‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 18 sur 34 · EDIT.%T10KS · texte numérisé non relu

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ils sont DS^rcllerneat exposés a oos seos. Par ce moyen , nous afODS toute la substance de l*nn et de Taotre ; et Diea , en BOUS les donnant dans une forme étrangère , noos saoTe rborreur de manger de la cbair humaine, et de boire do sang humain , en leur propre forme.

£t comment a-t-il iait cela? Il a pris du pain , et 9 a dit : Ceci est mon corps, mon Trai corps , mais sous la ^nre du pain ; il a pris uoe coupe pleine de vin , et il a ifit : r«rt est mon sang, mon vrai sang , sous la figure de ce vin éi«l j'ai rempli la coupe que je vous présente. Comme donc ^ afin que son Fils étemel et immortel pôt mourir, il Ta bit Fils de rbomme : ainsi afin qu on pût manger cette chair et boire ce sang, il a fait ce corps, pain d'une certaine manière; poisqu'il a revêtu son corps de Tespèce et de la forme du pain : il a voulu que son sang fut encore versé dans nos boudies , et coulât en nous sous la forme et la figure du vin. Nous avons donc toute la substince de Tun et de Tautre ; les figures an— donnes s'accomplissent , notre foi est contente , notre amour a ce qu'il demande : il a Jésus-Christ tout entier, en sa propre et véritable substance ; et T Église le mange ; TÈglise le reçoit : comme épouse elle jouit de son corps ; elle lui est unie corps à corps , pour lui être aussi unie cœur à cœur, esprit à esprit. Comment tout cela s'est-il pu faire? Dieu a tant aimé le monde : l'amour peut tout ; l'amour fiiit , pour ainsi dire , l'impossible pour se contenter, et pour contenter son cher objet. Dieu aussi a fait pour nous Fimpossible ; je dis pour nous ; car pour lui , il n*y en a point ; tout lui est possible. Mais ce qui étoit impossible à la nature à faire , et au sens humain à comprendre ; il l'a fait : son Fils est devenu le Fils de l'homme ; et il s'est approché de nous : la nature humaine , qu'il a mise en quelque laçon entre lui et nous , n'a point empêché que ce ne soit luimême en personne qui vînt à nous , même comme Dieu : an contraire , il y est venu par l'homme même , et la chair qu'il a prise a été notre lien avec lui. De même , quand le Fils de l'homme a été donné à la mort, il a été vrai que le Fils de Dieu mouroit lui-même, dans la nature qu'il avoit prise. S'il faut ensuite manger cette chair donnée pour nous en sacrifice ; son amour en trouvera le moyen : Prenez, mangez ^ eeei est mon

BIEBITAtlONS

foi : Si vous pouvez ùroire. Mais Dieu nous aide à croire. Je crois. Seigneur! Aidez mon incrédulité '.

XXVIP Jour. Noti-e Seigneur avoit promis sa chair et son sang dans l'cn-

charistic (Jean. vi. 32—59.)

Pour comprendre tout le dessein du Fils de Dieu dans Feucharislie, il faut encore écouter ce qu'il en dit en saint Jean, vf . Nous trouverons qu'il y fait trois choses. Il y explique premièrement ce qu'il nous donne ; secondement , le fruit qu'on en doit tirer ; troisièmement y le moyen d'en tirer ce fruit.

Ce qu'il nous donne , c'est lui-même , et c'est sa chair et son sang : et dès qu'il en parle, les hommes s'écrient : Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à manger *. L'homme raisonne toujours contre lui-môrae , et contre les bontés de Dieu. Quand Jésus, pour nous préparer au mystère qu'il devoit laisser à son Église au jour de la cène, dit qu'il nous donneroit sa chair à manger et son sang à boire , les Juifs tombèrent dans trois erreurs. Ils crurent qu'il leur parloit de la chair d'un homme pur, du fils de Joseph ; voilà leur première erreur : d'une chair semblable à celle dont les hommes nourrissent leur corps ; voilà la seconde : d'une chair enfin , qu'ils consumeroient en la mangeant ; c'étoit la troisième.

