LE BAPTÊME
Paler noster qui es in coelig, Fiat volunta» tua ticut in coelo et in terra.
S). Quels sont les enseignements qui signalent le Baptême de Notre Seigneur Jésus- Christ par St. y^ean ?
S. Avant de baptiser Notre Seigneur Jésus-Christ, Jean baptisait la population de Jérusalem et de tout le pays de Judée, qui accourait en foule à lui. (i) L'Evangile prend soin de nous faire une classification très-marquée de cette multitude ; et c'est une véritable classification politique qui se déroule à nos regards, dans le Livre de Vie. De plus, comme au baptême le divin Précurseur joignait la prédication, (2) dans l'exercice de ce haut ministère, il traçait à chacun des groupes sociaux, qui se présentaient à lui et l'interrogeaient, le cadre de leurs principaux devoirs. Il va suffire de transcrire ici le texte sacré ; les inductions que chacun peut en tirer pour servir, en Canada, de Frogra?nme à leurs divers devoirs civils, sont trop claires et trop précises pour avoir besoin de bien longs commentaires.
Ces classes, ou couches de la société, indiquées en cet endroit par le Saint Evangile, se divisent en trois groupes.
( I ) Et egrediebatur ad eum omnis Judaeae regio et univers! Jerosolymitae et baptisabaator ab iilo in Jordanis flumine. — Mare I, 5.
(2) Et praedicabat dicens. — Marc I, 6.
ST. JEAN-BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA
^. Quel est le premier groupe f
^. C'est la Foule en elle-même, ce qu'on appelle la masse du peuple, ou le bas peuple ; ce qui constitue, dans tous les pays, l'agglomération sociale, le corps de la nationalité proprement dite, (i) Le précepte que St. Jean leur donne à tous est le grand précepte de l'assistance mutuelle, du secours aumônieux, des œuvres de Miséricorde ; cet immortel et imprescriptible précepte, dont le Christ a décrété qu'il formera, pour chacun, le terrible interrogatoire dn Jugement dernier. — " Si quelqu'un a deux habits " dit le Précurseur, "qu'il en donne un à celui qui n'en a pas ; et que celui qui " possède des vivres, en agisse de même." (2) C'est la grande loi sociale du Partage par la Charité chrétiefine, et cette loi est l'unique, absolument l'unique panacée, — qu'on ne l'oublie pas ! — à ces deux maux extrêmes et plus menaçants aujourd'hui que jamais de l'Etat social : le Paupérisme et le Communisme.
Les vieilles traditions nationales du Canada, la générosité, la bienfaisance, l'hospitalité, la main ouverte de ses habitants, — de ceux du moins qui n'ont pas dégénéré, — montrent bien que le Peuple, le vrai bon peuple canadien qui s'est conservé à lui-même, a su retenir, dans ses meilleurs instincts, cet enseignement fondamental et populaire de son Bienheureux Patron. De nos jours, où dans le monde entier, la grosse question du Capital et du Salaire, de V Enrichissement àt% uns et du Travail des autres, a pris, par la force des choses, à la fois, les plus intéressantes et les plus ombrageuses proportions, sous la dénomination générique de " Question Ouvrière'' , puisse le Canada, en restant charitable, ce qui est une qualité,
on peut l'affirmer sans crainte, — exclusivement catholique, — les faits
le crient au monde ; — en le devenant de plus en plus, marcher, de cet unique avancement dans la voie du véritable progrès ! Puisse-t-il, non-seulement écarter de son sein tout ce que cette grave et cosmopolite Question Ouvrière peut avoir de rongeant, d'empoisonné, de pestilentiel et de tuant, mais encore, s'attirer les regards de tous les autres peuples, en leur apprenant, par son exemple et par sa pratique, que seuls les impérissables enseio-nements de l'Evangile sont capables de résoudre les problèmes sociaux les plus ardus, les complications politiques les plus épineuses. L'Eglise, écho maternel de la Paternité divine, est la dépositaire, la gardienne, la caissière, de toutes les prospérités réelles, de toutes les gloires franches,
(1) Et interrogabant turbae dicentes : Quid ergo faciamus l—Lnc III, 10.
(2) Respondens autem dicebat illis : Qui habet duas tunicas det non habenti, et qui habet escas siniiliiev faciat. — Luc III, II.
^ LE BAPTE»[E.
de toutes les grandeurs fécondes et de la véritable paix ; la paix intérieure des Etats, leur plus enviable trésor ; car seule elle possède le secret de l'équilibre à établir entre les diverses couches sociales.
^. Quel est le second groupe qui se présentait au Baptême du J^ourdain ?
JP. C'est le groupe des Fublicains (i). Et il faut entendre par ce mot tous les employés publics, tous les agents, tous les fonctionnaires de l'autorité civile. Après le peuple dont, socialement, le premier et l'inéluctable devoir, comme peuple, est d'obéir, c'est-à-dire, d'être gouverné, vient la classe des Gouvernants, de tous ceux qui ont charge légitime de puissance gouvernementale sur leurs semblables, dans l'ordre des choses temporelles. Rien n'est plus logique.
S). Et quel précepte leur commiimqiie St. Jean 9 ...-^.- - ^! • •
^. Un précepte éminemment concis et précis, mais dont l'observance n'en est que plus capitale pour eux, s' ris veulent que Dieu bénisse et fasse fructifier leurs fonctions, leurs dignités et leurs charges.
