‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 31 sur 71 · IV. i · texte numérisé non relu

IV. i

la pénitence, après avoir impunément accompli leurs mauvais désirs. Seigneur, je vous prie , faites-moi mourir : la mort me sera plus douce que la vie. En même temps il se retira, de la ville (1), et attendoit dans le voisinage, quel en seroit le sort : car à peine voulut-il croire que Dieu pardonnât tant de crimes, et augmentât la licence par cet exemple d'impunité. Mais Dieu qui le vouloit revêtir de l'esprit de la nouvelle alliance, qui est une alliance de miséricorde, de réconciliation et de pardon, et lui ùter cet esprit dur qui devoit comme régner en ce temps-là à cause de la dureté du cœur de l'homme, sécha, comme on sait, la branche verte qu'il avoit fait élever sur la tète de Jonas, pour le défendre de l'ardeur brûlante du soleil, et des vents de ces pays-là, qu'il avoit excités exprès &K Et comme Jonas s'en affligea jusqu'à désirer la mort : Tu t'affliges, lui dit le Seigneur (3), de ce rameau vert que tu lias pas fait , et la naissance duquel ne t'a coûté aucun travail : et tu ne veux pas que /aie pitié de F ouvrage de mes mains, et. de cette ville immense, si digne de compassion : quand ce ne seroit qu'à cause du nombre infini des en fans qui ne connoissent pas le bien et le mal, et de tant d'animaux ? Car, ù Seigneur ! votre bonté s'étend jusqu'à eux, conformément à cette parole du Psalmiste : Fous sauverez, les hommes et les animaux, parce qu'il vous a plu, ô mon Dieu! de multiplier votre miséricorde (0. Prenons donc l'esprit de douceur; et ne nous laissons point transporter par ce zèle, qu'on voit paroitre même dans tes saints de l'ancien Testament : car Jésus dit à ses

(«) Jon. iv. 3, 5. — {*) Ibid. 8, 9. — (3) Ibid. \o, 11. — ,iN Ps. xxn \ .

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disciples, qui le vouloient imiter, et, à l'exemple d'Elie (,), faire descendre le feu du ciel : Vous ne savez de quel esprit vous êtes

Ne blâmons donc pas le zèle de Jonas, qui étoit convenable au temps; et louons Dieu, au contraire, de lui avoir inspiré la douceur, qui devoit un jour paroitre en Jésus-Christ, et de l'avoir forcé à prêcher sa miséricorde. Ne condamnons pas aisément le saint prophète ; parce que ces mouvemens des prophètes, et la communication de Dieu avec eux, sont un grand mystère, qu'il ne nous est pas permis de pénétrer. Non, que je m'attache opiniâtrement à vouloir excuser de faute ce saint homme : car Dieu se plaît quelquefois à faire paroitre son bras dans le crime même, et à s'assujettir les âmes les plus rebelles. Mais c'est que ce qui se passe entre Dieu et ses prophètes, est bien caché; et qu'il leur fait sentir sa secrète volonté par des voies bien éloignées des nôtres. Et il ne faut s'étonner, ni de ses paroles, ni même de sa fuite. Car Dieu pousse cesames qu'il tient sous sa main, et les ramène lui-même; et il veut leur l'aire sentir par des expériences réelles, la force invincible de cette main souveraine sous laquelle ils sont. Souvenons-nous du saint homme Job, • pic Dieu reprend avec tant de force, de son ignorance, et des paroles qu'il avoit proférées •' ; st de qui néanmoins il dit ensuite par deux et trois fois, qu'il a parié droilenicjii . Su>pi-udoiis donc notre jugement dans les violentes agitations de ces anus prophétiques; et gardons-nous bien de tirer à con- -«quence ce qui se passe en elles; soit que ce qui

', If.Jieg. i. io. — ."•; Luc. ix. V. — / Job. ixxviu,xxxix, xt, xli. — I Ibid. xlii. 7, 8.

leur arrive soit une simple permission de Dieu : soit qu'on y puisse trouver, en approfondissant la matière, une réelle influence de sa main, dans tout ce qui nous y paroît un grand péché. Si Jonas paroît si troublé des miséricordes de Dieu, croyons que c'étoit, selon l'esprit de ces temps, un zèle pour la justice, et pour la vérité de sa parole. S'il fuit devant Dieu, entendons qu'il voudroit pouvoir se fuir luimême, plutôt que de fournir aux hommes une occasion de mépriser Dieu : et en quelque sorte qu'il faille juger de cette fuite, admirons la main de Dieu qui le soutient ; qui lui envoie parmi la tempête ce sommeil mystérieux qui témoigne la tranquillité de son ame, et figure celui de Jésus-Christ dans la nacelle. Imitons son intrépidité à la vue de la mort présente; sa charité, lorsqu'il veut mourir pour sauver les compagnons de son voyage; sa prière et sa prophétie jusque dans le ventre de la baleine. Prions donc avec lui, et à son exemple, en quelque état que nous soyons, en quelque abîme que nous nous sentions plongés. Admirons aussi l'efficace de sa prédication ; et ne faisons pas moins pour Jésus- Christ, nous qui sommes chrétiens , que les Ninivites, qui n'étoient que des infidèles, éloignés de l'alliance de Dieu, firent pour Jonas. Enfin, en contemplant ces vives figures que le Saint-Esprit nous a tracées de Jésus-Christ, préparons-nous à entendre la vérité qui a été accomplie en sa personne. Amen. Amen.

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