LA PERFECTION DE JÉSUS
inférieur. J'imiterais plus facilement, me semblet-il, son silence au milieu de sa Passion, que l'ardeur de quelques-uns des martyrs courant aux supplices. Et il en est de même de ses autres vertus. Elles paraissent toutes praticables, parce qu'elles ne sont jamais inopportunes ; et nous pouvons facilement les imiter, parce que nous en distinguons toujours les principes.
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Disons de tout notre cœur à notre bon Sauveur : « O bon Jésus, comment vous remercierai-je jamais assez de votre condescendance sans bornes pour moi pauvre pécheur, quand je vous vois vous dépouiller de la gloire même de vos vertus à cause de moi ? Vous avez abaissé votre perfection pour la mettre au niveau de mon intelligence et à la portée de mes forces. Vous avez bien voulu délaisser les pratiques plus sublimes de la perfection, pour m'offrir des exemples plus pratiques et plus imitables. Vous vous êtes abaissé plus bas même que ne le demandait notre humanité, afin d'être mon modèle. Soyez à jamais béni de votre bonté !
Puisque vous vous êtes humilié à ce point pour mon enseignement, il n'est que juste que j'essaie
d'en profiter. Je veux le faire, ô Jésus, de toute mon âme, tant que je vivrai. Je ne vous demande qu'une chose, d'atteindre, le plus près possible, votre perfection, avec une vertu aussi modeste, aussi prudente, aussi opportune que la vôtre. Faites que je ne recherche jamais l'approbation des hommes, et que les hommes ne me considèrent pas. Je ne veux être vertueux que pour vous seul, parfait que pour vous seul. Qu'aux yeux du monde je ne paraisse que comme l'un de ceux qui tendent simplement au salut, tandis qu'à vos yeux j'avance à grands pas vers la perfection. Votre Père céleste, qui voit dans le secret, me donnera un jour ma récompense.»
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ÉFLÉCHISSONS aux motifs qui| ont déterminé Jésus-Christ à prendre notre condition et à se revêtir de notre chair misérable.
Le premier motif, c'est que, par là, il pouvait nous racheter, et faire servir à notre glorification ce* qui avait été l'instrument de notre chute et de notre perdition. Mais il y avait encore un autre motif, inspiré par l'amour. Il souffrit, il est vrai,
2l6 TRENTE-UNIÈME MÉDITATION
afin de nous sauver ; mais aussi afin de nous laisser un exemple. C'est pourquoi il voulut que l'Evangile rapportât des détails de sa vie, insignifiants, semble-t-il, en face de l'importance de son ministère. Ainsi nous le voyons enfant d'abord, puis adolescent, nous offrant toujours un modèle à imiter. Il nous est présenté, ensuite, comme homme dans toutes les relations ordinaires de la vie. Nous pouvons l'examiner et au milieu de ses amis, et au milieu de ses ennemis ; instruisant les ignorants, et réfutant les superbes ; conversant en particulier avec les chercheurs sincères de la vérité, et confondant publiquement les questionneurs hypocrites ; accueillant les pécheurs, et guidant vers la perfection les âmes d'élite.
Il nous est montré sous le toit paternel, puis errant sans une place où reposer sa tête ; tantôt enseignant dans le Temple, tantôt assis à la table du publicain ; sur les places publiques, et dans la maison du pharisien ; en voyage, et à Jérusalem. Toujours et partout, il nous présente le modèle parfait de ce que nous devrions être.
Ah ! que ma vie serait sainte, si, en toutes circonstances, je me demandais comment Jésus aurait agi à ma place, dans une occasion semblable ; si je modelais ma conduite d'après un si parfait modèle ! Et qui m'empêche d'agir ainsi, désormais ? Quand je doute, pourquoi ne pas toujours me