MI
ne lui est donné par mon Père (1) : personne ne peut sortir de lui-même, de ses sens, de son orgueil, que votre Père ne le tire de là, pour vous le donner. Seigneur, tirez-moi : je vous livre tout.
XLIIP JOUR.
Saint Pierre et les catholiques s'attachent à Jésus-Christ et à l'Eglise : les Capharnaïtes et les hérétiques s'en séparent. Joan. vi. 53.
Seigneur, vous me jetez dans des vues profondes : je perce dans les siècles à venir. Dans ceux qui demeurent avec Jésus-Christ, saint Pierre à leur tête, je vois tous les catholiques immuablement attachés à Jésus -Christ et à son Eglise : et dans ceux qui quittent Jésus, je vois tous les hérétiques qui doivent quitter son Eglise. Dans saint Pierre et dans les apôtres, je vois tous ceux où la foi prévaut sur le sens humain ; c'est-à-dire, tous les fidèles : et dans ceux qui font bande à part, et cessent de suivre Jésus, je vois tous ceux où le sens humain l'emporte sur la foi ; c'est-à-dire, tous les incrédules qui abandonnent l'Eglise; et surtout ceux qui l'abandonnent à l'occasion de ce mystère. Ils se perdent avec ceux qui disent : Comment cet homme îwus peut-il donner sa chair à manger (2) ? et ils tournent la vérité en allégorie.
Ma chair est viande, mon sang est breuvage (o) : ils le sont vraiment : il les faut manger, il les faut
i*)Joan. vi. <i6. - .'•) Ibid. 53. — (•) lbid. 5S.
sur l'évangile. 587
boire ; trois et quatre fois : c'est là une allégorie ? Mais qui en vit jamais une si outrée ? Il ne s'en trouve aucun exemple. Mais qui en vit jamais une si peu expliquée, si peu démêlée ? Il y en a encore moins d'exemple : en un mot, il n'y en a point; nous l'avons considéré, nous l'avons vu : et néanmoins ils s'obstinent à l'allégorie. Que le sens humain est opiniâtre à demeurer dans ses préjugés ! C'est qu'ils ne peuvent sortir de cette première peine, qui a été celle des Capharnaïtes, comme elle est encore la leur : Comment cet homme nous peut-il donner su chair à manger? Ils y succombent ; ils y périssent avec ces grossiers et superbes murnmrateurs.
Et cependant, à les écouter, c'est nous qui sommes ces Capharnaïtes c'est à votre humble troupeau, c'est aux petits de votre Eglise, qui écoutent en simplicité votre parole, qu'ils reprochent d'être les grossiers, d'être les charnels, et de ne pas écouter votre parole.
Et quoi, qu'y a-t-il que nous n'écoutions pas? Jésus-Christ a dit : Que sera-ce, si vous me voyez remonter ou ciel |;? Et il a montré par là que sa chair ne seroit point démembrée, mise en pièces, consumée : croyons-nous qu'elle le soit ? Ne croyonsnous pas que Jésus-Christ est monté au ciel, et qu'il y vit tout entier ? Nous le croyons, mon Sauveur ! toute la terre le sait. Si nous croyons avec cela que nous vous mangeons, et que ce qu'il vous plaît nous donner à recevoir dans nos corps, est \otre corps el votre sang ; si nous le croyons ainsi, c'est pour ne pas dire a\ec les murmurateurs : Comment cet homme
t' /«an. vi. 03.
nous peut-il donner sa chair à manger? Qui sont donc ceux qui le disent, puisque visiblement ce n'est pas nous? Qui sont ceux qui le disent, sinon ceux qui ne peuvent se résoudre à croire qu'on puisse manger la chair de Jésus-Christ sans la consumer, la mettre en pièces ; ni la manger véritablement en sa propre substance sur la terre, sans la tirer du ciel ? Jésus-Christ a dit : Cest ï Esprit qui vivifie (1) : est-ce nous qui le nions ? Ne croyons-nous pas que sa chair est toute pleine de l'esprit qui vivifie? S'il a été conçu en chair, ilj a été conçu du Saint-Esprit : nous le croyons. Le Saint-Esprit est survenu en Marie (2) : nous le croyons. S'il a été offert en la même chair avec laquelle il a été conçu, cest par V Esprit saint qu'il s'est offert (3), ou comme porte l'original : c'est par l'Esprit éternel: nous le croyons. Tout ce que Jésus-Christ accomplit en chair, s'accomplit en même temps en esprit. Ce n'est pas, précisément de la chair, c'est encore principalement de l'esprit qui lui est uni, que vient la vie : nous le croyons. Nous ne disons pas avec les Capharnaïtes que Jésus soit le fils de Joseph, ni simplement le Fils de l'homme; nous disons que le Fils de l'homme, qui est conçu de Marie, est en même temps le Fils de Dieu, et doit, comme lui dit l'ange, être appelé véritablement et proprement de ce nom. Nous croyons de même que ce Fils de l'homme, qui a expiré en la croix, n'est pas seulement le Fils de l'homme ; et nous disons avec le centenier : C'étoit vraiment le Fils de Dieu (4). Et quand on mange sa
(») Joan. vi. 6'\.— iALuc. 1. 35, — {*) Heb. î*. i/}- të> Malih. xxvn. 54-
sur l'évangile. :»8î>
chair et qu'on boit son sang, nous croyons qu'il le faut faire en corps et en esprit tout ensemble; et que c'est l'Esprit qui vivifie.
