‹ Méditations socialesChapitre 46 sur 52 · LE BANQUET · texte numérisé non relu

LE BANQUET

Dès sept heures, la foulft des convives, délégués des Sociétés St. Jean-Baptiste,. citoyens, membres de la presse arrivaient à l'Hôlel-de-Vil e et attendaient qi e l'entrée fut permise. 1,200 à 1,300 convives se logèrent graduellement dans la vaste salle du banquet. Les décorations ne laissaient rien à désirer. Les pavillo is nationaux et plusieurs pavillons étrangers abritaient la grande réunion. Des inscriptions étaient placées de chaque côte de la salle. L' s noms de nos hommes illustres dans la politique, nos gloires militaires et les noms de ces homm'-s qui ont succombé en 37 et 38, martyrs de leur patriotisme apparaissaient aux yeux enthousiasies de burs arrièr s neveuv.

A la table d'honneur élevée sur une estrade €Ù les orateurs devaient suivant l'ordre du programme venir parler le beau l-anguage Irançais au nombreux auditoire se t cuvaient l'Hon. M. J. G. Coursol, pnsident ; à sa droite Son Honneur le Miire, les Hons. M. Ouimet, (..hauveau, Archambault, Ross, MM. Poirier, délégué de TA adie, l'échevin VcShane ; à sa gauche, rilon. M. Fournier, M. P ., le consul améri uin, M. Darl; le vice-c nsul français M. Pica H ; les prési lents des societi's nationales étrangères, et le Dr. Boissy délégu' de l'Acadie.

En face, on voyait échelonné sur des gradins, le corps de musique National de Monréal, dirigé par M. Bouclier.

11 faut rendre cette justice aux organisateurs du banquet que la diS|)0>ilion intérieure était régulier- et très avantageuse. Le> convives ne devaient jias penlre une seule jiarole tombée de la bouche îles orateurs et l'on était iiarfaitemeul à l'aise.

Le diner èlait de première classe, le me mi préjiart' sous la direction de notre excellent restaurateur canadien M. Etliier, lui laisait honneur. Il était réservé aux convives de le i-econnaitre et ù ce sujet, comme sous tous les autres rapports, presonne ne peut révoquer en doute qu'ils n'aient rempli leur devoir.

Certes, lapparence de cette réu'^ ion des représentants de tout un peuple avait quelque chose de grandiose et chacun se sentait fier dappartenir à la jeune nation qui, à force de persévt r nce et d'énergie, jouissant de la liberté des nations, se gouvernant par elle-même était arrivée au grand jour de la manifestation de sa vitaiit-».

Le ci.Hr commença ^rs 8 p. m. et à S. 50 le président se leva et porta les toasts d'usage.

Le toast à la Reine fut reçu avec enthouMasme et la fdufdre joua le " Dieu sauve la Reme."

Suivirent les santés du " Prince et & la Pi incesse de Galles "

" A la fimill'i royale," et chacune d'elles fut dignement accueillie.

Le président passa à la sa né suivante " Au Gouverneur Général." II fil en quelques mots l'éloge du représentant de Sa Majeetê. C'est un genlilbomme environné du respect général, c'e^t un homme d'Etat d'une inielligence cultivée par l'élude des U tires et un voyageur illustre. Il a montré son habileté en gouvernant toujours ce pays d'une man^er-i constitutionnel! - Jdmais nous n'avons eu un gouverneur plus populaire en Canada. Il est certain que celte sanié sera chaleureu Sfment r çue et bje par l'assemblée car tous les cana liens savent que Lord Duffcrin à toujours été leur ami et qu'il a reconnu qu'ils étaient dignes de prospérer à l'ombre du drapeau Britannique [Applau'1).

Après cette santé, le président proposa celle du Pr*^ti lent des Etats Unis.

Nos amis qui nous arrivent et nous mêmes ajouta-t-i', seront heureux d^hodor^-r ce toast. Uq soldat courageux et un politique disiiogLié préside en ce momeai aux destineras américaines. Il a conduit jusqu'ici les affaiies d'une main sure et ferme Je suis heureux de proposer S8 santé en jprésence de lanl de Cana jiers qui ont reç'i l'hospitabie du pays quM gouverne. Aussi cette as-emb!ée a parm^ elle le leprésentani du préii i^-ni M. Oan est mon ami personnel ^l j'associe dan»celte santé son nom & celui du Président Amé ic-ii".

La fanfare ût entendre l'air " Yankee Doodle.

LeConsul-Gén Dart s'exprima à peu prés en ces termes ; Je regrette de n'être pas capable de m'exprimer en français, ma:8cela ne m'empêche pas de dire dans un-', lnigue qui, pour n'être pas la v<5tre,est com-

prise par la plupart d'entre vous, que mes symiiatliies les plus cordiales vous sont accordées et que j'admire celte grande démonstration. Tout ce qui intéresse les Canadiens-P'rançais, Intéressent mes compatriotes. Je puis dire que les Etats-Unis ont elé nourris dans leur enfance par une nounico française (Appl.), et les noms de Washington et de Lafayelte v^jrronl dans l'histoire à côté l'un de l'aulre. (Appl.) Après avoir été témoin de celte grandiose procession, en voyant aujourd'hui les drapeaux de l'Angleterre, de la France, du Canada et des Etats-Unis flotter à l'unisson, je me suis surpris à penser que j'assislais au Millennium.

L'( rateur termina en formulant l'espérance que les trois plus grandes nations du monde, l'Angleterre la France et les Elais-Un's marchent de concert dans les sentiers de la paix.

A ce moment le Président de la Société reçut la réponse à la dépêche envoyée précédemment à Sa Sainte Pie IX, demandant humblement sa bén^-dict'on apostolique. Il fit part du contenu de la réponse qui se lit comme suit • " Sa Sainteté Pie " IX apprend avec p'aisir que les Cana- " diens se réunissent aujourd'hui pour célébrer la grande fête nationale et II leur donne du plus profond de son cœur,sa bé- " nédiction apostolique."

D'immenses acclamations, couvrirent la voix du Président. Un frémissement d'enthousiasme parcourut toute l'assemblée. Le sentiment religieux se réveilla avec toute sa force dans le cœur Canadien et ce fut le plus beau moment de la fêle.

Le Président proposa la santé du captif du Vatican, du noble Pie IX.

La fanfare entonna la marche pontificale " "Viva Pio Nono."

Puis vint le toast du Lieutenant-Gouverneur. Le Pi ésident décerna des éloges mérités à ce grand jurisconsulte, à cet homme intègre et la fanfare fit entendre l'air canadien " A la Claire-Fontaine."

Le toast au "gouvernement fédéral" ' fut vivement applaudi et l'hon. M. Fournier fut chargé d'y répondre.

Il dit qu'il était heureux d'assister à une démonstration aussi patriotique et aussi graniiose C-tte grande réunion de Canadiens-Français de ce pays et des Etals- Unis servira suivant lui à rattacher ces derniers au sol c.madien. à les ramener pour toujours parmi nous. Le motto cana Jien '• Liberté, Religion et Patrie " aura plus de force.

t'a lidi de l'afTection que les canadiens fra- ç i- porleni à la France, Il exprima l". r «r- 1 qu'il n'y eut personne de ce pays pf ur ôtrii témoin de notre amour pour la mère-patrie. Il considère que le peuple canadien pour ôire satisfait de sa C3adilion D'en conserve pas moins c^s tradi-

lions II ajouta que i'émotioa qu'il reîseolait l'empêchait de trouver des mots pour exprimer sa pensée. Il conclut en disant que c.tte fête maiitiendra et augmentera le patriotisme canalien.

A la santé du gouvernement local, la fanfare j ma *' A la claire Fontaine '' ei Thon. Premier Ministre, M. G deon Oaimet répon^i'. G'^-sl avec reconnaissance et avec bonheur qu'il voit que le toast actuel est propose et accueilli avcc autant d'enthousiasme et de sympathie. I. v^ii que le peuple canadien comprend sa position, et comme l'a dit l'hon. Mici tre de l'iniéri^ur qu'il est satifiil de sa condition. T- là sont ses sentiments et st s opinions. I y a un jour ou toutes les diffrences politiques doivent s'elldcer, un jour ou tout canadien peut sans crainte et sans amertume venir proclamer " Je suis Canadien français." Ce ]our est arrivé pour noua. l! aime à parler en crtte occasion de l'exce'.lence de son pays natal et de sa religion, (A,'plaud ) I ne dira ri n du cabinet locaiet,de ses membres. Il ne fera que remercier l'auditoire pour sa bienveillante sympathie. L'on oublie enfin la politique, l'on oublie toutes les divisions et la grande image de la patrie est stule couiiiéfée. Qu'il lui soit eermis de fcl citer les organisaieirs de la fèie naticnale, du sutcés qu'ils ont obtenus. Il apprécie comme canadien 1 s sacrifices ei les labeurs qu'il- se sont imposés et il les en remercie. Personne miteux que le; membres du Cabinet Local ne reconnaii- SôLl ce grand-œuvre. (Applaui )

Ce mouvement sera favorisé. Il r-^eevra tOLt-j la prot.ciion et l'encouragemem possibles.

