‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 20 sur 71 · I.UC. XXI · texte numérisé non relu

I.UC. XXI

voit dans Josèphe, que lorsqu'une armée romaine traversoit la Judée, on obtenoit des princes qu'on n'y passât point avec les étendards, de peur de souiller d'idoles une terre qui n'en devoit jamais voir aucune. Mais à cette fois l'armée étaloit ses idoles : on n'avoit plus de ménagement pour la terre sainte : c'étoit là le commencement de la dernière hostilité contre Jérusalem, et le prochain présage de sa chute.

Chrétien, ton corps et ton ame sont la terre vraiment sainte, où jamais les idoles ne doivent paroître. Toute créature mise à la place du Créateur, c'est une idole abominable, une idole désolante : tout ce que tu aimes plus que Dieu, ou avec Dieu, ou au préjudice de Dieu, renverse son trône, ou le partage : c'est là le premier présage de ta perte. Toute désobéissance, tout ce qui lève l'étendard contre Dieu, c'est le commencement de ton malheur. De quelle affreuse désolation sera suivi ce désordre? de quels maux ne sera-t-il pas le présage?

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LXXP JOUR.

Deux sièges de Jérusalem prédits par notre Seigneur. Le premier en saint Matth. xxrv. 15, 16. Marc. xm. 14. Lue. xxi. 20. Le second en saint Luc.xix. 43, 44.

Ces paroles de saint Matthieu et de saint Marc : L'idole dans le lieu où elle ne doit pas être, et celles de saint Luc : Jérusalem environnée d'une armée, ne marquent pas encore le dernier siège de

sur l'évangile. 329

Jérusalem sous Tite, où elle péritsans ressource. Car les évangélistes disent ici : Quand vous verrez ces idoles, ce siège, fuyez dans les montagnes. Or, depuis le siège de Tite, il n'y avoit pas moyen de fuir, ni de sortir de la ville : car elle étoit tellement serrée de tranchées, de murailles et de forteresses, qu'il n'y avoit plus aucune issue. C'est ce siège par Tite que le Sauveur avoit prédit en entrant dans Jérusalem, lorsqu'il disoit avec larmes : Ville infortunée, tes ennemis £ environneront de tranchées, et te fermeront de toutes parts (1). Aussi ne leur parle-t-il pas alors, comme ici, de prendre la fuite; car il savoit bien qu'en cet état il n'y en auroit plus aucune espérance : mais d'une perte totale et d'un entier renversement , et pour la ville et pour ses en/ans (2). Ici donc il parle d'un autre siège, qui arriva à Jérusalem quelques années avant celui de Tite, lorsque Cestius Florus l'investit. Ces deux sièges sont bien marqués dans Josèphe, et trèsnettement distingués dans l'Evangile. Dans le premier, dont il est parlé dans les chapitres que nous méditons (3), on ne voit ni tranchées ni forts; mais seulement une armée qui se répand aux environs, et ce qu'elle avoit de plus détestable, c'étoit ses idoles. Dans le second, on voit des forts, des tranchées, et un siège dans toutes les formes. On pouvoit échapper dans la première occasion ; car les troupes n'arrivent pas tout à coup, et la garde n'est pas si exacte : dans la seconde, il n'y a rien à attendre qu'à périr.

(•) Luc. xix. |3. — [•) Ibid. !\t\. — (3) Malth. xxiv. Marc. xin. Luc.

On voit là deux états de l'ame. Lorsque le péché commence à l'investir, pour ainsi dire, et à répandre de tous côtés, comme des idoles, les mauvais désirs ; celte armée impure ne fait que nous entourer, de manière que nous pouvons encore échapper. Les tranchées, les forts, le siège en forme, c'est le vice fortifié par l'habitude. Fuyons dès le premier abord, dès que nous voyons paroître l'étendard du péché : car si nous lui laissons élever ses forts, et former ses habitudes, il n'y a presque plus rien à espérer.

LXXIP JOUR.

Réflexions sur les maux extrêmes de ces deux sièges. Ibid.