A leur demande : " Que devons nous faire ?" — Demande qu'ils adressent, en donnant au Saint le titre de '' Maître, " — détail qui n'est pas sans portée, — St. Jean leur répond textuellement : "Ne faites rien de plus " que les choses pour lesquelles vous êtes constitués " en fonctions, en charges et en dignités. (2)
Est-ce assez clair ? Et peut-on assez admirer la profonde sagesse politique de cette courte réponse ? Elle atteint, droit au cœur, pour la prévenir ou la cautériser, la grande plaie administrative des Empiétements. Et cette plaie a deux faces, où si l'on veut, deux trous, d'où s'échappe, en flots de pourriture, la vitalité nationale des peuples. En premier lieu, l'empiétement d'une fonction sur une autre, dans l'organisme intérieur du Gouvernement. C'est ainsi qu'un Magistrat doit rendre la Justice, sans s'immiscer, en formulant ses arrêts, dans la situation politique, ou autre, de ceux qui défilent à sa barre ; sans se laisser influencer par les diverses couches sociales, au milieu desquelles il est appelé à vivre ; et ainsi de suite, pour toutes les branches du service public. En second lieu, il y a l'empiétement mille fois plus graye, plus coupable et plus épuisant encore de ce qu'on désigne, dans tovs les
(1) Venerunt autem et Publicani ut baptisarentur et dixerunt ad ilum : Maglster, quld feciamus ? — Luc III, 12.
(2) At ille dùdt ad eos : Nihil amplius quam quod constitutum est vobis, faciatis.--*
Lmc m, 13.
ST. -JEAN BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA
pays, par ces mots : le Temporel sur le Spirituel. — " Ne faites rien de plus que " ce qui constitue votre part spéciale d'autorité." — Cette briève mais très vaste injonction ne contient-elle pas la condamnation formelle et précise de toutes les théories modernes, véritables drogues d'empiriques dont on fatigue tant la conscience publique, en lui insufflant la plus perfide des somnolences, en lui faisant ingérer tous les mortels empoisonnements de son intelligence et de son cœur ; nous voulons dire : — l'immixtion de l'Etat dans le domaine de l'Eglise ; — la séparation de l'Eglise et de l'Etat ; — rindiff"érence politique et législative du Gouvernement, en matière religieuse ; — la suprématie accordée, dans l'économie du progrès social, aux intérêts matériels et au bien-être terrestre sur les besoins de l'âme et les jouissances spirituelles ;. et toutes les autres poudres de cette réelle pharmacopée de l'Enfer ?
Les bords prophétiques du Jourdain viennent de répercuter à nos oreilles, l'article fondamental et souverain de la grande charte nationale des Peuples qui veulent mériter le nom de Chrétiens. En nous signalant les limites d'autorité civile dans lesquelles les Publicains doivent strictement circonscrire leurs actes politiques. St. Jean proclame l'imprescriptible droit de la Liberté de V Eglise.
!D. Dites nous maintenant quel est le troisième groupe des Baptisés de St» Jean.
^. Ce sont les Soldats, (i) — Et à ce mot, il me semble, que tout bon Canadien doit sentir tressauter dans son cœur le sang d'où la patrie canadienne est issue ; ce vieux sang de la France, qui est si constitutivement la nation guerrière, le soldat traditionnel de l' Ancien-Monde. Qu'importent les cruels revers, les fautes immenses et les rudes châtiments, dont ces dernières années ont marqué l'histoire des Armes Françaises, aux regards du monde qui n'en pouvait pas croire ses yeux ? Nous l'avons déjà dit, les nations sont guérissables, et les châtiments dont Dieu les frappe sont un des signes les plus sensibles de ses miséricordes sur elles ; et le sang ne ment pas, surtout le sang versé. Ce sang militaire, — qui oserait le nier ? — il coule avec chaleur et santé dans les veines du Canadien. Un appel du clairon trouverait tout entier le pays debout, aligné, fébrile de bravoure et d'honneur. Que " la poudre parle, " comme disent les Arabes, ces enfants du Désert, prédestinés à être Français, et la voix canadienne saura lui donner fidèlement la réplique d'écho en écho. Canadiens et Français, gardons ce signe commun de la race ; gardons ce don de Dieu ; et c'en est vraiment
(I) Inten-og.ibant autem eiim et milites dicentes : — Lue III, 14.
-^v UE BAPTEME. X<>>.
un, car toute générosité du sang est un bienfait de la Providence. Pour cela, maintenons fermes dans nos coeurs les instructions militaires, le véritable Onlre-du Jour du Divin Précurseur.
!D. Quelles sont ces Instructions ?
^. Les voici en trois mots, telles que St. Jean les promulge en trois mots : "Xi concussion, ni calomnie, et le contentement de sa solde. " (i)
Nous n'avons garde de vouloir faire ici une appropriation tout-à-fait technique de ces paroles aux Milices Canadiennes, dont l'organisation est naturellement appelée à varier, suivant les besoins et les diverses phases politiques du pays. Ces variations, quelque importantes et quelque significatives qu'elles soient en elles-mêmes, — car c'est un thermomètre très sûr de la chaleur patriotique, — ne sont, à regarder les choses de haut, qu'une question de forme. Mais il nous semble de la plus haute utilité sociale pour les Canadiens d'adapter à leurs devoirs civils les trois points de cette belle loi , disciplinaire édictée par St. Jean pour l'Ecole des Braves (\\i\ formaient le cercle autour de lui afin d'écouter ses Rapports. Le saint homme Job n'a-t-il pas donné cette belle définition de la vie : " C'est une milice " ? (2) Or le Canada, par le Patronage de St. Jean-Baptiste, doit être le Bataillon d'Elite de cet Officier si haut gradé du Ciel. Et tenez, ce Commandant surnaturel des Canadiens n'a-t-il pas été décoré par le Christ du titre d'Aine parmi les hommes. En latin, " Aine " se dit : " Major " — Bien souvent, ce qui a l'air d'un jeu de mots n'est en substance que l'expression voilée et obscurcie d'une très exacte donnée poilosophique.
^. Commentez nous la Loi militaire âe St. Jean,
S. Article Premier. — Nt pas commettre de concussion. — C'est-àdire : — apporter une sévère, une inviolable honnêteté, une consigne morale infrangible, dans la gestion des deniers publics ; — avoir horreur, faire en sa propre conscience, prompte et martiale justice, comme d'autant de cas de désertion, de tout Scandale de ce genre, de toute Corruption, soit d'argent^ soit de favoritisme, de tout Passe-droit qui touche, de près ou de loin, aux sphères actives du pouvoir civil.
