‹ Méditations sur l'évangileChapitre 56 sur 64 · PARABOLE DU BON PASTEUR · texte numérisé non relu

PARABOLE DU BON PASTEUR

leurs mains une grande part de son œuvre. Cest par eux, s'ils s'appliquent avec zèle et ferveur, que les brebis prédestinées par Dieu seront conduites au bercail. Comment pourront-ils réussir dans leur mission? En imitant exactement la méthode et les procédés du Sauveur, et en prenant ses actions comme commentaires de ses leçons. Ils ne doivent pas attendre que la brebis égarée revienne d'elle-même au troupeau; mais ils doivent se mettre à sa recherche. Nulle fatigue, nulle opposition ne doit les rebuter; il leur faut être prêts à supporter tous les inconvénients et toutes les souffrances personnelles pour retrouver la brebis perdue. Alors, ils peuvent se réjouir avec leurs frères et leurs amis. Ils sont, comme Tobie disait à son épouse, les enfants des saints et des martyrs. Si Dieu leur épargne les persécutions, qu'ils ne se relâchent pas pour cela. Que leur zèle reconnaissant redouble, et se dépense dans toutes les entreprises de l'apostolat. Qu'ils se fassent tout à tous, afin de les gagner tous à Jésus-Christ, et poar qu'au soir de leur journée de fatigues, ils puissent se présenter avec le doux fardeau d'une brebis ramenée au bercail.

WfcotionA et MéôolutionA

« O divin Jésus, soyez toujours pour nous ce fidèle pasteur de la maison de David, que Dieu a promis, par la bouche de son prophète, comme la plus grande bénédiction du ciel.

Conduisez-nous dans toutes nos voies; marchez devant nous, et rendez-nous obéissants à votre appel. Protégez-nous contre tous nos ennemis. Menez-nous chaque jour vers de frais et gras pâturages, où nous puissions nous nourrir sous vos yeux. Ecartez de notre chemin toute chose nuisible, toute herbe mauvaise. Montrez-nous les sources de la vie éternelle, pour nous y rafraîchir et nous y abreuver de vos délices.

Attirez chaque jour de nouveaux frères qui ne vous connaissent pas; augmentez votre bercail jusqu'à ce qu'il s'étende partout, et couvre toute la terre d'un troupeau unique, chantant dans la jubilation : « Nous sommes son peuple, et les brebis de son troupeau ' ! »

I Ps., xcix, 3.

pARABOLE DU BON ^AMARITAIN

Ircmicr Soint

^S^RRÊTONS-NOUS aux magnifiques ^^^^^^ leçons de charité pratique que contient ^:^1<S^ cette parabole, une des plus touchantes et des plus intéressantes de notre divin Sauveur. Un Juif se rendant de Jérusalem à Jéricho tombe entre les mains de malfaiteurs, qui non seulement le dépouillent de tout ce qu'il a, mais le couvrent de blessures et le laissent pour mort sur le bord du chemin. Quelle triste état est le sien! Loin de

toute habitation, en un endroit où passe peu de monde, réduit à la dernière indigence, et baigné dans son sang! Les heures s'écoulent; il s'affaiblit de plus en plus, et tout espoir commence à s'évanouir pour lui... Mais voilà que le son d'un pas éloigné, qui se rapproche, arrive à ses oreilles. Quelle lueur de consolation à la pensée de ce secours et de cette pitié près de lui! Dans un effort désespéré, il se soulève... Celui qui passe est un prêtre, un ministre de Dieu, dont l'office est de prêcher la compassion et la charité envers les malheureux... Il est sûr, maintenant, d'être soigné, car un tel homme ne lui refusera pas son aide. Le prêtre approche, jette sur lui un regard de pitié, esquisse un geste de regret de ne pouvoir apporter aucun soulagement en réponse aux supplications du pauvre blessé, et poursuit son chemin...

Quelle amertume plus triste, quel abattement plus désespéré dans sa situation et son abandon ! Mais quelqu'un approche de nouveau; une fois encore, il se soulève de terre, où il gisait presque inanimé, et distingue à son costume, dans le passant, un lévite. Son espoir se réveille : peut-être le prêtre de tout à l'heure était-il un trop grand personnage, d'une dignité trop élevée, pour l'assister; ce lévite, selon les bons sentiments enseignés par sa profession sainte, aura plus de

condescendance et plus d'humilité. Des yeux l'infortuné le salue et lui adresse ses prières. Une fois de plus, il n'aboutit qu'à un amer désappointement ; le ministre subalterne du sanctuaire passe son chemin...

Peut-être ces deux passants raisonnaient-ils comme beaucoup, qui pensent se justifier par des prétextes. Ils se disaient peut-être que c'était là un passage dangereux ; que les assassins de ce malheureux rôdaient peut-être aux environs ; qu'il leur fallait songer d'abord à leur propre salut. Et puis, comment pourraient-ils le secourir? Comment le porter, panser ses plaies? Ils avaient leurs pauvres à Jérusalem, et leurs charges étaient lourdes, que pouvaient-ils pour les gens rencontrés sur les routes, et qu'ils ne connaissaient pas?...

