‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 10 sur 71 · DEPUIS LE DIMANCHE DES RAMEAUX JUSQU'A LA CÈNE · texte numérisé non relu

DEPUIS LE DIMANCHE DES RAMEAUX JUSQU'A LA CÈNE

PREMIER JOTJR.

Entrée triomphante de notre Seigneur dans Jérusalem : il y est reconnu roi, fils de David, et le Messie. Joan. xn. g2 — 20. Matth. xxi. 1 — 17. Marc. XI. 1 — 17. Luc. xix. 28 — 48.

Toutes ces lectures nous apprendront l'entrée triomphante de Jésus dans Jérusalem, ce qu'il y fit,

et ce qu'il y dit. La tradition de l'Eglise met cette entrée au premier jour de la semaine, qui est un dimanche, qu'on appelle pour cette raison le dimanche des Rameaux: Dominica in ramis Palmarum.

Quoique le premier avènement de Jésus-Christ, contre l'attente des Juifs, dût se passer en humilité, il ne devoit pas être destitué de cette gloire et de cet éclat que les Juifs attendoient. Cet éclat étoit nécessaire pour leur faire voir, que tout humble qu'étoit le Sauveur, et tout méprisable qu'il paroissoit selon le monde, il y avoit dans ses actions et dans sa personne de quoi lui attirer la plus grande gloire que les hommes puissent donner sur la terre, et jusqu'à le faire roi, si l'ingratitude des Juifs, et une secrète dispensation de la sagesse de Dieu ne l'eût empêché.

C'est donc ce qui parut à cette entrée, la plus éclatante et la plus belle qui fut jamais, puisqu'on y voit un homme, qui paroissoit le dernier de tous les hommes en considération et en puissance, recevoir tout d'un coup de tout le peuple, dans la ville royale et dans le temple, des honneurs plus grands que n'en avoient jamais reçu les plus grands rois. Yoilà donc cet éclat dont nous parlons : mais le caractère d'humiliation et d'infirmité, inséparable de l'état du Fils de Dieu sur la terre, n'y devojt pas être oublié; et nous l'y verrons aussi, après que nous aurons auparavant considéré le caractère de gloire et de grandeur.

Il faut donc savoir que le Fils de Dieu, quoiqu'il parût à l'extérieur le dernier des hommes, étoit né pour être roi de la manière du monde la plus

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admirable et la plus auguste, puisque c'étoit par l'admiration que causoient ses exemples, sa sainte vie, sa sainte doctrine, ses grands ouvrages, et ses miracles, sans aucun autre secours. Le Sauveur avoit paru par ces merveilles si secourable au genre humain, que les troupes oublioient tout pour le suivre avec leurs femmes et leurs enfans, jusqu'aux déserts les plus éloignés, sans songer à aucun besoin : et Jésus en ayant nourri avec cinq pains d'orge et deux poissons jusqu'à cinq mille ', sans compter les femmes et les enfans, ils furent tellement ravis, qu'ils vouloient venir en foule pour le faire roi, et le reconnoitre pour le Christ. On eût donc vu dès lors quelque chose de l'éclat qui a paru aujourd'hui, si Jésus, qui avoit ses temps réglés pour toutes choses, ne se fût retiréh\en avant dans le désert pour l'empêcher (l). Mais au jour des Rameaux, il lui plut de laisser éclater l'admiration que les peuples avoient pour lui. C'est pourquoi ils accoururent au-devant de lui avec des palmes à la main, criant hautement qu'il étoit leur roi, le vrai fils de David qui devoit venir, et enfin le Messie qu'ils attendoient. Les enfans se joignoient à ces cris de joie; et le témoignage sincère de cet âge innocent, faisoit voir combien ces transports étoient véritables. Jamais peuples n'en avoient tant fait à aucun roi : ils jetoient leurs habits par terre sur son passage ; ils coupoient à l'envi des rameaux verts pour en couvrir les chemins ; et tout, jusqu'aux arbres, sembloit vouloir s'incliner et s'abattre devant lui. Les plus riches tapisseries,

