‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 43 sur 71 · XIV. ï · texte numérisé non relu

XIV. ï

nouveau Testament en mon sang : comme si on disoit : De même que ce papier où est écrite de la main de votre père sa dernière volonté, est son testament, ainsi cette coupe sacrée est le testament de Jésus-Christ par son sang qu'elle renferme, et dont la dernière disposition devoit être écrite.

Il n'y a donc rien de plus simple, que les paroles dont Jésus-Christ a usé : Ceci est mon corps: Ceci est mon sang du nouveau Testament : il n'y a là aucune figure; et tout y est véritable au pied de la lettre. Dans ces paroles de saint Luc et de saint Paul, ou plutôt dans ces paroles de Jésus-Christ; ainsi que ces deux écrivains sacrés les ont tournées : Cette coupe est le nouveau Testament par mon sang, il y a une façon de parler un peu plus tournée, aisée toutefois et du discours familier, et semblable à celle qui appelle du nom de testament, l'instrument où est déclarée la dernière volonté du testateur. Mais en même temps la vérité du sang est marquée avec une force particulière : car il y est expressément marqué, que si la coupe qu'on nous présente est le testament de Jésus-Christ; si elle est l'instrument sacré où sa dernière disposition est marquée ; c'est par le sang de Jésus-Christ qu'elle contient; à cause que ce testament, comme on vient de voir, étoit de nature à être écrit, non pas de la propre main, mais du propre sang du testateur. Et les paroles de saint Luc marquent ce sens évidemment. Car à les traduire mot à mot, selon qu'elles se trouvent dans l'original, il faut rapporter ces mots, répandu pour vous, non pas au sang, mais à la coupe; et on les doit traduire ainsi : cette coupe versée pour vous,

est le nouveau Testament par mon sang : ce n'est pas seulement le sang qui est versé pour vous; c'est la coupe, au même sens qu'on dit tous les jours, quand une liqueur est répandue, que le vase où elle étoit est répandu. Entendons donc aussi que cette coupe est ici répandue pour nous; c'est-à-dire, que le sang qu'elle contient n'est pas seulement répandu pour nous à la croix; mais qu'en tant qu'il coule encore dans cette coupe, et qu'il en découle sur nous, c'est encore une effusion qui se fait pour notre salut, et une oblation véritable.

Rendons grâces à Jésus-Christ, qui nous a expliqué en tant de sortes et d'une manière si expresse, le sacrifice qu'il continue à offrir pour nous dans l'eucharistie. Voyons-y encore couler pour nous le sang de la rédemption en vérité comme sur la croix, quoique sous une forme étrangère. Il est puissant pour opérer tout ce qu'il a dit : son sang est ici; cette coupe en est pleine; il s'y répand tous les jours pour nous; c'est de ce sang qu'est écrit le testament de notre Père. Et quel est ce testament? sinon celui dont il est écrit : C'est ici le testament que je jerai avec eux : je mettrai ma loi dans leurs cœurs, et je l'écrirai dans leur esprit, et je ne me souviendrai plus de leurs péchés ty.

Et pourquoi nous léguer par testament la rémission des péchés, si ce n'est pour lever l'obstacle qui nous empêche d'entrer dans le ciel , qui est notre véritable héritage? Et pourquoi faire cela par un testament, si ce n'est pour nous faire souvenir que pour être en droit de nous léguer cet héritage

(«) Jcrem. xxm. 3i, 33, 3}. Heb. vui. 8 et seq. X. 16, 17.

SUR l'évangile. 651

céleste, il en devoît coûter la vie à celui qui nous le léguoit par testament ? Et pourquoi nous donner le sang du nouveau Testament ; ou, comme le tournent saint Luc et saint Paul, pourquoi nous donner ce testament scellé, confirmé, écrit avec le sang du testateur, sinon pour appuyer notre foi et enflammer notre amour? Qui ne seroit attendri, en voyant un testament écrit de cette sorte? Que l'héritage est grand, qui nous est légué par un testament si auguste, si précieux! Qui auroit le cœur si endurci, qui voyant ruisseler encore de cette coupe sacrée le sang de ce testament, par lequel nos péchés sont lavés, ne les auroit en horreur, et n'en déracineroit jusqu'aux moindres restes, à la vue et par la vertu de ce sang ?