Il a dit : La chair ne sert de rien (l) : nous le croyons : et nous remarquons premièrement, car nous pesons avec foi toutes ses paroles, nous remarquons, dis-je, qu'il ne dit pas : Ma chair ne sert de rien : car ce ne seroit pas interpréter, comme vous le prétendez, mais détruire son premier discours, où il a dit tant de fois que sa chair nous servait à avoir la vie, S'il dit donc que la chair ne sert de rien, c'est la chair comme l'entendoient les Capharnaïtes, la chair du fils de Joseph : et encore la chair tellement mangée avec la bouche du corps, qu'elle soit mise en pièces et consumée, en sorte qu'elle ne puisse rester pour être transportée au ciel : car c'est ainsi que l'entendirent ces murmurateurs. Nous ne l'entendons point de cette sorte : et quand enfin il faudroit entendre que la chair de Jésus-Christ, quoique prise, quoique mangée avec la bouche du corps, de cette manière admirable que les incrédules ne peuvent entendre, ne sert de rien; nous le croyons encore de cette sorte : car en mangeant cette chair, nous savons qu'il la faut manger comme une victime qui a été immolée, et se souvenir de lui en la mangeant , s'attendrir dans ce souvenir, se rendre avec lui une hostie sainte, participer à son esprit comme à son corps; en un mol, lui être uni de corps et d'esprit, comme le fut la sainte Vierge, lorsqu'elle le conçut dans ses entrailles : autrement cette chair ne sert de rien,
(^ Joan. vi. 6^.
quoiqu'on la mange, quoiqu'on la reçoive dans son corps. Jésus-Christ ne dit pas aussi qu'on ne la mange point, qu'on ne l'a point en substance; mais quelle ne sert de rien : comme saint Paul ne dit pas qu'on n'a point le corps du Sauveur quand on le reçoit indignement ; mais quon ne le discerne pas (1). Il faut donc, non-seulement le recevoir par le corps, mais le discerner par l'esprit ; autrement, loin de servir, il nous condamne, et nous sommes rendus coupables du corps et du sang du Seigneur (~ . La chair ne sert donc de rien y de quelque façon qu'on l'entende : elle ne sert de rien toute seule, ni par elle-même : ce n'est point à elle qu'il faut s'arrêter. Et si l'on veut encore entendre par cette parole, la chair ne sert de rien, c'est-à-dire, le sens charnel ne sert de rien : nous le croyons encore 5 car ce n'est point la chair ni le sang qui nous a révélé (3) ce que nous croyons, ni celte manière incompréhensible avec laquelle nous croyons manger la chair du Sauveur. Ainsi tout ce qu'il a dit de sa chair mangée et de son sang bu, encore qu'il le faille entendre au pied de la lettre, de sa chair et de son sang pris en leur propre substance, est esprit et vie, à cause qu'en toute manière il y faut toujours joindre l'esprit : nous le croyons : et pour bien entendre toutes les paroles du Sauveur, nous ne croyons pas que les dernières, où il a parlé de l'esprit, excluent les autres où il a parlé de la chair ; mais nous apprennent à unir l'un et l'autre ensemble, et à chercher l'esprit dans la vérité et dans la propriété de la chair.
(•) /. Cor. xi. 29. — (?) Hiiiî. 27. — (3) Maith. xvi.
sur l'évangile. 594
Où est donc la foi des catholiques? Elle est dans les paroles de saint Pierre : Seigneur, à qui irionsnous; vous avez des paroles de vie éternelle (1)? Nous les croyons toutes; et celles où vous inculquez avec tant de force qu'on mangera en substance votre chair; et celles où vous enseignez avec la même netteté, qu'il faut profiter de votre esprit. Voilà quelle est notre foi : voilà ce que nous croyons. Et où est la foi de ceux qui quittent l'Eglise? sinon dans ces paroles des Capharnaïtes : Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à manger? Nous la donner pour la consumer, c'est chose absurde et inhumaine; nous la donner sans la consumer, el en sorte qu'en même temps elle demeure entière dans le ciel ; c'est chose impossible.
Seigneur, nous ne sommes point de cette troupe : on ne peut nous attribuer en aucun sens ce Comment des murmurateurs. Nous nous rallions avec saint Pierre, nous retournons au cénacle, pour y faire la cène avec vous et avec vos disciples. Quelle simplicité! qvm silence! Prenez, mangez; c'est mon corps : Buvez , c'est mon sang. II ne dit pas : Ils seront en vous par la foi; mais ce que je vous présente, Cela lest. Croyez-y, n'y croyez pas; cela est : cela est, parce que je le dis, et non pas parce que vous le croyez. Que cela est étonnant! Et néanmoins Jésus le dit sans rien expliquer ; les apôtres l'écoutent sans rien demander : ces questionneurs perpétuels, s'il m'est permis une fois de les appeler ainsi, se taisent: ils font ce qu'on leur dit, nonseulement sans contradiction et sans murmure, mais
('; Joaii. vi. (i<j.
encore sans avoir besoin d'aucune instruction que de celle qu'ils avoient reçue. Les murmures avoient été trop repoussés, les questions trop précisément résolues; tout est calme, tout est soumis : le Père les a tirés. Et les autres? Ah! fidèles, retirez-vous de leur compagnie : séparez-vous de ces séditieux, de ces impies, qui murmurent, non pas contre Moïse (I), mais contre Jésus-Christ même : séparezvous-en, pour n'être point enveloppés dans leur péché. Quoi? que leur va-t-il arriver? La terre se va-t-elle ouvrir sous leurs pieds, pour les engloutir tout vivans? Non; c'est quelque chose de pis : ils quittent l'Eglise ; ils sont livrés à leur propre sens.
