‹ Méditations sur l'évangileChapitre 30 sur 64 · VOCATION DES APOTRES I · texte numérisé non relu

VOCATION DES APOTRES I

de ses paroles, pour que des hommes dans la fleur de l'âge aient quitté sans hésiter leur maison, leur famille, leurs biens, et l'aient suivi sur sa simple invitation! Cinq de ses Apôtres, d'après l'Evangile, furent ainsi appelés ; et, probablement, plusieurs autres, sinon tous, s'attachèrent à lui de la même manière. Pas un seul de ces cinq ne lui demande jusqu'où, ni combien de temps il devra le suivre? Pas un ne lui demande quelle sera sa récompense, ou qui pourvoira à sa subsistance, ce que deviendra son père âgé, sa maison qu'il abandonne... Non, dans le regard que Jésus plonge sur eux, ils trouvent une assurance assez forte, une garantie suffisante pour être sûrs qu'ils font bien d'accepter. Ils comprenaient qu'en suivant Jésus, ils suivaient la Vérité et la Vie, et que partout où il les conduirait, ils pourraient le suivre sans crainte. Parmi eux il s'en trouvait qui savaient déjà ce qu'était Jésus par le témoignage de Jean, et qui, par conséquent, étaient à l'avance prédisposés à comprendre l'autorité de cet appel. Mais pour Saint Mathieu, par exemple, nous n'avons pas lieu de supposer qu'aucune rencontre préalable l'eût préparé à cette grâce.

Sur nous aussi Jésus a jeté le même regard attirant et il nous a adressé les mêmes paroles d'appel. Depuis notre enfance, peut-être, il nous a sollicités de nous engager à son service, et il s'est

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révélé à nous afin que nous l'aimions et que nous lui obéissions avant même son appel impératif. Pour quelques-uns, cet appel s'est fait soudainement et a frappé leur cœur d'un coup subit, les amenant, presque malgré eux, parmi les siens.

Interrogeons-nous nous-mêmes. Quel qu'ait pu être cet appel du Sauveur pour nous, n'a-t-il pas été tout empreint de miséricorde et de puissance? Que serais-je devenu si sa main ne m'avait pas retiré du monde et placé au nombre de ses amis? Peut-être, avec l'apôtre Saint Mathieu, je serais demeuré toute ma vie à calculer mes gains, à réfléchir sur le Mammon de ce monde, et à converser avec ses serviteurs. Peut-être, avec les fils de Zébédée, j'aurais couru, dans quelque carrière périlleuse, le danger du corps et de l'âme. Mais la bonté de mon Sauveur a abaissé sur moi un regard de grâce ; il m'a ordonné de quitter tout cela, pour ne plus trouver mon partage, mon trésor et ma joie qu'en lui seul. Qu'il soit à jamais béni de ses bontés ! Ai-je suivi l'appel de Jésus avec le détachement des Apôtres? Ai-je été aussi prompt à rompre tous mes liens ? N'y a-t-il pas encore en moi quelque reste d'attache à ce monde trompeur, ou à ses biens illusoires ?

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Cette brève invitation: « Suivez-moi ^ » renfermait beaucoup plus de choses que les quelques mots qui l'exprimaient.

D'abord, c'était un appel sans condition, sans limite de temps ni de lieu, sans aucune restriction. Il n'est même pas probable, ou plutôt il est impossible que les Apôtres, en répondant à cet appel, en aient mesuré toute la portée. Peut-être pensaient-ils que Jésus les invitait simplement à l'accompagner jusqu'à sa demeure, ou bien à le suivre quelque temps ; et, dans un sens, c'était exact, puisqu'il leur permit de retourner pour quelques jours à leurs occupations de pêcheurs. D'autres peut-être, comme ces fils de Zébédée dont la mère demanda à Jésus qu'ils fussent placés à sa droite et à sa gauche dans son royaume, espéraient, à cet appel, échanger leurs filets contre de splendides avantages et acceptaient des privations temporaires dans l'espérance d'une glorieuse récompense. Certainement, aucun d'eux ne s'imaginait que l'invitation du Sauveur signifiait : « Suivez-moi dans une pauvreté plus misérable

I Sequere me. S. Jean, i, 43.

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que celle qui est présentement votre partage ; suivez-moi dans les mépris, les calomnies, les accusations les plus injustes ; suivez-moi dans la persécution et la haine des hommes; suivez-moi au milieu des soufflets et des coups, en prison, à la mort. L'un de vous sera attaché à une croix, un autre plongé dans l'huile bouillante, un troisième écorché vif, un quatrième scié en deux ; suivez-moi tous ainsi à une mort atroce et ignominieuse ! »

Si Jésus leur avait révélé ce sens de son appel, n'auraient-ils pas tous reculé de frayeur, et n'auraient-ils pas refusé l'honneur d'un Apostolat si chèrement payé? Mais le bon Maître ne leur découvrit pas tout entière la portée de son invitation ; il leur en développa peu à peu seulement les conséquences dans ses discours et ses exemples, jusqu'au jour où leur amour pour lui fut si fort que ni la faim, ni la nudité, ni la mort, ni rien de ce monde ne pût les détacher de sa personne.

Ainsi agit-il avec nous. Il nous invite à le suivre sans condition, et il se contente du don complet de nos cœurs. Le temps nous découvre ses desseins, à notre égard, soit par la joie, soit par la douleur, soit par le succès, soit par la calomnie et la persécution. Ne nous inquiétons donc pas, avec une anxiété curieuse, de notre avenir ; confions-le au cœur de Dieu ; soyons entre ses mains comme une argile qu'il façonnera en vases d'honneur ou en

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