‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 5 sur 71 · XXII JOUR · texte numérisé non relu

XXII JOUR

Oraison dominicale : Notre Père. Mattk. vi. 9.

Regardez dans toutes les demandes un exercice d'amour.

(*) Joan. xiv. ^3.

sur l'évangile. 59

Notre père : Dès ce premier mot de l'Oraison dominicale, le cœur se fond en amour. Dieu veut être notre Père par une adoption particulière. 11 a un Fils unique qui lui est égal, en qui il a mis sa complaisance : il adopte les pécheurs. Les hommes n'adoptent des enfansque lorsqu'ils n'en ont point : Dieu qui avoit un tel Fils nous adopte encore. L'adoption est un effet de l'amour; car on choisit celui qu'on adopte : la nature donne les autres enfans : l'amour seul fait les adoptifs. Dieu qui aime son Fils unique de tout son amour, et jusqu'à l'infini, étend sur nous l'amour qu'il a pour lui. C'est ce que dit Jésus-Christ dans cette admirable prière qu'il fait à son Père pour nous : Que l'amour dont vous m'aimez soit en eux : et moi je suis en eux '. Aimons donc un tel Père. Disons mille et mille fois : notre Père, notre Père, notre Père, ne vous aimeronsnous jamais? Ne serons-nous jamais de vrais enfans pénétrés de vos tendresses paternelles?

Encore une fois, notre Père. Qu'est-ce qui nous fait dire, notre Père? Apprenons-le de saint Paul ~ : Parce que vous êtes enfans, Dieu envoie en vous l'esprit de son Fils, qui crie en vous : Père, Père. C'est donc le Saint-Esprit qui est en nous : c'est lui qui forme en nous ce cri intime de notre cœur, par lequel nous invoquons Dieu, comme un Père toujours prêt à nous entendre.

Le même saint Paul dit ailleurs 5; : Ceux qui sont mus, qui sont conduits par F esprit de Dieu, sont les enfans de Dieu..., et Dieu nous envoie F esprit d'adoption, par lequel nous crions : Père, Pcrc.

1 Joan. xvii. 26. — {■>) Gai. iv. 6. — {*) Rom. vin. i4, '5.

C'est donc encore une fois le Saint-Esprit qui nous donne ce cri filial, par lequel nous recourons à Dieu comme à notre Père.

Pourquoi l'appelle-t-il un cri? Un grand besoin fait crier. Un enfant ne crie que lorsqu'il souffre ou qu'il a besoin. Mais à qui est-ce qu'il crie dans son besoin : sinon à son père, à sa mère, à sa nourrice, à tous ceux dans qui la nature lui fait sentir quelque chose de paternel? Crions donc, car nos besoins sont extrêmes. Nous défaillons, le péché nous gagne, le plaisir des sens nous entraîne. Crions, nous n'en pouvons plus, mais crions à notre Père? Qu'est-ce qui nous porte à crier? Le Saint-Esprit, le Dieuamour, l'amour du Père et du Fils : Celui qui répand l'amour dans nos cœursw. Crions, crions donc avec ardeur, et que tous nos os crient : O Dieu, vous êtes notre Père!

Abraham et les autres Pères, dont nous venons selon la chair, nous ont ignorés; et Israël ne npus a pas connus. Mais vous, ô Dieu, notre vrai Père, vous nous cpnnoissezj et c'est vous qui nous envoyez du sein intime de votre cœur, et de la source infinie qui est votre amour, cet esprit qui nous fait crier à vous comme à notre Père.

Cet esprit, ajoute saint Paul m9 rend témoignage à notre esprit que nous sommes en/ans de Dieu. O Dieu, qui entendra ce témoignage du Saint-Esprit, qui nous dit intérieurement que nous sommes enfans de Dieu? Quelle voix, lorsque dans la paix d'une bonne conscience, et d'un cœur qui n'a rien à se reprocher qui le sépare de Dieu, je ne sais quoi nous

('"i Rom. v. 5. — \?)Rom. viu. i(i.

SUR li ÉVANGILE. 64

dit secrètement, et dans l'intime silence de notre cœur : Dieu est ton Père : tu es son enfant! Passons : cette voix est trop intime : trop peu de personnes l'entendent. Passons : une autre fois nous l'entendrons mieux : il faut être plus affermi, plus enraciné dans le bien. Le Saint-Esprit ne rend pas à tous ce témoignage secret. Quanta lui, il voudrait le rendre à tous; mais tous n'en sont pas dignes. 0 Dieu, faitesnous-en dignes! C'est bien fait de le demander à Dieu; car en effet c'est lui qui le donne : mais il nous répond, Agis avec moi, travaille de ton coté, ouvre-moi ton cœur, fais taire les créatures, dis-moi souvent dans le secret : Notre Père, notre Père.

XXIIP JOUR.

Noire Père, qui êtes aux deux. Ibid.

Encore un coup : Notre Père : mais ajoutons à cette fois : Notre Père qui êtes dans les cieux. Yous êtes partout; mais vous êtes dans les cieux comme dans le lieu où vous rassemblez vos enfans, où vous vous montrez à eux, où vous leur manifestez votre gloire, où vous leur avez assigné leur héritage.

Saint Paul nous disoit (,) : L'Esprit rend témoignage ii noire esprit, que nous sommes enfans de l)i<u. Mais écoutons ce qu'il ajoute : Que si nous sommes enfans, nous sommes aussi héritiers. Ce n'est pas tout : concevons le comble de notre bonheur : Héritiers de Dieu, et col ter i tiers de Jésus-Christ,

(') Rom. vin. îG, 17.

nous aurons ie même héritage, le même royaume : nous serons assis clans son troue : nous aurons part à sa gloire, nous serons heureux en lui, par lui, avec lui; et c'est pourquoi nous crions : Notre l'ère qui êtes dans les deux, afin de bien concevoir où il nous appelle.

Aimons celui qui nous fait ses héritiers, et les cohéritiers de son cher Fils Jésus-Christ. Qui pourvoit ne l'aimer pas? Qui pourroit ne pas désirer ce bel héritage? 11 n'est donné qu'à ceux qui l'aiment. Notre héritage, c'est Dieu même : il est notre bien : il est lui seul notre récompense. Je suis, dit-il (l), ton protecteur et ta trop grande récompense. Trop grande pour tes mérites, mais proportionnée à l'immense bonté de ton Dieu.

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