XLIVe JOUR.
Communion indigne. I. Cor. xi. 27 — 29.
Et ceux qui, sans quitter l'Eglise, conservant la vraie foi du corps et du sang de Jésus-Cnrist, les reçoivent indignement, sont-ils tirés par le Père céleste? les a-t-il donnés à Jésus-Christ? et viennentils à lui comme il faut? Non sans doute; puisque bien éloignés de recevoir la vie, saint Paul dit (2) qu'ils boivent et mangent leur condamnation, parce qu'ils ne discernent pas le corps du Seigneur.
Le saint apôtre parle ici d'une manière terrible, puisqu' après avoir rappelé dans la mémoire des fidèles que Jésus-Christ avoit dit que ce qu'il donnoit à manger étoit son corps, le même qui devoit être
W Num. xvi( i&. — W /. Cor. xî. 29, 3o.
sur l'évangile. 593
percé et rompu à la croix ; et que la coupe qu'il leur donnoit à boire, étoit, par le sang versé qu'elle contenoit, l'instrument de l'alliance et du testament que le Sauveur faisoit à leur avantage; il en conclut que ceux qui mangent ce pain : remarquez ce pain, c'est-à-dire, ce pain fait corps, ainsi qu'il vient de le raconter; et boivent la coupe du Seigneur indignement y sont coupables de son corps et de son sang (,). Et qu'est-ce qu'en être coupable? si ce n'est non-seulement les profaner, mais encore leur faire un outrage de même nature que celui qui leur avoit été fait par les Juifs, lorsqu'ils déchirèrent l'un, et répandirent l'autre. Et c'est pourquoi ils boivent et mangent leur condamnation; parce que semblables à ces perfides, ils n avoient mis aucune différence entre le corps de Jésus-Christ et celui des voleurs qu'ils avoient crucifiés avec lui. Et remarquez que l'outrage que les Juifs avoient fait à Jésus- Christ, regardoit précisément son corps. Car ce n'est qu'au corps qu'on peut nuire, en le livrant à la mort; conformément à cette pnrole : Ne craignez pas ceux qui ne peuvent que tuer le corps, et ne peuvent pas étendre plus loin leur puissance (2). Les Juifs donc outragèrent ce corps en lui-même, et en sa propre substance, lorsqu'ils le mirent en croix; ils outragèrent ce sang en lui-même et en sa propre substance, lorsqu'ils le firent couler sur la terre par un infâme supplice, comme si c'eût été le sang d'un coupable. Vous faites un semblable sacrilège, lorsque vous mangez et buvez indignement ce corps
' /. Cor. m. 27. — 00 Luc. xii. 4.
Bossuvr. IX. :w
et ce sang; vous les profanez, vous les outragez en eux-mêmes; et cet outrage que vous faites au corps du Sauveur, est de ne le pas discerner, de n'en pas connoître la sainteté ni le prix. Il ne dit pas qu'ils ne le reçoivent point faute de foi, comme le disent nos hérétiques; mais qu'ils ne le discernent pas, en supposant qu'ils le reçoivent : comme on diroit d'une pierre précieuse, que vous jetteriez dans la boue comme une autre pierre, après l'avoir reçue, non pas que vous ne l'avez point reçue, mais que vous n'en avez pas fait le discernement et l'estime qu'il falloit.
Ce n'est pas non plus ce que disent encore ces hérétiques : Vous êtes coupable de ce corps et de ce sang, comme on est coupable envers la personne du prince, lorsqu'on en déchire injurieusement le tableau. Car il n'est point ici parlé de tableau ni de figure : l'apôtre fait aller de même rang : Ceci est mon corps : Coupable du corps : et , ne pas discerner le corps. Il ne faut point diminuer le crime de ceux contre qui l'apôtre s'élève, ni affoiblir l'horreur qu'on en doit avoir. Il est vrai qu'en traitant indignement l'image du prince, on l'attaque, on le déshonore lui-même; mais par une injure bien inférieure à celle qu'on lui feroil erç attentant sur sa personne sacrée. L'attentat des chrétiens, qui mangent indignement le corps du Sauveur et boivent indignement son sang, est de ce dernier genre; c'est un attentat fait immédiatement sur la personne : en un mot, il y a deux choses à considérer dans le supplice de Jésus-Christ; le crime des Juifs, et l'obéissance du Sauveur. Ceux qui reçoivent dignement
sur l'évangile. 595
son corps et son sang, participent au mérite de son obéissance : ceux qui les reçoivent indignement, participent au sacrilège de ses meurtriers, et attentent comme eux immédiatement sur sa personne adorable.