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LXIIIe JOUR.

La messe est la continuation de la cène de Jésus-Christ. Ibid.

Reconnoissoxs donc, chrétiens* que toutes grâces abondent dans ce sacrifice. Jésus est mort une fois, et n'a pu être offert qu'une fois en cette sorte; autrement il faudroit conclure, que la vertu de cette mort seroit imparfaite; mais ce qu'il a fait une fois de cette manière, qui étoit de s'offrir ainsi tout ensanglanté et tout couvert de plaies, et de rendre son ame avec tout son sang, il le continue tous les jours d'une manière nouvelle dans le ciel, où nous avons vu par saint Paul, qu'il ne cesse de se présenter

pour nous; et dans son Eglise, où tous les jours il se rend présent sous ces caractères de mort.

Peuple racheté, assemblez-vous pour célébrer les miséricordes de votre Père céleste par Jésus-Christ immolé pour vous. Où est le corps de Jésus, là est le lieu de votre assemblée : où est ce corps, là les aigles doivent accourir^ . Et qu'y ferons-nous ? qu'a fait Jésus ? il a pris du pain : il a béni : il a rendu grâces dessus : il a fait de saintes prières : il a pris une coupe (2) : il a fait de même dessus. Le prêtre fait comme lui ; on mange, on boit ce corps et ce sang; on dit l'hymne et on se retire. Soyons attentifs; suivons le prêtre qui agit en notre nom, qui parle pour nous; souvenons-nous de la coutume ancienne, d'offrir chacun son pain et son vin, et de fournir la matière de ce sacrifice céleste. La cérémonie a changé; l'esprit en demeure; nous offrons tous avec le prêtre; nous consentons à tout ce qu'il fait, à tout ce qu'il dit. Et que dit-il ? Priez, mes frères, que mon sacrifice et le vôtre soit agréable au Seigneur notre Dieu. Et que répondez-vous ? Que le Seigneur le reçoive de vos mains. Quoi ? notre sacrifice et le vôtre. Et que dit encore le prêtre ? Souvenez - vous de vos serviteurs, pour qui nous vous offrons. Est-ce tout? il ajoute : ou qui vous offrent ce sacrifice. Offrons donc aussi avec lui; offrons Jésus-Christ; offrons-nous nous-mêmes avec toute son Eglise catholique, répandue par toute la terre.

Le prêtre bénit, il rend grâces sur ce pain et sur

(•) Mattli. xxiv. 28.— W Ibitl xxvi. 2G, 27 : 00. Marc. xiv. 22» a3, 26.

sur l'évangile. 653

ce vin, qui va être changé au corps et au sang 5 il prie pour toute l'Eglise : bénissez, rendez grâces, priez. On vient à cette spéciale bénédiction, par laquelle on consacre ce corps et ce sang ; écoutez, croyez, consentez. Offrez avec le prêtre ; dites Amen sur son invocation, sur sa prière. Le voilà donc ; il est présent ; la parole a eu son effet; voilà Jésus aussi présent qu'il a été sur la croix, où il a paru pour nous par l'oblation de lui-même (,); aussi présent qu'il est dans le ciel, où il paroît encore pour nous devant la face de Dieu (2). Cette consécration, cette sainte cérémonie, ce culte plein de sang, et néanmoins non sanglant, où la mort est partout, et où néanmoins l'hostie est vivante, est le vrai culte des chrétiens; sensible et spirituel, simple et auguste, humble et magnifique en même temps.

