LXXXI6 JOUR
Le même sujet. Guerres, famines, pestes, tremblemens de terre, maux extrêmes. Ibid.
Un grand mouvement dans le monde : des guerres, des bruits de guerre , des pestes, des famines, des
(0 Matûi. xi. i5. — (2) Philip, n. ia , i3, — (0 Maro zxm. 11.
sur l'évangile. 357
tremblemens de terre (1), seront les tristes avantcoureurs de ces deux événemens. Voyez-les en saint Matth. xxiv. 6, 7, et la même chose en saint Marc et en saint Luc. C'est ce qui arriva un peu devant la guerre de Judée, et dans la dernière année de Néron : et c'est ce qui arrivera encore d'une manière plus formidable aux approches du dernier jour.
Des guerres, des bruits de guerre : de grandes guerres en effet; de plus grandes appréhensions de mouvemens nouveaux : il semblera que l'esprit de guerre, les haines, les jalousies, la nature même voudra enfanter quelque chose de funeste aux grands états : on remarquera dans le monde un esprit d'ébranlement universel. Au milieu de tout ce tumulte : prenez garde de n'être pas troublés ; car il faut que cela arrive, et ce n'est pas encore la fin (2).
De quoi donc sera-t-on troublé, si on ne l'est de telles choses? de rien du tout. Car le chrétien n'est troublé de rien que de son péché, et de la colère de Dieu qui le doit punir. Prenez donc garde de n'être point troublés. Vous vous enquérez de ce qui se passe, non-seulement avec curiosité, mais encore avec frayeur : que deviendront ces grandes armées qui sont en présence? Quel ravage, quel embrasement, quel carnage, quel déluge de maux, si une fois la digue est rompue! ah! je m'en meurs. Vous n'êtes pas chrétien. Le sort des empires est entre les mains de Dieu : ils meurent en leur temps, comme le reste des choses humaines. Priez pour votre patrie; humiliez-vous; faites pénitence : mais ne craignez point; ne vous troublez pas : il faut que
M Marc. xin. 7, 8. Luc. \.\i. 9, 10, 11. — (>) Matth. xxiv. 6.
cela arrive. Il le faut, non par une aveugle et fatale nécessité, qui nous mettroit au désespoir : mais il le faut par une raison, par une sagesse, par une bonté qui prépare de grands biens pour tous ces maux. Ne craignez point, petit troupeau, puisque le royaume qu'il a plu à votre Père céleste de vous préparer (,), est hors d'atteinte. Toutes les puissances ennemies, visibles et invisibles, n'ont point de prise dessus, et il ne vous peut être ravi.
Cest ici le commencement des douleurs (2) ; des douleurs de l'enfantement; de celles qui font jeter de plus grands cris; qui s'augmentent de plus en plus : on croit être à la fin, ce n'est encore qu'un commencement.
Quoi! ce mouvement effroyable des royaumes qui s'entrechoquent, ces famines, ces pestes, ces tremblcmens de terre, ne sont que le commencement des douleurs! 0 Dieu! que vos derniers coups sont redoutables, si ceux-là qui sont si terribles, dont on ne peut seulement entendre les noms sans être saisi de frayeur, ne sont qu'un prélude! Il est ainsi, Seigneur, il est ainsi. Par tous ces grands coups, les corps seuls sont menacés : mais voici ce qui est terrible, au-delà de toutes les terreurs : Craignez, craignez celui qui, après avoir fait "mourir le corps, enverra Vaine dans la gène : Oui, je vous le dis, craignez celui-là &. 0 Seigneur! si je sais bien craindre cela, je ne craindrai autre chose, et je verrai tous les élémens se mêler et la nature se confondre, sans effroi. Ah ! je puis ne craindre que ce qui lue l'ame : mais je puis ne le craindre
(') Luc. xn. 3a. — {■■) Matth. xxiv. 'S. — 00 Luc. xii. 5.
sur l'évangile. 359
pas, si je commence sérieusement à me convertir. Je n'ai rien à penser que la pénitence, ni rien à craindre que de mourir dans mon péché. Mourir, ce n'est rien, de quelque douleur que la mort soit accompagnée; quelque étrange, quelque imprévue, quelque cruelle et insupportable que la mort paroisse. Mourir dans le péché, c'est tout le mal, et le seul qui soit à craindre. Malheureux, ingrats, pécheurs endurcis : Vite, vite; convertissez-vous, et vivez (l).
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LXXXIP JOUR.
Persécution iernble de l'Eglise, trahisons, charité refroidie. Ibid.