Seigneur, tirez-nous à vous, inspirez - nous un juste discernementfdu corps que nous recevons : ne le traitons pas comme une chose immonde, en le recevant dans un corps impur et souillé. Les choses saintes sont pour les saints, comme on crioit autrefois au peuple fidèle, lorsqu'on alloit distribuer le corps de Jésus-Christ. Ne le touchons pas avec des mains sacrilèges; ne le recevons pas avec une bouche impure; ne lui donnons pas un baiser de Judas, un baiser de traître : que ce soit un baiser d'épouse, un baiser rempli cl ardeur, et qui soit le gage d'un chaste et perpétuel amour. Qu'il me baise du baiser de sa bouche (,); d'un baiser d'époux; que je lui donne aussi le baiser de l'épouse; celui que lui donnent les vierges, les aines chastes dont il est aimé. Tirez-nous, Seigneur, à ce chaste et doux baiser : tirez-nous y et nous courmns après vos parfums. Ceux qui sont droits vous aiment ('2). Ce sont ceuxlà qui vous donnent ce saint baiser, ce baiser de paix et d'un amour éternel. Car personne ne vient, a mai que mon Père ne le tire •" : personne ne vient à moi qu'il ne lui soit donné par mon Père; nul ne communie dignement que par cet attrait.
1 Canl. i : — » Ih'nl 3.— ') J»an t f £,' 6fi.
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XLVe JOUR.
Qui sont ceux qui communient indignement.
Lisez, I. Cor. chap. x, depujjs le verset 16 jusqu'au 22. C'est encore une terrible sentence contre ceux qui communient indignement : Vous ne pouvez pas boire du calice du Seigneur, et du calice des démons : vous ne pouvez pas participer à la table du Seigneur, et à la table du démon ty.
Boire la coupe des démons, ce n'est pas seulement boire dans la coupe dont on leur fait une effusion : c'est boire à longs traits les plaisirs du monde, par lesquels on se livre à eux. Participera la table des démons, ce n'est pas seulement manger des viandes qui leur ont été immolées : c'est se livrer à l'avarice, qui est une idolâtrie ; à la gourmandise, par laquelle on fait un dieu de son ventre; à tous les autres vices, par lesquels on livre aux démons ce qui étoit dû à Dieu.
Mais un des péchés que l'eucharistie souffre le moins, c'est celui de la dissension et de la haine contre son frère; car le propre effet de l'eucharistie, c'est de nous unir pour ne faire qu'un même corps, selon ce que dit saint Paul t Quoique nous soyons plusieurs, nous ne sommes tous ensemble qu'un même pain et un même corps, nous tous qui participons à un même pain (2). Quiconque donc prend ce pain de vie ; qui prend ce corps, qui nous
(0 T. Cor. x. 20, 21. — W tbià, 17.
SL'R l'évangile. 5!)7
est donné sous la forme et sous l'espèce du pain, pour sustenter notre ame, qui étant distribué à plusieurs, demeure toujours le même, et parfaitement le même, ne souffrant aucune division en sa substance; doit être un avec tous les membres, comme il doit être un avec Jésus-Christ. Et c'est l'impression que porte en soi le pain sacré de l'eucharistie. Celui-là donc qui la reçoit ayant la haine dans le cœur contre son frère, fait violence au corps du Sauveur, puisqu'il vient pour nous faire un même corps, et que nous demeurons dans la division.
Mais qu'arrivera-t-il à ceux qui demeurent ainsi divisés, pendant que le corps de Jésus-Christ les vient unir? Ce divin corps ne peut demeurer sans efficace : ceux qui ne veulent pas se laisser unir, il les brise, il les met en pièces, il les divise contre eux-mêmes; leur propre conscience les condamne; il les arrache de son unité, il les sépare de son corps mystique. S'ils y demeurent à l'extérieur, ils en sont séparés selon l'esprit; ce sont des membres pourris; des arbres infructueux doublement morts, déracinés, comme disoit l'apôtre saint Jude C1). Ils semblent être encore sur pied, et se tenir sur leur racine; mais ils ont la mort dans le sein, et leur racine ne tire plus de nourriture.
Allez donc, et comme le Sauveur vous l'a ordonné lui-même, allez vous réconcilier avec votre frère (2) : non-seulement vous n'êtes pas digne de participer à l'autel, mais encore vous n'êtes pas digne d'y offrir votre présent : non-seulement vous n'êtes pas digne de participer à l'oblation de l'autel, mais vous
' Jttd. Ep. xi. — '■' Mallh. v. 23, i\.
n'êtes pas digne d'y assister. Le sang de Jésus-Christ, qu'on lève au ciel, crie vengeance contre vous, parce que c'est un sang qui a pacijié et réconcilié toutes choses dans le ciel et clans la terre (l) : et non-seulement les hommes avec Dieu, mais encore les hommes entre eux. Et vous n'écoutez pas la voir de ce sang qui parle mieux que celui d Abèlm . Car il parle pour la paix, et le sang d'Abel Crioit vengeance; mais vous le contraignez à crier vengeance, si vous rejetez la paix fraternelle pour laquelle il est répandu. Ce sang crie au meurtre, à la vengeance ; vous êtes le meurtrier, contre qui il crie : car celui qui naît sûrifrèi-e est homicide (3). Retirez-Vous, malheureux, fuyez la voix de ce sang.