Contre la première : Je suts, dit-il, le pain vivant descendu du ciel \ La chair que nous mangeons , n'est donc pas la chair du fils de Joseph ; c'est la chair du Fils de Dieu , une chair conçue du Saint-Esprit , et formée du siuig d'une vierge. « Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut » vous couvrira de son ombre : et la chose sainte qui naîtra de » vous, aura le nom de Fils de Dieu * ». Quod nascbtur f.x TE SANCTUM. Sanctum , au substautif , pour ceux qui savent un peu la grammaire , et qui entendent la force de ce neutre , c'est-à-dire , une chose substantiellement sainte : manière do parler qui fait voir que la sainteté est substantielle en Jésus- Christ ? Pourquoi ? Parce que sa personne est sainte par ellemême, par la sainteté essentielle et substantielle du Fils de Dieu. Et cest pourquoi, continue Fange, il sera appelé h

» Marc. IX. 23. — - Jean. vi. 53. —Mb. 32. 33. .3'». 41. 42. 43. — ^ Liw. J. 35.

sa chair, dans son saug, tout est esprit, tout est vie, tout est uni à la vie et à Fesprit ; parce que sa chair et son sang sont la chair et le sang du Fils de Dieu.

Autant donc que nous desirons la vie , autant devons-nous désirer cette chair qui nous la donne , qui la contient, qui est la vie même. Il est sorti de moi une vertu; je Vai sentie sortir, C'étoit une vertu pour guérir les corps : combien plus en sortira-t-il pour viviûer les âmes? Âpprochons-nous donc de cette chair, touchons-la , raangeons-Ia : il en sortira une vertu qui portera la vie dans nos âmes, et qui dans son temps la donnera à nos corps.

11 en est de même du sang de Jésus : ce sang est plein de vertu pour nous vivifier; car c'est le sang du Fils de Dieu : le sang du nouveau Testament, comme il Tappelle lui-même ; et c'est-à-dire, comme l'interprète saint Paul *, le sang du Testament éternel, par lequel le grand pasteur des brebis a été tiré de lamort. II est donc lui-même ressuscité des morts par la vertu de son sang ; parce qu'il devoit entrer dans sa gloire par ses souffrances. C'est par ce même sang, par ce sang du Testament et de l'alliance éternelle, que nous devons aussi hériter de son royaume, et avoir la vie éternelle. Mangeons , buvons , vivons , nourrissons-nous , unissons-nous à la vie par cette chair, par ce sang vivifiant. Il les a pris pour s'approcher de nous. Ce n*est pas aux anges qu'il a voulu s'unir; cest la postérité d'Abraham; c'est la nature humaine qu'il a voulu prendre. Et parce que les hommes sont composés de chair et de sang ; il a voulu aussi être composé de Vun et de Vautre ^ : c'est par là qu'il s'unit à nous, et c'est par là qu'il nous sauve. Nous l'avons dit souvent , et il ne se faut point lasser de le dire : cette chair et ce sang sont devenus le lien de notre union avec lui, l'instrument de notre salut, la source de notre vie ; parce qu'il les a pris pour nous ; parce qu'il les a offerts pour notre salut; parce qu'il nous les donne encore pour nous vivifier. Allons avec une sainte avidité à cette viande céleste : tout y est esprit et vie.

' Luc. VIII. 40. — * Hebr.xiii. 20. — 'Ib. ii. 15. 16.

•^^8 UéDiTÀTIO'S

occasion , mais particulièrement dans la communion : Nous avons crû et connu que vous êtes le Christ , le Fils de Dieu *. Ce n*est pas assez; au jour suivant nous irons plus loin s'il plait à Dieu. Prions le Père de Jésus-Clirist, qui a bien voulu être le nôtre , qu'il nous tire, qu'il nous enseigne au dedans , qu^il nous fasse entendre sa voix et pénétrer sa parole.

