‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 33 sur 71 · II1 JOUR · texte numérisé non relu

II1 JOUR

La Pâque. La vie du chrétien n'est qu'un passage.

Lisons les paroles de saint Jean, xm, i. Devant le jour de Pdque, Jésus sachant que son. heure étoit venue de passer de ce inonde à son Père ; comme il avoit aime les siens, qui étoient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin .

On sait que le mot de pdque signifie passage. Une des raisons de ce nom, qui est aussi celle que saint Jean regarde en ce lieu, c'est que la fête de Pâque fut instituée, lorsque l'ancien peuple devoit sortir de l'Egypte, pour passer à la terre promise à leurs pères; ce qui étoit la figure du passage, que devoit faire le peuple nouveau, de la terre à la céleste patrie. Toute la vie chrétienne consiste à bien faire ce passage; et c'est à quoi notre Seigneur va diriger plus que jamais toute sa conduite, ainsi que saint Jean semble ici nous en avertir.

La première chose que nous devons remarquer, c'est que nous devons faire cette pâque, ou ce passage, avec Jésus-Christ. Et c'est pourquoi cet évangéliste commence le récit de cette pâque de notre Seigneur par ces mots : Devant le jour de Pdque, Jésus sachant qu'il devait passer de ce monde à son Père.

0 Jésus ! je me présente à vous, pour faire ma pâque en votre compagnie : je veux passer avec vous du monde à votre Père, que vous avez voulu qui fût le mien. Le monde passe, dit votre apôtre (l) : la

10 /. Joan. r. I?.

figure de ce monde passe (i) ; mais je ne veux point passer avec le monde, je veux passer à votre Père. C'est le voyage que j'ai à faire, je le veux faire avec vous. Dans l'ancienne pâque, les Juifs qui dévoient sortir de l'Egypte, pour passer à la terre promise, dévoient paroître en habit de voyageurs, le bâton à la main, une ceinture sur les reins, afin de relever leurs habits, leurs souliers mis à leurs pieds, toujours prêts à aller et à partir ; et ils dévoient se dépêcher de manger lapdrjue ^, afin que rien ne les retînt, et qu'ils se tinssent prêts à marcher à chaque moment. C'est la figure de l'état où se doit mettre le chrétien pour faire sa pâque avec Jésus- Christ, pour passer à son Père avec lui. 0 mon Sauveur ! recevez votre voyageur, me voilà prêt 5 je ne tiens cà rien ; je veux passer avec vous de ce monde à votre Père.

D'où me vient ce regret de passer? Quoi! je suis encore attaché à cette vie? Quelle erreur me retient dans ce lieu d'exil? Vous allez passer, mon Sauveur! et résolu que j'étois de passer avec vous, quand on me dit que c'est tout de bon qu'il faut passer, je me trouble, je ne puis supporter ni entendre cette parole. Lâche voyageur! (pie crains-tu? Le passage que tu vas faire, est celui que le Sauveur va faire aussi dans notre Evangile : craindras-tu de passer avec lui ? Mais écoute : Jésus sachant que son heure ctoit venue de passer de ce monde ' . Qu'y a-t-il de si aimable dans ce monde, que tu ne veuilles point le quitter avec le Sauveur Jésus? Le quituroit-il, s'il étoit bon d'y demeurer? Mais écoute,

(0 /. Cor \n. 3i. — Exod. xn, il. — ) Joan. \in. i.

encore un coup, chrétien : Jésus passe de ce monde pour aller à son Père. S'il falloit seulement sortir du monde, sans aller à quelque chose de mieux, quoique ce monde soit peu de chose, et qu'on ne perdît pas beaucoup en le perdant, on pourroit y avoir regret, parce qu'enfin on n'auroit rien de meilleur. Mais, chrétien, ce n'est pas ainsi que tu dois passer. Jésus passe de ce monde, mais pour aller à son Père. Chrétien, qui dois passer avec lui, tu passes à un Père ; le lieu d'où tu sors, est un exil ; tu retournes à la maison paternelle.