XLVle JOUR.
La communion est. la préparation à la mort de Jésus-Christ. 7. Cor. Xi. 26.
Toutes les fois que vous mangefvz ce pain de vie , et que vous boirez ce mlice, Vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu à ce qu'il vienne w. Vous l'annoncerez comme une chose déjà accomplie pour le salut du genre humain : vous l'annoncerez comme une chose qui se doit continuer en quelque façon jusques à la fin des siècles. La mort de Jésus-Christ est toujours présente dans l'eucharistie ; par la séparation mystique de son corps et de son sang :
' <Jo/. i. '20 — '-) Ifeh- xn. -.'.]. — ; /. Joua. m. I*. — t /. Cor.
Xi. 26.
l'impression de la mort de Jésus -Christ se doit faire sur tous les fidèles, qui, à l'imitation du Fils de Dieu, se doivent rendre eux-mêmes des victimes. Toute la vertu de la croix est dans ce mystère ; on y annonce par tous ces moyens la mort du Sauveur.
Quelle est la vertu de la croix? Quand je serai élevé de terre, je tirerai tout à moi (,). L'effet a suivi la parole : tout est venu à Jésus crucifié : telle est la vertu de sa croix. Cette vertu est toute vivante dans l'eucharistie : ceux-là y croient, ceux-là en profitent, et la reçoivent dignement, que le Père tire à son Fils. Jésus-Christ dit qu'ils vivent par lui, qu'ils vivent pour lui, comme lui-même il vit par son Père et pour son Père; ils n'ont d'autre vie que la sienne. Sa chair est toute pleine de l'esprit qui nous communique cette vie; tout est esprit, tout est vie dans ce mystère; toute l'efficace de la croix pour nous tirer à Jésus, pour nous faire vivre en lui et de lui, y est renfermée. Quelle violence souffre le Sauveur, quand on ne répond pas à son amour ; quand on ne se laisse pas posséder à lui ; quand on résiste à la force avec laquelle il nous tire! Si on lui refuse son cœur, pendant que non-seulement il le demande, niais qu'il fait, pour ainsi parler, de si grands efforts pour se l'unir; c'est un époux méprisé qui entre en fureur contre son épouse insensible ; il n'y a plus pour elle que la damnation ou la mort. Hélas ! hélas! tout est perdu ; de toute la force dont il nous tiroit, il nous repousse et nous détruit.
1 1 Joan. \ : Si.
XLVir JOUR.
La persévérance, effet de la communion. Joan. vi. 57.
Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui (,). Le grand don après lequel soupirent les chrétiens, est celui delà persévérance, qui nous assure la couronne, qui nous unit, qui nous incorpore à Jésus-Christ, pour nous faire éternellement un avec lui, sans jamais en pouvoir être séparés. Voilà le grand don de Dieu ; celui qui est joint à sa prédestination éternelle : et Jésus-Christ nous apprend qu'il y a dans l'eucharistie une grâce particulière pour nous l'obtenir. Si donc nous voulons persévérer dans la vertu, il faut communier, et communier souvent ; car c'est le plus puissant moyen qui nous soit donné, pour obtenir la persévérance (2) : c'est le pain des chrétiens, leur nourriture ordinaire, et de tous les jours. 0 mon Dieu, que les chrétiens ont le cœur dur, puisqu'ils viennent si rarement à la sainte table! S'ils goûtoient Jésus-Christ crucifié, ils viendroient célébrer souvent le mystère de cette mort. On est touché le Vendredi saint, à cause qu'on y célèbre la mémoire de la mort du Sauveur. Venez, mes enfans, c'est tous les jours le Vendredi saint; tous les jours on érige le Calvaire sur le saint autel. Venez, et souvenez-vous de cette mort qui est votre vie ; venez recevoir un sacrement,
(1) Joan. VI. 57. — (?) lbid. a/j, 27.
sur l'évangile. 601
où l'on apprend à demeurer en Jésus-Christ, où Ton reçoit la force, le courage, la grâce d'y demeurer. Mais aussi on doit trembler, quand on retombe dans ces fautes après la communion ; puisque Jésus- Christ ne dit pas : Celui qui mange ma chair est en moi (1) 5 mais il y demeure attaché : ni Je suis en lui ; mais J'y demeure, et je ne le quitte jamais. Jésus est fidèle; il ne nous quitte jamais le premier. Il vient bien à nous le premier; mais jamais il n'est le premier qui quitte : c'est nous qui le quittons, quand nous tombons dans le péché. Malheureux ! nous devons bien craindre de ne l'avoir pas reçu comme il faut : car nous serions demeurés en lui : et hélas! nous l'avons quitté. Le recevoir comme il faut, c'est le recevoir en détestant ses péchés , en éloignant les occasions de ie commettre; en cherchant dans l'eucharistie le soutien de notre foiblesse et de notre instabilité.
XLVIIP JOUR.
S'éprouver soi-même. /. Cor. xi. 28.