Article deuxième. — Ne pas pécher par calomnie. — C'est-à-dire : — Respecter en tout, entre citoyens, qu'ils soient les Soldats réguliers des
fil Et ait illis : Neminem concutiatis, neque calnmniam faciatis, et contenti estote stipendiis vestris. — Luc lU, 14.
(2) Militia e»t vila hominis super terrain. — Job VU, i.
ST. JEAN-BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA
fonctions publiques, ou les Volontaires de leur position personnelle, l'honorabilité privée de chacun, la dignité sociale du grade, le loyal mérite du service ; — éviter, en paroles, en écrits et en actes ; en provocations de ces corps-de-garde de la fortune, ou en mauvaises plaisanteries de ces chambrées de l'existence courante, toutes personnalités malignes, blessantes et malintentionnées.— Etre, en un mot, datis le rang, et s'y maintenir inébranlable, du seul alignement vital, qui soit efficace pour l'^s manœuvres du devoir et fécond pour les affaires qui illustrent un pays ; l'alignement de la charité, du dévouement, de l'honneur, et de la bonne confraternité des armes chrétiennes.
Article troisième. — Se contenter de sa solde. — Grande science et difficile secret en vérité ! Science de paix conquérante, et secret de joies sans égales. — Répudier, par cet article, toutes les ambitions envieuses de déplacement malhonnête hors de la condition où l'on est né, et de déclassement désordonné du poste social que l'on occupe ; lesquelles contraventions ^ au commandement supérieur, celui de la Vocation, — vraie Conscription surnaturelle, — amènent fatalement tous les écrasements et toutes les défaites des Peuples ; sans compter les frais de la guerre qu'il leur faut toujours payer.
Etre content de sa Solde ; c'est-à-dire, aimer sans agitation et sans inquiétude du lendemain, son quartier, sa famille, le clocher de son village, les étapes de son chemin, les traditions de ses pères, le sol sacré de sa patrie, avec la foi en la vérité de cette belle carrière providentielle que Dieu semble avoir ouverte si large aux horizons du pays, comme étant un drapeau qui lui vient du Ciel. " Aime Dieu et va ton chemin, " est un magnifique cii de guerre, non seulement troupier, mais encore politique et social.
Et voyez, ce grand et magistral mot de Discipline, qui est toute l'âme du Service des Armes, est aussi tout le cœur de l'Ordre Civil. C'est, d'ailleurs, un fait reconnu, que les peuples nés guerriers ont les meilleures aptitudes naturelles, — disons le mot, les plus grandes grâ.cQ?,, pourvu qu'ils y £orrespondeJit, — qui puissent les rendre des peuples d'ordre intérieur ; et, par suite, conquérants de fertiles conquêtes morales. Un peuple donc, qui mettrait en pratique, par un exercice scrupuleusement militaire, les trois articles de ce magnifique Cpde de discipline, contenu tout entier dans ce verset de l'Evangile où St. Jean parle à des soldats, si circonscrit que soit ce peuple dans des limites territoriales, serait non seulement un grand peuple; mais, qui plus est, un peuple heureux.
Canadiens ! " Vous Êtes heureux, d'avoir eu pour pères des homines de
^ LE BAPTEME.
♦' foi, qui vous ont transmis des bénédictions plus abondantes que celles que *' leur avaient léguées leurs ancêtres !" (i)
" Vous êtes heureux, dans le pays que la divine Providence vous a " donné pour votre part d'héritage, car il est un des plus beaux, des plus *' fertiles et des plus salubres du monde ! (2)
" Vous êtes heureux dans vos épouses, qui pour la plupart offrent le beau ** caractère de la femme forte dont l'Ecriture fait un si admirable portrait, " et qui, au témoignage de l'Esprit Saint lui-même, est un des plus beaux ** dons que Dieu puisse faire à l'homme sage et vertueux ! " (3)
** Vous êtes heureux dans vos enfants, qui forment partout des familles *' patriarcales. (4) — Vos Evêques, vos Prêtres, vos Juges, vos Magistrats, et • autres citoyens marquants, se glorifient presque tous d'appartenir aux ** respectables familles d'un peuple si privilégié."
" Vous êtes donc heureux, honorés et glorifiés, lorsque vous savez *' profiter de toutes les faveurs que vous prodigue la divine Providence, dans ** ce cher Canada, qui est la portion chérie de votre héritage." (5)
Sentinelles des Amériques, prenez garde à vous ! et ne vous attirez pas la décevante surprise d'avoir à vous appliquer un jour à vous même ce mot attristé qu'adressait Virgile aux laboureurs de son époque de découragement populaire et de dissolution sociale :
" O Fortunatos nimium sua si bona norint " Agricolas... " !
2). — D' après tout ce qui précède, ce grand concours de peuple de toutes les classes de la société, qui venait se faire baptiser sur les rives du j/^ourdain^ était donc composé des plus braves gens du monde ?
^. — C'est ce qui vous tromperait étrangement, si vous le croyiez. — L'Evangile a grand soin de nous spécifier tout le contraire, car- ** un grand nombre de Pharisiens et de Sadducéens accouraient, avec la foule, au Baptême du Précurseur. " (6)
(i) Benedictiones pains lui confortatae sunt benedictionibus patrum' ejus. — Gen XlIX, 26.
(2, Benedictio in medio terrae. — haï. XIX, 24.
(3) Dicatur benedictio super uxorem tuam. — Tob. IXlO
(4) Benedictio patris firmat domos filiorum. — Ecc/i III, II.
(5) S. G. Mgr, Ignace Bourget. — Lettre Pastorale du 31 Mai 1858.
(6) Videns autem multos Pharisaerum et Saducaorum venientes ad baptismum SUUm. —MatA. III, 7.