Quoi ! durant un si grand mystère, pas un soupir sur vos péchés ; pas un sentiment de componction ! Vous assistez de corps seulement ! Et quoi ! Jésus n'est-il ici que selon le corps? son esprit n'estil pas aussi avec nous? Et que veut donc dire le prêtre, lorsqu'il nous salue, en disant : Dominus vobiscum : Le Seigneur est avec vous : Et avec votre esprit, répondez -vous. C'est donc à l'esprit du prêtre, à l'esprit du sacrifice, que vous voulez vous unir ; et votre corps est là comme mort, sans esprit, sans foi ? Quoi donc, vous ne sentez rien ? Vous ne songez pas que ces espèces sacrées sont l'enveloppe où est renfermé le corps de votre Sauveur, et comme le drap mortuaire dont il est couvert! Vous assistez au tombeau, où est votre Père

■ lUb. ix. 26. P-W Ibid. 14.

qui est mort percé de plaies pour vous sauver ; et vous êtes insensible ! Vous vous réveillez à ces paroles ; mais songez-vous bien, que ce Jésus ici pré. sent ne veut pas vous voir avec le moindre ressentiment contre votre frère; ou, pour parler comme lui, avec le moindre ressentiment de votre frère, contre vous (,) ! Vos autres déréglemens ne lui causent pas moins d'horreur. Allez, hypocrites, qui ne ni honorez que des lèvres, et dont le cœur est loin de moi (2) : retirez-vous. Non : revenez : ranimezvous; rentrez en vous-mêmes : donnez du moins un soupir au déplorable état de votre ame. Dites : Je confesserai à Dieu mon péché; et vous me l'avez remis CôK Oui, vous le pourrez confesser avec tant de componction et de si bon cœur, qu'il vous sera pardonné à l'instant.

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LXIVe JOUR.

La communion. Il faut communier au moins en esprit. Ibid,

On vient à la communion : heure terrible ! heure désirable! Le prêtre a communié : préparez -vous; votre tour viendra dans un moment. Communiez d'abord en esprit; croyez, adorez, désirez. C'est ma viande, c'est ma vie; je la désire, je la veux. Vous n'êtes pas préparé à communier; pleurez, gémissez. Hélas! où est le temps, où nul n'assistoit que les communians, où l'on chassoit, où l'on

(«) Matth. v. 23. — WlbiJ. xv. 7, 8. — (3) Ps. xxxi. 5.

sur l'évangile. 655

reprenoit, du moins où l'on blâmoit ceux qui assistaient au banquet sacré sans manger? En effet, y assister sans manger, n'est-ce pas déshonorer le festin et en mépriser les viandes? Quel mépris, quelle maladie, quel dégoût? Mais ce n'est plus la coutume. Ecoutez ce que dit l'Eglise dans le concile de Trente : Le saint concile désirerait que tous ceux qui assistent au sacrifice y participassent'^ . Pourquoi le saint concile le désire-t-il, si ce n'est que Jésus- Christ le désire ? Car il ne se change en viande que pour être mangé. L'Eglise désire donc que vous communiiez, vous tous qui assistez au sacrifice. Le concile toutefois ne dit pas qu'il désire : H dit, qu'il désireroit : Op.taret sancta synodus : Pourquoi ? l'Eglise n'ose former un désir absolu d'un si grand bien; elle désireroit que tout le monde le fit, que tout le monde en fût digne. 0 prêtre, désirez aussi que tout le monde communie avec vous ! Et vous tous qui assistez, répondez à ce désir de l'Eglise et de son ministre. Si vous ne communiez pas, encore un coup, pleurez du moins, gémissez, reconnoissez en tremblant, que le chrétien devroit vivre de manière qu'il pût communier tous les jours. Promettez à Dieu de vous préparer à communier au plutôt : vous aurez communié du moins en esprit. Le prêtre communie : le prêtre achève, affligé de communier seul; ce n'est pas sa faute; il ne faut pas laisser de dresser la table, encore que tous n'en approchent pas. Telle est la libéralité, telle est la bonté du grand Père de famille. Enfin donc le

(*) Sess. xn, cap. 6.

sacrifice est consommé : retirez-vous avec douleur, de n'y avoir pas eu toute la part qui vous étoit destinée.

