LVIII .10 DR
L'enfant <!<• perdition. Tottn. wh. 12;
Pendant que fêtais arec eu r, /c les vonservois ra voire nom : fat gardé (eux que vous m'avez donnés; et aucun deux n'est périf si ce nekt reniant de i» ■nfif/ott. afin que I ' F.crilure fol aOCOmpUi On entend bien que cet enfant de perdition ; o'tsl \v traître disciple. Il n'est enfant de perdition enfant de la gène, enfant de l'enfer, que par lui-même
l <,tn i. ih. — .» Joua xvu. la.
et par sa faute. Car Jésus-Christ l'avoit appelé nonseulement à la foi, mais encore à l'apostolat : et s'il se fût purifié, il auroit été, comme dit saint Paul, un vaisseau a"honneu/\ sanctifié au Seigneur, au lieu qu'il s'est fait lui-même un vaisseau de rebut et de mépris (1). Ce n'est donc pas Dieu qui l'a précipité dans le crime, pour accomplir les prédictions de son Ecriture : car ces prédictions du péché le supposent comme devant être, et ne le font pas. Cela est clair, cela est certain; et il ne faut rien écouter contre. Judas n'a pas été poussé au crime, si ce n'est par le diable et par sa propre malice. Mais Jésus-Christ le rappeloit : pendant le traître baiser, il l'appelle encore son ami ; il lui dit encore : Mon ami, pourquoi es-tu venu ici? Quoi tu trahis le Fils de l'homme avec un baiser (2)? Et il reçoit son baiser, et lui-même lui donne le sien. Mais parce qu'il s'endurcit au milieu de toutes ses grâces, il le laisse à lui-même, et au mauvais esprit qui le possédoit, et à son propre désespoir. C'est ainsi qu'il est allé en son lieu; comme il est porté dans les actes (5) : au lieu qui lui avoit été préparé par une juste punition de son crime ; mais qu'il avoit lui-même choisi; et qu'il s'étoit comme approprié par sa libre et volontaire dépravation.
// folio it donc que l'Ecriture s'accomplit en lui, comme dit saint Pierre (4) : parce que Dieu accomplit sa volonté juste dans ceux-là mêmes qui s'opposent, autant qu'il est en eux, à sa volonté. Car, comme dit saint Augustin, il fait ce qu'il veut de
(') 11. Tint, ii.2o.2i. — (2) Mail, wvi ou. Lu: .wii. j8 — Art. i. a5. — (4) Ibiil. i. i(i.
mu qui né font pas ce qu'il veut ' ; et en voulant se soustraire à l'empire de sa vérité, ils y retombent en subissant les lois de sa justice. 0 justice! ô justice! ô justice! il faut adorer tes saintes et inexorables rigueurs. A force de pardonner, Dieu en vient enfin, en quelque façon, à ne pouvoir plus pardonner : et il faut que sa justice s'accomplisse.
XLl\p JOUR.
Qu'est-ce à dire? Aucun n'a péri que l'enfant de perdition.
Ibid.
Avcvn n'a péri que l'enfant de perdition (i). Je ne sais que dire de ce perfide. Est-il venu d'abord à Jésus-Christ avec un esprit trompeur? Il le semble, selon ces paroles : Jésus garnit, dès le commencement, qui étaient ceux qui ne croyoient pas, et qui était celui qui le devait trahir 5}. Est-ce donc que ce perfide ne croyoit pas dès le commencement ? ou bien est-ce que Jésus-Christ voyoit dèslecommencement, qui étoient ceux qui dans la suite necroiroient plus? Mais il distingue les temps : il savoit ceux qui ne croyoient pas alors, et dans ce temps-là; et ensuite dans le futur, il savoit qui ledevoit trahir. On pourroil donc soupçonner que ce malheureux, qui devoil trahir son Maître, dès le commencement n'y croyoit pas; et qu'a ver toute la confiance qu'il lui avoil témoignée, en le recevant au nombre de ses disciples, et même en lui conliant la garde de ce
(«) Enchirid. cap. cm n. >8 — ") Joan. xvn. la. — () J/>ul. vi. o5.
qu'il recevoit des peuples pour sa subsistance, il ne faisoit que le tolérer, pour nous donner un exemple de patience.