" Je vou irais, ajoute 1 orateur, faire comprendre aux cmadiens ém grès qut lorsqu'ils voudront revêtir au pdvs Us trouveront ici, la prct clion sinon supérieure du moins égale à ctiL- qui leur es' accordée aux Etait-Lnis.

L'hon. Monsieur reprend son siège au milieu des plus vils applaudissements.

Le président proposa alors la santé du Clergé. Llle ne manqua pas d'être chaleureusement applaudie.

La fanfare joua la " A?arche Fontificale " et le Révd. M. Valois fut appelé le premier à répondre à cette santé.

Revd. M. Vdio:s: Une voix plus éloquente que h mienne devrait répondre à cj t jast, mais ce que j'e.xprimeiai viendra de mon cœur de canadien. Appl.

Depuis que Jacques-Cartier a fondé c.tie colonie, le clergé a toujours été le compa gnoc et le soutien du colon. Le peuple Canadien a reconnu les mérites de son clergé en lui accordant son r.speci et sa confiance.

{ Tel a été le gage de sa prospérité. ' Telle a tté la conùit on de son union.—

O mon bon pays, puisses t •, persévérer et être fidèle à tes saines traditions.

S,3 suis fier ce soir de te voir comblé de 'a béneJiction poni»fi.alj. DiS trésors de force et de richesses vont descendre de oe.t'a bénédiction. Désormais, ta seras mvinciole, ûieu est avec toi et tu es béai far soa vicaire.

Le Révd. M. Primeau, appelé à parler après M. l'abbé Valoi.', prononci un de ces discours pi i.is de justesse ei de patriotisme, q il produisent toujours tant d'tffat sur le public. Les applaudissements ne cesièreut pas, et il iA même rappelé plusieurs fois, son (discours est un des meiUetrs que nous ayons enlus. Nous regrettons de n'avcir pu le orendre en entier. Nous ne pouvons qu'en reproduire les (.o^ris extraits suivants :

'•Dominus fu t memor nostiis, et beaedixît nos." " Le Seigneur s'est souveau le nous, et il nous a bénis.' Ciargé de ce précieux déi.ô., j'ai voulu vous amener nos 300,000 Cana liens, et faire m3s efforts pour déci 1er une partie d'entre eux à revt-nir vivre au pays. Mcii le Moise Canadien est peut-être encore au berçeai:. Dieu /eu lie seulement que nous ayons écrit aujourd'hui la première page de l'exode Canadien.

Le Pape est le premier qui se soit occupé spécialement des Canadiens des Etats-

Lor.-que les évêques des E'.ais-Un.s

vont à Rome, il leur demande de converser en fianÇd s. Un ynv que l'un d'eux s'excuso t d'igDorer notre langue, il lui épondit : " Comment, vo^s avez chtz vous iOO.COO Canadien, et vo. s ne connaissez ùas 11 langue d'une partie si considérable de votre troupeau.

M Primeau parla ici avec une éloquence admirable de la mission du prêtre, missionnaire et émigré par e.xcellence et des progrès de la religion aux Etals Unis. Le prêtre enseigne parce qu'il est apôtre

D'à Heurs, le mot d'émigié ne saurait être pris en mauvais sens ici. Ne sommes nous pas tous tils de français émigrés

L'Eglise Catholique des Etais Unis a été fondée par des prêtres du Canada et de la France. En 1808, il n'y avait qu'un seul évéque dans la République, Mgr.

Carroil, élevé et instruit en France II eut pour successeur Mgr de Cheverus. 30 évèques français sont depuis passés aux Etats-Unis. Il" y en a onze actuellement, et le nombre des prêtres canadiens français est de 500. En 1808, il y avait 15,000 catholiques aux Etats-Unis ; aujourd'hui il y eu a 8 ou 9 millions. En 18C8, il n'y avait qu'un évêque, il y en a 66 à présent. Il y avait 150 prêtres, il y en a 6,U00

Le prêtre canadien a^x Etats-Unis est toujours patriote.

Si j'avais un conseil â donner aux Cana'iiens des deux pays, je leur dirais : Cana liens dos Etals-Ùnis et du Canada

vous valez beaucoup mieux les uns et les autres que vous ne croyez.

Est-ce que le zèle déployé par les Can,adiens des Etats-Unis ne nous prouve pas leur patriotisme. Ne se sont-ils pas mon- 4rés pleins d'ardeui-s. Voyez leurs bannières et leurs insignes. Elles portent des inscriptions françaises et canadiennes. Je dis, et j"ai le droit de dire que ie patriotisme des Canadiens des Etats-Unis ne saurait être mis en question. C'es-t la première fois que vous leur laites un appel ; pou- >ait-on y répondre mieux ?

Canadiens des Etats-Unis et du Canada, je veux vous faire une prière. Avant de nous séparer, signons le véntabe Traité de Réciprocité. Signons la Sie. Alliance avec le sceau de la Religion, et malheur au canalien qui brisera ce sceau el violera cette sainte alàiuce.

Le Président proposa la santé à '■ la JFôte du Jour." MM. Cha^deau el Fticbette y rénondirent.

M. Gbi^Lau,

M.le rrésidenl.

Je ne dirai p&s que j'ai été trompé par le programme de cette fête et par l'ordre dans lequel les santés avaieLt été inliquétï, ordre qui a été quelque peu modifié depuis , car chacun doit être capable de trou\'er dans son cœur sans avoir besoin dëtre prépaie quelques pat oies pour peindre les sentiments qu'il éprouve dans un jour comme celu.-Ji. Déçu par le programme, j'avais lu le nom dé M. Frécbetie comme ce.ui qui devait proposer celte -ganié et je m'étais proposé de cueillir parmi Us belles fleurs d'éloquence que ce monsieur ne pouvait manquer de semer, de quoi orner le bouquet qu'à mon tour jy vous devais présenter

Je croyais que M. Frécheltel'un de nos plts distingués iitiéraieurf, parierait avani mo , mais on a décidé autrement el on me demande de parler d'abord.

Si je voulais imiter les orateurs populaires, j'S pjur.ais vous dir« que du haut de cette enceinte quarante années contempleni pour la première fois la première grande Sociéiè St. Jeau-Bapiisie, fondée depuis quarante années.

Il y a quarante ans qu'un patriote dont je vois ie portrait devant moi, l'.maaorte. Ludger Davernay fondait cette société à Montréal, el ces quarante aonées sontrbprésentéi s .ci par les emblèmes et les noms qui ornent cette salle et qui nous rappellent de si gbrieux s:)uvenirs.

Hier, j'' s.ayais de fouiller le passé pour y choisir quelque trait ou quelque fa t qui l.ùt échaufT'jr et inspirer mon patiiotisme, je parcourais des journaux, des livres. Je voyais de beaux et granis noms.

jfiais ce malin, quand le son df s instrtmenis de mud^ued-j nos sociétés sœurfjiui

venaient d'arriver, sont venus m'éveiller

dans cet bôitl qui pone 1« nom de notre

grand Qeuvt , j'ai fouillé dans mon cœur et

j'ai trouvé It's quelques mots que je vais

vous dire N a t nii.z pas de moi de l'élo-

{ quence. Soytz iiirs d'une chose, c'est que

j ces mois sortent du cœur. S'ils sont éit-

I quenis, ce S:ra parcequ'ils sont ceux d'un

fière qui embrasse un frère.

Messieurs, c'est à la santé de la fêta de ce jour que vous m'aj p li z i répondre. Je voudriis être un h siorien pour vous faire l'histti e de celte belle féie. Je ne le suis pas. Je ne puis que vous parier des événements du jour.

La coupe de rhatm)nir, la coupe de .'union, que nous avons tous bue et vidée ce soir; celte coup , je l'ai plongée aux sources de U Si Jeau-Saj. liste de 1834.

Il y a aujourd'hui quarante aas, cette'lète »e celjbra.t, non pis dans une salie qui abritait dts citoyens de toutes lesorlgines, où loul le monde pouvait exprimer ses idées avec liberté; mais en paiticulier dans le jardin d'un pairicte. le noble et biave M. MacDonnell, cù l'on buvait et mangeait avec les étoiles el le (irmamen t pour toit. Sjus cet immense drapeau, en Cl s temps d'épreuves, on cherchait les moyens d'obtenir une liberté que ie Gana 'a, depuis lors, a conquise, parceque depuis trente aLS nous avons toujours fôlé St. Jean Baptiste, qui a été et sera chaque année le signe de notre ralliement. Quelques patriotes avaient alors formé une association de la Société des Fils de la liberté.

