LVII JOUR
Le sacrifice.
A Dieu ne plaise que nous oubliions la sainte action du sacrifice, et le mystère de la consécration. Je vois un autel; on va offrir un sacrifice, le sacrifice des chrétiens; le sacrifice et l'oblation pure, dont il est écrit, qiiclle clevoit être offerte depuis le soleil levant jusques au couchant (1). Ce n'est plus ce sacrifice qui ne devoit être offert que dans le temple de Jérusalem, et en un lieu particulier choisi de Dieu : c'est un sacrifice qui doit être offert parmi les gentils et dans toutes les nations de la terre. Où est donc l'appareil du sacrifice? où est le feu? où est le couteau? où sont les victimes! Cent taureaux, cent génisses ne sufïïroient pas pour exprimer la grandeur de notre Dieu. On offroit aux faux dieux mêmes des hécatombes,
I Ifatttrfi ii.
c'est-à-dire, des bœufs par centaines : je ne vois rien de tout cela.
Quelle simplicité du sacrifice chrétien ! Je ne vois qu'un pain sur l'autel, quelques pains au plus, un peu de vin dans le calice. 11 n'en faut pas davantage pour faire le sacrifice le plus saint, le plus auguste, le plus riche qui se puisse jamais comprendre. Mais n'y aura-t-il point de chair, n'y aura-t-il point de sang dans ce sacrifice? 11 y aura de la chair, mais non pas la chair des animaux égorgés; il y aura du sang, mais le sang de Jésus- Christ : et cette chair et ce sang seront mystiquement séparés. Et d'où viendra cette chair, d'où viendra ce sang? Il se fera de ce pain et de ce vin : une parole toute-puissante viendra, qui de ce pain fera la chair du Sauveur, et de ce vin fera son sang : tout ce qui sera proféré par cette parole, sera dans le moment ainsi qu'il aura été prononcé; car c'est la même parole qui a fait le ciel e( la terre, et qui fait tout ce qu'elle veut dans le ciel et dans la terre. Cette parole prononcée originairement par le Fils de Dieu, a fait de ce pain son corps, et de ce vin son sang. Mais il a dit à ses apôtres : Faites ceci: et ses apôtres nous ont enseigné qu'on le feroit jusqu'à ce qu'il vint : donec veniat (,); jusqu'au dernier jugement. Ainsi la même parole répétée par les ministres de Jésus- Christ, aura éternellement le même effet. Le pain et le vin se changent; le corps et le sang de Jésus- Christ en prennent la place. 0 Dieu ! ils sont sur l'autel ce même corps, ce même sang; ce corps
(') /. Cor. xi, 2/j, 25, 26.
sur l'évangile. 633
donné pour nous, ce sang répandu pour nous. Quelle étonnante merveille! C'est une merveille pour nous, mais ce n'est rien d'étonnant pour le Fils de Dieu, accoutumé à faire tout par sa parole. Ta es guérie (1) : on est guéri : Tu es vivant (2) : on vit, et la vie qui s'en alloit est rappelée. 11 dit : Ceci est mon corps : ce n'est plus du pain; c'est ce qu'il a dit : il a dit : Ceci est. mon sang : ce n'est plus du vin dans le calice, c'est ce que le Seigneur a proféré; c'est là son corps, c'est le sang; ils sont séparés; oui, séparés; le corps d'un côté, le sang de raulrc : la parole a été l'épée, le couteau tranchant qui a fait cette séparation mystique. En vertu de la parole, il n'y auroit là que le corps, et rien là que le sang : si l'un se trouve avec l'autre, c'est à cause qu'ils sont inséparables depuis que Jésus est ressuscité : car depuis ce temps-là il ne meurt plus. Mais pour imprimer sur ce Jésus, qui ne meurt plus, le caractère de la mort qu'il a véritablement soufferte, la parole vient, qui met le corps d'un coté, le sang de l'autre, et chacun sous des signes différens : le voilà donc revêtu du caractère de sa mort, ce Jésus autrefois notre victime par l'effusion de son sang, et encore aujourd'hui notre victime d'une manière nouvelle par la séparation mystique de ce sang d'avec ce corps?