Que f homme s'éprouve lui-même (2) : qu'il éprouve premièrement s'il n'est point indigne de cette table sacrée; s'il ne vient point au banquet de l'Epoux sans la robe nuptiale, sans être en état de grâce; car on lui diroit : Ami infidèle, ami téméraire, comment avez -vous osé entrer ici sans avoir V habit nuptial? Et non-seulement il sera jugé indigne du
M Joan. vi. 5-]. — (») /. Cor. XI, 28.
banquet, mais encore on le jettera, pieds et mains liés, dans le séjour des ténèbres, où il y aura pleur et grincement de dents (l).
Le maître entra dans la salle du festin pour y voir les conviés : et il y vit un homme qui n'avoit point l'habit nuptial <9). Représentez - vous Jésus qui vient lui-même examiner ceux qui sont à sa table. Pour éviter un si terrible examen, que chacun s'examine soi-même, que chacun s'éprouve soi-même.
Mais il y a encore d'autres épreuves plus délicateB. Le pain de l'eucharistie est appelé par les saints, le pain des forts : et il y faut user, en le donnant, du même discernement dont use un sage médecin, en donnant le solide à son malade; c'est-à-dire qu'il faut songer non-seulement au refus absolu qu'on en doit faire durant la fièvre, mais encore au ménagement avec lequel il le faut donner aux convalescens.
Outre l'épreuve qu'il faut faire de cette viande céleste, pour n'y pas manger sa condamnation* il y a encore une épreuve, une préparation nécessaire pour la manger avec profit. Cette viande ne nous est pas seulement donnée pour entretenir la vie, mais encore pour nous rendre l'embonpoint. Elle renouvelle, elle engraisse ; elle veut détruire de plus en plus jusqu'aux moindres restes du mrd. Cette viande ne se digère pas ; mais c'est elle, pour ainsi parler, qui nous digère et nous change en ellemême. Il faut considérer le progrès que nous faisons en la mangeant, et la prendre avec réserve, jusqu'à tant que nous soyons rendus propres à recevoir tout son effet. Sinon elle nous surcharge :
f«) ffatth. xxir. ia, i3. — ' lf>ni.]\.
sur l'évangile. 603
et si nous n'avons pas la mort dans le seih, il s'amasse des humeurs qui doivent nous faire craindre une rechute. Il faut donc craindre le fréquent usage de l'eucharistie, si on n'en vient à cet embonpoint spirituel, et à un état de force. Il est vrai, que c'est en la recevant, que nous devenons propres à la recevoir : c'est elle-même qui par sa vertu nous rend propres à elle-même et à ses effets; mais il en faut savoir tempérer l'usage. La marque la plus assurée dans les bonnes âmes pour la recevoir souvent, c'est l'appétit spirituel qu'elles en ressentent ; mais il faut savoir ménager cet appétit. Il y a des appétits de malade : il y en a que la santé donne. L'appétit est donc équivoque; et il faut le savoir connoitre : il faut savoir le réprimer, il faut savoir le réveiller; il faut quelquefois exciter l'ardeur par quelque délai, pour aussi augmenter le goût. Telle ame aura besoin qu'on le lui excite par quelque temps de lecture, et par la seule méditation de la parole divine. Goûter la parole de Jésus- Christ, c'est la marque qu'on le goûte lui-même, et la meilleure préparation à le goûler. Qui est le sttge, qui entendra et qui discernera ces ehoses{x)Qi Oui est eet éionome fidèle et prudent , qui seiuru donner le froment dont lu distribution lui est confiée, en son temps et selon la mesrre {'1,çt Remarquez qu'il y a le temps et la mesure à garder, et que ce dispensateur ne doit pas seulement être fidèle, mais encore prudent. Ainsi, que l'homme s'éprouve lui-même : car le tempsde l'un n'est pas toujours le temps de l'autre ; et la mesure de l'un n'est pas toujours la mesure de
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l'autre. 11 faut donc s'éprouver soi-même : et quand on dit s'éprouver soi-même, ce n'est pas à dire s'approcher ou s'éloigner par son propre jugement : car cette épreuve ne seroit ordinairement que la nourriture de l'amour-propre. Une partie de cette épreuve est de bien connoître qu'on ne se peut pas juger soi-même, et qu'on doit savoir chercher ce dispensateur prudent, qui connoisse le temps et la mesure qui nous est propre. Car ce n'est pas sans raison que le prince des pasteurs a donné à ses ministres le pouvoir de lier et de délier, de retenir et de remettre. Qu'on s'éprouve donc soi-même avec ce conseil, et selon l'ordre de l'obéissance. Tout ce qu'on fait dans cet esprit, porte grâce. Tel qui entend dire que la sécheresse est quelquefois une épreuve et un exercice, prendra sa langueur pour une grâce : tel aussi s'imaginera être de ces tièdes, que Jésus- Christ vomit de sa bouche, quand il ne sentira pas son goût, et que ce goût se sera, pour ainsi dire, retiré bien avant dans son intérieur. Qui est le sage, encore un coup, qui discernera ces choses ?