Si à ce premier abord de l'armée romaine, à cette première apparition de ses étendards et de ses idoles autour de Jérusalem, on ne prend la fuite vers les montagnes : si, sans en faire à deux fois, on n'emporte d'abord tout ce qu'on pourra, et de la ville et de la campagne : si l'on ne sort promptement de cette ville réprouvée, ou que ceux qui sont dehors osent y entrer; on sera ravag'- par ïépée : on sera traîné en captivité par toute la terre (,). La famine sera si horrible, que les mères malheureuses verront périr leurs enfans entre leurs bras. C'est en effet ce qui arriva à Jérusalem dans un si grand excès, que l'univers n'avoit jamais vu rien de semblable.

(») Luc. xxi. il\.

sur l'évangile. 331

Jésus -Christ prédit encore la même calamité allant au supplice. Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous et sur vos en/ans : parce qu'il viendra des jours ou ton dira: Bienheureuses les stériles : bienheureuses les entrailles qui n ont pas engeiulré, et les mamelles qui n'ont pas nourri (l). Qui est précisément la même chose qu'il marque ici par ces mots : malheureuses les mères : malheureuses les nourrices ('2) : et pour montrer l'excès de cette misère, il finit par ces paroles : Alors ils commenceront à dire aux montagnes : Tombez sur nous; et aux collines : Couvrez-nous : car si l'on fait ainsi au bois vert, à la justice, à la sainteté, à Jésus -Christ même, que fera-t-on au bois sec {0\ qui n'est plus bon que pour le feu ; et aux pécheurs destitués de tout sentiment de piété, qui n'ont plus à attendre que le dernier coup ?

Méditons ceci en tremblant, pécheurs malheureux! Pesons les maux qui nous sont prédits. Tout l'univers renversé sur nous, en sorte que les montagnes nous écrasent, et que les collines nous enterrent, ne sont rien en comparaison. Ce renversement, qui en lui-même paroit si affreux, devient désirable, à comparaison des maux qui nous attendent. Tombez sur nous, montagnes; enterreznous, coteaux. Plût à Dieu que nous en fussions quittes pour cela! De plus grands maux nous sont préparés : Dieu déploiera sa main vengeresse par des coups plus insupportables. Et en voici la raison : Si Jésus-Christ a tant souffert pour avoir seulement porté la ressemblance du péché, que sera-ce de

(•) Luc. xxiii. 2', :•■■.— Il d. \w. -2°i. — Ibul. uiu.3o.Si.

nous, en qui il a versé tout son venin, qui en portons au dedans de nous toutes les horreurs?

O Seigneur! chantoit le Psalmiste, vous avez donné un signe à ceux qui vous craignent, afin qu'ils pussent éviter Tare tendu contre eux (1). O Seigneur! vous avez aiguisé vos flèches, elles ne respirent que le sang : votre arc est prêt à tirer, et nos cœurs seront percés de vos coups : mais avant que de lâcher la main, vous menacez, vous avertissez, afin qu'on fuie votre colère menaçante : c'est le signe de salut que vous nous donnez. Mais vous ne le donnez qu'à ceux qui vous craignent : les autres, endormis dans leurs péchés, ne veulent pas seulement vous entendre, ni écouter d'autre voix que celle qui les porte au plaisir : mais ceux à qui il reste encore quelque crainte de vos jugemens, ô Dieu! qu'ils tremblent à vos menaces, afin qu'ils évitent vos coups.

Serpens, engeance de vipères, qui vous apprendra à fuir la colère qui vous pouî^suit&) ? C'est ce que saint Jean disoit aux Juifs. Jésus-Christ leur en dit encore beaucoup davantage; et il redouble ses menaces à la veille de sa mort, qui devoit causer tous ces maux à son peuple ingrat. 11 leur avoit montré tant d'amour; il avoit confirmé sa mission par tanl de miracles ; il leur dénonce encore le terrible châtiment qu'ils avoient à craindre, pour n avoir pas profité du temps où il les avoit visités (3). 11 leur prédit ces maux avec larmes, afin de leur faire voir qu'il n'en faisoit pas seulement une sèche prédiction. Ils sont

(0 Ps. lix.6. — (2) Matth. et Luc. ni. 7. — W Luc. xix. ^1, \i, 43, 44.

sur l'évangile. 333

insensibles : nous nous en étonnons; mais notre étourdissement n'est pas moins grand que le leur; étonnons-nous de nous-mêmes.

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