Mais comment ce corps, comment ce sang? Cela se peut-il? et un corps humain peut-il être sous cette mince «'tendue? Qui en doute, si la parole le veut? La parole est toute puissante : la parole est l'épée tranchante, qui va aux dernières divisions; qui saura
') Mure. \ . 3i — Jouit, il. \j, !\\.
bien, si elle le veut, ôter à ce corps ses propriétés les plus intimes, pour ne nous en laisser que la nue et pure substance : car c'est cela qu'il me faut; c'est à cette pure substance que le Verbe divin est uni; car son union est substantielle : son union se fait dans la substance : celle qu'il veut avoir avec moi, se fera aussi par la substance de son corps et de son sang : il l'a dit, et cela est fait dans le moment.
Mais je ne vois rien de nouveau sur cet autel ! Je le crois bien ; la parole sait ôter au sens tout ce qu'elle veut, lorsqu'elle veut exercer la foi. Jésus- Christ, quand il a voulu, s'est rendu invisible aux hommes; il a passé au milieu d'eux sans qu'ils le vissent : deux disciples, à qui il parloit, ne le connurent qu'au moment qu'il le voulut : Marie le prit pour le jardinier jusqu'à ce qu'il l'eût réveillée, et lui eût ouvert les yeux par sa parole. Il entre, il sort ; et on ne le voit ni entrer ni sortir : il paroît, il disparoît comme il lui plaît. Qui doute donc qu'il ne puisse nous rendre invisible ce qui par luimême ne le seroit pas? La parole, ce glaive tranchant, est venue, et a séparé de ce corps et de ce sang, non-seulement tout ce qui pourroit les rendre visibles, mais encore tout ce par où ils pourroient frapper nos autres sens.
Mais je vois tout ce que je voyois auparavant ; et si j'en crois mes sens, il n'y a que pain et que vin sur cette table mystique. Le pain y est-il? le vin y est-il? Non ; tout est consumé. Un feu invisible est descendu du ciel : la parole est descendue, a tout pénétré au dedans de ce pain et de ce vin : elle n'a laissé de substance sur la table sacrée, que celle
sur l'évangile. 635
qu'elle a nommée; ce n'est plus que chair et sang. Et comment? La parole est toute-puissante; tout lui a cédé, et rien n'est demeuré ici que ce qu'elle a énoncé : ce feu a tout changé en lui-même : la parole a tout changé en ce qu'elle a dit.
Mais je vois le même extérieur? Oui, parce que la parole n'a rien laissé que ce qui lui étoit nécessaire pour nous indiquer où il falloit aller prendre ce corps et ce sang, et tout ensemble pour les couvrir à nos yeux. Les anges ont apparu en forme humaine : le Saint-Esprit même s'est manifesté sous la forme d'une colombe : la parole veut que le corps de Jésus-Christ nous apparoisse sous les espèces du pain, parce qu'il falioit un signe pour nous annoncer où il falloit l'aller prendre : ce quelle veut, s'accomplit. Elle a consumé toute la substance ; ce que vous voyez est comme la cendre que ce feu divin a laissée ; mais plutôt ce n'est pas la cendre, puisque la cendre est une substance, et ce qui reste de cet holocauste n'est que l'enveloppe sacrée du corps et du sang : c'est enfin ce que la parole a voulu laisser pour nous marquer la présence occulte, quoique véritable, de ce corps et de ce sang de Jésus-Christ, qu'elle vouloit bien mettre là en vérité et en substance, mais qu'elle ne vouloit montrer qu'à notre foi. :ST'en disons pas davantage; car tout le reste est incompréhensible, et n'est vu que de celui qui Va fait.
Voilà le signe que Jésus-Christ nous a laissé, signe auquel nous reconnoissons qu'il est véritablement présent. Car la parole nous le dit; et il ne faut pas être en peine do la manière dont eHe exécute Ce
03<j MÉDITATIONS
qu'elle prononce : il ne faut songer qu'à ce qu'elle signifie. Car die a en elle-même une vertu pour faire tout ce que veut celui qui l'envoie. // a, dit-il envoyé sa parole, et elle les a guéris, et elle les a arrachés des mains de la mort «. Sa parole ne revient point inutile : elle fait tout ce qu'il a ordonne t >. Entendez donc encore un coup cette parole : Ceci est mon corps. S'il avoit voulu laisser un simple signe, il auroit dit : Ceci est un signe • s'il ayoït voulu que le corps fût avec le pain, il auroit dit : Mon corps est ici. Il ne dit pas : Il est ici, mais : Ceci l'est : par là il nous définit ce que c'était, et ce que c'est. Quand on vous demandera : Qu est-ce que ceci ? Il n'y a qu'un mot à répondre : C est son corps- la parole a fait cette merveille.
