patrie. Puisque la Fête d'aujourd'hui doit s'appeler vraiment une fête de famille et que le Canada peut saluer 8''senfants venus de toutes parts. ..0 qu'un lien de charité fraternelle et de la plus étroite union embrasse cette chère et bien-aimée famille canadienne; qu'elle confonde dans un même sentiment tous
les cœurs et fasse sortir de toutes les bouches ce chint d'union : Soyons tous frères, et que dans l'unité, nous puisions à l'avenir une force invincible. Peut-être si quelque nuage a terni notre gloire il serait permis <raccaser le souffle de la discorde que nous avons laissé se glisser parmi nous... Mais, dites-vous, c'est une allusion politique.... Pardon. Prédicateur de l'Evangile par la grâce de Dieu, je n'ai pas de politique — ma politique est de n'en avoir pas — ou plutôt, oui, j'ai une ])olitique, et je ne crains pas de vous l'offrir comme base de toute vraie et sage politique, car si la vôtre n'est pas fondée sur elle, quellequ'elle soit, elle ne produira que des ruines en attendant sa propre destruction.
Vous voulez savoir mon dogme politique ? le voici :
" Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que voire règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! 1 '' Et comme toute politique se r.^sume dans un drapeau, vous me demandez mon drapeau ? " Un jour, le St Laurent débordait \et menaçait d'engloutir au sein de ses flots les premiè es habitations de notre naissante colonie ; près de S':-s ondes furieuses un homme est à genoux. " 0 Dieu, s'K'crie-t-il, sauvez Ville- Marie, et nos mains élèveront à votre gloire sur le sommet de la montagne la croix de votre Fils, témoignage de notre reconnaissance." Le flot s'arrêta et trois jours après gravissant la montagne, monsieur De Maisonneuve portait lui-mJme sur ses épaules et plantait au sommet du " Mont Real " cette croix qu'il avait promise à Dieu. Longtemps ce drapeau flotte sur la petite colonie. Il disparut depuis et il n'a pas reparu. Vous me demandez mon drapeau V Le voici : et c'est ce drapeau planté par une main si chère que je viens vous offrir de relever aujourd'hui. Vous voulez un monument qui l'appelle cette journée 'I En éleverezvous un plus noble et plus digne de vous? La croix est le symbole de la charité et de l'union. Elevez-la donc de nouveau sur le sommet de votre montagne et que de ses deux bras étendus, elle protège touj )urs Moniréal, elle protège toujours le Canada et tous ses enfants quelque soit le pays ou la terre qu'ils habitent, cette pensée est vraiment religieuse et pleine de patriotisme, elle est toute canadienne, et la meilleure preuve que je puisse en apporter, c'est que, monseigneur, elle a trouvé un écho tout favorable dans votre cœur de père ; vous y avez souri avec bonheur et nous vous prions de la consacrer de nouveau en répandant sur nous votre béuédiciion qui, en assurant la réussite de ce projet, donnera pour jamais au Canada le plus
beau symbole de foi religieuse et de patriotisme natiooil,
Ce seriTi.)n éloquent et patriotique fui vivement goûte et admiré de tout le monde. Ce disooui-s, le premier qui tut prononcé, ce jour li, du haut de ia chiire de Aérilé. inaugura dignement la l'été, et ouvrit la voi ■ aux autres orateurs, qui ont, on si grand nombre, pris la parole le jour même sur le Champ-.le-Mars et au banquet, et le leaJemain à ia convention.
▲s BMBLBE DU CQ vMP-DEMARS.
Lorsqne l'i ffic ' divin fat t'^rminô.l'imm'în S'' multiiud- qui avait trouve plaeedans ia vas-le u> 1 lie l'Eglise de Notre-Dame, s--coula lenl-meni. La plupart des soci t s cana lieones du Canada et de* E al.'-U.is se renlireni sur le Chamj - Je-Mars. La population s'y rc'a aussi en masse et vers 2 50 h ures P. M., les hous M VI. Cour^ol. Oaimet, Chapl'-au. MVi. l'echevin Loranger, J. LoroDger, J Perrault, Tailion, Gagnon, Houle et autres, monièrenl dans le char alléger. que des menuisiers "t charpeniirTS ei es iiiscours commencèrent.