Mais, dirons -nous que la vocation de Jésus- Christ n'aura eu aucun effet dans ce traître? S'il n'avoit jamais cru, auroit-il dit dans son désespoir: ? ai péché en livrant le sang innocent^ : et auroit-il rendu aux Juifs le prix de son iniquité? Il semble donc qu'il ait cru, du moins durant quelque temps, de bonne foi ; et qu'un reste de sa première croyance s'étant réveillé, au lieu d'en profiter pour son salut, il l'ait fait servira sa perte. Car s'il eût bien entendu la parole qu'il disoit : fai péché en vous livrant ce sang innocent, ce sang juste ; il auroit vu que ce sang étant véritablement un sang juste, où le péché n'avoit jamais trouvé de place, il y avoit dans la justice et la sainteté de ce sang de quoi expier le crime de celui qui l'avoit vendu. Il ne l'a pas compris, le malheureux ; et sa pénitence désespérée, avec sa croyance infructueuse, lui tournent à damnation.
Quoi qu'il en soit, j'ose) ai dire avec assurance qu'il n'est pas de ceux dont Jésus-Christ a dit ici : Ils étaient à vous, et vous me les avez donnés (2). Car ceux dont il le dit étoient ceux qui étoient présens lorsqu'il prioit, qui avoient gardé sa parole, qui croyoient ; en la foi desquels il étoit glorifié, et le devoit être. Que le Père l'ait donné au Fils en un certain sens, lorsqu'il le, lui a donné pour apôtre; et que le Fils l'ait reçu de lui, lorsqu'il l'appela, conformément à cette parole : Je vous ai élu doun
[*) Walt, xxvii 4. 5. — M Joan. xvn. G.
sur l'évangile. 239
et un de vous est un diable ' : on n'en peut douter. Au même sens qu'il lui a été donné ; au même sens, quel qu'il soit, il étoit à lui. Mais qu'il fût à lui de cette manière singulière, dont Jésus-Christ parle ici, la vérité de ses paroles ne permet pas de le penser. S'il n'est pas de ceux dont Jésus-Christ a dit : /A ont cru à votre parole; et j'ai été glorifie en eux: il n'est donc pas aussi de ceux dont il a dit : Je les conservais en votre nom : encore moins de ceux dont il a dit : foi gardé ceux que vous m'avez donnés: encore moins de ceux dont il a dit : tucun (Peux n'a péri{2). Et quand il ajoute : Si ce n'est /'enfant de perdition : il semble que c'est au même sens, dont il dit ailleurs : Personne ne sait rien de ce dernier jour, ni les anges, ni le /'ils, si ce vif est le Par :i; : en sous-entendant, ni personne, si ce n'est le Père ; ou bien ni personne, mais le Père seul (4) : ou, comme il est porté dans saint Paul : Personne n est justifie par les œuvres de la loi, si ce n'est par la foi en Jésus-Christ {'j) : c'est-à-dire, ni autrement que par la foi en Jésus-Christ; ou bien, mais seulement par cette foi ; ou, comme on lit dans l'Apocalypse : Rien de souillé n'entrera dans la cité sainte, ni aucun de ceux i/iu commettent des abominations et des mensonges, si ce n'est ceux qui sont écrits au livre de vie de F Agneau : c'est-à-dire, mais seulement ceux, etc. Ainsi aucun d'eux n'est péri, si ce ié est f enfant de perdition : c'est-à-dire, mais seulement cet enfant de perdition, qui s'est perdu luimême en me quittant.