Elle n'en demeure pas là. Sortie de la bouche du prêtre comme de celle du Fils de Dieu, elle a fait sur le saint autel ce changement prodigieux : elle tourne ensuite sa vertu sur nous tous, qui assistons au sacrifice : elle éteint en nous tous nos sens : nous ne voyons plus; nous ne goûtons plus, par rapport a ce mystère. Ce qui nous paroit pain, n'est plus pam : ce qui nous paroît vin, n'est plus vin : c'est le corps, c'est le sang de Jésus -Christ. Nous n'en croyons plus le jugement de nos sens; non* en croyons la parole : elle a tout changé; et nousmêmes nous ne sommes plus ce que nous étions, des hommes assujettis à leurs sens, mais des hommes assujettis à la parole. En cet état nous approchons du saint autel : Venez le désiré de mon cœur : Sitivit in te anima mea : Mon ame a soif de vous : en
(') Ps. CVI. 30, — (»j /s. LV. 1 1 ,
sur l'évangh.e. 631
combien de manières ma chair vous désire-l-ellc (l) ? Oui, ma chair prend part au désir de l'ame : car c'est en elle que s'accomplit ce qui cause à l'ame ces transports. Mon cœur et ma chair se réjouiront dans le Dieu vivant (2} : tous mes os crieront : Seigneur, qui est semblable à vous^)çî Qui vous est semblable en puissance? Mais qui vous est semblable en bonté et en amour ?
LVIIie JOUR.
Simplicité et grandeur de ce sacrifice.
Que le sacrifice des chrétiens est grand! qu'il est auguste! mais qu'il est simple! qu'il est humble! Un peu de pain, un peu de vin, et quatre paroles le composent! Je reconnois le caractère du Seigneur Jésus. Qui voyez-vous? un homme: Qu'y croyez-vous ? un Dieu. Saint Paul dit : Qui mangera de ce pain w : il ne parle que de pain, direzvous. Il parle de ce qui paroît, et il se plaît à marquer ce qu'il y a d'humble, de commun, de familier dans ce sacrifice : mais pénétrez la simplicité de cette parole; voyez ce qui suit, ce qui précède : vous entendrez alors quelle force, quelle grandeur il y a dans cette parole : Qui mange ce pain. Car ce pain, c'est-à-dire, ce pain fait corps : ce pain en apparence, mais corps en effet ; ce pain par qui un autre pain et le vrai pain de vie éternelle nous
(«) Ps. LXII. 2. — ■») Ibitl. LXXX1II. 3. — C'J lhiJ. XXXIV. 10. —
. 1 Cor. xi 2-.
est donné. Voilà ce que veut dire ce pain. Il faut entendre de même le calice du Seigneur. Les calices qui ont servi à l'eucharistie, ont été des matières les plus précieuses, et cela dès l'origine du christianisme, et même durant le temps des persécutions et de la pauvreté de l'Eglise. Je ne m'en étonne pas : Jésus-Christ nous a fait entendre de quoi son corps étoit digne, quand il a permis et approuvé qu'on employât tant de parfums exquis, non -seulement à l'honorer pendant sa vie, mais encore à l'oindre après sa mort.