(«) Matih. xiv. i3,2i. Joan. vi. i4, i5.

qu'on ait jamais tendues à l'entrée des rois, n'égalent pas ces ornemens simples et naturels. Tous les arbres ébranchés pour l'usage qu'on vient de voir; tout un peuple qui se dépouille pour parer en cette manière le chemin où passoit son roi, fait un spectacle ravissant. Dans les autres entrées, on ordonne aux peuples de parer les rues ; et la joie, pour ainsi dire, est commandée. Ici tout se fait par le seul ravissement du peuple. Rien au dehors ne frappoit les yeux : ce roi pauvre et doux étoit monté sur un ânon, humble et paisible monture; ce n'étoit point ces chevaux fougueux, attelés à un chariot, dont la fierté attiroit les regards. On ne voyoit ni satellites, ni gardes, ni l'image des villes vaincues, ni leurs dépouilles, ou leurs rois captifs. Les palmes qu'on portoit devant lui marquoicnt d'autres victoires; tout l'appareil des triomphes ordinaires étoit banni de celui-ci. Mais on voyoit à la place les malades qu'il avoit guéris, et les morts qu'il avoit ressuscites. La personne du roi, et le souvenir de ses miracles faisoient toute la recommandation de cette fête. Tout ce que l'art et la flatterie ont inventé pour honorer les conquérans dans leurs plus beaux jours, cède à la simplicité et à la vérité qui paroissent dans celui-ci. On conduit le Sauveur avec cette pompe sacrée par le milieu de Jérusalem jusqu'à la montagne du temple. Il- y paroît comme le seigneur et comme le maître, comme le fds de la maison, le Fils du Dieu qu'on y sert, ainsi que nous verrons. Ni Salomon qui en fut le fondateur, ni les pontifes qui y oflicioient avec tant d'éclat, n'y avoient jamais reçu de pareils honneurs.

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Arrêtons-nous ici, et donnons le loisir de considérer le détail de ce grand spectacle.

IIe JOUR.

Le règne de Jésus-Christ sur les esprits et sur les cœurs, par ses miracles, par ses bienfaits et par sa parole. Joan. xn. 12 — 19. Matth. xxi. 1 — M. Marc. xxi. 1 — 18. Luc. xix.

Ce qui attira au Sauveur toute cette gloire, ce fut le bruit de ses miracles, et en particulier celui de Lazare ressuscité, qui venoit d'être fait à la porte de Jérusalem. Car toute la troupe qui étoit avec lui lorsqu'il le fit sortir du tombeau, où il pourrissoit, lui rendoit témoignage : et c'est pour cela que la troupe de ceux qui étoient venus à Jérusalem pour y célébrer la fête de Pâque, accourut au devant de lui, parce qu'ils avaient appris qu'il avoit fait ce miracle 0). On célébroit aussi ses autres miracles, dont la réputation avoit rempli toute la Judée. Et pendant qu'il descendait la montagne des Olives, les troupes de ses disciples, saisies dune joie subite, se mirent à louer Dieu de toutes les guérisons, et de toutes les merveilles qu'ils avoienl vues (2).

Sa doctrine demeuroit aussi confirmée par ses miracles; car il les avoit faits expressément en témoignage de sa mission, et de la vérité qu'il annonçoit. Mon Père, avoit-il dit en ressuscitant Lazare,

(•) Joan. xn. 17, 18. — (a) Luc. xix. 37.

je sais que vous m' écoutez toujours; mais je parle ainsi devant tout ce peuple, afin qu'ils croient que vous ni avez envoyé fl). Et dès le commencement de sa prédication, il avoit dit aux docteurs de la loi : Lequel est le plus facile de dire à un paralytique : Tes pèches te sont remis, ou de lui dire : Lève-toi y prends ton lit sur tes épaules, et marche? Or, afin que vous sachiez que le Fils de P homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés : Lève-toi, mon fils, dit-il au paralytique, et va-t'en en ta maison (2). C'est pourquoi il joignoit ensemble la prédication de l'Evangile et la guérison des maladies. // alloit par toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, et préchant l'Evangile du royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité parmi le peuple (3). C'est aussi ce qui lui attiroit cette grande réputation, et amassoit tant de monde autour de lui; car, ajoute le même évangéliste, sa réputation se répandit dans toute la Syrie, et plusieurs troupes le suivoient de la Galilée, et de la Décapole, et de Jérusalem, et de la Judée, et du pays d'au-delà le Jourdain (4). Ce furent donc ces troupes qui le suivoient qui commencèrent ces cris de joie, auxquels tout Jérusalem et tout le reste du peuple applaudit.