Je me rappelle que, dans le temps, cette société, présidée ^ar un noble citoyen dont le nom est inscrit en face de moi, avait été inaugurée dans ce même jardin, où les P'ils de la Liberté et les pères de la Liberté so réunissaient à cette St. Jean Baptiste de 1834. Cette St.Jean Baptiste se célébrait dans le temps que deux hommes, deux pa- 'ti'iotes élaieut en Angleteire et essayaient d'obtenir les libertés que la mère-patrie nous a accordées depuis celte éppque.

Je lisais unudes sant' s que l'on portait alors. C'est une santé à l'émigration, c'est-à-dire, à ceu.x qui fuyaient l'oppression par un exil volontaire.

Aujourd'hui les temps sont bien changés, et c'est heureux pour nous de pouvoir le con tater. Aujourd'liui, si nous avons l'émigration, c'est une émigration volont lire, une émigration l.bre dans un pays libre. Nos conipatrictes qui laissent la pairie, ne le "font pas parcequ'ils veulent fuir l'oijprejsion, ni pour chercher ailleurs une liberté qu'ils ont pleine et entière ici.

L'on proposait eosuile comme santé en 34, une autre sa.té, c'était celle de l'immortel fondateur qui faisait alors partie dune société qu'on appelait; "Aide-toi, et le ciel laid ra." Ce curieux programme et la sant'j qu'on portait au j résident de cette

société rési me rarfaitcmenl 1 histoire de nos luttes. INous nous sommes aides, nous avons vu l'horizon obscurci, nous avons été obligés de trouer avec nos balles le drapeau qui nous abritait alors; nous nous sommes aidés et le ciel nous a aides La Reine à laquelle nous adressions a ors nos nlaiiites et nos reproches, est devenue la souveraine aimée de nous lous.et puisse-telle vivre longtemps pour nos libertés, c'est le vœu que nous faisons de tout cœur en ce jour.

G^tte fête, (im» le but est de cimenter l'union entre les canadi ns, elle sera célébrée annuellement dans lavenir comme fête nationale. Puissent nos petits neveux comprendre et réaliser, par leur union, l'idée qui l'a présidée. , , ^ , . ,

En 35 une année après la fonda ion de la Société St. Jean-Baptiste, les patriotes se réuaissaient dans un hôtel dont les murs existent encore aujourd'hui, l'hôtel Rasco , qui r< ppelle de si vifs siuvenirs. " En 35 l'on proposait encore d'autres santés On faisait des vœux pour la liberté du pavs On exprimait les plaintes et les prières de la population, on les faisait porter au pied du trône

""ha. St Jean-Baptiste a réussi avec l'union qui fait la force. L'hon, D. B. présidait encore, et, en 1836, il di.ait " chassez les soucis politiques de cette enceinte."

Les banquets d'alors, pour être ainsi organisés, n'en étaient pas moins gais et brillants. La lutte n'attriste pas outre me- «.ure les vrais bra\ es. Bien que les articles de l'etianger fussent alors volontairement proscrits par les patriotes, leurs festins, faits avec les seuls produits du pays, n en

étaient pas moins goûtés

Aujourd'hui nous mettons ce irecepte en pratique. Les deux gouvernements, fédéral et local, se sont donné la mam ici. En ce jonr, nous devons oublier tous sujets de division et nous rappeler que l'union seule lait la force.

Après toutes les luttes que nous avons souienues, peut-ou perdre conliance dans l'avenir de notre race ? Lira-t-on qu'un tel peuple pourra mourir ? Nous ne voulons insulter aucune des races qui nous entourent. Nous sommes les frères aines de toutes les nations qui habitent avec nous sur ce continent.

Nos pères ont été vaincus glorieusement parla nation qui a mis pius d'ellorts, de générosité pour nous combattre que notre mère n'en avait mallieureuseuienl mi^ pour nous défendre. Nous n'avons pas pour cela perdu 1 souvenir de notre mère. L'Angleterre a droit à nos alfeutions comme la I atrie qui nous a donné nos grandes et belles iiiSiiiutÉons.

Noble Angleterre, qui a assez de gloire dans son drapeau pour abriter môme les fils des croités. Nous sommes vé-itablc-

ment les fils des Croisés, et nous descen dons des Croisés. Nous avons conservé précieusement l'hértage de nos pères, et nous arrive I s jusqu'à Pie IX i.ar nos Zouaves Poniificaux.

11 n'y a pas de pays oîi le canadien ne se soit porté... Les échos de toutes les parties de l'Am rique ont redit la v.deur et rheroïsme de nos ancêtres* Partout nos pères ont 'aissé des traces de leur gran- Jeur et de leur courage. A Car lion ils ont combattu les ennemis de la France. A Chateauguay, ils eurent le C£ur assez loyal poui' défendre de la même manière ledrapeau de l'Angleterre. (Applaudissements.)

Et de nos jours, lorsque l'Italie révolutionnaire déclara la guerre au Pape, les Canadiens furent l^s premiers à voler au secours du Clief de la Religion. Ils prirent les armes pour défendre le Sait-Siège et eurent à affronter vailUamment la mi .' ■« Iraille piémonlaise, comme nous le proui ve le bras mutilé du noble soldit que je I vois devant moi en ce moment (allusion à M. le chevalier Lai ocque qui se trouvait

près de iVl. Chapleau.^ Anim ns-nous

des belles traditions du passé, dont nous

avons droits d'être fiers

Soyons-unis, et nous verrons encore de beaux jours. Si on émigré, c'est que le nid est trop étroit pour contenir les petits. Malgré leur jeunesse ils ont déjà l'œil assez grand et assez fort pour envisager l'aigle de la République américaine et les étoiles du drapeau éioilé.

M. Frechettz. C'est un grand honneur pour moi de prendre la parole dans cette journée qui est estinée à laisser des souvenirs vivaces ri ans la mémoire de tous ceux qui y auront participe. Cette belle démonstralion a éveillé en moi des souvenirs bien cuisants, car elle m'a rappelé l'époque où les circonstances m'ont forcé à aller chercher du pain dans la république voisine. Aussi, lorsque je voyais ce matin la belle réception fuit aux Canadiens des Etats-Unis, je ne pouvais" mailiiser mon émotion. Les autres n'accueillaient que nos compatriotes, pour moi c'était plus, c'étaient des compagnons d'exil, et Dieu sa t si la parente du malheur créé des liens chers pour le cœur humain. (App.)

En voyant ces magnifiques bam.ières, ces sociétés que le souvenir national a formées à l'étranger, et dont j'ai ou l'honneur de faire partie, en voyant ce spectacle, je n'ai pu maîtriser mon émotion, et je me suis rappelé les cinq belles années que j'ai passées aux Etats-Unis. (Apjl )

Ces fanfares, je les connaissais, ces bannières je les avais vues, elles me i appelaient non-seulement la patrie que j'ai pleurée à l'etranger.mais la patrie si noble et si hospitalière, cette Amérique ([ue i lime encore et que tous, les cunadicns

auxquels elle a donné abri ne peuvent se défendre d'aimr'r.. (Appl.)

L"amoi;r de la pairie ne doit pas nous rendre injuste envfrs les autres peuples, il existe aussi le patrioiisme de la philosophie celui qui animait Lafayetle lorspi'il venait détendre la cause de l'émancipation de TAm-^riquo et qui inspiriit nos pères lorsqu'ils sont venus porter la civilisation au Cinada. (Adpt.)

J'étais appelé à répondre à la fè(e du jour, ce toast prime tons les autres et il me faudrait fare un long discours pour rappeler tout ce qui s'y rattache ! C'est un toast à notre histoire de trois cents ans d'héroïsme et de gloire, c'est un toast à Il patrie et aux cinadiens qui ont su conserver le souvenir sacré de la patrie. )Applaudissements redoublés.

L'enseignement que nous devons tirer de cette solemnité. je ne le dirai pas aujourd'hui, je craindrais daborder le terrain de la politique, et dans un jour comme celui- ion doit oublier les divisions. Je vous dirai seulement : travaillons à réunir les tronçons épars de notre nationalité, car ce n'est que lorsque nous serons réunis que nous pourrons former un peuple célèbre et fort.

La 8«nté de U France fat bu" avec ninpressement et émotion. La fanfare joua la " Marseillaise."

Le président proposa la santé " A nos frères des Etats-Unis "

la fanfare joua l'air touchant : " Un canadien errant banni de ses foyers " et M. Gagn'^n, rédacteur de VElendard National et l'un des organisateurs de la démonstration répondit d'une manière vraiment admirable.

M. Gagoon s'exprima en ces termes :

M. le Président,

Compalrioles,

Depuis quelques années les Canadiens des Et;its-Unis li'.viient avec une émotion bien vive, avec un sentiment de joie et de tristesse tout ensemble le compte-renflu de vos banquets patrioti lues. Fiers et heureux, ils étaient, en voyant qu'ils n'étaient pas oubliés et qu'à chaque retour du 24 Juin, on avait une bonne parole à leur adresse. Cette marque d'attentiin fraternelle allait à 1-urcïur et leur rappelait la patrie avec s^js joies et ses fêtes, ds s'attristaient de n'avoir pu chômer avec vous ce j >ur béni de la St. Jean-Baptiste, qu'ils célèbrent avec tant d'éci it sur la t'-rre étrangère. Aussi, dès que Ipuresl pirvenue voire in\-itaiion de venir se joindre à vous pour faire du 24 juin 1874 une démonstration nationale proprement dite, y ont-il« répondu avec enthousiasme? Ils sont venus 18,000 et 60 sociétés sont ici re- ■présent^es.