Il faut aussi savoir connoître cette viande, qui sait comme la manne prendre toute sorte de goûts. Tantôt on nous y doit faire goûter l'humilité; tantôt la mortification ; tantôt l'amour fraternel et celui des ennemis ; tantôt la joie qui nous transporte en esprit dans le ciel ; tantôt la sainle tristesse qui nous dégoûte du monde, et nous imprime des sentimens de pénitence. On nous doit faire prendre cette viande avec la disposition où le Saint-Esprit nous met j ou dans celle où l'on ressent qu'il nous veut mettre. Il faut, dis-je, vous la donner ou selon votre attrait
présent, ou pour vous inspirer celui dont vous avez besoin. Faut-il exciter en vous, ou y entretenir l'esprit d'ardeur et décèle? Le charbon pris sur l'autel (,), n'est rien pour vous purifier, pour vous embraser, à comparaison de ce corps. Est-ce l'esprit de componction et de larmes qui vous est nécessaire ? Ce divin corps en tirera plus de vos yeux, que la pécheresse n'en versa aux pieds du Sauveur. Seigneur, donnez à votre Eglise de ces prudens dispensateurs, qui sachent faire l'application de l'eucharistie. Seigneur, donnez à vos fidèles cette humble docilité, et la soumission aux conseils avec lesquels ils se doivent éprouver eux-mêmes.
XLIXC JOUR.
Sommaire de la doctrine de l'eucharistie.
Nous devons maintenant entendre, ce que c'est que ce sacrement ; en quoi il consiste ; quel en est le fruit; ce qu'on doit appeler le sacrement et le signe ; ce qu'on en doit appeler le fruit et la chose.
Ceux qui ne veulent pas croire, que ce qui nous est présent est vraiment le corps et le sang de Jésus- Christ, disent que le pain et le vin sont le sacrement et le signe; et que la chose c'est la réception de la chair et du sang de Jésus-Christ : puisque c'est là, disent-ils, ce qui est toujours accompagné de la vie, conformément à cette parole : Qui mange ma c//air et boit mon sang, a la vie éternelle : et qui me
0 ts. vi. 6, 7.
mange, vit pour moi (,). Aveugles, qui ne veulent pas entendre qu'il y en a qui prennent ce corps sans le discerner ; qu'il y en a qui le reçoivent en le profanant, et qui s'en rendent coupables ; et que c'est ce qui doit être reçu avec épreuve, pour ne le pas recevoir indignement. Mais parce que les hommes peuvent recevoir mal un si grand don, en est-il moins ce qu'il est?
La parole de Dieu est par elle-même une lumière qui éclaire l'homme, qui le purifie, qui le nourrit ; en laquelle il a le salut et la vie : cela empêche-t-il qu'il y en ait qu'elle étourdit, qu'elle aveugle ; qu'elle ne soit odeur de vie pour les uns, et odeur de mort pour les autres, et une lettre qui tue (2). Ce que les hommes la font devenir par leur mauvaise disposition, n'empêche pas ce qu'elle est par elle-même ; ni ne lui ôte la force qu'elle tire de la bouche de Dieu d'où elle sort. Ainsi le corps de Jésus, ainsi le sang de Jésus, n'en sont pas moins en eux-mêmes -esprit et vie, encore qu'ils ne le soient pas à ceux qui les reçoivent mal. Ceux qui croiront et seront baptisés, seront sauvés (3). Qui en doute, s'ils croient comme il faut j s'ils persévèrent à croire ; s'ils ne mettent point d'obstacle à la grâce du baptême ; s'ils sont soigneux d'en conserver la vertu? Ainsi, qui mange la chair, qui boit le sang, a la vie : oui, qui la mange et qui le boit dignement, et comme il faut. La chair mangée dans l'eucharistie, est au chrétien un gage de l'amour de Jésus-Christ, un témoignage certain que c'est pour lui qu'il s'est incarné, et pour lui qu'il s'est offert. Voilà le gage, voilà le signe, voilà
(«) Joan. vi. 55, 53. — [») Il Cor. u. 16. m. 6. — (3) Marc. xvi. i6.
sur l'évangile. 607
le témoignage : mais il faut entendre ce gage ; il faut être touché de ce signe j il faut croire ;i ce témoignage : autrement, qu'aurez-vous pris? Un gage, un signe, un témoignage de l'amour immense de votre Sauveur ; mais sans en être touché, sans y prendre part : et ce précieux gage de son amour sera en témoignage contre vous : et vous serez de ceux dont il est écrit : // est venu ehez soi, et les siens ne F ont pas reçu (i). Qu'est-ce que venir chez soi, si ce n'est venir à ceux qui sont à lui ; il y vient donc, et il a été au milieu d'eux : mais ils ne J'ont pas reçu, parce qu'ils ne l'ont pas connu, ils ne l'ont pas discerné, ils ne l'ont pas traité comme le méritoit sa dignité et son amour.
