ME DIT AT 10 IV S
à Jérémie : Je ne vous exaucerai pas (1). Car au contraire il dit à son père : Je sais que vous mécouiez toujours (2). Et afin de nous donner en la personne de notre prophète, une figure quoique imparfaite de l'intercesseur qui est exaucé, il lui parla en cette sorte, pendant qu'il étoit arrêté dans le vestibule de la prison : Crie maintenant ; élève ta voix ; et je l'exaucerai ; et je t'apprendrai des choses grandes, et d'une inébranlable fermeté, que tu ne sais pas (3). C'est que la Judée et Jérusalem seroient rétablies; qu'il y ramèneroit son peuple; qu'il en guériroit les plaies ; qu'il les purifieroit de tous leurs péchés (4). Il répandit alors un esprit de prière (5) dans tout son peuple. Réjouissez -vous, 6 Jacob ! hennissez contre les gentils et contre Babylone, qui en est le chef; et dites : Sauvez, Seigneur, les restes de votre peuple ; et je vous rappellerai de la terre, ou je vous avois envoyés en captivité (6). Jérémie annonça au peuple ce glorieux rétablissement : il leur en marqua le temps, et leur déclara qu'à la soixante-dixième année de leur servitude, il feroit éclater ce grand ouvrage. Car je sais, dit le Seigneur, les pensées que j'ai pour vous, des pensées de paix et non d'affliction ; pour vous donner la fin de vos maux, et la patience en attendant pour les endurer; et vous m'invoquerez, et vous irez en voue patrie : et vous me prierez, et je vous exaucerai : et vous me chercherez, et vous me trouverez, lorsque vous m'aurez cherché de tout
(•) Jerein. vu. 16. — W Joan. xi. /p- — C3) Jerem. xxxui. 1, 2, 3. — (1) Ibid. 4 et sec/. — l5) Zach. xil. 10. — l6) Jerem. xxxi. 7, 8.
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votre cœur0). Ainsi le prophète Jërémie n'annonça pas seulement au peuple sa désolation ; mais pour être une parfaite figure de Jésus-Christ, il leur annonça encore sa délivrance, qui de voit être la figure de celle de son Eglise : et il fut choisi pour la demander à Dieu, et pour exciter dans tout le peuple l'esprit de prière. Et s'il annonça à son peuple sa prise, sa ruine, sa captivité , ce ne fut pas pour toujours. 11 n'en fut pas ainsi des autres nations, auxquelles Dieu lui ordonna de prophétiser. Va, lui dit le Seigneur des (innées : prends de ma main la coupe de ma colère, et présente-la
ii tous les peuples auxquels je t'enverrai Et je
la pris,.... et je la portai à Jérusalem et aux villes de Juda ; à ses rois et à ses princes.... et à Pharaon roi d'Egypte, et à ses sénateurs, à ses princes, et à tout son peuple, et généralement à tous les rois ; aux rois d'Orient, aux rois des Philistins, et d'Ascalon, et de Gaza, et d'Idumée, et de Moab ; et à tous les rois de Tyr et de Sidon, et aux rois
des îles éloignées, et à tous les rois d'Arabie,
et à tous les mis d'Occident, et aux mis de Perse, et au.i rais des Mides, et à tous les rois du sorti de
près et de loin : et le mi de Babjione boira après
eux, lui qui fait boire ce calice de la colère de Dieu à tous les autres. Buvez, buvez, leur dira le Seigneur; buvez, et enivrez-vous, et vomissez, et tombez, et vous ne vous relèverez jamais (2). Voilà le tourbillon du Seigneur; sa colère part; son orage tombe ; et il se reposera sur la tête de ses ennemis (3).
(") Jerem. xxv. u. xxix. 10, il, 12, i3. — W Ibid. \\v. |5, 37. — (}) lli'l. xxx. 23.