ST.-JEAN BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA
Et de ce fait, il y a un grand enseignement à tirer pour les Baptisés de Jésus-Christ, autrement dit, pour les Canadiens catholiques, à qui ces méditations sont destinées ; car les rives du St. Laurent et les rives du Jourdain se ressemblent comme deux gouttes d'eau. — Dans l'immensité de Dieu, ces fleuves sont-ils, d'ailleurs, autre chose que deux gouttes d'eau ? — Il ne suffit pas d'être né catholique pour se croire élu, et pour aller son chemin, avec présomption, avec égoïsme, avec vanité, avec nonchalance, avec ignorance volontaire, avec latitudinarisme des institutions et des mœurs, avec promiscuité des incompatibles, avec conciliation des inconciliables, avec fusion des infusibles, avec support des] insupportables, dont le terme générique est la tolérance, et, pour tout dire en un mot, — c'est celui qui résume toutes ces aberrations, — avec Tiédeur, cette nausée de la grâce, ce vomitif du bon Dieu (i) Hélas ! dans le giron de la véritable Eglise, combien de ses enfants, aveugles volontaires et prodigues sans retour, peut-être tout simplement, parce qu'ils ne sont pas réduits à garder des pourceaux, tombent dans ce piège grossier de la conscience, et se laissent prendre à ce perfide traquenard de la Foi de leur Baptême ! — Le Baptême Catholique, le Sacrement du Baptême, est, comme l'a tout dernièrement si bien appelé le Pape Pie IX, s' adressant à la jeunesse éprouvée mais fidèle de sa malheureuse patrie, " la Porte de tous les Sacrements, " mais précisément, parce que la Religion Ca tholique est la seule vraie, cette porte est la Porte étroite, ' ' qui seule conduit à lavie (2) selon la parole expresse du Christ. Les mauvais Juifs, les juifs orgueilleux et méchants, ergoteurs et cauteleux, égoïstes et corrompus, qui avaient le haut du pavé, et qui suivaient la voie large, tout en venant se faire baptiser par St. Jean, doivent nous prémunir d'une salutaire crainte sur les subtils dangers qu'entraînerait à sa suite une criminelle confiance en notre beau titre de catholiques.
Et remarquez que l'Evangile désigne, en ce passage, comme compèrfs et compagnons des visites au Jourdain, les Pharisiens et les Sadducéens, c'est-à-dire, les deux classes légendaires des insoumis de l'esprit e* ce5 corrompus du cœur. Ces deux classes- de pécheurs publics et impéni teiits symbolisent à souhait le Rationalistne et le Sensualisme. Or, ces deux vices, qui sapent par la base tout édifice social, sont en apparence hostiles l'un à l'autre ; mais, en réalité, il n'y a d'autre hostilité entre eux que cette hostilité des Partis politiques, que le Parlementarisme athée de nos jours a
(1) Quia tepidus es, incipiam te evomere ex ore meo (Apoc. III, 16.)
(2) Intrate per angustam portam, quia lata porta, et spatiosa via est quae ducit ad perdilionem, et multi sunt qui intrant per eam — Quam angusta porta et arcta via est quae ducit ad vitam et pauci sunt qui inveniunt eam [Malh. Vil, 13. 14.)
LE BAPTEME.
l'hallucination de considérer comme une nécessité, un bénéfice et une merveille.
Dans les Chapitres suivants, le texte lui-même du Saint Evangile projettera d'éclatants jets de lumière sur ces grandes tristesses et ces cruels périls de la société. Mais il ressort, dès à présent, de cette affluence simultanée des Pharisiens et des Sadducéens, le long du fleuve où Jean baptisait et prêchait, que le jeu politique des Partis ne peut absolument pas constituer la religion du patriotisme. .Xes Partis ne sont que des Sectes ; — étymologiquement ces dénominations sont identiques ; — et toute Secte est un retranchement,, une déchiqueture, une négation de la Vérité.
Aussi, les paroles dont St. Jean accueille les endurcis de la Judée sontelles brûlantes comme le feu de l'éternelle Justice.
; S). Quelles sont ces paroles ?
Si. " Race de vipères ! De qui croyez vous donc tenir le secret " d'échapper à l'inexorable courroux qui fondra un jour sur vos têtes." (i)
Ces terribles malédictions, qui ne sont, d'ailleurs, que la préparation des anathêmes que devait prononcer, peu de temps après, le Divin Maître en personne, sont bien faites pour faire rentrer avec effroi en eux-mêmes les Catholiques du Canada. Sorties de la bouche de St. Jean, elles les atteignent tout particulièrement au cœur et leur montrent l'énormité des dangers que court l'avenir de leur patrie, si le P/iarisaïsme et le Sadducéisnie, — autrement dit, pour bien définir le côté social et politique universel de ses deux sectes juives, — si la Révolte systématique et raisonneuse de V Etat contre V Eglise, et la Suprématie accordée aux intérêts matériels sur les besoins de V âme, en arrivaient à prendre en mains les rênes du Gouvernement et à diriger ses actes.
Il n'y a qu'un moyen de conjurer ces dangers. Le Patron du Canada nous l'indique ; c'est de faire pénitence, et remarquez qu'il dit : ** Un digne fruit de pénitence. " (2) Or, si le mal est dans la nation, la pénitence doit être nationale, pour être digne, c'est-à-dire, efficace. La pénitence nationale, c'est l'aveu sincère fait par l'Etat des fautes du passé ; — c'est le changement résolu des actions de la politique que l'on reconnaît coupables, — et enfin, c'est l'effacement de ce mal, opéré par la bénédiction
( I ) Dixit eis : Progenies viperarum quis demonstravit vobis fugere a ventura ira—
hiath. ni, 7.
(2j Facile ergo fructum dignum pœnitentiae. — Ma^/i. 111, 8.