Mais quoiqu'il approuve ces choses, et que son Eglise les imite, elle n'est point attachée à cet appareil extérieur. La persécution lui peut ôter l'or et l'argent, dans lesquels elle sert le Fils de Dieu; peut-elle lui faire perdre la richesse de son sacrifice ? Non : un peu de pain, un peu de vin lui peuvent fournir de quoi offrir à Dieu le plus auguste sacrifice, et de quoi donner à tous les fidèles le plus magnifique repas. Voilà les vraies richesses de l'Eglise : les autres non-seulement lui peuvent être ôtées; mais elle-même elle s'en est souvent défaite. Elle a loué ses évoques, qui, pour assister les pauvres, se réduisoient à porter le corps de Jésus-Christ dans un panier, et son sang dans un simple verre; ceux qui employ oient les vaisseaux sacrés à rachoter les captifs, à acheter de la place pour enterrer ses morts. Il faut donc avoir du zèle pour honorer les mystères, et ni l'or ni les pierreries ne doivent point être épargnés pour exciter la révérence des peuples. Mais cependant n'oublions jamais, que ce qu'il y a de vraiment riche dans ce sacrifice, c'est ce qui est le
sur l'évangile. 039
plus caché, le plus humble. Mais que fait là Jésus- Christ? Je ne vois pas qu'il y fasse rien qui soit digne de lui. C'est cela même qui est grand : car c'est par là qu'il fait voir que toute sa grandeur est en lui-même : c'est en cela qu'il fait voir que toute sa grandeur, aussi bien que toute notre félicité, est dans sa mort. Plus il est anéanti, plus il est mort; plus il nous transporte sa vie. Digne mémorial d'un Dieu, qui s'est anéanti lui-même.
LIXC JOUR.
L'Agneau devant le trône de Dieu. Apoc. v. 6.
Les deux s'ouvrent : je perce au dedans du voile ; j'entre dans le sanctuaire éternel, et j'y vois avec saint Jean devant le trône, f Agneau comme tué, et autour les vingt-quatre vieillards vénérables '■. C'est ce que je vois dans le ciel, c'est cl, que je \ois dans la terre. Là Jésus comme mort, comme tué, avec les cicatrices de ses plaies, au milieu de ses saints : ici le même Jésus encore comme tué, et revêtu des signes sacrés de la mort violente qu'il a soufferte, environné de part et d'autre de l'assemblée de ses prêtres. Que noua dit saint Paul, de ce Jésus considéré dans le <id ? (Ju il parod pour nous devant la face de Dieu : qu'il est dans le ciel toujours vii'U/it , afin d 'intercéder pour nous 'J) : qu'il intercède pour nous par sa présence. Et que dirons-nous, à son exemple, de ce Jésus posé sur le saint autel? sinon que sa leule
.' A\>vc. v. 6. — '.Jicu. ix. .-'i fii,
présence, et la représentation de sa mort, est une intercession perpétuelle pour le genre humain.
Accompagnonsdonccetteactiondesaintes prières: chargeonsde nos vœux Jésus-Christ présent. Nous ne prions que par Jésus-Christ : le voilà présent : prions donc par lui plus que jamais. Agneau sans tache, Agneau qui ôtez les péchés du inonde, détournez les yeux de votre Père de dessus mes péchés. Je comparons devant son trône : et j'en vois sortir des éclairs et des tonnerres (l), et des voix terribles et fulminantes contre moi, contre mes crimes. Où me cacherai-je? je suis perdu, je suis foudroyé. Mais je vous vois entre deux, Agneau sans tache! Vous arrêtez ces foudres, et le feu de la justice divine s'amortit devant vous : je respire, j'espère, je vis. Mais cet Agneau doux et paisible me dit de devant ce trône : Allez, et ne péchez plus (2) : il ne pardonne qu'à cette condition.
LXe JOUR.
Jésus notre \ictime donné à la croix, donné dans l'eucharistie. Luc. xxn. 19, 20.
Que je trouve de douceur à méditer votre parole ! que j'en trouve dans cette parole, par laquelle vous établissez et continuez ce banquet, qui est en même temps un sacrifice! Je ne me lasse point de la méditer: je la considère de tous côtés : je la rumine, pour ainsi parler, et je la passe et repasse sans cesse dans ma
(0 Apoc. iv. 5. — W Jean. vm. n.
