‹ Méditations sur l'évangileChapitre 35 sur 64 · LA MULTIPLICATION DES PAINS · texte numérisé non relu

LA MULTIPLICATION DES PAINS

donnèrent une preuve si frappante de fidélité et d'admiration; ce furent des multitudes.de tous rangs se chiffrant par milliers, parmi lesquelles il y avait jusqu'à des femmes et des enfants. A une telle marque de docilité de la part de ces gens prêts à le suivre partout où il voudrait, le Sauveur ne pouvait que répondre par un gage extraordinaire de sa puissance et de sa bonté. « Cherchez d'abord le royaume de Dieu, et sa justice, avait-il dit à ses disciples, et le reste vous sera donné par surcroît ^ » Us avaient cherché ce royaume auprès de lui, le vrai souverain; ils avaient cherché la justice dans ses paroles, qui étaient l'enseignement du docteur infaillible ; et ils avaient cherché tout cela avec une ardeur qui les rendait insensibles aux souffrances du corps et aux défaillances de la nature. Us avaient donc le droit de réclamer l'accomplissement de ses promesses, en recevant de lui des faveurs temporelles. Ils s'étaient totalement abandonnés à la Providence divine ; ils avaient le droit de compter sur cette Providence pour leurs besoins. Ils avaient eu faim et soif de la justice; il était dans l'ordre qu'ils reçussent en outre les biens terrestres.

I Quxrite primum regnum Dei et justitiam ejns.ethcec omnia ad/icientur xobis. S. Luc, XII, 31.

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Jésus ne voulut pas tromper leur attente ; son cœur avait ressenti, avant eux, leurs désirs, et sans attendre leur demande, il dit à ses disciples : «J'ai pitié de cette foule. Misereor super turbam ^ »

Dans une autre occasion semblable, il s'était adressé à Philippe et lui avait dit : « Où achèteronsnous du pain, pour que tout ce monde puisse manger^?» Mais il ne lui parlait de la sorte que pour l'éprouver, car il savait bien ce qu'il allait faire.

Dans les deux circonstances, il procède de la même manière. Il distribue du pain et quelques poissons à la foule, et rassasie de la sorte, la première fois, quatre mille hommes sans compter les femmes et les enfants avec sept pains et cinq poissons; la seconde fois, cinq mille personnes avec cinq pains et deux poissons.

Quel trait de bonté, autant que de puissance, dans cette conduite du Sauveur, et qu'il y a ici pour nous à imiter! Hélas! pouvons-nous espérer avoir souvent de telles multitudes qui nous demandent de leur rompre le pain de vie? Les trouvons-nous suspendues à nos lèvres, oublieuses de leurs soucis terrestres, et nous-mêmes sommesnous indifférents à nos intérêts temporels, et

1 s. Marc, viii, 2.

2 Undè ememus panes, lit manducent hil S. Jean., vi, 5.

LA MULTIPLICATION DES PAINS las

consacrons-nous aux âmes tout notre temps? Sommes-nous inquiets de leurs besoins, spirituels et corporels, et leur venons-nous en aide selon les moyens que la Providence nous a départis? Ah! puissions-nous souvent nous écrier avec Jésus : " J'ai pitié de cette foule ! Misereor super ttirbam. »

J'ai pitié de cette multitude qui languit dans le désert aride d'une fausse religion qui ne peut apporter aucun soulagement, aucun rafraîchissement à leurs âmes désolées, en quête des gras pâturages, des jardins fertiles de la vraie Eglise, où ils entreraient s'ils avaient quelqu'un pour les y conduire!

J'ai pitié de tous ceux-là qui se sont égarés dans le désert du péché, qui seraient heureux de revenir près de leur bon Pasteur, si quelqu'un leur montrait le chemin qui les ramènerait !

Que cette pitié ne soit pas une pitié stérile; mais quelle se traduise en actes, et qu'elle réalise ses généreux désirs !

Ce miracle, deux fois reproduit, nous semble très grand, parce que nous n'avons pas l'habitude de méditer sur les œuvres de Dieu.

Si nous réfléchissions, nous verrions que ce prodige, si beau qu'il soit, ne dépasse pas en merveille ce que la Providence divine accomplit sans cesse pour nous et pour tous les êtres créés. Qui donc de la semence si petite fait sortir la moisson abondante qui réjouit la plaine? L'homme, sans doute, peut semer et arroser, mais c'est Dieu seul qui fait germer et croître la semence. Qui donc fait s'épanouir le grain imperceptible en ces plantes couvertes de feuilles et de fleurs, plus belles que Salomon dans toute sa gloire, sinon le même Dieu qui, au désert, multiplia les pains et les poissons au point de nourrir plusieurs milliers d'hommes? Et qu'étaient ces quelques milliers d'hommes, comparés aux millions d'êtres que chaque jour il nourrit, par l'intermédiaire de la nature féconde? Ne nous a-t-il pas nourris, chacun de nous, depuis notre enfance avec un soin particulier, sans aucune préoccupation, sans aucun souci de notre part. 11 a béni l'industrie des uns, afin que nous puissions en récolter les fruits; il a soutenu le travail des autres, afin que nous y puisions la satisfaction de nos besoins et de nos cofnmodités.

Quant à nous qui sommes, comme la foule juive, à l'écart du monde et de ses troubles, et qui nous livrons à l'étude de la parole de Dieu, ne goûtonsnous pas^ dans sa plénitude la réalisation des

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