A la -suite d'un hiver oxceptionnellemont difficile sous le ripport linancier, ils n'ont pas craint las frais des préparatifs, mais spontan 'mont ils ont dit : On nous invita au pays, la patrie nous appelle, Allons ! Et de l'Est, de lOuest, du Nord, du Sud, des Etats Unis, ils sont accourus à Montréal, et par ma bouche, ils vous offrent leurs remérciemi'nts pour l'estime que vous leur témoignez, en présentant une santé en leur honneur.

Vous avez bu à leur prospérité, à leurs succès, à leur bonheur, merci pour eux.

Ils méritent, messieurs, cette attention de votre part, car ils sont vos frères par l'origine, par la foi, par le patriotisme. Je me permets de vous les faire conniiitrr'tels qu'ils sont, alin qu'on ne puisse les accuser de fûrfant»;rie. Je laisse là le rôle officiel qu'on m'a confié, et je m'adresse à vous comme journaliste canadien. Comme tel je suis de li'ur nombre sans être avec eux, car avant de leur appartenir j'appartiens à mon pays.^

Viivant depuis six ans au milieu de mes compatriotes émigiés, ayant pris part à tous leurs mouvements patriotiques depuis cette époque, et je les connais, je les comprends et je puis, comme je viens de le dire, être leur panégyriste sans qu'on les accuse de se glorifier eux-mêmes.

Les jugeant tels qu'ils sont, sans recher cher les causes et les rais ns plus ou moins plausibles de leur émigration, je vous di- en toute sincérité qi e vos frères des Etats-Unis méritent l'estime que vous semblez vouloir leur accor'er et qu'ils font honneur à la nationalité qui les a produits comme au pays qui les a adoptés. Jetés au milieu de 38 millions d'hommes de croyances et d'origines différentes, leur patriotisme s'est développé et ils n'ont rien perdu de leur foi religieuse.

Hommes sans Instruction, pour la plupart, venus des paroisses, car l'émigration des villes est la moins considérable, ces gens n'avaient jamais sondé leur cœur pour savoir si le patriotisme y avait de profonde rac»nes.

Mais, à l'étranger, messieurs, ce qui était à l'état de rudiment est devenu action, le sentiment est devenu puissance.

L'association inconnue dans i os c mpagnes, fait leur force là bas. On s'associe dans les grands centres pour lutter contre les forces occultes, le travail lent mais sûr de l'élément étranger qui nouS' enveloppe, et pour conserver c; trésor précieux que nous a confié notre patrie, notre foi et noire langue.

Il y a aux Etats-Unis 85 Sociétés nationales Canadiennes-Françaises et fiO d'entre elles ont envoyé des représentants à celte grande fête. Lorsqu'il s'agit de démonstration propre à jeter de l'éclat sur la nationalité canadienne-!'ranQaise, toujours,

messieurs, vous trouverez vos frères des Etats-Unis au premier rang.

Ils ont le cTPur canadien et dans le cœur du iravnilleur émigré il y a d*rs vertus chrétiennes et des vertus sociales qui prennent de jour en jour leur expansion. Ces enfants si nombreux dont la patrie pleure l'absence, sur le sort desquels elle s'inqui te à bon droit, ne Toubdent pas dans leur exil, mais au contraire, leur patriotisme s'épure et lorsqu'ils pourront y revenir, ils n'en auront que pi ;s de dévouement pour leur pays. Compatriotes, ne nous désespérons pas. Notre nationalité subsistera mnlgre les jours d'orage qui semblent poindre à l'horizon de son existence.

Tant qu'une nationalité produira des hommes qui, sur la terre étr«nngère, répondent à l'amalgame des croyances et des origines par ces .levises qu'ils placent sur leurs drareiux : " Avant tout soyons canadiens,"' Notre Religion. Notre Langue et Notre Patrie. '•Tant qu'une naticnalité produira des hommes comme ceux du 24 Juin 1874, jamais, non jamais, cette n.jtionalité ne disparaîtra

La religion et la [latrie béniront ces enfants d'^vou'^çqui, à l'étranger, professent si pieusement le-'r cuit-, et nous, messieurs, nous les estimerons davantage, et déplus en plus ardemment, nous S'uhaiterons leur retour.

Si nous voulons subsister comme nationalité distincte en Amf h'^ue. si nous voulons que les luttes héroiqu- s de n^s ancêtres n'aient pas été vaines, il nous faut l'union de toutes nos forces.

Si nous parvenions à grcuper I.ÎO'^.OOO des nôt'^es dons la province de Québec sur cette terre r:ugie du sang de nos j'è'es, illustrée par leurs travaux et leurs vertus, nous formerions un noyau dhommes qu!, sous l'égide de la religion, prouverait au monde entier que l'esprit religieux et chevaleresque de la France du 15e et du 16e siècle a survécu, quelque part, à trois siècles d'impiété et d'égoisme Dispersps aux quatre points de l'Amérique nous serons de plus en plus impuissants. Que cet'e grande réunion de notre peuple nous profite, formons en ce beau jour l'alliance nationale. La main levée vers les noms de nos gloires nationales, qui ornent les murs de cette encein'e, jurons d'être toujours unis dans l'avenir. Depuis un demi siècle nous nous sommes faits les bienfaiteurs d'autres nationalilf's qui, aujourd'hui, m'connaissent et foulent aux pieds nos droits. Jusqu'à ce jour nous avons été un peuple de sacrifices.

Travaillons maintenant, un peu pour nous. Il en f»st temi s, car notre prestige s'en va. Pui-que dans c" siècle positif le nombre, !a force prim'^ni !e droit, devenons forts par l'union, parla concentration. Les

hommes revivent dans leurs actions. Les^^ fruits de leur vie sont la nourriture de leur postérit''.

Ceux qui dorment dans la poussière-, dont nous célébrons aujourd'hui le« vertus et dont nous honorons la mémoire, nouB ont légué l'histoire de toute leur vie pour modèle. C'est notre devoir de faire en sorte que notre nation soit digne de leurs travaux et de leurs vertus,si nous voulons que leur mémoire soit immortelle, assurons l'existence perpétuelle de l'élément canadien français.

Pour cela, il nous faut grouper nos forces, il faut le retour au pays de la majorité de ceux qui l'ont kissé ; à cette grande œuvre les canadiens des Etats-Unis s'associeront de tout coeur, ils seront toujours prêts à revenir à la patrie quand celle-ci sera prête à les recevoir.

Compatriotes de la Pro\ince de Québec, unissez-vous, ne vous divisez pas sur des questions de troisième et de quatrième ordres, lorsque l'existence de notre nationalité est menacée.

Travaillez tous ensemble à la prospérité de votre Province, et vous parviendrez à y créer l'abondance et l'industr e.

Vos frères des Etats-Unis s'empresseront alors de revenir vers la patrie.

Saluant avec respect le glorieux drapeau de la nation qui les a si généreusement accut.illis, ils prendront la toute de !a frontière, apportant avec eux leur expérience dans les arts et l'industri". Us viendront offrir à 1-ur pays la force de l^urs b"as, le dévouement de leur cœur et de leur intelligence.

M. Houde, rédacteur du Foyr Canadien et l'un des membres du comité, répondit aussi à la même santé. Il s'attira lie \ifs apjilaudissements et sut entretenir très-éloquemment son auditci.-e.

I e président fit part à l'assemblée d'unedépêche qu'il venait de recevoir ds Canadiens de Vancouver.

Celle lépècoe est conçue en ces termes :. Les Canadien' -Français du Paciiuese jo'gneai à leurs frères de l'^-st daas li célébration de la fête natioaîli.

App audi8=emei-l?.

A la santé " à nc! sociétés nationales " la faijfirejoua " V.ve la Canadi«^rne" et .M. O car Dann, rédaiieur d-^ \'0pinion Publique pronoaçi ;e m gaifijue discours qui buii:

M. le Président. Messieurs.

Ea ce jour uti }ue qu\ voit réunis sous les rtéues étendards i-,s représeoiants detous les groupes cana lienf-f^racçiis disséminés, ilisp^r-és par la .^oriune s-ur cavarte cont.nei.t une pensée a dû venir égilemenl a lou^ les espnts • t pénétrer tous les cœurs : en cél-^brani c?lt<î fè'.e naticoal-', cous portons n^t ir-ilejieni nos re-

fards vers le passé, nons nous souvenons des hommes courageux qui ont fa.l notre nationa itt^ ce qu'elle est aujourJ'hui, qui ont combe t'.u pour nos droits, qui en un mot, ont préparé le présent dont nous jouissions et sur lequel nous rêvons d'asseoir un aveni- b-iilant pour nos suce?seurs dans la vie ; nous p nsons i " nos gloires oat onales."

