LXXVI1I6 JOUR
Ce dernier jour est connu au Fils de Dieu ; mais non pas pour nous l'apprendre. Marc. xm. 32.
Je continuerai, ô mon Sauveur! à considérer en tremblant, cette parole que vous avez prononcée : Ni le Fils. Où est donc cette autre parole où vous disiez : Tout ce qua mon père est à moi {7>) ? Et celle-ci : Toutes c/ioses ont été mises entre mes. mains par mon Père : et personne ne connoit le Fils, si ce n'est le Père : et personne ne connoit le Père, si ce liest le Fils, et celui à qui il a plu au Fils de le révéler (4). Tout est commun entre votre Père et vous : et la connoissance du dernier jour ne vous sera pas commune ? Vous qui seul connoissez le Père, et qui seul le faites connoître à qui il vous plaît, ne l'aurez pas connu tout entier, ni pénétré tout son secret ! S'il faut excepter quelque chose dans la connoissance que vous avez de lui, il faudra donc excepter quelque
(0 /. Cor. j(ii. 4. — (2) Marc. xm. 32. — (3) Joan. xyi- i5. — (4) Matlh. xi. 27.
sur l'évangile. 345
chose dans celle qu'il a de vous ; puisqu'en parlant de cette connoissance incommunicable à tout autre qu'à vous deux, que vous avez l'un de l'autre, vous dites également : Nul ne connoit le Père, si ce ri est le Fils : et nul ne connoit le Fils, si ce ri est le Père? Tout vous est donné par le Père : le Père aime le Fils, et lui a tout mis entre les mains (1J : et vous ne saurez pas tout ce qu'il vous a mis entre les mains ! Mais comment cela se pourroit-il , puisque vous dites encore : Le Père aime le Fils, et lui montre tout ce qu'il fait (2) ? Ainsi avec le même amour qu'il lui donne tout, il lui montre tout aussi. Est-ce ici le seul endroit où il ait donné des bornes à son amour? la seule connoissance qu'il lui ait déniée ? le seul don qu'il ait reçu avec mesure, lui qui a reçu sans mesure tout le j'este 0; ! afin que nous reçussions tous, et chacun de nous ce qu'il a du fond de sa plénitude (4).
Mais parmi toutes choses, que votre Père a mises entre vos mains, ce qu'il y a le plus mis, c'est le jugement; puisqu'il s'en est en quelque sorte dépouillé lui-même pour vous le donner. D'où vient aussi que vous avez dit : Le Père ne juge personne ; niais il a remis au Fils tout le jugement (5). Mais en même temps vous avez dit, que le Fils ne fait que ce qu'il voit faire à son Père. Ce qui fait aussi que le Père l'aime, et lui montre tout ce qu il ' j'ait^ , comme on vient de voir.
Mais si vous devez connoitre tout ce que le Père
{i)Jo«n. m. 35. — (*) Ibid. v. 20. — {?)Jbid, m. 3^. — (•») lbid. i. iG. — "• lbid. v. 22. — c) lbid. iy, 20.
a ordonné sur le jugement dernier, parce que c'est à vous qu'il est remis, et que vous êtes vous-même ce souverain juge, qui paroîtrez en ce jour avec une majesté et une puissance divine; il s'ensuit, que vous connoissez tout cela, même comme homme; parce que c'est comme homme que vous devez juger : ce qu'il vous a plu de nous expliquer en disant, que le Père a donné au fils la puissance de juger, parce guil est le fils de l'homme ^\ Vous savez donc tout, même comme homme : vous savez tout ce qui regarde le jugement : vous en savez sans difficulté le jour et l'heure, puisque vous en savez toute la sagesse, et que la sagesse consiste principalement à prendre les momens, conformément à cette parole : Chaque chose a son temps (2); et dans le monde tout est compassé ; tout est rangé dans son lieu ; tout se passe au temps qui lui est marqué par la sagesse qui règle tout.
Vous êtes notre chef, et nous sommes vos membres : vous savez toute l'économie de votre corps. Vous connoissez toutes vos brebis : vous savez celles qui sont venues, et celles qui sont encore à amener : vous les connoissez et les nommez distinctement. Vous nommez tous ceux que votre Père vous a donnés ; et tout vous est connu depuis le premier jusqu'au dernier de vos élus : et vous marquez tous les temps, où vous les devez appeler, et les incorporer à votre corps (5). Car c'est vous qui les devez recueillir; et en les recueillant vous ne faites qu'exécuter ce que vous aviez destiné avec votre Père, dès que vous posâtes les fondemens de votre Eglise.
(») Joan. v. 27, — ':'' Eccle. m. 1. — (') Joan. x.