Passons donc de ce monde avec joie; mais n'attendons pas le dernier moment, pour commencer notre passage. Lorsque les Israélites sortirent d'Egypte, ils ne dévoient pas arriver d'abord à la terre promise : ils avoient quarante ans à voyager dans le désert ; ils célébroient néanmoins leur pâque, parce qu'ils sortoient de l'Egypte, et qu'ils alloient commencer leur voyage. Apprenons à célébrer notre pâque dès le premier pas : que notre passage soit perpétuel : ne nous arrêtons jamais ; ne demeurons point, mais campons partout à l'exemple des Israélites : que tout nous soit un désert, ainsi qu'à eux ; soyons comme eux toujours sous des tentes ; notre maison est ailleurs : marchons, marchons, marchons ; passons avec Jésus - Christ : mourons au monde, mourons -y tous les jours : disons avec l'apôtre : Je meurs tous les jours (1) : je ne suis pas du monde ; je passe ; je ne tiens à rien.

(■) /. Cor. xv. 3t.

sur l'évangile. 461

IIIe JOUR.

Lavement des pieds. Puissance de Jésus-Christ; son humilité Joan. xm. 1 — 5.

Comme il avait toujours aimé les siens, il les aima jusque) la fin (1). En ce moment de son passage, lorsqu'il les alloit quitter, il les aima plus que jamais, et leur donna des marques plus sensibles de son amour. C'étoit la consolation qu'il leur vouloit laisser en les quittant. En effet, tout ce qu'il leur dit est plus tendre, tout ce qu'il fait plus rempli d'amour ; témoin l'eucharistie qu'il leur va donner. Mais voici par où ii commence. Après le souper, le diable ayant déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon Iscariot, le dessein de le livrer : Jésus sachant que son Père lui avoit tout mis entre les mains, et qu'il étoit sorti de Dieu, et qu'il y retournoit, il se leva de table, quitta ses habits, et mit un linge devant lui ; puis ayant versé de Veau dans un bassin, il commença il laver les pieds de ses disciples^ et les essuya avec le linge qu'il avoit attaché autour de lui (2). Voilà notre lecture d'aujourd'hui. Qu'elle est belle ! qu'elle est ravissante ! Mon Sauveur, vous me remplissez de consolation par la lecture de votre Evangile ! En quelque endroit que je l'ouvre, j'y trouve partout ces consolations, et des paroles de vie éternelle ; mais je ne sais si j'y ai lu rien de plus touchant que cet endroit. Mon

(') Joan. xiu. >.— > fbiil. ■?., 3, j, 5,

Sauveur, augmentez ma joie dans cette sainte lecture, afin que la chaste délectation dont elle me remplit, m'ôte tout le goût des joies du monde. Mais pour cela il faut peser toutes les paroles.

Apres le souper lj : saint Jean va parler d'un autre souper, oà ilétoit couché sur le sein de Jésus ; où Jésus donna à Judas le morceau trempé (2). Voilà donc un autre souper. Il y en eut deux, dont le dernier se fit après le lavement des pieds, et ce fut celui où il institua l'eucharistie : souper de cérémonie, qui peut-être fut précédé du souper de l'agneau pascal. Je n'entre pas dans ces questions, je ne cherche qu'à m'édifîer : et il me suffit d'entendre que le festin où l'eucharistie fut instituée, fut un festin particulier , qui fut tout plein de mystère, comme nous le verrons bientôt. Que le premier donc soit celui où l'on satisfit au besoin. Voilà Jésus qui se lève, et qui sort de table ; et pour préparer ses disciples au mystérieux festin qu'il leur préparait, il leur lave les pieds.

Jésus sachant que son Père lui avoit tout remis entre les mains, et qu'il étoit sorti de Dieu et retournait à Dieu (3). Arrêtons-nous : saint Jean est ici tout occupé des grandeurs et de la puissance de Jésus ; et il nous veut remplir de cette idée, afin que la peinture qu'il nous va faire de son humilité et de son amour, soit plus vive. Arrêtons-nous donc, encore un coup, et goûtons celte première parole : Son IJère lui a tout remis entre les mains, selon ce qu'il a dit lui-même : Tout a été mis enù-e mes mains

(0 Joan. xiu. c>. — (*) Ibid, a3, -y.Ci. — ]k d. mi. 3.