XXIX* Jour. La rie éternelle est le fruit Je I cucliaristie. (Joan. ti. 2C«

Le même chapitre. Nous y devons trouver deux choses : la première est le fruit spirituel que nous devons tirer de l'eticbaristie : la seconde est le moyen d'en tirer ce fruit. Pour lo fruit » il est aisé de l'entendre : ce fruit est de nous détacher de la \ie, et de nous attacher à Dieu. C'est sur quoi Jésus- Christ s'explique clairement par ces paroles : En vérité, en vérité, je vous le dis : vous me cherchez^ non point parce que vous avez vu des miracles ; mais parce que vous avez mangé des pains que j'ai multipliés dans le désert, et que veus en avez été nourris. Travaillez , non point à la nourriture qut périt , mais à celle qui ne périt pas , que le Fils de V homme vous donnera : car c^est celui que le Père céleste vous a désigné, en imprimant sttr lui son sceau et son caractère ', et en confirmant sa doctrine el sa mission par tant de miracles. Vous vous expliquez , mon Sauveur l Votre dessein est de nous détacher de la nourriture et de la vie périssable, qui fait tous nos soins, à laquelle nous travaillons toute Tannée ; et transporter notre diligence et notre travail à la nourriture et à la vie qui ne périt point. Enseignez-mot, mon Sauveur : iirez-moi de cette manière admirable, qui fait qu'on va à vous : dégoûtez-moi de tous les soins qui n'aboutissent qu'à Tivro pour mourir ; faites-moi goûter cette vie où l'on ne meurt jamais.

Quel miracle faites-vous, afin que nous croyions en vous * ? Que faites-vous de si merveilleux? Il est vrai, vous nous avez rassasiés de pain dans le désert. Mais ce pain est-il comparable à la manne que Moïse a donnée à nos pères, de laquelle il est

« JïKMi. VI.70.— ' Ib. M. 27. —Mb. 30. 31.

rbomme : pourvu que vous le croyiez en même temps le pain descendu du ciel , c'est-à-dire , le Fils de Dieu ; et que vous croyiez que sa chair, par laquelle il veut vous vivifier, est pleine d'esprit et de vie.

Ainsi la fin où il veut venir, est de nous faire vivre ; mais de la vie éternelle, et selon Tâme et selon le corps : c*est, dit-il, la volonté de mon Père , que je ne perde rien de ce que mon Père m'a donnée et que, pour donner la vie au corps comme à Fâme, je le ressuscite au dernier jour ; et encore : Vos pères ont mangé la manne, et sont morts ; celui qui mangera de ce pain , vivra éternellement \

C'est donc là le fruit de Teucharistie; elle est faite pour contenter le désir que nous avons de vivre : et pour cela nous donner la vie éternelle, dans Tâme, par la manifestation delà vérité : et dans le corps, par la glorieuse résurrection. Seigneur, qu'ai-je à désirer? de vivre : de vivre en vous, de vivre pour vous, de vivre de vous et de votre éternelle vérité, de vivre tout entier, de vivre dans Tâme , de vivre même dans le corps ; de ne perdre jamais la vie; de vivre toujours! j'ai tout cela dans Teucharistie ; j'y ai donc tout , et il ne reste qu'à jouir.

XXX" Jour. Desîr insatiable de reuchavistie. (Joan. vi. 34. 40. 47.)

Seigneur, donnez-nous toujours ce pain ' : ce pain dont vous avez dit , qu'il donne la vie éternelle. C'est ce que disent les Juifs : et ils expriment par là le désir de toute la nature humaine, ou plutôt de toute la nature intelligente. Elle veut vivre éternellement : elle veut ne manquer de rien ; en un mot, elle veut être heureuse. C'est encore ce qu'exprimoit la Samaritaine , lorsque Jésus lui ayant dit : « 0 femme! celui qui boit » de l'eau que je donne n'a jamais soif» : elle répond aussitôt; 0 Seigneur, donnez-moi cette eau, afin que je n'aie jamais foif, » et que je ne sois pas obligée à venir ici puiser de l'eau ^ »,, dans un puits si profond, avec tant de peine. Encore un coup, la nature humaine veut être heureuse ; elle ne veut avoir ni faim ni soif ; elle ne veut avoir aucun besoin , aucun dcsir à remplir, aucun travail , aucune fatigue : et cela, qu'est-ce an*

^ Joan. VI. 30. iO. jO. — = Ib. 3i. — * Ib. IV. l^- U. 13. 15.