ST.-JEAN BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA
surnaturelle de l'Eglise, par ses conseils, par ses encouragements, et par sa véritable Absolution. \J Absolution c'est la maternité à' Absolutisme de cette belle Reine des peuples et des Rois. Car, ajoute encore le Divin Précurseur, " Celui qui viendra après moi tient en main le crible par où tout doit " être vanné. C'est lui qui balayera son aire. Le froment sera recueilli " dans le grenier et la paille jetée au feu, mais ce feu sera inextinguible." (i)
Quand on est fils d'un sol si fertile et si nourricier que celui du Canada ; quand la plus vaillante partie de sa population est agricote ; — et c'est — l'expérience de tous les pays en fait foi, — la première et la plus enviable des forces d'une nation, — cette comparaison de l'Evangile sur la justice de Dieu doit être tout particulièrement saisissante. Et si l'on veut en faire juste et obligatoire application aux choses publiques, il s'agit de se demander SI l'on veut que le Canada devienne le grenier d'abondance des bénédictions du Ciel, pour nourrir ses enfants du pur froment de toutes les prospérités chrétiennes; ou bien, s'il consent à être anéanti par le feu, à disparaître pour jamais de l'aire des nationalités, par ce qu'il n'aura su être qu'une nation de paille.
Enfin, St. Jean-Baptiste nous présente encore une image bien propre à attirer notre attention sur les malheurs qui peuvent fondre sur nous ; et il nous présente cette image pour nous inspirer la salutaire pensée que ces malheurs peuvent éclater d'un moment à l'autre, qu'ils sont imminents, et que nous commençons déjà à en ressentir les premiers ébranlements. " La cognée ^' du Tout-Puissant, dit-il, est déjà à la racine des arbres. " (2) Les arbres ! n'est-ce pas la richesse primordiale et légendaire des colonisateurs canadiens, dans les voies de la nature terrestre ? Ah ! dans la nature de leurs voies célestes, qui sont les fruits ; les fruits d'humilité de conscience et d'énergie pour tout ce qui est vrai, pour tout ce qui est bien, pour tout ce qui est pur, plaise à St. Jean-Baptiste, le puissant défenseur du Canada, devant le tribunal de l'Infaillible Justice, de désarmer le bras du divin bûcheron, dans la poursuite de ses coups !
Et ses féaux clients ne cesseront de prier.
^. St. Jean a-t-il laissé quelque instruction spéciale relativetnent au Sacrement du Baptême, tel que devait V instituer Notre Seigneur Jésus- Christ ?
(i) Cujus vantilabrum in manu sua et permundabit aream suam et congregabit triticum suumin horreum, paleas autem comburet igni inextinguibili. — Math, ÎIl. 12. (2j Jam enimsecuris ad radiceni arboium posita est (Math III. 10
LE BAPTEME.
J?. Oui. — 11 a précisément indiqué tout le côté surnaturel des dispositions dont l'âme doit être pénétrée, quand elle reçoit ce grand Sacrement; et par conséquent, lorsque, l'ayant reçu, dès notre naissance, par la grâce que Dieu nous a faite en nous don lant des parents catholiques, nous correspondons à cette insigne faveur de toute la force active de notre âme. C'est là une condition iidispensable de salut. Nous ne saurions, en effet, — on ne peut assez le répéter, — mériter l'honneur d'être appelés et de nous dire catholiques, que si nous savons nous en rendre compte à nous-mêmes, comme si, ne l'étant pas, .il s'agissait pour nous de le devenir. Retour sur soi, et contrôle intérieur de sa propre conscience qu'on oublie si souvent !
Cette fois, Jean s'adresse à tous ; — Le texte sacré le marque expressément, et il dit : " Pour moi, c'est dans l'eau que je vous baptise, mais il en " viendra un autre que moi, plus fort que moi, puisque je ne suis seulement " pas digne de délier la courroie qui attache sa chaussure, et lui, il vous bap- " tisera dans l'Esprit-Saint et dans le Feu. " (i)
"L'Esprit et le Feu / — C'est bien là, en effet, ce q^ui doit perpétuer en nous la vertu sacramentelle de l'Eau baptismale, qui nous a lavés de la souillure héréditaire. — U Esprit, l'Esprit Saint, qui nous donne l'intelligence de tous nos devoirs et la force morale de leur accomplissement ; et le Feu, c'est-à-dire, le Cœur à l'œuvre, l'étincelle qui féconde, ce que le langage populaire appelle le Feu Sacré ; — l'Esprit, dont l'Esprit Sanctificateur luimême à fait dire et répéter par St. Paul, le grand Docteur des nations ; qu'il vivifie, tandis que la Lettre ne fait que tuer, " (2) car " l'intelligence de l'Esprit vient de Dieu et l'ineptie de la Lettre vient des hommes " (3). — Cette maxime de l'éternelle vérité trouve son application à tout en ce monde ; — et le Feu, qui n'est autre que la Charité, la Charité, qui domine tout ; " qui est caressan::e de la vérité en toute liesse ; qui sait tout souffrir et " tout croire, tout espérer et tout soutenir, qui survit à tout, et qui resterait " debout sur les ruines du monde, quand bien même les prophéties s'éva- " nouïraient ; quand bien même les langues viendraient à disparaître et la " science à tomber en décomposition " (4). Dans un des plus beaux chants
(i) Rsspondit^oannes dicens omuibas : Eg) quidem aqua baptizo vos. Veniet autem fortior me, cujus nan sum dignus solvere corrigiam calceamsntoruin ejus. Ipse vos baptizabit in spiritu sancto et igni. — Luc, III. 16
|2) Non ittera sed spiritu ; littera enim occidit, spiritus autem vivificat. — II, Cor III. 6
(3) Circumcisio cordis in spiritu non liUera cujus laas non hominibus, sad ex Deo est. — J?of)i, Il 22.
(4! Congaudet autem veritati. Omnia suffert, omnia crédit, omnia sperat. omnia suslinet — Charita-s numquam excidit, sive prophetiae evacuabuntur, sive linguae, ccssabunt, sive scienf.a destruelur (I Cor. XIII. 7. 8.).