0 Juan, vi -i. — ' Il ul x\ n 6, 8, lO, 13, — [*) Malt. xxiv. 36. — i liait xih. 3j. — 5 Gain. iG — c ipo xxi. -x*.
[ * Jésus-Christ s'est servi lui-même de cette façon de parler en deux versets consécutifs : Il y avait, dit-il, plusieurs veuves en Israël du temps d'Elie: et ce prophète na été envoyé citez aucune délies, mais chez une femme veuve de Sarepte dans le pays des Sydoniens. Il y a voit de même plusieurs lépreux en Israël du temps d'Elisée, et il na été envoyé à aucun d'eux, mais seulement à Naaman Syrien (l). Ainsi, dit-il, nul n'a péri, si ce nest V enfant de perdition, c'est-à-dire, qu'il a péri seul, selon ce que dit l'apôtre. ]
Qu'on prenne garde, que je ne dis pas que Judas n'ait été en aucune sorte donné à Jésus-Christ ; mais qu'il y a une certaine manière particulière, selon laquelle nul n'est au Père, et nul n'est donné au Fils, que ceux qui gardent sa parole, et en qui il est glorifié éternellement; et que c'est de cette manière secrète et particulière que Jésus-Christ parle ici. Prions-le donc, que nous soyons à Jui de cette manière. Unissons-nous à sa prière avec un cœur plein de confiance. Seigneur, que je sois de ceux qui conservent votre parole jusqu'à la fin, afin que je sois de ceux en qui vous serez glorifié éternellement.
(*) Cet alinéa entier [] ne se trouve pas dans le manuscrit original. [Edit.de Versailles.) («) Luc. iv. 25, aG, 27.
SUR l'évangile. 241
Lp JOUR.
Jésus-Christ garde les fidèles dans le corps comme dans l'ame. Jbid.
.V ai gardé ceux que voils m'avez donnés (,) . Je les ai gardés, même selon le corps, conformément à l'explication que saint Jean nous donne lui-même : Laissez, dit le Sauveur (2;, aller ceux-ci; afin que la parole qu'il avoit prononcée , fut accomplie : Je n'ai perdu aucun de ceux que vous m'avez donnés. Pour nous montrer que Jésus-Christ a soin de notre corps et de notre ame; et que nous ne perdons rien de ce qu'il veut garder. C'est encore ce qui détermine à dire que cette parole ne se doit entendre que de ceux qui étoient présens. Laissez, dit-il, aller ceux-ci : en montrant les onze apôtres qui restoienl auprès de lui. Car pour Judas , qui l'avoit quitté, il n'avoit rien à craindre des Juifs, à qui il s'étoit donné, et il devoit périr d'une autre sotie. Songeons donc à ne rien craindre même pour nos corps. Car Jésus-Christ les garde tant qu'il lui plaît : et un seul cheveu ne tombe pas de notre tête, sans notrt Père céleste f3 . Dans les persécutions, dans les travaux, dans les maladies, Jésus-Christ prend soin de nos corps, autant qu'il faut ; et on ne peut rien contre nous, comme on n'a rien pu contre lui, que lorsque l'heure a été venue.
Mais songeons qu'il garde nos corps au prix du
Joan. xvn. iq. — (») Ibid. xvur. 8,9. — (*] Luc. xxi. iH. BOSSUET. X, 16
sien. C'est en se livrant à ses ennemis, qu'il leur dit: Laissez aller ceux-ci. Sa mort délivre nos corps comme nos aines : et c'est la marque qu'un jour il les tirera entièrement de la mort.
Apprenons de cette explication de saint Jean, que les paroles de l'Ecriture, et celles du Fils de Dieu même, peuvent avoir un double sens. Il est clair que celles-ci de Jésus-Christ : Aucun de ceux que vous m'avez donné, ne périra (1) : s'entendent de l'âme; et toute la suite, qui regarde l'ame, le fera paroître : mais il est clair par saint Jean, que cette parole s'entend aussi du corps. Méditons donc à fond l'Ecriture, et tournons-la de tous côtés pour en tirer tout le sens et tout le suc. Car tout y est esprit , tout y est vie : et Jésus-Christ a des paroles de vie éternelle.