LXVe JOUR.

L'action de grâces. Matth. xxvi. 30.

Et après avoir dit l'hymne, ils s'en allèrent à la montagne des Oliviers (1). Ils y allèrent à la vérité : mais avant que Jésus- Christ partît, il se passa plusieurs choses, que nous verrons dans la suite. Arrêtons-nous un moment sur cet hymne, sur ce cantique d'action de grâces et d'allégresse, par lequel Jésus et ses apôtres finirent le saint mystère. Que pouvoient chanter ceux qui étoient rassasiés de Jésus - Christ, et enivrés du vin de son calice, sinon celui dont ils étoient pleins? L'agneau qui a été immolé, est vraiment digne de recevoir la force, la divinité, la sagesse, la puissance, l'honneur, la gloire, la bénédiction. Et j'entendis toute créature qui est au ciel, sur la terre, sous la terre, sur la mer et dans la mer, et tout ce qui est dans ces lieux qui crioient en disant : A celui qui est assis sur le trône et ci l'agneau, bénédiction, honneur, gloire, et puissance aux siècles des siècles (2).

Le monde chante les joies du monde ; et nous que chanterons-nous après avoir reçu le don céleste, que les joies éternelles?

(0 Matth. xxvi. 3o. — 00 Apoc. v. ia, l'i.

SLR L'ÉVANGILE. 657

Le monde chante ses passions, ses folles et criminelles amours; et nous que chanterons-nous, sinon celui que nous aimons?

Le monde fait retentir de tous côtés ses joiesdissolues ; et qu'entendra-t-on de notre bouche, après avoir bu ce vin qui germe les vierges r,), sinon des cantiques de sobriété et de continence ? Remplis de la mort de Jésus-Christ, qui vient de nous être remise devant les yeux, et de la chair de son sacrifice, que chanterons -nous , sinon : Le monde est crucifié pour moi, et moi pour le momie (2) ?

Ne vous en allez pas sans dire cet hymne, sans réciter le cantique de la rédemption du genre humain. Quoi, Moïse et l'ancien peuple chantèrent avec tant de joie le cantique de leur délivrance, après être sortis de l'Egypte et avoir passé la mer Rouge! Chantez aussi, peuple délivré, chantez le cantique de Moïse, et le cantique de l'Agneau, en disant : Que vos œuvres sont grandes et admirables, à Seigneur, Dieu tout-puissant! Que vos voies sont justes et véritables, ô Roi des siècles! Seigneur, qui ne vous craindrait, et qui ne glorifieroit votre nom ? car vous seul êtes saint : toutes les nations viendront et adoreront devant votre face : parce que vos jugemens sont manifestes (5). Vous avez détruit par votre mort, celui qui avoit l'empire de la mort : c est-a-dire, le diable !) : le prince de ce monde est chassé '' : et attachant à votre croix la cédule de notre condamnation, vous avez désarmé les

' Zach. îx. 17. — [») Gai. vu 14. — («) Apoc. xv. 3, 4. — *) Heb. n. 14. — C*)Joan. xn. 3i.

principautés et les puissances ; vous les avez menées en triomphe hautement, et à la face de tout l'uni*vers, après les avoir vaincues par voire croix (l). Et maintenant, en mémoire d'une si belle victoire, nous offrons par vous et en vous, à votre Père céleste, ce sacrilice de louanges et d'action de grâces, qui au fond n'est autre chose que vous-même, parce que nous n'avons que vous à offrir po-ur toutes les grâces que nous avons reçues par votre moyen.

(») Coloss. n. i4, i5.

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