ST. JEAN-BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA
de l'Eglise en. l'honneur du St. Esprit, cette vertu surnaturelle du Baptême de l'Esprit et du Feu, en dehors duquel il n'y a vraiment pas de salut, est admirablement exprimée par ces trois mots programmatiques : Fons vivus, — Jgnis, — Charitas " (i).
" Quand une âme est frappée des foudres de la grâce, il se fait en elle ' un parfait embrasement. Cette grâce puissante, qui ne porte avec elle
* que feu et qu'amour brûle et consume tout ce qu'elle trouve d'humain
* et d'imparfait, tout ce qui s'oppose à cet amour qu'elle mène avec elle, ' comme un conquérant, pour triompher des cœurs. Elle abat toutes ' les fortifications que l'amour matériel et sensuel a élevées ; elle force les ' barrières et enfonce les portes de notre obstination, qui sont nos habitudes ' et nos manières d'agir, qu'on appelle propres parce qu'elles viennent
* de nous mêmes, et non pas de Dieu ; elle renverse les maximes contraires ' à la simplicité de l'esprit de Dieu, les déterminations qui ont été formées ' par notre propre volonté, et qui sont fondées en l'ancien usage que notre ' nature a de se satisfaire et d'agir à sa mode, à quoi nous sommes entière-
* ment attachés, par ce que c'est notre coutume et notre manière d'agir."
" Cela étant renversé, ce feu se prend à la dernière palissade dressée ' par notre amour-propre. C'est cette activité qui nous est si naturelle, que
* nous faisons paraître "fen toutes choses, et qui est bieti la citadelle ennemie de ' r activité de Dieu. Quand la grâce l'a une fois arrachée, et qu'elle
* est réduite en cendre, alors ce feu céleste est le maître et règne absolument
* dans l'âme. Il va de chambre en chambre, parcourant toutes les facultés. ' Il y consume tout ce qui lui reste de propre, de sentiments, de vues, ' d'affections, d'inclinations et d'instincts terrestres, matériels et grossiers ; ' il abat toutes les résistances occultes, et il change tout en la belle unifor- ' mité de l'amour de Dieu et de l'amour en Dieu. "
" L'âme possédée de ce feu, pénétrée de cet amour, sent une tendresse " et une ardeur extrêmes pour Dieu, avec une familiarité surprenante ; et " Dieu, de son côté, ne trouvant plus rien en elle qui la rende désagréable à " ses yeux, se plaît à demeurer en elle et la gagne par ses largesses et par sa ** douceur. Il se donne lui-même à elle, n'ayant rien de meilleur à lui " donner, et vint, en véritable Epoux, la réjouir et la caresser, par ses conso- " lations et par une intime application de sa bonté, que l'âme sent en soi et " qu'elle goûte pleinement en vertu de ce feu sacré qui la brûle."
(i). Hymne du Veni Creator.
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" De plus, à la faveur de celte même flamme, elle voit toutes les créatu- " res et tous les effets de la puissance divine en elles, d'un autre air qu'elle '* les voyait auparavant, Elle y découvre ce qu' elle n'y avait jamais aperçu^ *' c'est-à-dire, des rayons du premier Etre, des vestiges sensibles des perfec- " tions de Dieu, de sa bonté, de sa majesté, de sa force, de sa justice ; " et tous les objets qui se présentent à elle, de toutes parts, lui donnent de " nouvelles lumières pour connaître Dieu et une nouvelle ardeur pour '* l'aimer."
" // fCest personne qui ne doive souhaiter cette claire cominunication *' que Dieu désire avoir avec les âmes, puisqu'elle est un si grand moyen ** pour le connaître et pour le servir purement et parfaitement."
" Ce que je vous écris ici, c'est à tous ceux de votre famille que je le " dis ; vous les en assurerez s'il vous plaît. " (i)
En résumé, cette façon de s'appliquer la grâce du Baptême porte, dans la vie morale, un bien beau non ; c'est celui de Générosité. Et c'est là, en toute réalité, une éminente vertu sociale, car, — son étymologie elle-même l'indique, — la Générosité est le principe générateur de V activité. — " Sainte Générosité ! qui donne à l'âme cette trempe vigoureuse, qui la " rend capable des plus héroïques sacrifices ! — Sainte Générosité ! qui " ambitionne les plus bas emplois, qui embrasse les plus durs travaux, se " plait avec les caractères les plus acariâtres, sympathise avec les humeurs les " plus fâcheuses, vit en paix avec toute sorte d'offices et toute sorte de per- " sonnes. — Sainte Générosité ! qui accepte humblement les corrections *' les plus répugnantes à la nature, reçoit courageusement les humiliations " les plus terribles à l' amour-propre, baise amoureusement la main qui " châtie, bénit modestement la main qui outrage ! — Sainte Générosité ! " qui coule de la croix comme une sève féconde, et vivifie les vraies plantes " du Calvaire." (2)
!Z). V Evangile présente-t-il quelque autre particularité dans cette phase de la vie de St. y-ean-Baptiste ?
a. Oui, deux autres petites particularités, que nous ne craignons pas d'appeler Canadiennes, en ce qu'elles semblent avoir, pour le Canada Catholique, une portée toute spéciale, et qu'elles peuvent former pour
II) Lettre du Père Jean-Joseph Surin, à M. Dussault, Conseiller au siège présidial de Gvuenne, 15 octobre 1562.
(2) Monseigneur Ignace Bourget. — Mandement du 8 Septembre 1850,
ST.-JEAX BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA
les habitants de cette contrée, le sujet des méditations les plus appropriatives et des enseignements les plus pratiques.
^. Quelle est la première de ces particularités Canadiennes ?