L'boo M.Goursol f-liciie Tassemblpedu résultat du jour. Il rem^^rcie en termes chaleureux ceux à q'ii r-»vlent le mérite d'avoir O'gaaise la grande f-'le national-. (\pplau1issemenl) Ne voulant pas r»-tf DT trop longtemps ses au liteurs q li ont pris pirl a la pn c.ssion et q li oniasslsie à i'ofljje divin, il sera court. Qu'il lii 80it cependant permis de dire que ceux q i, ex lés sur une terre éirangèri^, sont venus prendre part à ctV.e fè e et en r*haueser l'éclat, ont montré bur amour pour la patrie, c-t amour ine(T cible chez les canadiens (A )plaudissem-nis.)
Ils on» 0 inserve leur rr-ligion, leur lingue ei 1-iur nailonalité. Ils n'ont pas oublié leur ptt i-. P uelpurs d'ettie eux oi t pioepére dans les Etats-Unis. La fortun»l-rs a favorisés et l'on en a la pf-uve aujourd'hui. Espérons qui s reûendroni nous visit-r et que cette fois ils ne nouquiiieroot plus. Qi'ils reviennent parmi nous, sur la terre natale et qu'ils apportent avec eux ce q .'ils ont acquis sous le ripport matériel et moral pour contribuer au succès et au progrès de nos manufactures et pour afl rmr d'avantage iesfjndemfnts de notre ualiunaiité. 11 Unit en invitant tou«' les assistante à f ire i reuve de leur patriotisme par l'accomplissement fidèle du reste du programme.
L'aoa M. Ge euu Oaimet succède au presi lent. Il dit qu'en voyant cette mtgn fi^ le démonstration, il est fi-r d'être n<-mbre de la Siciéte 8i. Jedn-Bdpiisiu et d'appartenir à c>-tie belle race qui a peupé ce pfcys. (Appliudissemenis.) Ii est lier d'eue -Ju uua.bre de ceux qui ont pripan à celle fête Dat'.onale tt patriouque
et dont le souvenir restera longtemps gravé Jalis le oœir Cana tien. (\ppl). Cette i-'miinstrailûu est un a lire lien qui unira à J1m^is le (leuple canadien el en fera un leuple in Hvi-ihle II fiiiensull" al u^ion Hux amélioraiions de notre ville et d-'chre â nos compati ioii-s lUs Etils-Ums que I s cana liens-lrançats ont leur pdfl dins c «s amelio' aiioos, ai isi que dans le progrès gn-»ral du pays II a éie heureux le vor inédit sur un grand nombre de dannières le mot : " l'un oi fait la forcj." L'union le notre p-^upleren Ira le Ciuada encore plus prospère q ri; n^ l'est anjour- 1 hui, car l'uuiou est vértablemeni li force d'un pays. M»is pour maintenir cette union, Il fut ua point de raliiemnt:
;'e^t ni tre religion qui nous unil auj)ur- I hui ft qui doit nous unir toujour*. La Jôinonstriiion d'.iujour l'hui le prouve. Les Canadiens réunis n'ont pas étalé leur force aujourd'hui pour ô re admirés mais bien pour montrer combien ih sont éiroitf-ment unis. (AppI ) I' resoecte les au r;8 nati)tiaiit s.f-t il demande en rtto r que le p-iuph cana lin soit respecté. C'ett en agissant avec harmonie ''t en respectant les autres que les Canadiens mériteront et ib lendronl le respect le* aut >s naiionalitis. Li 1 lyauté des Cana liensFrançiis a été soiv^nt mise a l'épreuve tt si eslnéci-ss ircs.i s s'un'ront le nouveiu pour défendra leur pays.
(Appl.) 11 espère que la fêle de a jour ne sera pas sans fruit, et qu'un giaid nombre de ceux qu'ebe a fait revenir d'un pays étranger s'établiront au milieu de Qous. I: leB txhorie à rester t,ur la terre ^uilfsa vu naî r , au nom de ia pitrii .îommune, au no u du drapeau sous 1^qiel leurs pères ont conibdttu, et au nom le tout ce qui est cher au coeur cana àen. (A )i)l.) L'orateur t'-rmine en féltc tant chaleureusement bs organi;aleuri du mouvement patrlotuue.
l'éch-vin Loranger dit qu'l est heureux de Constater que cette démonstration a eu un succès anqu-l on ne pouvait guère s'atiendre. O i n'a jamais vu une semrilar>le démonstration en c tts ville. Ce n'est pas une simple déinoi stralion populaire orgaaisée par les habitants d'une ville, mis c'est la voix d'un gran I peu, le proclamant haulKm^^nt son painotisme tt son amour pour la reli^çion. Il a profondément r-gretiô de voir ees compatriotes s'expatrier mais il se r- jouit en ce jjur de les vci'- revenir et il espère q l'un grand nombre d'eot 'eux ne song-ronl plus à doua qnl ter. (Apoi.j et que ceux qm ne peuvent pas s'éiab ir en Caoa la restirout toujours Cancidieos. Il parle des efforts que l'on fait depuis q lelq le temps pour ■ enatrier les Caoadit-ns eiabiis aux Eat?- Uûi-, » t il e- 1 htuieux de constater qu»- deux c-^rils lamilles sont revei.U's r(n l^nji. L'orateur termine en faisant allusion à Ja
IG
convention qui doit être 1« couronnemenl de ctue rlpmonslratian A celle cîonverlion, on (li-cult-ra le grand problème du repainement 'Ips Gma lens.
