‹ Méditations sur l'évangileChapitre 44 sur 64 · LES HUIT BÉATITUDES · texte numérisé non relu

LES HUIT BÉATITUDES

Tout ce qu'avaient pu trouver de mieux les philosophes païens par rapport à la patience, c'était renseignement d'une certaine modération ou d'une certaine indifférence devant les mépris et les mauvais traitements. Et encore, ils alliaient à ces sentiments un orgueil hautain, qui les portait à mépriser les efforts de leurs persécuteurs et. de leurs ennemis. Même chez l'élite de ces hommes, on né comprenait que bien peu la doctrine du pardon. Dans une certaine mesure, les Juifs pouvaient s'autoriser de l'exemple de leurs concitoyens les plus distingués, pour se révolter contre l'enseignement de Jésus. Moïse, le plus doux des hommes, s'était vengé de ceux qui résistaient à son autorité, sans en excepter sa propre sœur. David souhaitait souvent que ses ennemis ressentissent au septuple le mal qu'ils lui avaient fait. Jérémie, le prophète le plus persécuté, demandait à Dieu de frapper ceux qui en voulaient à sa vie.

Combien extraordinaire, combien inconcevable, alors, dut paraître à ces Juifs la doctrine qui leur commandait de pardonner toute injure, et de ne garder aucun ressentiment.

A cela ne se bornait pas l'enseignement du Sauveur.

Il allait jusqu'à nous ordonner de « faire du bien à ceux qui nous persécutent, et de prier pour cqux

qui nous haïssent et qui nous calomnient ' 2>. Ce n'est pas seulement le pardon; c'est le bien rendu pour le mal. Ce n'est pas seulement l'oubli des ennemis, ce qui aurait déjà pu sembler suffisamment difficile à la chair et au sang; c'est la prière, c'est la demande de grâces pour ses ennemis.

A nous, qui avons devant nous l'exemple de Jésus et de ses saints, cela peut ne pas nous paraître aussi dur, quoique la pratique en soit bien rare; mais que pensèrent ceux qui n'avaient jamais vu pratiquer pareille chose, même de la part des plus parfaits. Comme cela dut leur sembler impraticable, impossible!

Mais aussi, pour le petit nombre qui entendit cette parole, et la reçut dans un cœur bien préparé, comme ce nouveau code dut leur paraître sublime, digne du Messie, digne de Dieu ! Quelle différence avec les doctrines versatiles des Pharisiens, avec le labyrinthe inextricable des prescriptions des docteurs de la loi, qui, sous prétexte d'expliquer la loi, la rendaient nulle et vaine. Jésus, sans prendre garde aux suites que cela pourrait avoir pour sa cause, promulgue son code, en complète contradiction avec les doctrines favorites de ces hommes, et condamnt ces derniers d'une façon toute spéciale.

I s. Math., V, 44.

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