faim, et celui qui crotl en moi n^ aura jamais sot f '. Il ii*^iur«ja->^ mais ni faim ni soif d'autre chose que de moi ; mais il aura une faim et une soif insatiables de moi : et jamais il ne cesser» de me désirer. En même temps qu'il sera insatiable, il sera néanmoins rassasié ; car il aura la bouche à la source : cr Les » fleuves d'eau vive lui sortiront des entrailles. L'eau que je lui yt donnerai, deviendra en lui une source d'eau jaillissante pour » la vie éternello ' ». H aura donc toigours soif de ma vérité ; mais aussi il pourra toujours boire , et je le mènerai à la vie , oh il n'aura plus même à désirer ; parce que je le réjouirai par la beauté de ma face , et je remplirai tous ses désirs. «Venez D donc, Seigneur Jésus^ venez ; l'esprit dit toujours : Venez : » l'Épouse dit toujours: Venez» Vous tous qui écoutez , dites : 0 Venez : et que celui qui a soif vienne : vienne qui voudra » recevoir gratuitement l'eau vive ' » . Venez : on n'exclut personne : venez ; il n'en coûte rien, il n'en coûte que le vouloir. Viendra le temps, qu'on ne dira plus : Venez. Quand cet Époux tant désiré sera venu, alors on n'aura plus besoin de dire : Venez. On dira éternellement: Amen ; il est ainsi, tout est accompli : Alléluia * : louons Dieu ; il a bien fait toutes choses ; îl a fuit tout ce qu'il avoLt promis ; et il n'y a plus qu'à le louer.

XXXI' Jour. Nouveaux murmuraftnvs capbarn&ltcs. (Joan. vii. ^^ \

Écoutons un peu nos murmurateurs ; je ne dis ptm ceux du peuple juif, les Gapharnaîtes , et les autres dont il est parlé dans saint Jean. Écoutons les murmurateurs chrétiens,, qui font semblant de s'éloigner du sentiment des murmurateurs de Capharnaura , et qui disent : Nous ne leur ressemblons pas^ S'il avoient compris que ce manger et ce boire, dont le Sauveur leur parloit, étoil le foi ; ils n'auroient pas murmuré, ils n'auroicnt pas à la (In abandonné Jés>iis-Chnst. Ainsi tout le dénouement , c'est qu'il faut avoir la foi , et que tout le reste lie sert de rien : conformément, disent-ils, à cette dernière explication du Sauveur : C'est V esprit qui vivifie ; ta chair ne sert de rien ; les paroles que je vous dis, sont esprit et rtfc*.

• Joaii. VI. 35. — ' Ib. 38. IV. H. — 'ApOc. XXir. 17. 20. — * HmV. xrx. 4» — 'Joan. vi Ci,

KEDITATIONS

liais , Seigneur , je remettrai à un autre temps cette humble lecture: aujourd'hui j'ai assez gagné de m'être humilié, et à^avoir soumis mon esprit à la foi de votre Église catholique.

iXXXIJ' Jour. Notre Seigueur nous doune à manger le même corps qu*jl a ' pris pour no;rs. (Joan. vi. 29r 33. 50. 55. ô9. '

« L*œuvre de Dieu est que vous croyiez en celui qu'il a en- » voyé. Je suis le pain de vie : celui qui vient à moi , n'aura » jamais faim : et celui qui croit en moi n'aura jamais soif : >) qui croit en moi a la vie éternelle ' ». Il est donc constant que c'est par la foi que nous devons profiter de cette céleste nourriture, pour en recevoir la vie éternelle : et il ne s'agit plus que de savoir ce qu'il nous enseigne aigourd'hui , que nous devons croire pour cela. Or, il nous enseigne clairement qu'il faut croire deux choses : la première, que le Fils de Dieu est descendu du ciel , et qu'il a pris une chair humaine , en laquelle il est venu h nous : la seconde, que pour avoir part a la vie qu'elle contient, il la faut manger.

La première de ces vérités est clairement enseignée dans ces paroles si souvent répétées : a Je suis descendu du ciel : » ce n'est pas Moïse qui vous donne le vrai pain descendu du n ciel , mais c'est mon Père qui vous donne le vrai pain deg- )) cendu du ciel ; car le pain de Dieu est celui qui descend du » ciel, et qui donne la vie au monde'» ? et encore : Je suis des- » cendu du ciel pour faire la volonté de mon Père, et ressusciter /) tout ce qu'il m'a donné ^) : et encore : C'est ici le pain des- » cendu du ciel» : et encore: (cjc suis le pain descendu du » ciel » : et encore : a C'est ici le pain descendu du ciel * » .

Voilà donc le fondement de toute la doctrine du Sauveur très-clairement expliqué : qui est, qu'il est descendu du ciel, c'est-à-dire , qu'il s'est incarné, qu'il a pris chair.