L'Hoa. M. Ch^peleau appel»^ par de vfves acclam tioas apparaii sur IVstrade et prononce une le c-s br liantes i uprovisations dont il a seul le s^ecret. Nous en don • nous un h», n (.à e résumé.
Il iiii que si son nom n'est pas in?c it sur le progi*amme de la fèt^, il a droit de se regar 1er cependant comme une parcelle de \i fête II sent que dans sa pe'irine, le cœur qm bal est cana lien comme chez'io'is les au ilfurs «l à ce litre il a droit comme eux, de se croire quclquchose dans la [êle nai^nale.
Il remarque que Bur le Gbamp de Mar«, le ch-imp dr-s préparatifs militaires, audessous du palais des débats judiciair.F,')D grand Congrès de la paix s'est réuni. Ce Congrès tst un gage de paix, d'hirmonii et de prospér l-^.
Il parle de l'an our du canadien pour sa patrie. Il cite quelques paroles du grand O'Gono'li, cà patriote dévoué et sublime ordteur ei il iroave que sous le rappoit du patriotisme h nation canadiecne peut-être coonparèe à la nation irlandaise.
Il vante la loyauié C^nadienoe-Ffançaise. Uu moment que trchis par e sort des armes, ils ont passé sousla domination étrange^", ils se sont montrès loyaux suj*is. Mais )1> ont combattu pour obteLir leurs droits et dans ce co.nbit do la pensée, i's ont réus:-i. A crê l'Angleterre ebt devenue le pays de leur aJopion. Or l'hisioire n'a p.s enngist'e les noms dts MontctloQ, ces Levis ei des DeMdieonneuve pour que h loyauté et le patriotisme diminuent et pour que 1-s canadiens se départent de kurs ghrieusei traliiions.
Vifî applaudissements.
Le pays auquel nousapparl'^nons, à qui nous devons ti lelite, i crie comme devise de ses armes, ds alages emoruniés a la viedle France NVs -e i^a- que le " Hoi i soit qui nul y pense, tsi français?" Ei est-ce qu'un cana ti'-n français ne pouirait pas s'ecrier " Di-^u est mon droi."
Ainsi notre patrie d'à loi'iion s-' présente à notre aif-cnoîi avec une devise qui nous rappelle n tre origm''.
D'un tôle iious sommes unis parles liens du tang; de l'autre par la loyauté. Il a été du qoe le dernier coup de fusil tiré â lidtfeusedu pouvoir bruannique Ser it tiré par un canadiei -frai çaiâ et il ajoute pleinement f>ji à cette paroia.
Api ldudiss»meni8.
Plus.ejrs de nos visiteurs ont été té moins dans leur pay> des ravages delà guerre 11~ soit rest-s tilfhs a leur ir.peau, car les set-taens d-) loyauté sont Innés ch.z Isscanai ea.-rai çai-.
Les amis de l'associai ion ont oris pmir devise ' l'Union fait la f rc," ei il es^è^e que l'union s'étiblira oanoul et en toutes choses, uiion en patrioii^me, en re^isç^on, (ii'ptaudisfiennents.l Q le dos co opatnoits les Eiiits Unis soient reçus avec amiiié, ouvions nos bras pour les recevoir — que Pîr celle chaleureuse marque d'estime et de patrii tisme eh z nous, nous les encourafjlons, eux qui vivent sur un sol étranger, i retenir pnrmi noas et à se joinlre à nous. N'ayons pas le moiodre doute que si nous vcjuions siDCêrem'^nt arriver à ce résulta', nous réussirons, car ce que le peuple veiit, Dieu le veut.
Longs applaudissements.
D'ai ties orateur-! .succèdent à l'Hon.
M. Ghapleau. MM Perraui, TaiUon, Gagt oa et autres fîr ni aussi d'heur-uses itnprovi^ations écluses soos le souffle patriclique cana 'ien et vers 3.5i) heures, l'assemblée commença à se dispers>:r pour se reposer un peu des fatgues de la matiaée.