SUR LÉVANGILE. 463

par mon Père (,). Et ailleurs : La toute-puissance ni est donnée dans le ciel et dans la terre -] . Et quoique cette puissance lui appartînt naturellement, parce que dès le commencement il étoit Dieu, toujours résidant en Dieu, et inséparable de lui, et qu'il étoit ce Yerbe Dieu, par qui Dieu a tout tiré du néant ; le Père par ce moyen ne pouvant avoir aucune créature qui ne soit la créature du Fils, et ne lui doive le même hommage, conformément à cette parole : Tout ce qui est à moi, est à vous ; tout ce qui est à vous, est à moi®) : néanmoins cette puissance lui venoit de son Père, qui la lui ayant déjà donnée par son éternelle naissance, la lui donnoit au temps de sa passion d'une façon particulière 5 parce que c'étoit par sa passion qu'il devoit tout acquérir, et avoir à titre d'achat et d'acquisition, ce qu'il avoit déjà naturellement, et par le droit de sa naissance. Et celui à qui tout est donné d'une manière si excellente, c'est celui qui nous va laver les pieds. Voilà où saint Jean en veut venir. Humilions-nous donc de notre côté. 0 Jésus ! je me soumets à votre empire; à celui que vous avez sur moi, comme créateur, à celui que vous avez comme rédempteur : vous êtes mon souverain Seigneur, mon doux et unique Maître : l'ous êtes le Fils de Dieu, vous êtes le roi et Israël ' '. Quelle obéissance ne vous dois-je pas, étant à vous à tant de titres, et par des titres de cette nature, si authentiques, si immuables, si aimables, si divins ?

1 Vta — » lbid. .-.nviii. 18. — (■>) Joan xvn. 10. —

(fi lbid. :. fo.

MED HATIONS

IVe JOUR.

Tout remis entre les mains de Jésus-Christ, spécialement les élus. Ibid.

Tout lui a été remis en main par son Père (,;. Ce tout, qui lui a été remis en main par son Père, est principalement ce tout àowt il a dit : Tout ce que mon Père me donne, vient ci moi (2). Et ce tout c'est son Eglise ; c'est dans son Eglise spécialement les saints, et parmi les saints ceux qui le sont jusqu'à la fin; et en un mot, les élus. Voilà ce tout bienheureux, qui est spécialement remis par le Père entre les mains de Jésus, et dont il a dit lui-même; ils étaient "à vous, et vous me les avez donnés. Et un peu devant : fous avez donné puissance sur toute chair, sur tous les hommes, à votre Fils, afin qu'il donne la vie éternelle èi tout ce que vous lui avez donné {'-\ Ajoutons toujours : et celui à qui le Père a remis en main tout ce qui lui est de plus cher, c'est-à-dire ses élus, ses bienaimés ; c'est celui qui va nous laver les pieds. Mon Sauveur, vous vous abaissez jusque-là! ïl est juste que je m'abaisse devant vous. Mon Sauveur, que je sois de ce tout que votre Père vous a donné, afin que vous lui donniez la vie éternelle ! J'en serai, si je suis fidèle à votre grâce ; si je garde vos commandemens. Donnez-moi ce que vous me commandez, afin que je sois de ce troupeau béni, dont vous avez dit : Mes brebis entendent ma voix, je les comtois,

(s) Matth. xi 27. — {*)Joan. vi. ?>;. — '?) Ibid xvn 6, 2.

sur l'évangile. 465

et elles me suivent; et je leur donne la vie éternelle. Ce que mon Père nia donné est plus grand que tout; lui-même qui me Va donné, est au-dessus de toutes choses, et Von ne peut rien ôter de mes mains, non plus que des siennes, parce que mon Père et moi ne sommes qu'un (1). Qu'y a-t-ilà craindre après cela? Rien du tout, sinon de manquer à sa vocation ; il n'y a qu'à s'abandonner à ces mains toutes-puissantes, et à dire à Jésus : O Seigneur ! /espère en vous; je me livre à vous; je ne serai point conjondu ».

Ve JOUR.

Jésus-Christ, vrai Dieu, et vrai homme.

Joan. xm. 3.