Sa doctrine ainsi confirmée, lui attiroit cette admiration, et la réputation d'un grand prophète; et il y avoit aussi dans ce qu'il disoit un caractère d'autorité, et une efficace qu'on n'avoit pas encore vue

(«) Joan. xi. 4 i, 4a- — M Matth. ix. 5. 3Iarc. il, 9, io, 11. Luc. v. 23, 34. — (3) Matth. iv. a3. — (4) Ibid. 24, a5.

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parmi les hommes. Car il les enseignoit comme ayant autorité et puissance, et non comme leurs docteurs et les pharisiens ;1). Tout le monde l'appeloit Seigneur et Rabbi f2); c'est-à-dire, maître, quoiqu'il n'eût étudié sous aucun docteur de la loi, et qu'il n'eût fait aucune des choses qui donnoient ce titre parmi les Juifs. Tout le peuple étoit suspendu, et ravi en admiration en l'écoutant (o) : et on ne pouvoit douter qu'il ne fût celui à qui le Psalmiste avoit chanté : 0 le plus beau des en/ans des hommes ! la grâce est répandue sur vos lèvres (4). On quittoit tout pour l'entendre, tant le charme de sa parole étoit puissant, et tant on étoit non-seulement touché, mais ravi de f agrément de ses discours, et des paroles de gréice qui sortoientde sa bouche; car tout le monde lui rendoit ce témoignage 5). Et ce n' étoit pas seulement ses disciples qui lui disoient : Maître, à qui irons-nous ? Vous avez les paroles de vie éternelle '-''J : mais encore ceux qui venoient avec ordre, et dans le dessein de le prendre, étoient pris eux-mêmes par ses discours, et nosoient mettre la main sur lui ' : en sorte que les pontifes, et les pharisiens qui les avoient envoyés, leur demandant : Pourquoi ne Pavez-vous pas amené? ils leur répondirent : Jamais homme n'a parlé comme cet homme S; : ce qui fit que les pharisiens étonnésleurdemandoient : ÎYevoulez-vous pas aussi vous laisser séduire comme les autres (9)? Mais ces docteurs et ces pharisiens eux-mêmes, qui

(«) Matth. vu. 29. — (>) Joan. m. ?. — (3) Luc. xix. 4S. — U Ps. xliv. 3. — C5) Luc. iv. 11. — («; Joan. vi. 6y. — \i) Ibid. vu. 44- — («) Ibid. 45, 46. — (») Ibid. 47.

méprisoicnt tant ceux qui croyoient en lui, et ne lui partaient que pour le surprendre, ne savoient eux-mêmes que lui répondre; car il leur fermoit la bouche par des réponses précises et décisives, et iià ri osaient plus l'interroger (l).

Yoilà donc ce règne admirable prédit dans le Psaume; et tous les peuples gagnés au Sauveur par le charme de sa parole, et par la grâce répandue sur ses lèvres. Le prophète y ajoutoit celle de la. vérité qu'il annonçoit, de la justice dont H étoit le parfait modèle, de la douceur m et de la bonté avec laquelle il guérissoit tous les malades; ne faisant servir sa puissance que pour le soulagement des malheureux et de tout le genre humain.