Mais la seconde vérité, qu'il faut manger celte chair pour avoir part à la vie qu'elle contient, n'est pas moins expliquée ni moins inculquée dans tout le discours du l'ils de Dieu , à commencer par ces paroles ; « Et le pain que je donncrid ,

' J 'Rii. IV. '>/J. 'ij. i7. — • Ib. 38, 32. 33. — ' Ib. 38. 30. — ' Ib. ::0.

chiir. Ce n^est pourtant pas la foi qui fait que Jésus-Cfirist est descendu du ciel , et a paru en chair : ce n'est non plus la foi qui fait que cette chair est donnée à manger. Croyons ou ne croyons pas, cela est : croyons ou ne croyons pas, Jésus- Christ est descendu du ciel en chair humaine : croyons ou ne croyons pas, Jésus-Christ donne à manger la même chair qu'il a prise ; car il est dit absolument : Ceci est mon corps ' ; et non pas : Ceci le sera, si vous y croyez; comme il est dit absolument : Le Verbe a été fait chair ' ; le Verbe est destendu du ciel en terre; et non pas : // est fait chair par votre foi ; et il descend du ciel si vous y croyez. 0 vérité de la chair mangée! je tous crois, comme je crois la vérité de la chair prise par le Fils de Dieu, la vérité du Fils de Dieu descendu du ciel. Mon Sauveur, avec quelle force vous me confirmez votre incarnation ! Ha , celui qui ne croit pas que Ton reçoit réellement votre propre chair, en sa propre et véritable substance , ne croit pas comme il faut que vous l'avez prise ; et il n'a point de part au pain de vie.

XXXFIl* Jour. Présence réelle du corps et da sang de Jésas-Clirist da*>t reucharislîe. (Joan. vi. ô4. 55. 56 57. 58.Matth.xxvi. 26. 27. 28.)

« Si vous ne mangez la chair du Fils de Thomme : Prenez» 7) mangez : ceci est mon corps : Si vous ne buvez son sang : » buvez-en tous : Ceci est mon sang ». De dire qu'il n'y ait pas un rapport manifeste dans ces paroles ; que Tune n'est pas lai préparation et la promesse de Tautre; et que la dernière n'est pas l'accomplissement de celle qui a précédé : c'est vouloir dire que Jésus-Christ, qui est la sagesse éternelle, parle et agit au hasard. Visiblement il a parlé en saint Jean, chapitre Vf, pour préparer l'inslitution de l'eucharistie. Il a dit en saint Jean : Travaillez à la nourriture que le Fils de thomme vous donnera : et encore : El le pain que je donnerai, c*est ma chair que je donneraipour lavie du monde '. Illadonnera, dit-il; c'est visiblement une préparation , et une promesse , avec laquelle il ne faut pas s'étonner que l'institution et l'exécution ait un rapport si manifeste : autrement on pourroit dire de mêmc„

' Matth. xxvi. 20. — -Joan. i. ti — -Uoan. M. 27. 52»

fie mangez ma chair en figure , et mon sang de même , il n*y a point de vie pour 4)0us : et, ma chair en figure^ est vraiment viande; et mon sang en figure est vraiment breuvage; et ainsi du reste? cela seroit insensé. Il ne Test donc pas moins de dire que. Ceci est mon corps: Ceci est mon sang, ne soit pas la vérité, mais la ûgure de Tun et de Tautre.

Vous dites, que souvent dans TÉcriture, Manger, c'est croire; Boire, c'est croire; et que c'est là le manger et le boire, dont il est parlé dans saint Jean. Mais puisque manger et boire, à la fois c'est la même chose; Jésus-Christ ne se seroit pas arrêté jusqu'à quatre fois réitérées à distingue! le manger d'avec le boire, ni la viande d'avec le breuvage, s'il n'avoit pas regardé à autre chose. Visiblement donc il a regardé aux paroles de l'institution , où manger, c'est prendre par la bouche ; où boire , c'est boire dans une coupe et en avaler la liqueur. Ainsi , quoi qu'il en soit des autres passages, où manger et boire, c'est croire; dans l'endroit que nous méditons, il n'est plus permis de dire que le manger et le boire soit un manger et un boire impropre et allégorique, ni autre chose qu'un manger et un boire véritable et proprement dit, un manger et un boire par la bouche du corps.