La même lecture, et s'arrêter à ces paroles : Jésus sachant que tout lui étoit remis entre les mains, et qu'il étoit sorti de Dieu, et qu'il retournait à Dieu (3\ Sorti de Dieu sans altération, sans succession, sans ordre de temps, avec une inexplicable pureté, comme le rayon sort du soleil, sans s'en séparer, et toujours portant en lui-même toute la vertu de son principe ; ce qui fait que saint Paul l'appelle, l'éclat et le rejaillissement de la gloire de son Père (i) : sorti néanmoins, non par extension comme le rayon qui n'est que la lumière étendue,

1 Joan. x. i"t, i8, 30- 3o. — [*) Ps xxx. î. — '■' Joan. xut. 3. — Y; Hehr i 3.

BOSSC ET. IX. 30

et portée bien loin au dehors 5 mais sorti de Dieu, comme la pensée sort de l'esprit en y demeurant toujours : sorti de lui, par conséquent, comme quelque chose de vivant, ou plutôt comme la vie même; ce qui fait dire à saint Jean, que la vie é toit en lui (,) : c'est-à-dire, qu'elle y étoit comme dans le Père, qu'elle y étoit comme dans sa source ; selon ce qu'il dit lui-même de sa propre bouche : Connue le Père a la vie en lui-même ; ainsi a-t-il elonnc au Fils d'avoir la vie en lui-même (~}. Il est donc sorti de Dieu de cette manière, vivant de vivant, vie de la vie ; sorti par la parfaite connoissance qu'il a éternellement de lui-même, comme sa pensée, son intelligence, sa sagesse ; comme sa parole intérieure, par laquelle il se dit à lui-même tout ce qu'il est ; comme l'expression vive et naturelle de ses perfections et de tout son être; comme portant en lui-même toute sa beauté; comme étant sa vive et parfaite image, et l 'empreinte de sa 'substance (5). Sorti par conséquent comme un autre luimême, comme son Fils, de même nature que lui ; Dieu comme lui ; mais un même Dieu avec lui, un même Dieu que lui ; parce qu'il ne sort pas par l'effusion d'une partie de sa substance; mais il sort de toute sa substance, puisque sa substance ne souflre pas de division ni de partage : de sorte que sa substance, sa vie, sa divinité lui est communiquée tout entière, lui est commune avec le Père, à qui il ne reste rien de propre et de particulier que d'être Père : comme il ne reste à la source que d'être la source,

(■) Joan. 1. 4. — 00 Ibid. v. 36. — {?) Hebr. 1. 3.

sur l'évangile. 467

tout le reste, pour ainsi parler, passant tout entier dans le ruisseau.

Yoilà, autant qu'il est permis aux hommes de bégayer, voilà, dis-je, ce que c'est que sortir de Dieu. Ce sont les expressions dont se sert l'Ecriture sainte, pour aider notre foible intelligence, pour l'élever au-dessus d'elle-même. Et tout cela nous est dit en abrégé dans le symbole de Nïcée, lorsqu'il y es.t dit, que le Fils de Dieu est engendré, et sorti de la substance de son Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu d'un vrai Dieu, de même substance que son Père, et un môme Dieu avec lui, parce que le Seigneur notre Dieu est un seul Dieu, et que tout ce qui est Dieu et vrai Dieu, ne peut être qu'un; l'unité étant la substance et l'essence même de la divinité. Mais pourquoi se perdre aujourd'hui dans ces sublimes pensées? si ce n'est pour considérer avec saint Jean par une ferme et vive foi, que vous, mon Sauveur, étant Dieu, égal à Dieu, et un même Dieu avec votre père , d'où vous êtes sorti en demeurant éternellement dans son sein 5 néanmoins vous avez voulu vous rabaisser jusqu'à laver nos pieds, vous humiliant de cette sorte devant votre créature, pour nous apprendre à nous humilier, non-seulement devant vous, mais encore devant not frères, devant nos égaux, devant des hommes faits comme nous, devant nos inférieurs, si notre bassesse naturelle nous permet de mettre quelqu'un en ce rang.

VIe JOUR.

Jésus-Christ, Dieu de Dieu, sorti de Dieu. Joan. xm. 3.