Ainsi sont traités les rois et les peuples idolâtres. Le prophète, qui leur dénonce leurs maux, ne leur laisse aucune espérance. Sion seule est frappée en ses miséricordes, comme un enfant que son père châtie. Le prophète lui montre son retour : il porte ses yeux plus loin, et lui prédit son libérateur : ce nouveau David dont le règne sera éternel : cet homme parfait en sagesse, qui se trouvera environné des entrailles d'une femme, et enfermé dans son sein : et la nouvelle alliance que Dieu fera par son entremise avec le peuple racheté (I). Elevez la voix, ô Jérémie! prophète sanctifié dès le ventre de votre mère; prophète vierge et figure du grand prophète vierge aussi, et fils d'une vierge (2) : chantez-nous les miséricordes de notre Dieu : reprocheznous nos ingratitudes : faites- nous rougir de nos crimes : donnez-nous l'exemple d'humilité, de patience, de douceur : entrez encore à nos yeux dans votre affreux cachot, en figure de la sépulture de Jésus-Christ : sortez-en aussi en figure de sa résurrection : exprimez ses persécutions dans les vôtres. Et nous, Seigneur, en attendant que nous méditions plus à loisir les mystères de votre passion, et de votre résurrection triomphante, nous nous y préparerons en contemplant avec foi lesprophrtes qui leur ont servi de figure.
(,') Jere/n. xxxi. 22, 3i. — >>) Jere/u. 1, 5. xvi. 2.
SUR LÉVANG1LE. 443
CXe JOUR.
Jonas dans le ventre de la baleine; autre figure de Jésus-Christ.
Agité d'un de ces transports, que nous avons remarqué dans les prophètes, et que nous avons vu dans Jérémie, Jonas ne veut point aller prêcher aux INinivites leur perte prochaine (l); de peur que si Dieu leur pardonnoit, comme son immense bonté l'y portoit toujours, les peuples païens ne se confirmassent dans leur incrédulité, et ne méprisassent ses menaces, et les discours de ses prophètes. Et pressé par cet esprit prophétique, qui le poussoit au dedans avec une force invincible à annoncer la ruine de Ninive, il lui dit : Voilà, Seigneur, une parole que je ne puis porter : je sais que vous êtes un Dieu élément, plein de miséricorde et de patience, d'une compassion infinie, et toujours prêt à pardonner aux hommes leur malice (2) : vous pardonnerez encore à cette ville infidèle. On ne nous écoutera plus, quand nous parlerons en votre nom : nous annoncerons en vain à Juda et à Israël la rigueur de vos jugcmens : votre facilité et votre indulgence ne fera qu'endurcir les hommes dans le mal. Car il faut suppléer tout ceci, puisque nous l'avons déjà trouvé dans Jérémie. O Seigneur! àteznwi la vie, continuoit Jonas (3) : car il vaut mieux mourir, que d'être trouvé un prophète menteur, et
W Jon. i, a, 3. — <>)IbUt. iv. a. — (*) Ibid. 3.
exposer la prophétie à la dérision. On voit, en passant, que les âmes touchées de ces impressions divines, sont élevées au-dessus de tout, et la mort ne leur coûte rien. Dans cette extrême détresse, nonseulement il tâcha, comme Jérémie, de ne point écouter la prophétie, et de s'étourdir lui-même contre cette voix; mais pressé par cet esprit prophétique, il s'enfuit de devant le Seigneur, et s'embarque à Joppé (l), pour aller de la Terre sainte où il étoit, à l'autre extrémité du monde. Car encore qu'on ne sache pas précisément quelle étoit la ville de Tharsis, on convient qu'elle étoit extrêmement éloignée du côté de l'Occident.
Il ne faut pas se persuader que le saint prophète crût que Dieu ne le verroit plus, ou qu'il sortiroit de son empire, lorsqu'il iroit dans les terres lointaines. Car nous l'entendrons bientôt dire aux nautonniers : Je suis hébreu, et je révère le Dieu du ciel qui a fait la mer et la terre (2). De sorte qu'il voyoit bien qu'on ne pouvoit échapper à sa puissance, ni sortir de son domaine. Cette face de Dieu, qu'il tâche de fuir, cette présence qu'il veut éviter, c'est la face que Dieu montroit intérieurement à ses prophètes; c'est la présence, dont il éclairoit leur esprit, lorsqu'il daignoit les inspirer. C'est cette face que Jonas crut pouvoir éviter en s'éloignant de la Terre sainte et du milieu du peuple d'Israël, oà Dieu avoit accoutumé de répandre la prophétie. Il s'éloigna donc tout ensemble et de la Terre sainte et de Ninive, où il ne crut pas que Dieu voulût le ramener malgré lui d'un pays si éloigné. Mais il ne
(') Jon. i. 3. — {*) tbid. 9.