Je le crois ainsi , mon Sauveur ! si vous ne mangez ma chair : si vous ne buvez mon sang : c'est-à-dire , si vous n'obéissez à cette parole : Prenez , mangez : Ceci est mon corps ; ^Buvez : Ceci est mon sang : et il n'y a d'autre différence entre ces paroles , sinon que par l'une vous promettez , dans l'autre vous donnez; dans l'une vous préparez, dans l'autre vous instituez; dans l'une vous vous étendez davantage sur le fruit, dans l'autre vous vous attachez plus précisément à exposer la chose même. Mais partout, c'est le même corps , le même sang, reçu de la même manière, et toujours pour la imême Gn , qui est de s'unir substance à substance, à la chair et au sang que vous avez pris. Encore un coup, voilà, mou •Sauveur, ce que je crois. La foi me vivifie ; il est certain : mais cette foi qui me viviûe , c'est de croire que vous avez pris une chair humaine, un sang humain : et que vous me

:lf£OITAT10^j9

dislingié œtie iemme qui le touchoit àfec foi , de toute ia troupe qui iè touçhoit simpiement ea pressant son corps ; il a voulu dire, que celle femme ne Ta pas touché TÀ'itabiement selon le corps , et qu'elle ne Ta touché que parla fc4 ot scflon Tesprit. C'est ainsi que pensent ceux qui disent : Manger le corps, boire le sang, par la bouche simplement, ce n'est rien , et la vertu ne sort que lorsqu'on mange et qu'on boit avec foi : donc il ne faut entendre ici que la seule foi : et pour tirer la vertu qui est dans le corps et dans le sang de Jésus, on n'a pas besoin de joindre ces deux choses ensemble; c'est à savoir, d'un côté, manger et boire selon le corps; et de l'autre, s'y unir avec la foi. Je me perds, mon Sauveur! je me perds, encore un coup; non point dans la hauteur de vos mystères^, car je les crois sans les comprendre, et je ne vous demande pas, à l'exemple des incrédules, comment vous pouvez les accomplir. Mais je me perds dans l'égarement des hommes , et dans la perversité de leurs voies; parce que je vois qu'ils aiment mieux raffiner sur vos paroles, pour en éluder la force, que d'y croire simplement et de vivre.

XXXY* Jour. Manger le corps et boire le sang de Jésus^Cfarist, c'est y participer vérttablement et réellement. (Ibid.)

l'ont ceci, dites-vous, n'est que mystère et allégorie : manger et boire , c'est croire : manger la ciiair , et boire le sang , c'est les regarder comme séparés à la croix , et chercher la vie dans les blessures de notre Sauveur. Si cela est, mon Sauveur, pourquoi ne parlez-vous pas simplement, et pourquoi laisser murmurer vos auditeurs jusqu'au scandale et jusqu'à vous abandonner, plutôt que de leur dire nettement votre pensée?

Quand le Sauveur a proféré des paraboles , quoique beaucoup moins embrouillées que celte longue allégorie qu'on lui attribue, il en a si clairement expliqué le sens, qu'il n'y a plus eu à raisonner ni à questionner après cela : et si quelquefois il n'a pas voulu s'expliquer aux Juifs, qui méritoient par leur orgueil qu'il leur parlât en énigme, il n'a janma refusé à ses apôtres une explication simple et naturelia

382 MÉmTATlOKS

C6 qu'il veut dùft : il leur répondit : Hé bien ; il fant donc maintenant vous parler sans allégorie , sans proverbe, sans similitude ; et il leur parla si clairement , qu'ils lui dirent enfin eux-mêmes: Bfaître, celte fois vous parlez nettement , et il n'y a point de proverbe ni d'ambiguïté dans vos discours*. N*y a-t'il que cette occasion où les paroles vous manquent? N'aviez-vous point de moyen de vous expliquer, ni d'empêcher vos disciples, non pas de s'embarrasser dans vos discours, mais de s'y perdre , et de vous quitter tout à fait?

