LXXXIII6 JOUR
Réflexions sur plusieurs circonstances de ces deux événemens. Ibid.
Priez que votre fuite n arrive point durant F hiver ou dans le jour du sabbat : vous aurez besoin des plus grands jours, de la saison la moins embarrassante, de la liberté d'agir la plus entière, pour précipiter votre fuite dans les déserts et dans les montagnes, et pourvoir à tant de pressans besoins. Jamais il n'y eut, jamais il n'y aura d'affliction semblable : jamais peuple n'aura été, ni ne sera plus impitoyablement livré à la vengeance : et si Dieu navoit abrégé le temps, nul homme ne se sauveroit : mais Dieu a abrégé le temps pour l'amour de ses élus fl). Ce fléau de Dieu sera si terrible, et la
(') Malth. xxiv. 20, ai, as.
sur l'évangile. 363
force en sera si insupportable, qu'il y auroit de quoi accabler tout le genre humain. Mais il falloit qu'il restât des hommes sur la terre pour enfanter les élus et les saints, qu'il y avoit encore à recueillir. Voilà un sens. Dieu, fléchi par les prières de ses élus, a tempéré sa colère : ils sont le sel de la terre, pour en empêcher la totale corruption : il faut qu'ils y soient répandus deçà et delà, et de tous cotés : autrement le genre humain, qui n'est conservé que pour eux, périroit en entier : c'est un autre sens. Le dernier : Dieu a abrégé le temps des souffrances, de peur que ses élus n'en fussent enfin accablés : et il n'a pas voulu qu'ils fussent tentés par-dessus leurs forces.
Pour T amour des élus qu'il a choisis, dit saint Marc (,). 11 ne sont pas élus par un autre : c'est par lui-même : l'amour qui les lui a fait élire, l'oblige à tout faire pour eux ; et il n'épargne la terre qu'à leur considération.
Respectons les saints qui sont parmi nous : nous leur devons tout : et Dieu s'apaise en les voyant, comme un père qui voit ses enfans parmi ses ennemis, retient sa main. Après la séparation, que n'auront pas à souffrir les pécheurs?
Ce qui est vrai en un certain sens, à l'égard des Juifs, est encore plus véritable à l'égard de tout l'univers, dans les approches du dernier jour : après que la patience de ses saints aura été épurée jusqu'au degré qu'il vouloit, il mettra fin au temps des épreuves, pour donner lieu aux récompenses.
S'il y a cinquante justes dans Sodome, s il y en
(*) Marc. xin. ao.
a quarante, s'il y en a dix, je pardonnerai pour T amour d'eux à toute la ville (1). Dieu aime tant les siens, que non-seulement il les épargne, mais il épargne les autres pour l'amour d'eux. Si on n'aimoit pas les justes, si on ne les protégeoit pas pour eux-mêmes, il les faudroit protéger pour le bien public. Que notre maison soit leur asile : que nos bras leur soient toujours ouverts : que notre secours les suive partout. Les prêtres, les religieux les représentent par leur état.