‹ Méditations sur l'ÉvangileChapitre 29 sur 34 · SI£DITATIOi\S · texte numérisé non relu

SI£DITATIOi\S

ni ne vieillit ; ni le Père n'a la prééminence de Tâgc , ni le Fils n'a Tavanlage delà jeunesse. Car, après tout, ce qu'on appelle la prééminence de Tâge, n'est qu'un défaut de la nature, qui, en vieillissant, tend a sa lin.

Tout cela est donc exclu en Dieu. Ni le Père n'est plus vieux, ni le fils n'est plus jeune : car en cela il excelleroit au dessus du Père. Dans le Père qui est Dieu, et le Fils qui est Dieu aussi, ranliquité est toujours également vénérable, comme la jeunesse est toujours également dans la fleur; parce que l'éternité, qui est toujours ancienne et toujaui^s nouvelle, égale tout. Et c'est pourquoi le Fils dit : Tout ce qui est à moi est à vous; et tout ce qui est àvou^ est à tnoty par conséquent l'éternité même : et de toute éternité je suis en vous, commo de toute éternité vous êtes en moi. Ainsi la gloire est égale : car s'il y a de la gloire pour le Fils d'avoir un tel Père, il n'y en a pas moins au Père d'avoir un tel Fils. Et si même parmi tes hommes, où le (ils nécessairement est moins que son père, et dégénère de lui, du moins en naissant si petit et si imparfait, on ne laisse pas de dire : Un sage fils est la gloire de son père : combien plus le dira l-on du Fils de Dieu? Si c'çst la gloire d'un père d'avoir un fils qui n'est sage qu'à cause qu'il l'est devenu, quelle gloire pour le Père éternel, d'avoir un Fils qui est, en naissant et d'abord, la sagesse même?

Il est si beau d'avoir un tel Fils, que le Père en l'engendrant le conserve en soi. Parmi nous, avoir un lîls, c'est le mettre hors de soi-même : en Dieu, avoir un lils> c'est le produire et le conserver éternellement dans son sein , comme quelque chose d'égal et aussi parfait que soi-même. C'est pourquoi il est unique, et il ne peut y en avoir deux : Le Fils unique qui est dans le sein du Père ^ Il est unique, parce qu'il est parfait: il est unique, parce qu'il tire tout et épuise ïsi parfaiiement la fécondité, qu'un autre n'ajouleroit rien à la gloire d'être père. C'est pourquoi il demeure dans le sein du Père, parce qu'il est digne par sa perfection d'y être toujours; et tout immense qu'est ce sein du Père, il n'y a point

\ Joan. I. IC^

foudre de la parole de ce saint apôtre, pour les faire mourir à rinstant ' . Ainsi fut vengé le violement de Funilé des fidèles.

Portons donc cette disposition dans le fond du cœur : communiquons : donnons : ne resserrons point nos entrailles : qu'aucun de nous ne regarde son frère avec mépris. Dans le fond tout est égal entre nous : la distinction superficielle qui nous élève les uns au dessus des autres, regarde Tordre du monde, mais ne change rien dans le fond. Nous sommes tous formés d'une même boue : nous portons tous également Pimage de Dieu dans notre âme. L'homme n'a que la nature : le chrétien n'a que la foi. Que la charité égale fout; selon ce que dit saint Paul : quil faut établir Végalité. La consolation et l'affliction, le bien et le mal, tout doit être égal entre les frères, et pour cela, celui qui est riche doit suppléer à ce qui manque au pauvre : afin^ répète l'apôtre , que tout soit réduit à l'égalité; selon ce qui est écrit de la manne : que celui qui en recueilloit de plus, n'en avoit pas plus ; et celui qui en recueilloit moins, n'en avoit pas moins '. Dieu veut donc de l'égalité entre les frères : c'est-à-dire, que personne ne soit dans l'indigence, mais que le besoin de tout le monde soit soulagé, et l'inégalité compensée.

Le riche qui fait meilleure chère, qui est mieux vêtu, mieux logé, n'en est pas plus grand pour cela : au contraire, dans le fond il est plus pauvre, parce qu'il s'est fait des besoins de ce que la nature ne demandoit pas. Il seroit et plus riche et plus heureux, s'il ne lui failoitquece qui contente le pauvre. Qu'il regarde donc son abondance comme une preuve de sa pauvreté et de son infirmité; qu'il s'en humilie; qu'il en ait honte : ainsi il se mettra en égalité avec le pauvre ; et faisant de ses biens un supplément des besoins de l'indigent, il participe à la grâce de la pauvreté.