sur l'évangile. 44
fut pas plutôt embarqué, que Dieu fit souffler un vent impétueux : et la tempête fut si violente, qu'on craignait à chaque moment que le vaisseau ne s'entrouvrit. Pendant que chacun invoquait son Dieu avec des cris effroyables, et qu'o/z je toi t. dans la mer toute la charge du vaisseau, Jonas, sans s'étonner d'un si grand péril, car nous avons vu souvent que ces âmes fortes, qui sont sous la main de Dieu, ne craignent rien que lui seul, descendit au fond du vaisseau, et dormoit d'un profond sommeil^. C'est quelque trait de Jésus , qui , dans une semblable tempête, dort tranquillement sur un coussin, et laisse remplir de flots le vaisseau où il étoit avec ses disciples r2). Par un semblable mystère, et pour montrer qu'on n'a rien à craindre, quand on a Dieu avec soi, et qu'il n'y a en tout cas qu'à s'abandonner à sa volonté, Jonas dormoit parmi tant de cris, et tant d'horribles 6ifflemens des vents et des flots, jusqu'à ce qu'on l'éveilla, à peu près de la même manière qu'on lit le Sauveur, en lui disant : Pourquoi donnez-vous? invoquez aussi votre Dieu, afin qu'il se souvienne de nous, et que nous ne périssions pas (5). La main de Dieu ne quittoit pas le saint prophète. Il sentit d'abord que la tempête étoit envoyée contre lui : il vit jeter tranquillement le sort, que les passagers jetoient entre eux, pour découvrir le sujet de la tempête : il le vit tomber sur lui sans s'effrayer; car il avoit toujours dans l'esprit que la mort lui étoit meilleure, que d'aller prophétiser pour être dédit, et faire blasphémer la prophétie : et il dit hardiment aux nautonniers, qui le vouloient épargner : Jetez-moi dans lu nui ' fort, i, î, ">■ Warc iv. >. 38.— Jv < 6.— (Qlbid. iv. 3,
sans hésiter, et la tempête cessera; car je sais bien que c'est pour moi quelle est excitée (1;. Cependant ils le respectèrent, étonnés de sa prodigieuse tranquillité, et encore plus de la grandeur du Dieu qu'il servtit. Car comme on lui demanda, qui il étoit, il avoit répondu, qu'il étoit hébreu, et que le Dieu qu'il craignoit étoit le Dieu du ciel, et le Créateur de la mer et de la terre : et ils faisoient les derniers efforts pour arriver à terre, sans qu'il en coûtât la vie à un si grand homme. Mais plus ils ramoient, plus la mer s'enfloit : en sorte qu'ils furent contraints de jeter Jouas dans la mer, en prenant Dieu à témoin, que c'étoit à regret qu'ils le noyoient, et qu'ils étoient innocens de sa mort ; et aussitôt F agitation de la mer cessa (2). Et voilà déjà, en figure de notre Sauveur, tout ce peuple sauvé par la mort, comme l'on croyoit, du saint prophète, à laquelle il s'étoit lui-môme volontairement offert. Mais ce n'est pas là tout le mystère; .et le reste nous est expliqué par le Sauveur même, lorsqu'il dit : Cette mauvaise race demande un signe, et il ne lui en sera point donné d'autre, que le signe du prophète Jonas : car comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans les entrailles de la baleine, ainsi le Fils de F homme sera trois jours et trois nuits dans le cœur de la terre (5).
L'esprit de prophétie ne quitta point Jonas dans le ventre de cet énorme poisson : car il y chanta cv divin cantique (i) : J'ai crié du fond de l'abinv, <■/ vous avez écouté ma voix : les eaux m'ont environné : tous vos gouffres et tous vos flots ont passé
[i. Joau. i. :j, ï3. — M tbid. >j, i3, i5. — (3) Irlai th. xn. 3o, §0. — (4) Jon. ii. a, 3.