sur l'évangile. 644
bouche pour la goûter, pour en tirer tout le suc : Ceci est mon corps donné pour vous; en temps présent : qui se donne : Ceci est mon sang répandu pour vous (l) ; dans le même temps : qui se répand. Saint Matthieu parle ainsi, saint Marc, saint Luc, saint Paul; quatre témoins parfaitement uniformes de votre parole. Tous quatre parlent en présent : cela est clair dans l'original, et l'interprète latin qui a traduit au futur : sera livré, sera répandu, par rapport à la croix, où ce corps alloit effectivement être livré, et où ce sang alloit être répandu, a conservé dans saint Luc le temps présent: Hoc corpus, quod pro vobis datur : afin que nous entendissions, non-seulement que Jésus-Christ en disant : Ceci est mon corps, l'entendoit de ce même corps qui alloit être livré pour nous; mais encore qu'il entendoit que ce même corps, qui alloit être livré et donné pour nous, l'étoit déjà par avance dans la consécration mystique, et le seroit à chaque fois qu'on célébreroit ce sacrifice. Croyons donc, non-seulement que le corps de Jésus-Christ devoit être donné pour nous à la croix, et l'a été en effet : mais encore qu'à chaque fois qu'on projfbnce cette parole, il est par cette parole actuellement donné pour nous : Hoc corpus, quod pro vobis datur.
11 veut donc dire que ce corps non-seulement nous est donné dans l'eucharistie : Prenez ; mangez : ceci est mon corps (2) : mais encore qu'il y est donné pour nous, offert pour nous, aussi bien qu'il l'a été à la croix : ce qui marque qu'il est encore ici notre
M Luc. xxii. 19, qo. — («î Matth. xxvt. a6. BOSSCFT. IX. 41
victime, qu'il y est encore offert, quoique d'une autre manière. Ainsi ce terme : donné pour vous : se dit de Jésus-Christ sur la croix, et se dit de Jésus- Christ dans l'eucharistie : et convient à ce double état de notre Seigneur du corps présent dans l'un et dans l'autre. C'est pourquoi le Sauveur non-seulement parle en temps présent, pour nous montrer qu'il est ici comme en la croix, Se donnant actuellement pour nous : mais encore il choisit un terme, qui convient à son sacré corps dans ces deux états. S'il avoit dit : Ceci est mon corps, qui est crucifié, percé de plaies, mis à mort pour vous ; on ne pourroit pas dire, que cela lui convient dans l'eucharistie : car il n'y meurt plus : et il faudroit expliquer nécessairement et uniquement : Ceci est ce même corps, qui sera mis en croix pour vous, et y rendra le dernier soupir pour votre salut. Mais il a dit : Ceci est mon corps donné: cela convient à ses deux états ; ce corps est donné à la croix ; ce corps est encore donné dans l'eucharistie : et dans l'un et dans l'autre état, donné pour vous. Dès-là qu'il est dans l'eucharistie pour vous y être donné, il est donné pour vous : avant que de vous le donner à manger, tàparole de Jésus-Christ le rend présent : et cette présence est encore pour vous. Jésus-Christ est présent pour vous devant son Père; il se présente pour vous, il s'offre pour vous ; et sa présence seule est pour vous une intercession toute-puissante.
Yoilà donc ce qu'opère dans l'eucharistie ce précieux terme : Ceci est mon corps donné.
Mais peut-être que les autres termes , rapportés par les écrivains sacrés, n'ont pas été prononcés
sur l'évangile. 643
avec le même choix, et ne conviennent pas également aux deux états de la présence de Jésus-Christ. Voyons, lisons, méditons : Ceci est mon sang répandu: il est répandu sur la croix; mais n'est-il pas encore répandu dans le calice ? N'y a-t-il pas dans ce calice de quoi faire à Dieu pour notre salut la plus salutaire effusion qui fut jamais? Ce sang est là pour être répandu sur les fidèles ; il est là en état d'être répandu, et sous la forme d'une liqueur, dont le propre est de se répandre. Ce sang qui a été répandu à la croix, et qui a coulé de toutes les veines rompues du Sauveur, coule encore dans ce calice de toutes ses plaies, et principalement de celle du sacré côté. C'est pour cela que nous mêlons ce calice d'un peu d'eau, en mémoire de l'eau qui coula du côté ouvert, avec le sang. Seigneur Jésus, vous êtes la parole, et vos paroles sont prononcées avec un choix digne de vous. En disant : Ceci est mon sang répandu pour vous, en temps présent, vous me marquez que non-seulement il est répandu pour moi sur la croix, mais encore qu'il se répand pour moi, et pour la rémission de mes péchés dans ce calice ; pour m'en assurer, pour me l'appliquer, pour continuer éternellement l'intercession toute-puissante que vous faites pour moi par ce sang.
