LES HUIT BÉATITUDES I
La simplicité unie à la majesté de ces maximes communique une sorte de noblesse et de sublimité à ce que le monde abhorre, déteste, condamne le plus ; il y est dit que la pauvreté, la souffrance, la douceur, les larmes, doivent être désirées, comme les sources du véritable bonheur. Est-ce que la terre aurait jamais pu trouver de telles doctrines, en opposition avec ses principes les plus chers? En vérité, celui qui le premier les a enseignées, en déclarant qu'il les apportait du ciel, était bien tel qu'il se proclamait, Dieu.
Remarquons aussi, combien les sanctions et les récompenses promises, pour l'observance de ces préceptes nouveaux, étaient différentes de ce que le monde et les auditeurs de Jésus pouvaient attendre.
Aux observateurs fidèles de l'ancienne loi étaient promis le triomphe sur les ennemis, une longue vie, des richesses abondantes, de grasses moissons, la fécondité de leurs troupeaux. Ils pensaient que, sous le règne du Messie, ils auraient des récompenses de bien plus haute valeur, sans doute, mais encore de l'ordre temporel : des royaumes et des fortunes à se partager. Quel désappointement.
quand ils entendent parler de récompenses telles que la consolation dans les afflictions, la miséri* corde en retour de la pitié, la vue de Dieu pour les cœurs purs, le royaume du Ciel pour les pauvres d'esprit ! Quel triste prix cela dut sembler à ces esprits charnels, incapables d'apprécier les choses surnaturelles et invisibles, contre tant de peines et l'observance de maximes si austères! Mais aussi quelle noble indépendance à l'égard des préjugés humains, quelle supériorité sur tous les procédés ordinaires dans l'établissement de nouvelles religions et de nouvelles législations, éclatent dans le seul énoncé de ces récompenses, infiniment au-dessus de ce que l'homme peut promettre, et toutefois si peu faites pour attirer les adeptes, que gagnent habituellement la nouveauté, la mode ou tout autre motif plus ou moins élevé.
Voilà bien l'incomparable prérogative de la religion chrétienne : faire comprendre à l'homme les choses du monde invisible, et lui permettre d'atteindre les biens surnaturels et infinis ; lui donner part aux trésors spirituels, et le constituer héritier d'un royaume qui ne lui appartient pas; l'élever au-dessus des attaches ordinaires des biens matériels, et lui assigner un but et des visées supérieurs à la nature et à la terre.
C'est ce que fit, pour la première fois, le Sauveur, sur la Montagne, en nous donnant,
LES HUIT BÉATITUDES isjtj
comme base de sa morale, l'enseignement de ses huit béatitudes.
^ffcctîonA et Hèàolutîonô
« Que les pensées et les conseils de Dieu dépassent les pensées des hommes! Que les sentiments humains, même les plus nobles, sont peu de choses à la lumière des enseignements du divin Maitre ! Il prend ce qui est le plus dédaigné, le plus méprisé, et, triomphant de la faiblesse de notre nature, il en fait ce .qu'il y a de plus noble, de plus saint, de plus sublime.
Mais nous, qui nous appelons ses disciples, qui professons l'admiration de sa doctrine, hélas! bien loin d'estimer ces choses, nous parlons, nous agissons, et peut-être nous pensons, comme ces Juifs charnels, qui ne comprenaient pas Jésus!
Oh! non, mon Dieu, je veux révérer, aimer, pratiquer, tout ce que vous m'avez appris par les lèvres de votre Verbe incarné. Accordez-moi votre grâce, pour atteindre à la perfection qui m'a été marquée. Donnez-moi d'annoncer sans crainte ni découragement ces mêmes doctrines dans leur intégrité, exhortant les hommes à être doux et à pardonner, à aimer la souffrance, la pauvreté, la pureté, à avoir faim de justice.
Mais apprenez-moi, d'abord, à pratiquer moimême ces vertus, afm que je puisse prêcher par l'exemple autant que par la parole. »
pARABOLE DU PHARISIEN ET DU PUBLICAIN
Sj^remier ^cint
IRRÊTONS-NOUS à cette belle parabole, destinée par le Sauveur à certains hommes qui s'estimaient comme des justes, et méprisaient les autres. Il nous raconte l'histoire de deux hommes qui montèrent en même temps, au temple pour prier. Examinons-les, l'un après l'autre.
Le premier est un Pharisien. Il appartient à cette classe de gens qui affichaient une piété et
1 ^8 VINGT-TROISIKME MÉDITATION
une vertu extraordinaires. Voyons-le s'avancer vers le temple : ses traits sont tirés par ses jeûnes prolongés; il porte des phylactères bien plus grands que ceux des autres; il tient la tête haute, les yeux arrogants et autoritaires, heureux de l'admiration des passants. Tandis qu'il traverse la place, le monde se dérange, et le regarde avec respect comme un personnage privilégié. Les gens seraient bien heureux s'il daignait prendre intérêt à leurs pétitions: il aurait certainement gain de cause.... Il pénètre dans le temple avec l'air d'un homme qui entre chez lui, comme un ministre dans le palais, comme un favori dans les appartements du roi, tout à son aise et avec une assurance que les autres envient. Comme on le considère avec vénération, tandis que, élevant les bras et tournant les yeux vers le ciel il commence sa prière ! Elle est courte, mais dite d'un tonplein de satisfaction et de suffisance. Peut-être que tous né comprirent pas son geste, quand, vers la fin, il se tourna, avec une expression de mépris, vers un pauvre inconnu; sans doute, ce devait être un grand pécheur, indigne de prier au même endroit qu'un si saint homme que lui ; et son indignation n'avait pu se contenir devant cette intrusion. Et puis, gravement, il se détourne et part au milieu des murmures flatteurs de la foule. Pourquoi donc était-il venu au Temple?, Pour quelle prière? « Mon