Qui jamais avoit régné de cette sorte? Mais c'est ainsi que Jésus régna. Ainsi sa doctrine et ses miracles firent tout l'effet extérieur qu'ils dévoient faire naturellement sur tous les esprits. On le suivoit, on l'admiroit, on lui applaudissoit, on le recevoit avec des cris de joie : il n'y avoit que ses envieux qui frémissoient, et qui néanmoins n'osoient parler. Mais d'où vient donc qu'il eut si peu de véritables disciples? D'où vient que les cris qui l'envoyoient à la croix : Crucifiez-le, crucifiez-le (J), suivirent de si près ceux qui le célébroient comme le fils de David? et que l'on compte à peine sixVmgts hommes parmi les frères, c'est-à-dire, parmi les disciples qui se renfermèrent dans le cénacle pour recevoir le Saint-Esprit? C'est que les disciples de Jésus-Christ ne sont pas ceux qui l'admirent, qui le louent, qui le célèbrent, qui le suivent même

(«) Malth. xxn. '.5 — (*) Ps. xliv. 5, S. — C3) Joan. xix. 6.

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à l'extérieur, et jusqu'à un certain point; mais ceux qui le suivent au dedans et partout, qui observent tous ses préceptes, qui portent sa croix, qui se renoncent eux-mêmes. Et le nombre en est polit : et il faut, outre les attraits de la parole et des miracles, une parole intérieure que tout le monde ne veut pas entendre, et un miracle qui change les cœurs, dont notre orgueil et notre mollesse empêchent l' effet.

Soyons donc de vrais disciples de Jésus : Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples, et vous connoitrez la vérité ', et la vérité vous affranchira ,l}. Et encore : Mon Père sera glorifié, en ce que vous rapporterez beaucoup de fruit, et c/ue vous serez mes vrais disciples ("2), des disciples dignes de ce nom. Et enfin : Celui qui m'aime, dit-il, est celui qui garde mes commandemens (5). Les autres peuvent me louer, m'admirer, me suivre au dehors, et se glorifier d'être mes disciples : car on se fait toujours beaucoup d'honneur d'avoir un tel maître ; mais ils ne m'aiment pas, et je ne les connois point, ni je ne les mets au rang des miens.

IIIe JOUR.

Entrée triomphante de notre Seigneur. Tout enavoit été prédit jusqu'aux moindres circonstances. Jbid.

Considérons ce que fit Jésus pour préparer son entrée.

(') Joan. vin. 3i, 3a — ' Ibid. xv. 8. — W Jbid. wi. ai.

Comme il étoit en Bethphagé, proche'de Béthanie, dans le penchant du mont des Olives, presque à la porte de Jérusalem, comme on a vu, il envoya deux de ses disciples, avec ordre de lui amener une ânesse et son ânon, qu'ils trouveroient dans un certain château, qu'il leur montroit vis-à-vis d'eux. Si le maître y apportoit quelque obstacle, il n'y avoit qu'à lui dire : Le Seigneur en a besoin : et aussitôt on les devoit laisser aller. Tout se fit comme Jésus l'avoit dit. Ils étendirent leurs manteaux sur ces paisibles animaux : et ils mirent Jésus sur l'ânon, que personne n'avoit jamais monté. Là commencèrent tout d'un coup ces cris de joie dont nous avons parlé. Ses disciples ne savoient pas le mystère de ce qu'ils faisoient; mais après que Jésus j ut glorifié, ils se ressouvinrent que toutes ces choses avoient été écrites de lui, et qu'ils les avoient accomplies sans y penser(,). Car il étoit écrit dans Zacharie : Ne crains point, fille de Sion : ton Roi doux et pauvre, juste et sauveur, vient à toi monté sur une dnesse et sur son dnon (2).

Jésus avoit tout prévu; et sachant les prophéties, il les accomplissoit toutes avec connoissance. C'est ce qu'il fit jusqu'à la mort; et c'est pourquoi, jusque sur la croix, voyant que tout s' accomplissoit, et qu'il ne lui restoit plus rien à accomplir durant sa vie que cette prophétie de David (5) : Ils m'ont donné du fiel ci boire : et, dans ma soif, ils mont abreuvé avec du vinaigre : il dit : J'ai soif'. On lui présenta le breuvage qui lui avoit été prédestiné :

(») Joan. xn. i5, 16. — (=) Zach. ix. y. Matth. xxi. 5. — (3) Ps.

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