La Samaritaine s'embarrasse, et croitque l'eau dontvouslui parlez, est une eau de la nature de celle qu'elle venoit puiset au puits de Jacob, pour étancher sa soif; mais vous lui expliquâtes nettement que l'eau dont vous lui parliez , étoit une eau qui devcnoit une source inépuisable et intarissable dans ceux qui en buvoient, et qui leur donnolt la vie éternelle. Qui depuis a jamais cru après cela, que l'eau que vous donniez à boire à vos disciples, fût une eau matérielle? Il est vrai que cette femme demeure encore un peu dans l'embarras, et qu'elle dit encore au Sauveur : Seigneur , donnez-moi celle eau, afin que je ne sois plus obligée de venir à.ce puits. Mais Jésns-Christ, qui sentit qu'il s'étoil assez expliqué, et que ce reste de doute se dissiperoit de lui-même, changea de discours. La femme entre dans d'autres matières, et ravie de la doctrine du Sauveur, sans s'embarrasser davantage de celte eau, elle laisse sa cruche auprès du puits , pour ciller dire à ses citoyens : Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que fai fait ? N'est-ce point le Christ ' ? ce qu'elle dit, non pas en doutant; mais pour les induire à croire aussi ce qu'elle croyoit déjà. A-t-clle quitté le Sauveur, comme font ici ses propres disciples, sous prétexte de celte eau, qu'elle sembloit n'avoir pas encore bien entendue? Point du tout; elle sentit bien que ce n'éloitrien : personne îvussi n'a relevé son doute, et s'il oiit pu rester quelque embarras, il est levé clairement dans un autre endroit par l'évangéliste, lorsqu'après avoir raconté ce discours de notre Seigneur, semblable à ceux qu'il avoit tenus à la Samaritaine : Celui qui croit en moi, il sortira de ses

« Jonn. XVI. IG. 17. 18. 29.— * Lîv. iv. 10. 11. 13. 14. 15. IC. 28. 29.

s'en* tient pas là; et pcmr ôter toute idée d'une naissance charnelle, il poursuit en cette sorte : « Ce qui est né de la D chair, est chair : et ce qui est né de Tesprit, est esprit. Ne » voQS en étonnez donc pas, si je vous dis : qu*é(ant nés selon D la chair, il fhut encore naître ' » selon Tesprit. Que pou* voit-on désirer de plus sur la difficulté proposée? Être baptisé, c'est-à-dire, se plonger dans Teau pour être puriOé, étoit chose bien connue des Jui£s : et il ne restoit qu'à leur expliquer qu'il y auroit un baptême, où le Saint-Esprit so joignant àFeau renouvelleroit Tesprit de l'homme. Cela est dit clairement; et Nicodéme n'en revient plus à sa Naissance chamelle, ni personne ne se Test jamais imaginée à#6n exemple.

11 est vrai qu'il lui restoit à entendre Topération du saint Esprit, dont Jésus-Christ lui parla d'une manière admirable, de laquelle il n'est pas ici question. Mais comme sa difficittft'! sur la naissance chamelle éCoit résolue sans retonr , et <{a11 n'étoit pas nécessaire de l'instruire davantage sur la nii^iéfe dont le Saint-Esprit agiesoit en nous et y formoit despieteéli^, dont la fin comme le principe passolent notre intefligi^Blieè; Jésns-Christ ne lui parle plus que de la foi qu'il faut tè9ë\r h ses paroles : Nous disons ce que nous savons : et nous retidons témoignage des choses que nous avons vues : et on ne vëùt pas h recevoir*; et le reste, qu'iî seroit aisé d'expliquer, s'il en étoit question. Quoi qu'il en soit il est bien cèrlam qu'il ne reste aucira doute à Nicodéme : il n'est point tcflt^ de quitter le Fils de Bien; et la renaissance du corps n'a làît aucune dispute parmi ses disciples. Pourquoi ne parler pasavee la même netteté à un si grand peuple, quicroyoit en lui, Jws^ qu'à dire qu'il étoit vraiment ce prophète qui devoil v^ir^ ; c'est-à-dire, qu'il éloit le Christ? Pourquoi ne lenrôtër"^ ceAle peiiïe qui les troubloit tant, d'avoir à manger son 1$q^ et boire son sang par la bouche ; et ne leur pas dire ête'iin mot, que tout cela n'étoit rien, et qu'il ne vouloit parrerqsè do la représentation et application qu'il se falloit faire à »*!•

• Jo?.n m. 0. 7. — Mb. 11. — ^ Ib. vi. 14.

on mangcoit celle de Tancienne pâque , et celle des aulrcft victimes qui vous figuroient, pour nous être un gage certain que c'est pour nous que s'est faite cette ioimolation, et en imprimer dans nos cœurs un souvenir plus vif et plus efficace. Je le croisainsi,mon Sauveur ! ce souvenir, où les incrédules veulent tout réduire, est trop humain.