sur l'évangile. \'\~
sur moi : et j'ai dit : Je suis rejeté de devant vos )eux; mais je reverrai encore votre saint temple. Il sent donc qu'il sortira de cet abîme; et il le recommence encore en cette sorte : Les eaux a font pénétré jusqu'au fond : r abîme ma entouré : la mer a couvert ma tête : foi descendu au fond de la mer, et jusqu'à la racine des montagnes : je suis enfermé pour toujours da/is les soutiens de la terre r-l\ Il n'y a point de ressource, dans la puissance créée, Mais vous, o Seigneur mon Dieu, vous me relèverez d'un si grand mal, et vous me préserverez de la corruption. Au milieu de mas angoisses, je me suis ressouvenu du Seigneur, ajin que ma prière parvint jusqu'à votre saint temple. Ceux qui mettent, leur confiance dans de fausses divinités, abandonnent la miséricorde qui les peut sauver, et renoncent à la sainteté : mais moi je vous ai immolé par ma voix un sacrifice de louange : vous me sauverez, et je rendrai au Seigneur les vœux que je lui ai faits pour ma délivrance. Et le Seigneur commanda au poisson, et il jeta Jonas sur la terre 2), en figure de notre Sauveur, dont il est écrit : qu'il fut libre entre les morts 3), comme Jonas l'avoit été dans cet abime vivant, qui l'avoit englouti; et à qui David a fait dire au milieu des ombres de la mort : J'avois toujours le Seigneur en vue, parce qu'il est à ma droite, pour m 7'/// pécher d'être ébranlé : c'est pour cela que mon cœur a tressailli, que ma langue a été remplie de joie, et (pie mon corps s'est reposé en paix : parce que vous ne laisserez pas mon ame dans F enfer, et que vous ne permettrez pas que votre saint éprouve la corruption. Au milieu de la mort, vous néaeez
W Joan. 1.61 — [*) Ibid. 7 et $cq, — Ps t cxfcvit, (».
montré le chemin de retourner à la vie, et vous me remplirez de la joie que donne la vue de votre face (1). C'est à peu près et avec la force qui convenoit au Sauveur plus qu'à Jonas, accomplir ce qu'avoit dit ce prophète : Je reverrai votre saint temple (2).
Il n'appartenoit pas à Jonas, qui n'étoit que la figure, d'avoir tous les traits de la vérité, ni d'avoir parmi les morts cette liberté qui étoit réservée au Sauveur, ni de prédire lui-même et sa mort et sa résurrection. Mais à cela près, il n'y avoit rien qui ressemblât mieux à la mort et au tombeau, que le ventre de ce poisson ; ni rien qui représentât plus vivement une véritable et parfaite résurrection, que la délivrance de Jonas. Adorons donc celui qui n'a laissé aucun trait, ni aucun iota dans les prophètes, non plus que dans la loi, qu'il n'ait parfaitement accompli : et apprenons à ne perdre jamais l'espérance dans quelque abîme de maux où nous soyons plongés; puisque Jonas est sorti du ventre delà baleine, et Jésus-Christ notre chef du tombeau et de l'enfer, assurant ses membres, qui sont ses fidèles, d'une semblable délivrance.
CXIe JOUR.
Prédication de Jonas à Ninive.
Pour achever l'histoire de Jonas, puisque celle de notre Sauveur nous y a conduits: aussitôt que la baleine l'eut rejeté sur le rivage, le voilà de nouveau
(0 Ps. xv- 8. Act. h. i5. — {*) .Ton. it. S,
sur l'évangile. 449
repris par l'esprit de la prophétie : et le Seigneur lui ordonne d'aller prêcher à Ninive qu'elle périroit dans quarante jours ' . Dieu ne voulut point que Jonasy mît la condition : Si elle nefaisoit pénitence. Cette ville la fit toutefois dans le sac et dans la cendre : et Dieu voulut faire voir qu'il étoit toujours prêt par sa bonté, à rétracter sa sentence, sans même l'avoir promis. Ecoutons sur ce sujet la parole de Jésus-Christ : Les gens de Ninive s'élèveront contre cette race dans le jugement, et la condamncmnt : parce quils ont fait pénitence à la prédication de Jonas : et celui-ci est plus que Jonas (2). Faisons donc pénitence, puisque Jésus même nous y exhorte par son Evangile, par les pressantes et continuelles impulsions de son Saint-Esprit : et n'attendons pas que les Ninivites s'élèvent contre nous au dernier jour; car la conviction seroit trop forte, la confusion trop inévitable.
Jonas ne résista point à cette fois (5) : la main de Dieu le serroit de trop près : mais après la miséricorde que Dieu eut exercée envers Ninive, le prophète fut affligé d'une affliction extrême : et transporté de colère, il pria le Seigneur, et il lui dit : Je vous prie, Seigneur, n'est-ce pas là ce que je disais, perdant que fetois encore en mon pays : que vous étiez bon etindulgent jusqu'il l 'infini ' i} : qu'ainsi vous pardonneriez à Ninive ; que les paroles de vos prophètes seroient méprisées ; et que, sans se soucier de vos menaces ni rompre le cours de leurs crimes, t. peuples s'attendroient toujours à vous fléchir par
«] Jon. m. i, 5. — ■ Malth, Xil. ji. — i -Jon. ni. 3. — i lbul.