Quand dirons-nous de tout notre cœur à noire frère qui soufl're : Tout ce qui est à moi, est à vous : et à notre frère qui est dans l'abondance : Tout ce qui est à vous est à moi ! Ilélas! on ne verra jamais sur la terre un si grand bien dans sa perfection. C'est pourtant ce que veut Jésus, lorsqu'il dit :

' Act. V. 1, 2 et seq. — ' II. Cor. vin. 14. 15.

6^8 MJ^DirATlONS.

LX'Jocii. Jésus fait part de sa gloire à ses élus. (Joan. xvii. 22.)

Je leur ai donné la gloire que vous m'avez donnée : afin quits soient un comme nous sommes un '. li la compte comme donnée, parce qu'il vouloit nous la donner, et qu'elle sera le fruit du sacrifice qu'il alloit offrir pour nous.

Il commence ici à nous découvrir une nouvelle vérité, quf est qu'après avoir été un dans la charité sur la terre, nous serons un dans la gloire; et que la gloire qui nous sera donnée, sera celle de Jésus-Christ. Il parle ici de la gloire qui devoit être donnée à Jésus-Christ selon sa nature humaine, en le ressuscitaiit. Cette gloire nous sera donnée, puisque nous aurons part à la gloire de sa résurrection. Bien plus, il a daigné dire dans l'Apocalypse : Je donnerai à celui qui aura remporté la victoire, d'être assis dans mon trône; comme j'ai remporté la victoire^ et que je me suis assis avec mon Père dans son trône ^ î

Toute la sainte cité, toute la société des saints, n'est qu*un seul trône de Dieu, qui a dit : Je serai en eux ^. Il seracoroitte un roi, qui , après avoir abattu le règne du péché et de la mort, établira son empire dans tous ses sujets, en les rendant éternellement et parfaitement heureux. Ce qui leur arrivera, parce que Dieu sera tout en tous *, Alors donc nous serons unis dans la gloire, comme sur la terre nous aurons été unis dans la charité et dans la grâce. Notre gloire sera celle de Jésus-Christ notre chef, qui se répandra sur tous ses mem* bres : et la gloire de Jésus-Christ sera celle de son Père; laquelle se trouvant en lui par sa naissance éternelle, rejaillira sur l'humanité que le Fils de Dieu s'est unie. Voilà donc tout réduit en un par la gloire et la félicité éternelle ; et pour être reçus dans cette gloire, il faut être un par la charité : car Dieu veut faire de ses fidèles un corps parfaitement un en Jésus- Christ: un corps dont l'unité aille croissant, jusqu'à ce qu'elle se consomme, et reçoive sa dernière perfection dans le ciel.

Pour donc répondre au dessein de Dieu, nous ne pouvons

* Joan. xvn. 22. — ' Apoc. m. 21. — ' Lcv. xwi. 12. II. Cor. vi. 10. A|K)c. XXI. 3. — * I. Cor. iv. 28.

^ï30 , BIÉDITATIÛNS

malièrc : et il nous apprend ici que la source de cette unité > c'est qu'il est en nous comme son Père est en lui.

Les saints Pères ont interprété ces paroles en cette sorte ,. Je suis en eux , par mon esprit; je suis en eux par ma chair que je leur donne dans Teucharislie. Je leur rends par ce moyen tout ce que j'ai pris d'eux : je leur donne en même temps tout ce que j'ai reçu de vous : ma divinité est à eux aussi bien que mon humanité. Dans l'humanité, qui est à eux et en eux, ils trouvent la divinité qui lui est unie : et ils en peuvent jouir comme de leur bien. C'est donc ainsi que je suis en eux : et vous , mon Père , vous êtes en moi. Tout est donc en eux , tout est à eux. Que leur faut-il davantage pour être parfaitement consommés en un ? Et néanmoins voici encore quelque chose de plus touchant. C'est, mon Père , que vous les aimez comme vous m'avez aimé. Ils ne sont enfants que par adoption et par grâce ; et moi, qui suis Fils par la nature, j'ai trouvé cet admirable moyen de me les unir comme mes membres , afin que cet amour paternel , que vous avez pour moi , s'étendît sur eux : afin, continue-t-il, que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux , comme je suis aussi en eux '.

0 homme , regarde donc combien tu es chéri de Dieu ! Quoi, le monde te plaît encore? Quoi , tu peux penser autre chose que Dieu même ? Il en faudroit mourir, de regret et de honte. Il faut se taire ici dans une profonde admiration et action de grâces, en considérant, en goûtant ce que nous sommes à Dieu par Jésus-Christ. C'est un mystère ineffable et inénarrable. Or, si le monde le pouvoit connoître, il connoîtroit en même temps que Jésus-Christ est vraiment envoyé de Dieu ; et qu'un Dieu envoyé au monde ne pouvoit rien enseigner ni opérer de plus grand !

LXIl' Jour. Gloire de Jésus : il vent que les élus y soient avec lui. (Joan.

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