Aulr^jfois, dans les repas solennels, après avoir lili des libations anx dieux de ro'ympe, on buvait aux œànfs des tHOx et des 0 toyens dont ie génie, le« vertus les granles actions avaient bonoré la pi trie. Cette coutume traditionnel^ de l'ariiqu té a-i-^lle sa raison d'être chez un peuple naissant, dont les annales daieni d'bier dan« la chronologie des siè les? Avons-Tous, nous aussi, dans notr« patrmoine rfaiional, des noms ilulres, avons-nous des "gloires ?' Oui, MM. ei ne craignons pas de nous en vanter. Depuis Louis^Hébert, l-^ premier co'on du Canada, jusqu'à George Cartier, le de."-nier de nos morts illustres, U li^te est longue de ceux qui ont bien mérité de ce

pay-

Livré, sous la dominé tim frarçals», ayx vicissitudes de œi le é éaemenisdivers mal gouverné, exploité le plus Bouvent au profit des mignons du pouvoir ; et, sous la domination de l'Angleterre, ahandonné de ses principaux citoyen», oublié de son ancienne mèr-'-patrle, en butte à la malveillance, mêm'î aux persécutions de ses nouveaux meit-'es, le Canada-Français a présenté durant celte période mouvemeolée le spectac'e le {.las étrange comme le plus boau. Amaiit passionné de la liùerté, qui est pour ainsi dire le culte naturel de tout cœur français, mais sege et fi lèle observateur d^s lois, le peuple n'a cessé de réclamer le respect de ses droits, en donnant lu'-nQéme l'exemple du repp^ci de l'autorité consiiiué<». L'amour de la patrie est un seni tient inné ch'^z l'hoœme, et nos ancêtres en or t donné des preuves qui ne d ffê'ent pas de celles que chaque naiion met à son propre compte ; mais où se manif'isie l'origi lalité de leur patfiTi^me, c'est dans la pers-^véracc de leur loi nitiona'e après la cession du dnada â l'Angleterre. Moolca'm, Lévis, ei tous les hommes de cœur que la Franc* ncu' a fîum'?, sont des granls nom' sans dou*e et lort nous sommes li ^rs à j jste tire, parce qui- appari'îRn'int bien à ncfebéntag*», mais, perm-'tt<^z-Tiol de'ed re, MVi., à ce te gloire gagnée sur les champs de bataille, à c • patriotisme excirim^ p r le combat, c'est-*--«ire d'une manière dont chacun trouve l'inspraiion dans son cœur, à laquel e stffii parfois la s'^uh impulsion d'une nature généreuse, j-î profère la résf 1 it'on calme dj citoyen qu', se voyant abandonné par le ' h 'f de la na ion, séparé psr les mers du foyer où U coione

oouvaii trouver chaleur et vi'\, laissé à ses seules ressources, ne désespère pas cependant de cette petite famille fraiiçaise, le ce rameau séparé de son tronc.

Il a foi en Dieu, il a confiance en lui-même, et il se dit que le rameau, planté dans cette terre féconde rAméri:Tue, pourra non-s*^ulement conserver sa verdeur.ma's devenir par la suite un arbre puissant. L sait que la conquête n'a pas altéré lesarg de ses veines, et il se dit, lui aussi, que le mot impossible n'est pas français!. Il se met à l'œuvre. Mais quelle oeuvre, Messieurs 1 II n'est plus ici question de counr au devant des canons et de vaincre ou mourir. Cette action paraîtrait toute simple à leur valeur et satisferait l->ur amour de la gloire en leur promettant une place dans l'histoire; mais leur lâche est différente Ils ont maintenant à lutter jour par jour, d'une année à l'autre, sur des questions «étroites, toutes loca'e?, sans bruit, a?ec la ceriiiude que seule une poignée de français saura ce qu'ils font et leur en sera reconnaissante, et, par contre, avec l'incertitude du succès, sans voir distinctement dans 1 avenir possible de leur national té. Ah ! MM , Voilà où il f Hait du courag», ce véritable courante civique qui naît de la solidité des convictions soutenue par le patrioiisne Hanorons la mémoire des grands hommes qui ont combattu pour notre cau^e les armes à. la main ; Is ont à nos yeux le double mérite de nous rappeler dlrectomenl la France et d'êire pour nous la p'us noble ascendance : mais gardons-nous d'accorder une moindre estime aux c't^yens indomptables qui, sous la doroinaùôn anglaise, ont fait à notre nationalité la position qu'elle occupe maintenant. L'histoire des peuples n'off e peut-être pas un autre exempl-i le tant de courage et de ban sens, ces deux qualités mères de l'homme politique. Jetez un coud d'œil en arrière, comptez et mesurez hs obstacles, puis voyz le présent, et diteç-mai si jamais peuple en danger de péfjr a été mieux servi par ses ch f ■* ! Assnrém»nt ceux qui croient à la prot '01100 de la Provid*^nce sur nf^t-e faxi le nationale ne manquent pas de faits 30ur justifier leur croyance.

Après la conquête nos pères ont montré

an at achem'-ni inébrjnla')!e à leur na-

lionaiilé, une foi constante en l'avenir, et

ane habileté consommée dans la conduite ;

iésint^ressés.et, la* suite, fa^i pment unis

pour U lutte, lU ont été forts, ils ont pu

accomplir de grandes choses. l's ont fait

souche de peuple, de nationalité française

: -sur ce continent anglais, et ilmi sem')le

; jue celte gloire est une dea pi 's nobleô

^u'il soit possible d'envi -r. Gouverner un

1 pays pi: lisant ei dont U granleur est so-

I iilemeot assise depuis des siè les, e tsans

doute une lâ:;h=' dgne des ambitions éle-

vées : mais faire une nalioa. ollachf^r son nom à !a naissant, au ileveiopp-^nienl, à chaque progrès d'un peup e, voiià une f rtune rare qui peut tenter l^s meili-urs génies. Washington est plus grani dans l'histoire que le plus célèbre des premiers miuistres d'un vieux pays Tel a éiê le rô'e des hommes que nous honorons Non seulement ils ont conservé la Nouvel e- France dans ses iradiiion^, pendant que la Louisiane, l'Ililnois, le Michigan de«/enaient anglais ; mais de plus iis ont fondé une nationalité qui va tous les jo rs s'af fermissant et se développant. H tnneur à eux, cent fois honneur !

En rappelant la mémoire des pères delà nationalité, nous ne pouvons nous empêcher de partager les reg ets que doivent éprouver nos frères qui, laissant les foyers de la fam'lle canaaienne-française, ont cessé de tiavaill r au champ paieroel et vivent aujourd'hui sur b. terre étrange e. Ah ! messieurs, vous qui êtes venus ici pour nous prouver que le nom de la patrie retii toujours grave dans vos cœ irs, vous comprenez comme nous la grandeur de la mission accomplie par ces hommes vénérés et vous regrettez sans cesse que leurs noblis actions ne puissent vous servir d'exemples dans votre vii nalijnale A votre respect pour leur mémoire se mêle un pro fon 1 sentiment de tristesse, car le sol que vous hrbttrz est stérile pour vous en souvenirs nat onaux II vous rappelle un passé glorieux sans douie, mais auquel vous êt^s étrangers, votre pairie est ailleurs, et voire patriotisme, ce sentiment si naturel, ce besoin du coeur, doit traver ser la frontière pour trouver son aliment. Vous vivez sur les rivages des fleuves de Babyloneen pensant à Jérusalem. Je ne discuta pas ici les circonstances qui vous ont conduits en exil ; je me dis s^-ulemenl : Gomme vous dev» z être malheureux de ne posséder point chez vous ces traditions nationales qui forment en quelque sorte le com plément des affections de famille et qui donnent au foyr domestique sa plus grand-' noblesse en le constituant le sanoluairo de la patrie et l'ecoh des devoirs publics ! Votre travail est stérile au i o nt de vue national, ei je me figure voire désir ircessant devenir de nouveau habiter 1^ Canada.

Que de forces, M'A , nous jetons à tous les vents ! El quel surcroit de puissance nous aurions si nous éiions lou» groupés dans cette province de Q léber*, ^s^ez vast pour coutenir une grande nation, ass z riche pour la nourrir I Le fait de notr.disséaoination constitue pour nous le principal problème national. Oa a dit parf(d> qu'en nous répaodanl surtout le cotitnent, nous étions dis précurseui s J'avoue que j'ai peu de conUmce d-jns une armée qui s'éparpille ai-isi, et je préfère celle qui s'adoise de près à un quariiei -général et

'ont les miuvement? rayonnent d'un centre unique au lieu de pirtir de plusieurs centres is )iés les uns des autr^ s .Au mdieu l'une sochtê démocratique surtout, il ne fiui pis oublier que l'on n'est fort que par ses représentauia élus, c'est-à-lire par le nombre domiLanl sur un point donné.