Continuons à ruminer ces saintes paroles : Ceci est mon corps donné pour vous, avons-nous lu dans saint Luc : mais le mot que saint Paul a mis en la place est celui-ci : Ceci est mon corps rompu pour vous (1) ; mais que veut dire ce terme, selon
0)/. Cor. xi. ~ï[\. Grcec.
l'usage de la langue sainte? Isaïe nous l'a expliqué par ces paroles : Romps ton pain à celui qui a faim (,) : donne-lui ce pain, fais-lui-en part : saint Paul explique donc bien : Ceci est mon corps donné pour vous : par : Ceci est mon corps rompu pour vous. Ce corps est mis en état de nous être donné, de nous être distribué, de nous être rompu dans l'eucharistie; et dès qu'il est mis dans cet état, il est déjà rompu et donné pour nous, dans la destination, et par la parole de Jésus-Christ. Mais ce même terme a aussi son rapport au corps en croix, au corps froissé de coups et percé de plaies, suspendu à une croix dans un état si violent, où son sang ruisselle de tous côtés de ses veines cruellement rompues. Le mot de rompre convient donc encore aux deux états, et à celui de Jésus-Christ à la croix, et à celui de Jésus-Christ dans l'eucharistie : le corps est donné dans l'un et l'autre état ; il est rompu dans l'un et l'autre. Il en est de même du sang. Le corps est partout donné pour nous, il est partout notre victime : le sang est partout versé pour nous ; il a coulé pour nous sur la croix , il coule encore pour nous dans la coupe sacrée.
Mon Sauveur, quel sacrifice! mon Sauveur, encore un coup, que de douceur à méditer votre parole ! J'y trouve toujours de nouveaux goûts comme dans la manne : votre corps et votre sang sont mon oblation, mon sacrifice, ma victime, et sur la croix et sur la sainte table : et comme la croix cette table est un autel. Ha, vraiment, ce que dit saint Paul est bien véritable ! Nous avons un autel, dont ceux qui
(>) ls. r.vni. 7.
sur l'évangile. 645
demeurent attachés au tabernacle ancien, et à l'autel de la loi, n'ont pas pouvoir de manger 0). Pour y participer, il faut entrer en esprit dans le tabernacle, qui n'est pas fait de main d homme (2).
LXP JOUR.
L'eucharistie est le sang du nouveau Testament. Matth. xxvi. 28.
Je reviens aux paroles de l'institution avec un nouveau goût, et j'y trouve ce mot qui me touche : Ceci est mon sang du nouveau Testament (3). Je trouve, dans ce mot de Testament, je ne sais quoi qui me frappe, qui m'attendrit. C'est ici un testament : c'est l'assurance de mon héritage ; mais il faut qu'il en coûte la mort à celui qui le fait. J'ouvre encore la divine épître aux Hébreux, et j'y trouve ces paroles : Partout où il y a un testament, il faut que la mort du testateur s'y rencontre : car le testament est confirmé dans la mort; et il n'a pas sa valeur, tant que le testateur est en vie : c'est pourquoi l'ancien Testament même n'a pas été consacré sans sang. Car après que Moïse eut lu le commandement de la loi à tout le peuple, il prit le sang de la victime, et le jeta sur le livre même, et sur tout le peuple, en disant : Cest ici le sang du Testament que le Seigneur a fait pour vous (4). Je vois donc l'héritage céleste donné par testament aux enfans de Dieu.
(') Heb. xrji. io. — v2 Ibià. ix. il.— '» Matth. xxvi. 28. — (* Heb. ix. 16, 17. etc.