Quel est donc le vrai effet, et la chose, pour ainsi parler, de ce saciement? Etre incorporé à Jésus- Christ : lui être parfaitement uni selon le corps et selon l'esprit : être avec lui une même chair et un même esprit, par la consommation de ce chaste mariage '-' : être de ses os et de sa chair, comme une épouse fidèle (5) ; mais être aussi de son esprit , en sorte qu'il jouisse tout ensemble de notre corps, de notre esprit, de notre amour, comme nous jouissons du sien : en un mot, être le corps de Jésus- GhrisL, lui être uni membre à membre, comme les membres sont unis entre eux, comme tous le sont au chef -' : et cela pour toujours, sans jamais être en division, ni en froideur, ni avec lui, ni avec aucun de ses membres; pareequ'il veut non-seulement viiir en nous, mais y demeurer. Il ne s'unit qu'à
' Juan. i. il. — i /. Car. v; iG, 10. — \i] J'.pli v . ju. — >4 /. Cor. mi. 37.
regret et à contre-cœur à ceux qu'il voit désunis dans la suite et jusqu'à la fin : il ne les répute pas siens, de cette manière secrète et permanente, dont il veut qu'on soit des siens : autrement son disciple bien-aimé dira : Ils étoient au milieu de nous : ils en sont sortis: mais ils n étoient point des nôtres : et pourquoi ? Parce que s'ils avoient été des nôtres, ils seroient demeurés avec nous (1). Qui me mange demeure en moi, et moi en lui m : et qui n'y demeure pas, ne me mange pas comme il faut.
En effet, qu'avons-nous dans l'eucharistie, qu'y avons-nous en substance, si ce n'est celui qui fait la félicité des bienheureux? C'est la même chose, la même substance ; et il n'y a qu'à ôter le voile. Seigneur, ôtez ce voile; percez ce nuage : que me restera-t-il entre les mains et devant les yeux, sinon cet objet qui me fera ma béatitude? N'ai-je pas déjà cet objet dans votre corps ? Dans le corps de Jésus-Christ n'ai-je pas son ame? N'ai-je pas toute sa personne, et dans sa personne celui qui y habite corporellement , avec une entière plénitude (5), c'est-à-dire , le Verbe divin : et dans ce Yerbe, n'ai-je pas son Père? et n'a-t-il pas dit la vérité, quand il a dit : Qui me voit, voit mon Père (4). J'ai donc tout. Que me reste-t-il à désirer, sinon de voir ce que je tiens, de percer le voile, de voir clairement et par une manifeste vision ce que je sais bien que j'ai, mais ce que je ne vois pas? Mais il n'y a qu'à demeurer en lui : car ainsi il demeurera en nous. Et il ne demande qu'à être vu, qu'à être
(0 /. Joan. n. 19. — (») Joan. vi. 5n. — (3) Colos. u. 9. — Ci) Joan. xiv. 9.
sur l'évangile. 009
parfaitement possédé, qu'à jouir parfaitement de nous, en nous donnant tous ses biens et lui-même pour en jouir ; enfin à être connu comme il connoit(1): c'est-à-dire, à être connu clairement, vivement, éternellement, sans obscurité, au-dessus de toute vision. Yoilà le fruit, la vérité, l'entière consommation du mystère de l'eucharistie.
Le JOUR.
L'eucharistie est la force de l'ameetdu corps.
Mais, dites-vous, qu'étoit-il besoin d'avoir Jésus- Christ dans son corps? Dites plutôt : Qu'étoit-il besoin d'avoir le corps de Jésus-Christ en vérité, en substance? d'avoir la chair de ce sacrifice? d'avoir dans ce sang, le signe certain de la consommation de la rémission des péchés ? d'être uni à Jésus- Christ tout entier, comme une chaste épouse à un époux chéri? et en cette qualité d'avoir puissance sur son corps, pour jouir en même temps de son esprit ? Et pour parler du corps en particulier, n'y a-t-il rien à faire dans notre corps? N'est-ce pas la chair qui convoite contre l'esprit? Qui la peut mieux tempérer, que le corps de Jésus-Christ appliqué sur elle ? N'y a-t-il pas dans nos membres une loi qui combat la loi de l'esprit? Qui la peut mieux affaiblir, et mettre nos membres mortels sous le joug? Ne faut-il pas porter dans nos corps la mortification de Jésus? Mais qui peut mieux y en imprimer le
[*) 1. Cor. xin. 12.
BOSSUOT. I\. 39
caractère, et sanctifier les peines d'un corps affligé? Mais ne faut-il pas que ce corps mortel sorte un jour du tombeau et de la corruption? Et qui peut mieux nous en tirer que ce corps qui ne l'a jamais sentie? Pour devenir avec Jésus -Christ un corps spirituel, comme l'appelle saint Paul (l), qu'y avoit-il de plus efficace que son union avec ce même corps, et l'impression de ses divines qualités? Mon Sauveur, si vous touchez mon corps, il en sortira une vertu : et il faudra qu'il devienne semblable au vôtre. La vertu qui en sortira, ne me donnera pas comme à cette femme, une santé foible et fragile, mais la véritable santé qui est l'immortalité. Mais les enfans qui n'ont pas communié, ne ressusciteront donc pas? Grossiers et charnels, qui n'entendez pas que ce corps est donné à toute l'Eglise, et que ce levain mystérieux est capable de vivifier toute la masse? Ces enfans, dont vous parlez, n'ont-ils pas reçu avec le baptême un droit sur ce corps? il est à eux, encore qu'ils ne le reçoivent pas d'abord, selon la coutume présente : mais ce qui est reçu par quelques-uns, est à tous un même gage d'immortalité. Consolez -vous en notre Seigneur, et jouissez d'une si douce espérance.