Encore la même lecture, le même mot : Sorti de Dieu (1). Vous êtes, mon Sauveur, sorti de Dieu; sorti premièrement dans l'éternité, conformément à cette parole de Michée : Sa sortie est des les jours de l'éternité (2), d'une parfaite coexistence avec Dieu, de qui vous sortez ; autrement, vous ne seriez pas le rayon de ce soleil ; vous ne seriez pas l'éclat de sa gloire, ni l'empreinte de sa substance, puisque sa substance c'est l'éternité : vous ne seriez pas sa pensée, vous ne seriez pas son Fils, le Fils parfait d'un Père parfait; d'un Père toujours parfait, pour produire, pour engendrer, comme pour être. Vous êtes donc sorti de Dieu dans l'éternité, avant tous les temps; mais sorti de Dieu dans le temps, lorsque votre Père qui vous engendre, et vous porte éternellement dans son sein, unit à votre personne qui lui est égale et coéternelle, dans le sein de la bienheureuse Vierge, la nature humaine tout entière, c'est-à-dire, une ame unie à un corps humain, afin que le même qui est Dieu parfait, fût aussi homme parfait; Fils de Dieu et Fils de Marie, le même Fils, le même Dieu. En cette sorte, ô Jésus! vous êtes encore sorti de votre Père éternel, parce que vous n'avez point eu d'autre

(•) Joan. xm. 3. — (») Mich. v. 2.

sur l'évangile. 469

Père que lui; et que la mère que vous avez eue est demeurée vierge, n'ayant été rendue féconde qu'à cause que le Saint-Esprit est survenu en elle, et que la vertu du Très-Haut l'a couverte de son ombre (I). Conçu d'une manière si pure et si divine, celle dont vous êtes né, ne l'est pas moins; puisque conçu du Saint-Esprit, vous êtes né de Marie toujours vierge, et vous sortez en cette sorte pour paroître aux hommes, comme vous dites vous-même : Je suis sorti de mon Père, et je suis venu dans le monde (2) : non que vous soyez venu où vous n'étiez pas; mais vous avez paru où vous ne paroissiez pas : et voilà votre sortie dans le temps, lorsqu'étant fait homme mortel, vous avez paru parmi les mortels.

C'est ainsi que vous êtes venu dans le monde en qualité d'homme; mais en même temps vous êtes demeuré comme Dieu dans le sein de votre Père, selon ce que disoit saint Jean, votre précurseur : Personne n'a jamais vu Dieu; mais le Fils unique qui est dans le sein de son Père, nous en a raconté les merveilles (5) , nous l'a fait connoître. Et, comme vous dites vous - même, Personne nest monté au ciel, que celui qui est descendu du ciel, à savoir le Fils de V homme qui est dans le ciel (4) : vous en êtes descendu, et vous y êtes. Comme Dieu vous ne quittez jamais le ciel, qui est le lieu de la gloire de votre Père, et vous ne le pouvez jamais quitter. Comme homme mortel vous avez quitté cette gloire, qui vous étoit naturelle, et

W Luc. i. 35. — v- Joan. xvi. 38. — (3) Jùid. 1. 18. — (0 Ibid. pi. i3.

vous nous avez paru dans la bassesse : Et vous vous êtes fait homme, et vous avez habité au milieu de nous, et nous avons vu votre gloire, comme la gloire du Fils unique plein de grâce, et de vérité®*.

Mais comment est-ce que saint Jean a dit qu'il avoit vu votre gloire? Est-ce ù cause qu'il vous a vu ressuscité, et montant aux deux? ou même qu'il vous a vu transfiguré sur le Thabor? Tout cela entre dans sa pensée; mais il déclare qu'il vous a vu dans votre gloire, lorsqu'il vous a vu plein de grâce et de vérité; plein de la grâce des miracles, et guérissant tous les maux de nos corps; plein de la grâce qui nous sanctifie, puisque vosapôtres vous disoient : O Seigneur, aug/nentez-nous la foi ^ ; et que cet affligé vous crioit du fond de son cœur : Je crois, Seigneur, aidez mon incrédulité K'0) . C'est donc ainsi que saint Jean vous a vu plein de grâce; et par la même raison il vous a vu plein de vérité; parce que vous annonciez la vérité aux hommes par vos prédications, et qu'en même temps vous la leur mettiez dans le cœur par l'inspiration de votre grâce, les illuminant tout ensemble et au dedans et au dehors. Nous avons donc vu votre gloire, même au milieu de vos bassesses ; parce que nous y avons vu la vérité et la grâce dont vous étiez plein , et plein nonseulement pour vous, mais encore pour nous; puisque nous avons tous reçu de votre plénitude, et grâce pour grâce (1), comme le disoit saint Jean-Baptiste, votre précurseur.

Nous voyions donc alors votre gloire au milieu de

(•) Joan. i. i/j. — ('•) Luc. xvn. 5. — (0 Marc. ix. iZ. — (4) Joan.

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