^. Elle est contenue dans les détails que nous donne l'Evangile sur le genre de vie personnelle que menait St. Jean Baptiste, quand il accomplissait son ministère de baptême et de prédication. " Son vêtement, " dit le texte sacré, " était fait de poil de chameau ; il portait autour des reins une " ceinture de pelleterie, et sa nourriture se composait de sauterelles et " de miel sauvage." (i)
En bons Canadiens, en Canadiens de St. Jean Baptiste qui, fidèles à leur Patron du Ciel, répètent sans-cesse avec lui : " Il y en a un plus fort " que tout et que tous — "■ Fortior, " — et nul n'est digne de délier sa '' chaussure, " les Catholiques de ce pays, devraient, devant cette peinture de la vie du Pi'écurseur, se confondre en actions de grâces envers cette bonté de " Notre Père qui est au Ciel,'''' à laquelle ils doivent d'être nés sur un sol qui leur produit si abondamment les ressources de la nourriture et du vêtement. Or, de ces resssources la suffisance pacifique et dépouillée de toute inquiétude du lendemain (2) est un vrai précepte usuel de la vie chrétienne, comme l'indique St. Paul à Timothée, l'ami de son cœur (3) et devrait servir, pour toutes les fortunes, d'unique base aux légitimités des soucis temporels.
Et lorsque quelques pauvres esprits, chagrins et vaniteux, aigris et tourmentés, envieux et possédés d'une soif malsaine d'enrichissements, viennent dire aux Canadiens : " Si vous ne vous jetez pas à corps perdu dans l'exploitation de vos richesses naturelles, fût-ce au prix de votre âme ; si vous ne faites pas un Dieu de V Industrie, une religion du trafic ; si vous ne consacrez pas à la production de l'argent ce que vos pères consacraient à la propagation de leur Foi et à la garde de leur honneur national ; si vous ne concentrez pas tout votre patriotisme à lutter avec vos entreprenants voisins, sur le terrain du progrès et des intérêts matériels, vous êtes un peuple en décadence, un peuple indigne de vivre ; " — oh ! que les vrais canadiens n'écoutent pas ces " hommes-séducteurs," car c'est la voix du Tentateur qui parle par leur bouche. — Le Tentateur disait au Christ: "Tu n'as qu'à
(i) Et erat Joannes vestitus pilis cameli et zona pellicea circa lumbos ejus et locustas et mel sylvestre edebat. — Marc I, 6.
(2) Panem nostrum quotidianiim da nobis hodie. — Luc XI, I-3.
(3) îlabenccs autem alimenta et quibus tegamur, his contenti siinus. — Tim, VI, 8.
LE BAPTEMF. y^V^^
ordonner, et les pierres se changeront en pains" (i) ; et le Christ répond au Tentateur : " L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu." (2) — Le Tentateur disait au Christ : " Jette toi du haut du Temple en bas. Que risques-tu ? Les Anges te recevront dans leurs mains, et tu ne te blesseras pas seulement le pied contre ime pierre; (3) Et le Christ répond au Tentateur : " Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu" (4) — Le Tentateur disait au Christ: "Je te donnerai tous les royaumes du monde et leur gloire, si tu consens à m'adorer." (5) ; Et le Christ expulse le Tentateur : — " Va-t-en, Satan ! car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu ne serviras que lui seul." (6) — Oh ! c'est bien cela en vérité ! — Cette adoration de la Déesse Industrie, pour posséder les royaumes du monde et leur gloire, ces hasards, ces risque-tout, ces sauts-périlleux du pinacle des édifices séculaires, ces rêves de transmutation des pierres en pains, c'est-à-dire, de toute sueur en or : voila leur dogme, voila leur morale et voila leur culte ! voila leur foi nationale et leur drapeau ! !
" Pour mieux connaître ces hommes séducteurs, écoutons l'Apôtre „ St. Jude, qui nous en fait un portrait frappant, en nous assurant que ce " sont des hommes qui ne cherchent qu'à se satisfaire eux-mêmes, tout en se " vantant de ne chercher que les intérêts des peuples. — " Se?netipsos pas- " centes ; — ' ' qu' ils sont des nuages sans eau, que le vent emporte avec rapidité, ** parce qu'ils n'ont aucun principe fixe, — " Nubes sine aqua, quœ a vends " circiwiferuntur ; " que ce sont des arbres d'automne, qui ne portent aucun *' fruit, qu'ils sont doublement morts et qu'ils sont entièrement déracinés ; " — Arbores autumnales, infructuosœ, bis mortuœ, eradicatœ ; " qu'ils res- " semblent aux flots d'une mer en fureur qui ne viennent se briser sur " le rivage que pour y laisser l'écume du désordre et de la confusion. — " Fluctus feri maris despumantes suas con/usiones" ; — que ce sont des astres " errants, qui n'ont à attendre pour toujours qu'une tempête terrible, au " milieu des ténèbres les plus épaisses, — " Sidéra errantia quibus procelîa " tenebrarum servata est in œternumy J-ud. — 12, ij. (7)
(i) Die et lapides isti panes fiant. — Mat A. IV, 3.
(2) Non in solo pane vivit homo sed in omni verbe quod procedit de ore Dei. — Math.
ly^ 4.
(3) Mitte te deorsum. Scriptum est enim quia angelis suis mandavit de te et in manibus toUent te, ne forte offendas ad lapidem pedem tuum. — Math. IV, 6,
(4) Non tentabis Dominum Deum tuum. — MaUh. IV, 7.
(5) Omnia régna mundi et gloriam eorum Haec omnia dabo tibi, si cadens
adoraveris me. — Math. IV, 8-9.
(6) Vade Satana. Scriptum est enim : Dominum Deum tuum adorabis et illi soli servies. — Math. IV, 10.
(7) Mgr. Ignace Bourget, Ev. de Montréal. — Lettre Pastorale du 10 Mars 1858.
ST. JEAN-BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA
Toutes ces séductions de r Esprit ftioderne, ne tendent en réalité, qu'à une chose ; c'est à faire du Canada une pâle étoile de plus à la matérialiste constellation de la Puissance Yankee.