Si vous étiez tous avec nous dans cette province, votre infl \ence serait directe et immé Jiate sur le parlement.

Au fat la question est de savoir si nous vouions, oui ou non, fon 1er un peuple inlépeadant. Si nous n'entretenons pas cette noble amb tion, si nous consentons à tourner 1 i dos à notre passé, si tous les travaux, les luttes et les souff ances de nos sçlorieux devanciers ne nous obligent pas ej honneur ; dispersons-nous, c'est bien; promenons notre fortune dans tous les pays étrangers. Mais si nosregarls portent plus haut, et si nous voulons être quelque chose par nous-mêmes et pour nous-mêmes, et avoir une patrie qui soit bien réellement à nous, songeon"-y bien, il faut serrer nos rangs, il faut nous réunir tous sur un même point de territoire. A cette condition seule uous donnerons notre pleine mesure parmi les p'^uples, car la première conlition d'exisiencs nationale pour un pîuple, c'est d'être localisé, fixé au sol. Une patrie est un domaine borné par une frontière ; choisies ins li nô re.

Le probe ne est simple pour nous : être ou ne pas être. Etre, c'ett établir nos demeures dans un rayon déterminé, exploiter les richesses natjrelles du sol, diriger nos pensées vers une même aspiration de grande'ir, aimer et servir le même pays. Ne pas être, c'est no s disperser à l'étranger, travailler toujours sans fruit pour la piti ', conserver, il est vrai le respect des ancêires, parceque ce sentiment s'impose à tout homme qui a conservé la dignité de sa nature, mais rompre forcément la chaîne de leurs traditions. Dd noire réunion lêpend l'avenir. Il faut, MM. que nous allions à vous ou que vous veniez à nous. Portez la conviclion dans nos esprits,nous dirons adi^u à ces campagnes qui nous ont vu nai re et grandir, que nous avons fécondées de nos sueurs, f^t, comme Eoée amooiiinl les restes de Troie, nous nous acheminerons vers des régions nouvelles pour y asseoir notre fortune ; mais si vous croye3 au contraire |ue ce pays témoin de la vie et îles luttes de vos pères, a droit encore à votre travail comme à laff^clion ^ue Vdus ne cessez de 1 li |.o;"t-r, n'hésitez pas, hâ>z-vous, revenez à nous, revenez au Canada I

J-t comprends MM., l'attrait que possède 1 1 république a^nèricaine. Tout homm- q li a respire 1 .ii • d'Amérique a l'té vlvilié, captivé par cetle égalité et cette liberté qui y régnent Mais le Canadi estil inférieur sous ce rapport aux Etats- U is ? Je ne le croi i pas. Si l'on s'en

ll-lil .'liA M.l l . "\l .il.i Î^Ml-. Mli;i'' i|U il y

a là vni' r<^i uiiliqu»", ta-i.lis qu-» nous vi vcuî sons le rt-ffime irfinarchi'ju" ; m-ùs les espius «éri^iix qui éluli^nl 1 f >n 1 <le~ cho ts ^avenl qu'^ la inonMrchie «la-'S de ceriaia'^> cou<1>iiod') peutôue " U m^ilMii» re tlesrfpiibliqueî.," ♦'l si 1 on recherchn Ih forme r-puMicaineparcequ't-ll»» essurean peuple sa souve'-ain-^lé et un cort ô!€ r^^\ sur son gouvernpmenl. j^ ne crains pas d" di-e qu>4 noue consl lulion est plus répibiicaine que celle des ËiaU Unis. D'abord, r-t'anch z de nos insitniions le nom du souverain anglais — el c'e t à peu près 1*> seul li-n qui i.ousresie— sycpos^-z noire Gouverneur élu tous les dix ans par

mires commif' nou" vonl'.ois è\rf trailéa 'oou'-"<'é »es C'> si la libf^T i(^ q il nius a <- uv-e, el c'esl vj^ol- Ir^^ là en qui expli qufl qii'ell>î ail pu avoir des ciloy»^ns an- ■«lais pour ennemis à un« ép'^que de lulles que le présent nous faii oublier

Je dis q'ï** cerminesl .tins sont oubUôes. Par exempl'', nocroy- z pas qii*^ les noms ^^•s viciimes de 37 .j'ih vous lisez sur ces nniirs, soient nos enb ê n-'S du jiur; s'i s l'-'t^i^nt, nous aurions mauvaise grâîe à oonj irer nos frères exilés de revenir au Canada. Nou3 respectons ces hommes de cœur, victimes de l'amour de U patrie, ma's ils ne sont point les modèles de nolr'^ t mps, ei cela, pour la ûjnne raison

les grands cor s de l'eiat. »t vous avez ! que nous soTim^s sati faits de l'attitude une république de droit: or, quelle difl" - 1 le l'Angleterre à notre é^ard. Nos vrais rence cela f-^rail-il, pour la quei-tion de j mode es sont les ganda parlementaires.

gouvernement, avec léiat de choses actuel, avec la république de fait que nous avons aujourd'hui ? Ensuit»», aux yeux des écriv<iins les plus autoii ses, la constitution des Biab-Uois pos-èd" un défiUi considérable : la responsabi Ité personne ledu PresiJentel l'irresponsabilité de ses ministres. Je ne puis qii'i idiquer ici cette question ; mais on comprend de suite que, maigre l-;s res'riciioosconflitutionnelies, le Préslleni, duraiit toute Ja Jurée de son mandai, est plus indé^iendani du peuple que ne le sont les ministres responsables sous notre régim-^.

J'irai plus loin, et je dirai : Lisez les aut ure, compulsez les qualités et les léfauts qu'ils trouvent dans les diverses conslitutioos des peuples, el vous verrez que la nôtre p3ssède presque toutes ces qualités, échappe à presque tous ces défauts. J oserais dire qu'elle touch-i à l'idéal rêvé par les esprits ecUirés. Ainsi en Fran -e on est à la recherche d'une '■ ré,iubl que conservatrice ; " C'i mot fst l'exacte défini lion du svsième canadien. El cette Fran ce NouvdU dont Prévost-Paradol, dans un livre almirabl", traçait le plan, elle existe ici, libre, heureuse, so'idemeol organisée.

Eh bi n ! Messieurs, celle con^^iitution mode e, c'est a nos illustres devan-i-rs que nous en scDm-js redevables. Le pr mier qui ail parlé de " gouvernement responsable" -lans ce pay»-, est un canadi^nîrançHià, c'est P erre B -dard, et celui qm a l3 pluâ coutr bué à l'établir, c'est encore un caoa llen-fr^t çais, c'^st Liafontaine. Notre nalonaii é a ei cet hioneur de fournir les homm-s 'l'éiat qui ont intronisé la libei lé anglaise dans ce pays: c'est la seule vengeance q le nous avons trée des conquérants, i-a tr.idi lon pa-m'

les cô re-> n'a pas cesse d'être une Iradi- ' choses qu'ils ont accomplies. tion de i|b Tte. libjté sage, l'gile, res- ' gur le frontispice de ce temple je re-

pectant hs droits d'auirui, ne reclamaoi i -, ^ -^ i, i- \ „

ïoureLe qu'une plac. au soleil. Nous 1 <^0""^'^' ^ «^^^™"^ hardis, à ses yeux n'avons jamais été agre.se'jrs; lo . s ' P<^"<^traDts, 1 immortel navigateur qui sur la aefenslve, nous avons tr "J^^'^e s vint le premier prendre possession du

lepiis tJélard jusqu'à Cartier, — le prentiiT entre tous — lui ont su chercher et trouver 1-) salut dans le dé</elopp-me l régulir des libertés coos ituiionnell-^s. 37 n'est pas une tradition L'Ang'eterre, trompée penlant quelque temps nous a ensuiie rendu jus- •ice, et maintenant le bonheur est notre bô'e habituel. La réunion actuelle est elle-mèm-» un éclatint témoignage en faveur d-! nos libres institut ons.

Dans une fête comme cdle-ci, à tous les lit''es noas d<-vons honrirer nos moris illustrés Leur vie est le plus noble exemple que nous puissions suivre. A vous, Messieurs, exilés d'un jour, elle rappelle des traditions que vous ne voulez ni no pouvez abandonner sans vous manquer à vous mêmes A nous, elle enseigne la persévéranc>*,la liberté, l'union entre nous Puissions-nous un jour, vivant tous dans cette belh province de Québec, poursuivre en commun les ira liiions du passé, el nous re'rouver tous, à pareille date chaque année, pour honorir " nos gloires nationales " !