Vous en avez révélé les persécutions à votre apôtre saint Jean : il en a vu tout le cours : il a vu la dernière comme les autres : et celle qui ne finiroit qu'avec la fin du monde, et avec le feu de votre dernier jugement (1). Les temps vous sont connus comme tout le reste : vous savez ce que veulent dire ces mille ans où vous avez déterminé le règne de vos saints sur la terre; et ce que vous avez révélé en énigme à votre bien-aimé disciple, n'est pas énigme pour vous. Tout vous est connu : Vous êtes le scrutateur des reins et des cœurs. Vous avez en votre puissance le livre où sont écrits les secrets de Dieu, et ses décrets éternels; et les sept sceaux qui le ferment n'y sont pas pour vous, puisque vous les ouvrez quand il vous plaît, à qui il vous plaît, et pour les raisons qu'il vous plaît ^]. Et sous le septième sceau étoient enfermés tous les événemens futurs ; puisque c'est de là que se développent, et les trompettes et les Vœ (5), et tout le reste, qui étoit l'histoire de l'Eglise. C'est pourquoi lorsque vos apôtres vous interrogeoient sur le temps où vous rétabliriez le royaume d'Israël, vous leur répondîtes : Ce n est pas à vous à le savoir^.
0 Seigneur, s'il m'est permis de vous interroger encore, que ne parliez-vous en la même sorte à vos apôtres; et que ne leur disiez-vous, Ce n'est pas à vous à le savoir, au lieu de dire, que le Fils ne le savoit pas ?
Peut-être se faudroit-il taire encore ici; et qu'au lieu de se fatiguer à examiner ce passage, il faudroil
(0 Apoc. xx. 7, 8,9, io. — {*) Ibid. n. a3. v. i, a et seq. — (3) Jùid. vin. i et seq. — (t) Act. 1.7.
se dire à soi-même : ce n'est pas à moi à l'entendre ; ce n'est pas à moi à savoir pourquoi vous avez parlé en cette sorte. J'acquiesce, ô mon Sauveur! et je ne recherche ce mystère, que pour y trouver quelque instruction, s'il vous plaît de me la donner. Mais peut-être qu'elle est déjà toute trouvée : peut-être que cette parole : Ce n'est pas à vous à entendre les temps et les momens que le Père a mis en sa puissance^ : est le dénouement de celle où vous avez dit : Pour ce jour et cette heure-là, nul ne la sait que le Père, et le Fils même ne la sait pas m. Ce que le Fils ne sait pas en cet endroit, c'est ce qu'il ne nous appartient pas de savoir. Le Fils comme notre docteur, le Fils comme l'interprète de la volonté de son Père envers les hommes, ne le sait pas, parce que cela n'est pas compris dans ses instructions, ni dans tout ce qu'il a vu pour nous, ainsi que nous l'avons dit. Et le Fils de Dieu parle ainsi pour transporter en luimême le mystère de notre ignorance, sans préjudice de la science qu'il avoit d'ailleurs, et nous apprendre, non-seulement à ignorer, mais encore à confesser sans peine que nous ignorons ; puisque luimême qui n'ignoroit rien, et surtout qui n'ignoroit pas cette heure dont il étoit le dispensateur, ayant trouvé un côté par où il pouvoitdire qu'il l'ignoroit, parce qu'il l'ignoroit dans son corps et qu'il étoit de son dessein que son Eglise l'ignorât, il dit tout court qu'il l'ignore, et nous enseigne à ne rougir pas de notre ignorance.
J'ignore donc de tout mon cœur, et ce mystère,
(0 AcL i. 7, — M Marc. xw. 02.
sur l'évangile. 349
et tous les autres que vous voulez me cacher, et que vous ne savez pas en moi ni pour moi. J'ignore le jour où vous viendrez, parce que vous m'avez dit que vous viendriez comme un voleur. Mais si on ne sait pas quand le voleur viendra, le voleur n'en sait pas moins quand il veut venir. Vous savez donc, voleur mystique ! vous savez quand vous viendrez : et les enfans de ce siècle ne seront pas plus prudens, plus avisés dans leurs desseins, plus éclairés dans l'ordre qu'ils mettront à leur exécution, que vous qui êtes la lumière même, la sagesse même. Vous savez donc, encore un coup, quand vous viendrez à la dérobée, demander à chacun de nous, et demander à tout le genre humain, le compte que nous vous devons de notre conduite. Vous le savez, et c'est pourquoi vous avez dit, que le père de famille ne sait pas l'heure du voleur, mais non pas que le voleur l'ignorât lui-même. Et vous avez dit : Veillez donc, parce que vous ne savez pas à quelle heure le Seigneur viendra : et non pas que le Seigneur qui doit venir, l'ignore lui-même. Et vous avez dit, en continuant la parabole : Soyez prêts, parce que vous ne savez pas à quelle heure viendra le Fils de F homme (,).
Vous vous êtes aussi comparé à un père de famille, qui revenant de son voyage surprend son économe, en venant au jour que ce méchant serviteur ignore, et h l'heure qu'il n'attend pas (<2). Mais vous, vous êtes le Seigneur, vous êtes le père de famille, qui sait bien quand il doit venir; et si le serviteur est imprudent, le père de famille n'est pas
I \falth. xxiv. 43, 43. 44. — M Ibid. 5o,
pour cela ignorant de ses propres desseins. Vous savez donc, pour la dernière fois, quand vous voulez venir, et vous ne voulez pas que nous le sachions. Voilà que mon ame est prête, quand vous me la redemanderez; mon compte est en état; recevez-le, et me jugez en vos miséricordes : voilà du moins ce qu'il faudroit pouvoir dire. 0 mon Sauveur! quand serai -je en cet état? quand pourrai -je dire de bonne foi : Mon cœur est prêt ', 6 Dieu! mon cœur est prêt c,).