‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 22 sur 71 · LXXV* JOUR · texte numérisé non relu

LXXV* JOUR

Le mOme sujet.

Sans lecture, sans raisonnement étudié, je demande seulement ici que l'on considère, d'un cote,

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la main puissante de Dieu, qui pousse à bout toute la nature, les astres, les terres, les mers, et le courage de l'homme qu'il fait sécher de frayeur (,); et de l'autre, la même main, qui dans ce renversement universel relève de telle sorte le courage de ses enfans, que non-seulement ils ne tombent pas dans ce choc que souffre le monde, mais ils s'élèvent au-dessus de ces ruines. Regardez (2) : loin de vous cacher dans cette tempête, comme un autre Jonas, ouvrez tout, et considérez ce tumulte avec un regard assuré : loin de vous laisser abattre, levez la tête : et voyez tout au-dessous de vous.

Tel qu'un homme qui lève la tête au milieu des flots : tel que celui qui demeure ferme au milieu d'une maison qui tombe : ou celui qui voit d'un œil tranquille le chariot où tu es, que des chevaux emportés, après avoir secoué les rênes, et brisé leur mords, traînent deçà et delà; tel est le fidèle toujours immobile et inébranlable, au milieu de la nature troublée, et de ses mouvemens déconcertés; parce que le Dieu de la nature le tient par la main. Tu crains, Pierre, au milieu des flots, et tu ne connois pas celui qui te tient ! Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté (3) ?

Celui qui se fie en Dieu, est comme la montagne de Sion : celui qui a sa demeure dans Jérusalem, ne sera jamais ébranlé. Comme les montagnes sont a l'entour de Jérusalem, ainsi Dieu est à Ventour de son peuple pour le protéger^. La sainte montagne de Sion, inébranlable par la puissance de Dieu qui

(«) Luc. xxi. 25, 29. — (?) lbid. 28. — (3) Matth. xiv. 3i, — (4) Ps.

CXXÏV. I, 2.

sur l'évangile. 339

l'affermit, communique son immobilité et sa tranquillité à ses habitans.

Chantez aussi le psaume cxx, Levavi. oculos ; et apprenez à ne rien craindre sous la main de Dieu.

LXXVP JOUR.

Ces prédictions certaines : leur accomplissement proche : leur jour inconnu. Matth. xxiv. 34, 35, 36. Marc. xm. 30, 31, 32.

En vérité, en vérité, je vous le dis : Cette génération-ci ne finira point, jusqu'à ce que toutes ces choses-ci soient accomplies : le ciel et la terre passeront; mais mes paroles ne passewnt point. Mais pour ce jour et cette heure-là, ni les anges mêmes qui sont dans le ciel, ni le Fils, ne la savent pas; tu personne que mon Père (l).

Voilà deux temps bien marqués. Hœc, et Ma, en grec comme en latin , marquent deux temps opposés, l'un plus proche, l'autre plus éloigné. Cette génération-ci verra toutes ces choses-ci accomplies : GENERATIO H;EC : OMMAHEC : OMNIA ISTA : Mais pour ce jour-là, pour cette heure-la : De die autem illaet hora -.personne ne la sait. Comme s'ildisoit : Je vous ai parlé de deux choses : de la ruine de Jérusalem, et de celle de tout l'univers au jugement. Ce qui doit arriver dans la génération où nous sommes, et dont les hommes qui vivent doivent

(') Matth. \xiv. 34» 35, 56, Mai- ni 3o, 3i, 3a.

être les témoins, je vous en marque le temps; et cette génération ne passera pas, qu'il ne s'accomplisse. Voilà pour l'événement auquel nous touchons. Mais pour ce jour-là, ce jour où je viendrai juger le monde, personne n'en sait rien, et je ne dois pas vous le découvrir. Il est donc marqué clairement que la chute de Jérusalem étoit proche : et l'Eglise le devoit savoir. Mais pour ce jour-là, pour ce dernier jour, où tout l'univers sera en trouble, et où le Fils de l'homme viendra en personne, on n'en sait rien : on ne sait, ni s'il est loin, ni s'il est près : et le secret en est impénétrable, et aux anges qui sont dans le ciel, et à l'Eglise même, quoiqu'elle soit enseignée par le Fils de Dieu.

11 faut donc entendre ici, par les choses que le Fils ne sait pas, celles qu'il ne sait pas pour son Eglise, ni dans son Eglise, et qu'il ne doit point lui révéler, conformément à cette parole : Vous êtes mes amis y et je vous ai fait connaître tout ce que f ai ouï de mon Père (,) ; tout ce que j'ai ouï pour vous, tout ce qui étoit compris dans mon instruction. Ou, comme il dit ici : Je vous ai tout prédit (2), tout ce que je devois vous prédire. Le reste, je le sais bien par l'étroite société qui est entre mon Père et moi : mais je ne le sais pas par rapport à vous, et selon le personnage que je suis venu faire parmi les hommes.

Adorons l'impénétrable secret de Dieu, et renfermons-nous dans les bornes où il a voulu terminer les lumières de son Eglise.

Le Fils de Dieu doit venir comme un voleur.

(') Joan. xv. i5. — (') Marc, xm, a3.

sur l'évangile. 341

Mille ans de délai, c'est devant lui le délai dwi jour (1). Ce n'est point en devinant les momens que vous éviterez la surprise : il viendra de nuit, parmi les ténèbres , et sans bruit , comme un voleur ®\ deux choses qui rendent sa marche impénétrable. Voulez-vous donc n'être pas surpris ? veillez toujours : ne dormez jamais pour votre salut ; et vivez comme des enfans de lumière, sans participer aux œuvres infructueuses des ténèbres (3).