Un autre avant-coureur, la persécution. Elle a ces terribles circonstances : une haine implacable de tout le genre humain contre l'Eglise; la fureur au dehors; la trahison au dedans : on se livrera les uns les autres; les frères livreront leurs frères, et le père même son enfant; les enfans se soulèveront contre leurs pères; et les familles même seront divisées : les scandales seront horribles, à cause des chutes fréquentes de ceux qu'on croyoit les plus fermes. Au milieu de tout cela, la séduction redoublira, et de faux docteurs gagneront ceux que la violence nauroit pu abattre : la cruauté et la séduction iront ensemble au dernier degré. C'est ce qui est arrivé à l'Eglise naissante, à commencer
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vers les dernières années de Néron, un peu avant la guerre de Judée. C'est ce qui arrivera d'une manière bien plus terrible à la fin des siècles (1).
Ce n'étoit pas une chose aisée à prédire, comme on le pourroit penser d'abord, qu'une telle haine, et une telle persécution contre l'Eglise : et on n'auroit pas pu prévoir que le monde qui laissoit en paix toutes les religions, et jusqu'aux sectes les plus impies, comme celle des épicuriens, ne pourroit souffrir le christianisme. Mais Jésus-Christ l'a voulu prédire, et avertir ses fidèles d'une chose aussi singulière, et jusqu'alors autant inouïe que celle-là.
Il joint, selon sa coutume, la consolation aux maux. Tout le 'monde vous haïra : mais vous ne perdrez pas un seul cheveu : vous posséderez votre ame par votre patience (2); non en combattant, mais en souffrant. Vous serez traînés à tous les tribunaux, comme des criminels; mais cela leur sera en témoignage (3) : vous paroitrez comme des témoins de la vérité, comme les maîtres du genre humain : Je vous donnerai une bouche que nulle impudence, nulle violence ne pourra fermer, une sagesse, une force contre laquelle il ny aura point de résistance (4) : vous n'aurez rien à préméditer : le Saint- Esprit parlera par votre bouche (5) : et le reste qu'on peut voir dans l'Evangile.
Ce qui sera le plus déplorable, c'est que la malice s* augmentant sans fin, la charité se refividira dans la multitude (6) : c'est ce qui arriva à saint Paul,
(") Matlli. xxiv. 9 et sec/. Marc. xm. 12. Luc. xxi. — (a) Luc. xxi. 17, 18, 19. — (3) Ibid. \i , i3, et Marc. xm. 9 et seq. — (4) Luc. xxi. 14, i5. — (5) Malth. x. 19, 20. — [6)Ibid. xxiv. 12.
lorsqu'il disoit : Tous m'ont quitté -.personne ne ma assisté dans ma première défense : Demas même ma abandonné, attiré par V amour de ce siècle : il ny a que Luc avec moi : qu'il ne leur soit point imputé (1). Mais ce refroidissement de la charité dans ses frères, ne changeoit point envers eux le cœur de Paul. Ce refroidissement de la charité paroîtra beaucoup davantage dans la fin des siècles : car, lorsque le Fils de F homme reviendra, pensez-vous qu'il trouve de la foi sur la terre (2) ?
Mais à ce comble de maux, il n'y a qu'un seul remède : Qui persévérera jusqu'à la fin, sera sauvé (3). Remarquez ce mot : jusqu'à la Jin. Dix ans, vingt ans, trente ans, cinquante ans, ce n'est rien : il faut aller jusqu'à la fin. Ne vous lassez point de travailler; car la moisson que vous recueillerez, sera et ernelle
lljaut que cet Evangile soit prêché par toute la terre (1) : de peur qu'on ne pense que la persécution qu'on vient de voir si déchaînée, en arrête le cours. Paul étoit lié : mais la parole de Dieu ne l'étoit pas ^ : elle couroit (6), dit cet apôtre : le bruit en retenti^soit par toute la terre : la foi des Romains y étoit annoncée (7) : F Evangile, qui étoit venu jusqu'à Colosse , étoit, et fructifoit, et croissoit en même temps parmi le monde (8 . Ainsi la prédiction du Sauveur s'accornplissoit déjà en quelque façon, avant la dissipation des Juifs : mais le grand accomplissement en est réservé à la fin des siècles,
(«) //. Tint. iv. 9, h, iG. — (>) Luc. xvin. 8. — (3) Malth. xxiv. i3. — (4) Ibid. 1 4 . — C5) //. Tint. ii. 9. — <*) IL Thess. m. 1. — (?) Rom. ,. 8. — ;a) Coloss. 1. 6.
et la prédication aura percé par tout le monde avant qu'il finisse.
0 Dieu! donnez vigueur à votre parole : bénissez les prédicateurs apostoliques : envoyez vos ouvriers dans cette grande moisson, que votre ennemi ravage. 0 Seigneur, je me joins en esprit à ces hérauts de votre Evangile, et à ceux qui croiront en vous par leur parole. Sanctifiez-les en vérité, et que leur sainteté naissante répare les ravages que fait le péché dans votre héritage. Sauvons* nous, sauvonsnous de la corruption de cette race mauvaise. Mon ame, sauve-toi toi-même : ô Dieu, sauvez-moi; je péris.