M. L. O. Divid app'^lle à répondre après M. Oinn, à la s mie " à nos goirej nationales,/ s'exprima de la min'ère suivante :

M. le Président et Messieurs,

En me levant pour répondre au toast porté à nos gloires nationnales, je me figure que je suis dans le panthéon que le peuple canadien élèvera un jour à ses grands hommes. De tous côtés s'offrent à mes regards des statuts et des tableaux représentant ceux qui ont illu.stré le nom canadien et les grandes

Canada au nom de Dieu et du roi de Lproduire ; ces dignes compatriotes des

France

Voici groupés autour de lui ceux qui continuant son œuvre, bâtirent des villes et des colonies où il avait planté le drapeau de la France. C'est Champlain, digne de jeter les fondements de la ville la plus française de TAmérique, de cette glorieuse citadelle dont chaque pierre chante la gloire de nos ancêtres C'est Maisonneuve, l'illustre fondateur de Montréal qui avait les vertus d'un saint et le courage d'un héros, et qui méritait qu'on choisit la ville qu'il a illustrée par ses vertus et ses exploits pour être le théâtre de la plus belle démonstration nationale et religieursC qui ait jamais eu lieu dans ce pays. C'est De la Verenderie Joliet, de la Broquerie, de Varennes, tous ces hardis découvreurs et pionniers de la civilisation, qui, des bords du St. Laurent portèrent le drapeau de la France dans toutes les parties du continent américain et ouvrirent à la civilisation, des territoires immenses, où des millions d'hommes viennent de toutes les par- j ties du monde bâtir des villes, où ils I avaient planté leurs tentes et laisser quelquefois leurs os.

A côté des fondateurs, des pères de la patrie, il me semble voir expirant au milieu des tortures les plus terribles ces héroïques missionnaires, martyrs de leur amour pour Dieu et pour la France, les Brébœuf, les Lallemant, les Lejeune et plusieurs autres ; tous ces prêtres admirables, qui à l'exemple des Ollier, aidèrent nos pères à endurer leurs misères et leurs souffrances en les partageant, et furent les anges-gardiens de la nationalité canadienne française.

Ces grands évêques les Laval, les Brianel, les Plessis, les Lartigue, dont le dévouement n'a cessé de pi'oduire des œuvres et de créer des institutions qui sont autant de boulevards destinés à conserver l'héritage- sacré de nos pères.

Quels sont donc ces hommes à l'air chevaleresque, qu'ombrage un drapeau français troué par les balles, déchiré par la mitraille ?

Ce sont ces guerriers si braves et si glorieux, tels que la France sait les

Bayard, des Duguesclin, des Jean Bart et des Tourville, qui ont répété sur le sol de la Nouvelle France, l'histoire de» exploits et des faits d'armes de la vieille France, chevaliers sans peur et sans reproche dont le sang a coulé pendant plus d'un siècle dans les champs glorieux de la vieille Acadie, aux bords de la Rivière Rouge, dans des combats gigantesques où ils avaient pris l'habitude de se battre un contre dix. un contre Vingt, et de remporter la victoire.

Voyez au premier rang Leraoyne et ses sept fils, les Macchabés de la Nouvelle-France, qui presque tou« périrent les armes à la main en vendant chèrement leur vie. Celui-ci est d'IberviUe, le plus illustre de la famille,, qui rendit les armes de la France si redoutables depuis la Baie d'Hudson jusqu'à la Louisiane, passa sa vie à gagner des victoires, se battait en canot d'écorce contre des navires de guerre, et prenait presque seul des villes.

Auprès de ces héros, voici les d'Aillebout, les Daulac, les Lambert Closse et les Lebert qui vinrent à bout d'empêcher les Iroquois d'étouffer la petite colonie de Ville- Marie dans son berceau en lui faisant un rempart de leurs corps, en s'exposant vingt fois par jour à la mort et au martyr. On ne peut faire un pas dans Montréal, à l'endroit même où nous sommes en ce moment, sans mettre le pied sur de la terre arrosée par le sang de ces héros.

Mais continuons. Vgici les Vaudreuil, les de Rouville, les de Chambly, les de Montigny, les de Boucherville, les d'Eschambault, les de Contrecœur, les Juchereau, les de Gaspé, les de St. Oars et combien d'autres.

Quel est donc ce brave qui tombe frappé d'une balle au moment, ou à la tête de 200 Canadiens et de 900i sauvages, il se précipite sur trois mille hommes de troupes aguerries ? C'est de Beaujeu, le vainqueur de la Monongahéla.

Quelle est cette jeune fille qui du haut des remparts tire sur les Iroquois et les met seule en fuite ?

C'est l'héroine de Verchères qui

prouve que non- seulement on trouve en Canada, à toutes portes, les saintes femmes et les mères ehrétiennes qui ont fait la Franee si grande, mais eneore des Jeanne d'Arc.

Et ce champ de bataille où deux à trois mille hommes battant dix à douze mille ennemis, contemplons-le avec orgueil, car s'est Carillon.

Nous voici en face des plaines d'Abraham : une lutte eflFrayante est engagée ; des deux côt^ës on se bat avec acharnement, car l'issu de la bataille décidera si le Canada doit appartenir aux anglais ou rester à ceux qui l'ont découvert et conservé au prix de si héroïques sacrifices.

Ils sont là, les braves de Carillon, les débris de cette héroïque noblesse française, décimée dans les derniers combats, mais décidée à conserver même dans la défaite l'honneur du drapeau.

Quelle lutte grandiose et tragique que celle où l'on vit les deux chefs des armées ennemies, le vainqueur et le vaincu tomber ensemble sur le champ de bataille, presque enveloppés dans le même linceuil. 0 Wolfe et Montcalm vous étiez dignes qu'on vous élevât un monument commun sur les lieux témoins de votre mort et de votre valeur.

A côté de ce tableau j'en vois un autre aussi émouvant : il représente la dernière victoire que nos pères remportèrent un an après, sur ces mêmes plaines d'Abraham, sous les ordres de Lévis, victoire glorieuse, mais inutile, puisque la France ne vint pas à leur secours.

Saluons en passant le Colonel de Salaberry qui prouva à Chateauguay que les Canadiens Français n'avaient pas perdu l'habitude de se battre et de vaincre un contre dix et pas.soas à un autre groupe.

Voici les grands citoyens qui ont si vaillamment continué dans l'arène politique les luttes que nous avions faites sur les champs de bataille pour la conservation et l'honneur de notre race. Le drapeau anglais a remplacé sur la citadelle de Québec le drapeau blanc :

Nous somme devenus sujets de l'Angleterre. D'autres luttes commencent. Cette fois il s'agit de disputer à

un pouvoir arbitraire nos libertés politiques , nos droits religieux et nationaux ! ! !

Voici les patriotes I Saluons les avec respect, car ils ont prouvé que dans les luttes politiques comme sur les champs de bataille, le nombre pouvait nous écraser, mais nous déshonorer jamais.

J'apperçois dans ce groupe Joseph- Papineau, le patriote loyal et désintéressé, Pierre Bédard, l'un de nos plus grands hommes d'état, qui comprit, lepremier, que, dans le gouvernement responsable se trouvait notre salut, et la paix du Bas-Canada ; Bédard qui fut jeté en prison pour avoir reclamé les droits de ses compatriotes et refusa d'en sortir tant qu'on ne lui ferait pas. subir son procès ; Louis Joseph Papi- I neau, le grand orateur, le tribun popu- I laire dont la voix éloquente nous a au- ! tant fait respecter que l'épée des d'L ; berville, des Montcalm, et des de Sala- I berry, Norbert Morin, l'honnête ] homme, le citoyen veitueux dont legéj nie égala la modestie ; Lafontaine qui sut tirer d'une constitution faite pour j nous perdre les germes de liberté qu'elle contenait ; Sir Puschal Taché, Drummond et plu.sieurs autres morts ou vivants dont les noms seront historiques. Parmi ces défenseurs de noslibertés politiques, je reconnais aussi Ludger Duvernay l'un des premiers de la Presse dans ce pays, le fondateur de la Société St. Jean-Baptiste dont le souvenir doit occuper la première place dans un jour comme celui-ci.

Mais quel est donc ce groupe ea deuil dont la vue arrache des larmes, aux âmes sensibles patriotiques ?

Ce sont les victimes de 37.

C'est Chénier, tombant à St. Eustache cemme un héros, Chénier qui dit aux braves qui lui demandent des armes, " Attendez, vous prendrez les fusils de ceux que nous aurons tués. "■ Chénier dont les ennemis auraient dû.

manger le cœur, au lieu de le porter au bout de leurs baïonnettes, afin de s'en donner. C'est Cardinal, Do Lorimier, Duquette, Narbonne expiant sur l'échafaud le crime d'avoir aimé la patrie. On appelle leur dévouement une

folie ! Plût au ciel qu'il n'y eût dans le monde que de ces folies sublimes qui font les héros et sauvent les nations.

Oh ! oui, à TOUS ce toast, nobles victimes de la liberté, infortunés compatriotes arrachés si jeunes encore aux affections de la famille, aux illusions de la vie ! Honneur à l'échafaud sur lequel vous êtes morts, car de cet instrument de supplice et d'infamie vous avez fait un piédestal de. gloire.