LXXVIP JOUR.

Le jour du jugement dernier n'a pu être inconnu au Fils de Dieu. Marc. xm. 32.

Sans entrer dans un esprit de curiosité et de dispute, permettez-moi, ô Jésus ! de vous demander, d'où vient que vous avez dit que personne ne connoit l'heure du jugement dernier, non pas même les anges, ni le Fils ? Car vous n'avez pas ignoré combien on abuseroit de cette parole qui a fait dire aux ariens, ennemis de votre divinité, que vous ignoriez quelque chose, même comme Dieu et comme Yerbe : et que vous n'étiez pas de même science, et par conséquent de même perfection ni de même nature que voire Père. Et néanmoins en nommant ceux qui ne savent pas la dernière heure, il vous a plu non-seulement de nommer les anges ; mais encore votre évangéliste saint Matthieu n'ayant nommé qu'eux, votre évangéliste saint Marc, instruit par

(0 //. Pet. in. 8, io. - /. Thess. v. a. 4. — {») Eph. v. 8. il.

saint Pierre, le prince de vos apôtres et le chef visible de votre Eglise, et votre Esprit qui les conduisoit, a voulu que nous sussions, que vous avez dit : Ni le Fi/s, ni autre que le Père (,).

Pour moi, mon Dieu ï je confesse avec votre apôtre saint Thomas, que vous êtes mon Seigneur et mon Dieu (2) : avec votre apôtre saint Paul, que vous êtes égal à Dieu ^ ; et Dieu béni au-dessus de tout C4) : et avec votre apôtre saint Jean, que vous êtes le Verbe, qui étoit au commencement avec Dieu, et qui étoit Dieu lui-même (5) : et que vous êtes le vrai Dieu, et la vie éternelle (6) : et enfin, avec toute votre Eglise catholique, que vous êtes le Fils unique de Dieu, coéternel et consubstantiel à votre Père. Et loin de croire que comme Verbe vous ayez pu ignorer quelque chose, et ignorer en particulier le jour du jugement, je ne veux même pas croire que vous ayez pu l'ignorer comme homme, et selon la dispensation de votre chair.

Et premièrement malheur à ceux qui osent dire, que vous qui êtes le Verbe, la parole, la raison, l'intelligence, la sagesse de votre Père; cette sagesse qui lui assistiez lorsqu'il a créé l'univers, avec laque/le il disposoit et composoit toutes choses (7), par qui toutes choses ont été faites (8), n'avez pas su de toute éternité ce qu'il devoit faire par vous. Or il devoit faire par vous toutes choses, et plus encore, s'il se peut, le siècle futur que le siècle présent ; puisque vous êtes celui dont il est écrit : que par

(0 Marc. xni. 32. — \%) Joan. xx. 28. — (3j Philip. 11, 6. — (4) Rom. ix. 5. — (5) Joan. 1. 1 . — (6) Ibid. v. 20. — (7) Sap. ix. 4, 9- — W Joan. i.3.

sur l'évangile. 343

vous // a fait même les siècles (1). Car n'est-ce pas dire clairement, que tous les siècles se développent par votre ordre, et sont disposés dès l'éternité par votre volonté ? Et si c'est par vous que tous les siècles sont faits, le dernier jour ne sera-t-il pas aussi votre ouvrage? Et ce jour auquel aboutit tout votre ouvrage, qui en est la consommation, qui en est la fin, sera-t-il le seul que vous n'aurez pas fait ? Ou l'ayant fait, sera-t-il le seul que vous n'ayez pas connu? Et ce jour, qui est le terme où se rapportent tous vos conseils, n'aura-t-il pas entré dès le commencement dans vos desseins ? Ou, y aura-til quelque chose que Dieu n'ait pas disposé par sa sagesse, ni ordonné par sa parole? quelque chose qu'il ait caché à celui qui est sa sagesse et son conseil? Et le Fils unique qui réside dans le sein du Père, n'y a-t-il pas vu ce secret? Personne n'a vu Dieu que lui , et c'est lui-même qui est venu nous r annoncer (i). Mais y a-t-il quelque chose dans le sein de Dieu, qui lui ait été caché? Erreur, impiété , blasphème ; retirez-vous : rentrez dans l'enfer dont vous êtes sortis. Car faudroitil dire encore que le Saint - Esprit , qui sonde , qui pénètre tout, et même les secrets et les prvfondeurs de Dieu (3), ce qu'il y a de plus caché dans ses desseins, n'aura pas vu un secret si important, ni connu le dernier jour? ou, que cet Esprit l'aura vu, pendant que le Fils de qui il prend, comme du Père (i;, l'aura ignoré? Absurdité pardessus l'impiété : que l'Esprit qui annonce Y avenir,

(«) Heb. 1. 1. — 00 Joan. i, 18. — O) 1. Cor. il. io7 Itv — WJoan. x v i 1 5

et qui distribue comme il veut les (lotis et les connoissances (1), n'ait pas tout dans la perfection qui convient au principe et à la source. Car il faudroit l'excepter comme Fils, s'il falloit prendre à la rigueur ce que vous avez prononcé : que ni les anges, ni le Fils ne savent ce jour, ni aucun autre que le PèfefK

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