Un instant, une fraction de cette vaste Puissance, qui craque de partout et qui s'effondrera dans la corruption et dans la mort, si le Catholicisme ne lui insuffle une force nouvelle de résurrection et de vie, a marqué son drapeau du Signe de la Croix. C'était le drapeau du Sud, qui poussé, malgré lui, et d'une façon presque inconsciente, par une force chrétienne, — pourquoi ne pas dire, catholique ? — n'a pas su en comprendre, hélas ! toute la grandeur et toute la portée. Suivant mie légende poétique, répandue parmi ces vaincus, qui ont été écrasés bien moins par le fer que par l'or. — Toujours l'or et toujours son adoration ! — le drapeau du Sud ne s'est point rendu, n'a point été abattu, mais il est remonté vers les nuages, reportant au Ciel ses étoiles alignées dans le symbole du Crucifié, sur le Labarum blanc. Il en redescendra peut-être un jour, mais ne triomphera que s'il sait abriter, de ses plis, la liberté de l'Eglise, seule gardienne et seule garantie de la liberté des Peuples. La cause du Sud, par ces affinités de l'honneur qui sont restées si vivaces au cœur des nations chrétiennes, a eu, dans le temps, toutes les sympathies du Canada; et, — fait bien remarquable dans l'histoire, — Notre Saint Père le Pape, Pie IX, est le seul Souverain régnant de l'Europe qui ait accueilli avec une fraternité paternelle la députation que les hommes d'Etat Confédérés ont eu d'ailleurs le généreux bistifict de lui envoyer,
Toujours est-il, — et quelque soit, d'ailleurs, l'avenir de la Nationalité Canadienne ; — ayant pour Patron, St. Jean-Baptiste, son devoir, le premier de ses devoirs, si elle veut vivre la vie qui lui a été donnée, est d'opposer aux perfides insinuations mercantiles, traficantes et positivistes qui l'obsèdent de toutes parts, les paroles que criait le Divin Précurseur, vêtu de peaux de bête, sur les rives du Jourdain ! " Celui que Dieu envoie parle la parole de " Dieu, car Dieu donne son Esprit sans mesure. — Le Père aime le Fils et " lui a tout donné en main. — Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; *' celui qui est incrédule au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu " demeure sur lui. " (i)
^. ' — Quelle est la seconde particularité Canadienne que nous devins méditer dans la phase de la vie de St. Jean se rapportant au Baptême ?
(i) Quem enim misit Deus, verba Dei loquitur ; non enim ad mensuram dat Deus spirituiu, — Pater dili;^it Filium et omnia dédit in manu ejus — Qui crédit in Filium habet vitam BCternam : Qui aut^m incredulus est Filio, non videbit vitam, sed ira Dei naanet super eum [Juan I, 11,34, 35, 36.)
LE BAPTEME. ^^-
JP. — Cette autre particularité Canadienne n'est pas indiquée textuellement dans l'Evangile, mais elle ressort victorieusement de tout l'ensemble de cette grande mission du Baptême exercée par le Patron du Canada.
Or, il est un vice canadien qui frappe d'un douloureux étonnement tous les chrétiens qui abordent parmi cette population pourtant si chrétienne, — sujets britanniques ou étrangers ; — c'est un Blasphème spécial à la langue canadienne-française ; le Blasphème par le Baptême !
Le Blasphème est bien certainement un des plus grands crimes qui se puissent commettre ; c'est un crime de gratuite malice, *' injurieux au ciel et exécrable à la terre " (i), comme dit, dans sa paternelle indignation, le Vénérable Evèque de Montréal, ce Pasteur vigilant sans cesser d'être combattant ; — ce qui est la fine fleur du patriotisme, — ce beau vieillard canadien qui réalise si bien le mot de St. Jean que nous citions plus haut : '' Celui que Dieu envoie parle la parole de Dieu ; " — mais, quand on a le Saint Baptiste pour Patron, blasphémer par le Baptême est une habitude qui peut à peine se concevoir. — Il n'est pas besoin d'insister davantage sur la nécessité d'extirper du peuple cet infâme vice de son langage, qui n'est vraiment qu'une ironie de l'Enfer, et dont l'inepte le dispute à l'odieux.
PRIÈRE
0 Trinité Eternelle de Dieu, Notre Père qui êtes au Ciel, — Pater NoSTER QUI ES IN CŒLis ; — Jésus SOU Fils Unique, fait Homme par miséricorde envers chacun de nous, Christ, seul vrai Roi surnaturel de toutes les nations du fnonde ; et Vous, Esprit-Saint, qui procédez du Père et du Fils, par la vertu incofnpréhensible de V incotnmefisurable amour, qui, seul, pouvez éclairer nos intelligences^ féconder nos volontés, pacifier, purifier et sanctifier nos cœurs ; Vos volontés sont sublimes ; elles sont uniformément rigoureuses en vous, mais toujours, de votre part, compatissajites à f avenant, pour nous-mêmes. Elles sont multipliées, tnultipliêes comme votre harmonie céleste, mais, en même temps, wies, comme votre essence divine. Elles se rapportent à tout ce qui existe, à tout ce qui a vie, à tout ce qui s'unit, s' associe et s' engendre, dans tout ordre d'idées, de sentiments et d actes ) mais aussi, vous ne manquez jamais de nous inarquer du doigt le signe auquel nous pouvons les reconnaître ; c'est que la terre devienne dans leur accomplis-
(i) Mandement du 6 mai 1853.
ST.-JEAN BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA, /V
sentent, la traduction de leur dictée du Ciel. Voilà ce que vous voulez ; nous le voulons avec vous, mais donnez-nous la grâce de le vouloir encore et toujours davantage, afin que nous ne mentions jatnais, en vous disant : " Que votre volonté soit faite, sur la terre comme au ciel." — Fiat voluntas tua sicut in