0 généreux patriotes et vous tous vaillants guerriers, fondateurs de la nationnalité Canadienne-française, qui avez souffert pour la patrie, puisse la démonstration dont Montréal est le théâtre, en ce moment, vous récompenser un peu de vos sacrifices et de votre dévouement.

Voyez comme ils sont venus de toutes les parties du continent américain, ces Canadiens-Français pour affirmer aux pieds des autels de la patrie, leur foi et leur fidélité aux nobles exemples que vous leur avez donnés.

Voyez comme ils sont restés dignes 4e vous, ces canadiens des Etats-Unis, comme ils ont conservé au milieu des nations étrangères les traditions de la patrie, le souvenir des lieux sacrés qui les ont vu naître. Leur première pensée en mettant le pied sur le sol étranger a été d'élever des autels à leur Dieu et de consacrer certains jours au culte de la patrie.

Voyez ces nobles enfants de l'Acadie, les martyrs, inébranlables aujour d'hui comme autrefois en face de la persécution, et les représentants de cet autre petit peuple de la Rivière Rouge, persécuté lui aussi parcequ'il veut conserver le sol et les traditions natio nales que ses pères lui ont légués. N'êtes-vous pas contents de vos descendants ?

Il me semble que s'il leur était permis de répondre à cette question, ils nous diraient :

'•Nous sommes satisfaits, nous avons '' aujourd'hui la preuve que notre saug '' n'est pas tombé sur une terre ingrate. " Mais rappelez-vous que si vous n'a- " vez pas à lutter comme nous sur les ■" champs de bataille pour la patrie; il ■" est d'autres dangers moins apparents

" mais aussi funestes qui menacent vos " destinées. Ce grand danger, c'est " l'émigration, fléau plus terrible que " la guerre, torrent dévastateur qui " mutile l'arbre national et menace de " le faire mourir.

" Ce ne sont plus des guerriers qu'il " vous faut maintenant, mais des légis- " lateurs qui sachent détruire ce fléau, " arrêter ce torrent.

" Faites votre devoir et .soyez con- " fiants dans l'avenir. La race fran-- " çaise ne périra pas plus en Amérique '' que dans l'Europe, car elle a pour " mission de porter à travers le monde' " les lumières de la foi et de l'intelli- " gence ; Gesta Dei per Francos.

Le Pré s dent lut ensuit'^ une dépêche conç le en ces t-irmes. venant de Kankakee, Illinois : " 5 000 caaaiiens se joignent à leurs frères du Canada pour célébrer de coeur la fèt:j da la Si. Jean-Baptiste."

Le président de la société St. Jean-Bapt'st-î de Minitoba, a aussi envoyé la dépêche suivante qui fut reçae avec de vJfa applauiissemenis. " Les canadiens de l'ouest félicitent sincèrement leurs frères du Canada." Vive la canadienne I

Une dépêche de ci'con-iance arriva des canadiens de Wew-York et eut le même accueil.

A ors le Président proposa la santé " Aux sociéiés sœars de la Puissance."

M. HECTOE FABRE.

M H. Fabre, invité à répondre à son tour à la santé des sociétés sœurs de la Puissance du Canada s'exprima eo ces termes :

M. le Président, — Messieurs, — L'beure avancée de la soirée ne me permet oas de répondre longuem^^nl à la santé à laquelle vous me faites l'honneur dn m':n iieràréponlre. Comme représentant de la Sociét^> St. Jf^an-Bapti te de Qjf-bec, je dois ceaendint vous apporter l'expression des souhaits et des vœux de mes concitoyens en ce beau jour de Fèie Nationale. On a parlé d'une espèce d>^ division, deja^ousie, qui existerait entre Mmiréal et Qièbec, à l'occasion de cette dénoonstration. La 1 reuve que celtp jalous e n'existe pas.c'est que la S)ciété de Q ébec a envoyé iv. des représentants pour assister à la Grande Fête N-Jtionale, et qu'elle a même choisi cour son déli^-gué un ancien Montréalais. La ville de Qu<ibec nous a chirges de remercier les citoyens de Montréal de l'miluitive q'i'ils ont prise en cette cire mstan- ^e, en oir-ant leur ville pour lieu de réunion des Canadiens et en organisant cette manifestatioa admirable.

Pour la gloire deQiébec, je ferai cepeD'laal uQf reflexioD a ce uropo*. Si nos amis, les Cioa ieas des Etii -Uuis, veulent rrirouver le Canada «l'autrelois, ll^ devront pousser jusqu'à Q lèbec. Q lôbiLest li \i la vraimeai fraaçai se et oaud tienne par excellence de toute la Puissance. MoLtreal. c'est leji l'Angleterre, et un pou même les Eiais-Uai?.

Dans les fdmil.e<, il y a ordinairement deux sjrtes de membres; les memb e»

aveniuri-rs tt voyageurs, et les meaabres

sari te, qu'en prAsence d-^ centniaesde reprô^eniantsde la gran le fatnilh franco-canadienne, venus pour ainsi dire de loua les points (\■^ ce vaste cnntinent, je ma s^nte lo nlné pir un-1 iavinijible ém Jlioo et surtout par lo proloa t se .timenl de mon itnpussaoce à rem, lir dignement li tàch<», que l'on m'a fiii l'nonneur de me confier. Ov, M. le Président, si )am lis j'ai aubilioone le don de l'éloquence, si jamais j'ai désiré de pouvol-- dérober un instant aux princes de la parole quelque -in» de leurs

sédentaires. La famille caniimnoe a eu sub i nés élans, quelque e inceiie del'ur ces deux classes d'eufants. Nos frères le^ ! feu sacré. — c'e'>t b en en cette mémorable Etats-Unis BOLt les plus aventuriers, les 1 circonstance, où je voudrais piuvo r faire j lus aulacieux, nous, citoyens de Québeo, I entendre des accents mieux inspires, des

sommes des sédentaires. Njus n'avons pa change. Nous avoas conserve ici ce que nos frères se ?ont charges de répandre au dehors. Nou3 somme-, restés au foyer.

vous en avez répandu la tlamme au dehors.

Vous vous trouvez dans un exceileni moment, un momeat d'union et de concorde. Maia je ne vous garant irais pas que, si vous reveniez la semaine prochaine, vous ne vtrii-z pas un spectacle ditlerent. Ce soir, nous avons vu le gouvernement locdl et le gouvernement fêlerai fraterniser ensemble J'ai remarqué que M. Fourui^r, notre nouveau ministre de la Justice, avait été ap{.liudi par les conservateurs, tt M, Ouimet, premiei-mii istre de Qjebec, par les rouge?. Moi-même j-^

accents dignes de cette grandiose manifesiaiioo, dignes de ce vaste aulitoire, lignes des sociétés St. Jean-Baptisie— des 8j ieiés sœurs— à la sanU desquelles on m'a prié de répondre. Mais laissons là ces regrets supeiflus, a p^rm■itt-z à un am\ ïijcère de son pjys de vous exprimer quelques-uns des s-ntiments, que lui ont iospirés le grand événement, qui nous a valu l'ôire conviés à ces agapes véritablement fiaternelhs, à ces agapes véritablement nationales.

Je dois tout d'abord, M. le Président, au nom des sociétés sœars, (é'iclt^r l'association Si. Jean-Biptiste de Momréal d'avoir pris l'in tiative de cette gran lo démoasiraiion, qui porte assurément dans ses flancs d'immenses conséquenies, et

me suis sirpris à appiaulir M. Oaimei, j dont l'idée a été suggérée, il y a plus de (applauiiâiemenis et rires) et j'ajoute qa'a- lix ans, par un dommi cher aux Caoaprès l'avoir entendu, je ne m'en suis pas j diens Français, M. Rameau. Si j'ai été de

repenti.

Le spectac'e que nous offrons aujourd'hui, en ce moment d'union et l«j concorde, j'espère que nous pourrons l'ofT ir encore à no» compatriotes des Ëiais-Ums. Eux iont unis, ils nous en ont donné des preuves aujouri'oui; ils sout tellemeui unis qu'ils me (ont douter qu'iis soient encore français (rires). Essayons de lui emprunter celte qualité, qui nous a fait plas ou mo ns 'lefaui ju3,u'ici. lis fout honneur à notre paya à l'étranger, par leur esprit 'le patriotisme et d'union. Remer-

ceux qui ont regrRiié l'inactlvita rehttve de la Sjcieté Si. Jean-Bapti;te de Montréal pendant bien des années, si j'ai été de ceux qui ont cru q l'elle eut pi tenir plus ferm^m-nt le drapeau national en maintes circnsiances impo' tantes, je n'ai pas été non plus le dernier à applaudir lorsque j-j l'ai vu courageusement à l'oeivre pour s'infu-*er une nouvelle vie, poar igranlir If ih dire de son action et pour s'asseoir sur des bases lages et durable?. Si on a pu croire que son patriotisme a été a l'eiat lait'-nt peniant trop longtenps, il a

venir.

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