Jésus-Christ est le testateur : il faut qu'il meure; le testament n'est valable et ne reçoit sa dernière force que par la mort du testateur; jusque-là il est sans effet ; on le peut même changer : ce qui le rend sacré et inviolable; ce qui lui donne son plein et entier . effet, et saisit l'héritier de tout le bien qui lui a été laissé par le testateur, c'est sa mort. Et tout cela s'accomplit parfaitement en Jésus-Christ, qui meurt pour nous assurer notre héritage. C'est pourquoi l'ancien Testament, qui devoit être la figure du nouveau, n'a pas été consacré sans sang : tout le peuple, et le livre même de la loi, où la promesse de l'héritage étoit renfermée, est sanctifié par l'aspersion de ce sang : tout est ensanglanté, et le caractère de mort paroît partout : et Moïse, en jetant ce sang sur le livre de l'alliance, lui donne le caractère de testament, en disant, selon que l'interprète saint Paul : C'est ici le sang du Testament, qucjait le Seigneur à votre avantage (1) : ce que Jésus accomplit en disant aussi : Ceci est le sang, non de l'ancien Testament, mais du nouveau.
Ce qui paroît donc en ces paroles, et par le rapport qu'elles ont avec les anciennes figures, c'est que le sang de Jésus-Christ versé à la croix, et versé d'une manière très-réelle et très-v»' ri table, quoique différente de celle-là, est le sang du nouveau Testament; c'est-à-dire, le sang versé pour lui donner toute sa force. Il y a des testamens dont la loi est qu'ils soient écrits de la main du testateur; mais la loi du testament de Jésus-Christ, c'est qu'il devoit être confirmé, et comme tout écrit de son
(') Heb. îx. 20.
sur l'évangile. 647
sang. L'instrument, de ce testament, et l'acte où il est écrit, c'est l'eucharistie. Les promesses de Jésus- Christ et du nouvel héritage nous sont faites par la mort de Jésus-Christ, qui nous tire par là de l'enfer, et nous assure le ciel; et l'acte où cette promesse est rédigée, l'instrument où la volonté et la disposition de notre Père est écrite; cet acte, cet instrument est tout écrit de son sang : son testament, en un mot, c'est l'eucharistie.
Qui donc ne seroit ému en entendant tous les jours ces paroles du Sauveur : Ceci est mon sang du fwuveau, Testament: ou, comme le tourne saint Luc : Ce calice est le nouveau Testament par mon sang (,), qu'il contient; parce que telle est la nature de ce testament, qu'il doit être écrit tout entier du sang même du testateur. Venez lire, chrétiens, venez lire ce testament admirable : venez en entendre la publication solennelle dans la célébration des saints mystères; venez jouir des bontés de votre Sauveur, de votre Père, de ce divin testateur qui vous achète par son sang votre héritage, et qui écrit encore de ce même sang le testament par lequel il vous le laisse. Venez lire ce testament : venez posséder; venez jouir : l'héritage céleste est à vous.
(O ÏAIC. XXII. 10-
Vl/MIV»V%WWVIM.V*WV*V»V»V*V»*»»^M.VVV»V»V»V»V*WV»V%V*W*>V%V»V»V1V*V»VW>V*»\
LXIIe JOUR.
C'est le nouveau Testament par le sang de notre Seigneur.
Ce calice est le nouveau Testament par mon sang : c'est ainsi que saint Luc et saint Paul (,) tournent ce que rapportent saint Matthieu et saint Marc : Ceci est le sang du nouveau Testament.
Il n'y a pas lieu de douter, que les paroles prononcées par Jésus-Christ en donnant son corps, ne soient celles-ci : Ceci est mon corps; puisque tous ceux qui ont écrit cette institution, saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Paul le rapportent dans ces mêmes termes.
Il n'y a non plus lieu de douter que Jésus-Christ n'ait consacré son sang avec la même façon de parler, dont il a consacré son corps, c'est-à-dire, comme le rapportent saint Matthieu et saint Marc : Ceci est mon sang du nouveau Testament (9). Mais comme il y avoit quelque chose de particulier à considérer dans ce sang du nouveau Testament, et qu'il y falloit entendre que ce sang vers^ pour nous sur la croix, et encore versé pour nous et ,«"' transformé en une liqueur dans l'eucharistie, y étoit la confirmation et le témoignage certain de la dernière disposition de notre Père : saint Luc et saint Paul l'expliquent ainsi : Cette coupe est le
{') Luc. xxn. 20. /. Cor. xi. a5. — W Mallh. xwi. 28. Marc