Un honome peut s'immoler pour sa patrie ; je dis même s'immoler au pied de la lettre, et les exemples n'en sont pa^ si rares que les livres sacrés et profanes n'en soient pleins : il n*e8t pas difficile aux hommes, qui s'immoleroient de cette sorte, de recommander le souvenir de cette mort, ni d'établir quelque fête, quelque signal pour en perpétuer la mémoire. Rfais de laisser à perpétuité sa chair à manger et son sang à boire, afin qu'en se les appropriant de cette sorte on se souvienne plus tendrement qu'ils ont été immolés pour nous ; il n'ya qu'un Dieu qui le puisse faire, et il y a là autant de puissance que d'amour. Il est vrai, cette parole est due à nos sens ; elle est insupportable, elle estabsurde; mais votre parole est véritable: je croirai cette absurdité; je dévorerai cette dureté; si vous ne me l'ôtez en me TexpHquant. Car je sais que ce qui est folie selon les hommes est sagesse selon Dieu ' ; et parla même raison, que ce qui est dur et absurde scion les ïiomracs, selon Dieu est consolation et vérité.

Je le crois, mon Sauveur, je le crois; me voilà prêta prendre au pied de la lettre tout ce que vous dites de plus dur, si vous-même vous ne m'apprenez à le prendre d'une autre manière. Mes sens seroient soulagés par une interprétation plus humaine ; mais si je cherche à les soulager de celte sorte où vais-je, mon Sauveur, où suis-je entraîné? dans quelle incrédulité? dans quel éloigncmenl de vos mystères? Je veux croire, encore un coup, et non pas raisonner selon l'homme ; et s'il faut rabattre quelque chose de la précise vérité de vos paroles, il faut que vous me l'appreniez vous-même,

• I. Cor. 1. 25.

388 hAditations

par mon Père '? Bfais il Tavoit déjà dit, sans que personne s*en fût ailé ; et il remarque lui-même, qu'il ne fait que le répéter. Esl-ce à cause qu'il ayoit dit : Il y en a parmi vous qui ne croient pasf ce n'est pas de quoi s'en aller; et il n'y a rien la de si incroyable ni de si rebutant : car il n'en blâmoit que qyelques-uns, et ce n'est pas là de quoi rebuter les autres. Ainsi ce qui les rebute, c'est précisément ce qui précède : Que sera-ce, si je retourne dans les deux '? et : Cest l'esprit qui vivifie. Voilà, dis-je; ce qui rebute : c'est ce qu'on veut qu'il ait dit pour prévenir le rebut, c'est cela précisément qui le cause; tant Jésus s'est bien expliqué; tantilalevéle scandale. Gela n'est pas, mon Sauveur. Ce n'est pas vous qui vous expliquez mal ; à Dieu ne plaise ; ce sont nos murmnrateurs et nos incrédules , qui donnent unmauvaissensàvosparoles.

XXXIX* Jour- Quel est le sojet de ce scandale (Joan. vi. 61. 62. 63.)

Cela vous scandalise? Que sera-ce donc , si je m^en retourne au cielyd'oùje viens ^? Vous vous scandalisez de m'entendro dire que vous mangerez vraiment ma chair, et que vous boirez vraiment mon sang; que sera-œ donc, si avec cela je vous dis encore que /e retournerai entier et vivant au ciel où je suis? U n'y a rien de fort merveilleux, que celui dont on ne mange la chair et dont on ne boit le sang qu'en croyant en lui, et eu méditant Sa mort, s'en retourne au ciel tout entier et tout vivant. L'esprit n'a pas accoutumé de démembrer sa nourrilure , c'est-à-dire son objet : la foi ne consume pas ce qu'elle s'approprie ; c'est le manger qui fait cet effet : et ce qui étonne les Capharnaites, c'est de leur apprendre qu'il ne le fait pas à cette fois. Ils ne songent donc pas seulement que le manger et le boire , au pied de la lettre soit retranché du discours du Fils de Dieu ; ni que tout cela soit réduit à médiditer et à croire. Car l'ascension du Sauveur n'y seroit pas contraire; et on ne s'avisera jamais qu'un manger et un boire métaphorique , empêchent un homme d'aller où il voudra , ni même au ciel, s'il y peut parvenir. Mais de croire qu'on

1 Joan. TI. 05. 66. — > Ib. 63. 64. --Ib. 02. 63,

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