Ils oubliaient qu'il y a des cas urgents où la charité a des devoirs supérieurs à tout autre sentiment.

Les ayant vus partir, le voyageur inerte attend la mort. Désespéré par ces déceptions successives, c'est à peine s'il tourne la tête à l'approche d'un cavalier. Sa vue, loin de l'encourager, l'enfonce, au contraire dans son désespoir, car c'est un Samaritain qui passe. Cet ennemi de sa race va rassasier sa haine du spectacle de ses blessures et de ses gémissements... Il va passer avec arrogance sur son coursier, lui disant peut-être de mourir

comme il le mérite !... Il lui montrera avec dérision les deux premiers voyageurs, qui l'ont précédé, et blasphémera leur religion !... Mieux vaut pour lui mourir!

Mais que fait donc ce voyageur ? Est-ce possible ? En approchant, il a aperçu le blessé ; il s'arrête, et au lieu d'un regard de dédain, il le considère avec bonté et compassion, et met pied à terre. Il examine ses blessures avec soin, en silence. Il n'a pas sur lui de remèdes ; mais la charité est ingénieuse. Il se sert du vin, qu'il a pris en provision, pour laver le sang coagulé de ses plaies ; il a de l'huile, et il en met sur ses blessures ; il déchire son propre linge pour bander ses plaies, une à une, et le mettant sur son cheval, tandis qu'il va à pied, il le conduit à la plus proche hôtellerie.

Imaginons-nous, pendanttout ce temps, l'étonnement, la gratitude, la joie de ce pauvre malheureux en se voyant si bien et si charitablement secouru du côté où il l'attendait le moins. Avec quelle chaleur il remercie son bienfaiteur compatissant, et se reproche les soupçons, les préjugés qu'il avait d'abord nourris contre un si bon et si délicat ami !...

Le Samaritain ne l'abandonne pas encore. Il laisse une somme suffisante pour subvenir à ses besoins durant son absence, et il promet à son retour de rembourser tout ce qui sera nécessaire. Ainsi sa charité fut complète.

kuifièmc Scint

Le Sauveur ne nous a pas proposé ce récit seulement comme un objet d'admiration, mais aussi comme un exemple à imiter. Après avoir fait comprendre à celui qui l'interrogeait que ce Samaritain était le vrai prochain du voyageur blessé, il conclut en lui disant : « Allez, et faites de même * ; » c'est-à-dire, faire pour un Samaritain, ce que ce Samaritain a fait pour un membre de notre religion.

Par ces mots, Jésus nous enseigne admirablement le caractère absolu de la charité, qui ne doit être limitée par aucune des nombreuses restrictions qui président aux relations des hommes entre eux. Il y a des circonstances où aucune considération de parti ni de croyance ne doit arrêter l'impulsion naturelle qui nous porte à secourir celui qui souffre ou se trouve dans le besoin. Bien loin de là, nous devrions nous appliquer à libérer notre charité de toutes ces considérations mesquines, afin de ne la soumettre à aucune partialité, à aucun sentiment étroit et inférieur, mais d'en faire l'expression de cette haute et sublime vertu

I s. Luc, X, 37.

enseignée par Jésus-Christ. Rien ne touchera plus le cœur de ceux qui ne partagent pas notre foi, et ne les gagnera à notre foi, que de voir vraiment et sincèrement pratiquée à leur endroit la charité. Leurs prêtres et leurs lévites, peut-être, auront passé près d'eux sans les aider, et sans les consoler; mais s'ils nous voient, nous que jusqu'alors ils n'avaient guère regardés que comme des Samaritains, les aborder et essayer d'adoucir leurs souffrances et leurs peines, les préjugés qui glaçaient et endurcissaient leur cœur se dissiperont ; des sentiments meilleurs et sympathiques naîtront en eux, qui, un jour, se changeront en un fervent amour de Jésus-Christ.

Hélas ! il ne nous manque pas d'occasions, au sens spirituel, d'exercer l'office du bon Samaritain envers tant de gens qui sont sur la route de Jéricho, qui tournent le dos à la sainte cité, qui sont tombés entre les mains des malfaiteurs, et gisent abandonnés à leur malheureux sort, si personne ne vient les secourir. Leurs vices et leurs passions ont blessé leur âme à mort ; ils sont dépouillés de tous les biens spirituels, dans l'ignorance de Dieu, dans la privation de ses sacrements négligés, dans l'oubli de sa foi depuis longtemps délaissée, de son amour qui a déserté leur cœur. Ah ! que nos cœurs s'ouvrent assez larges pour les embrasser tous dans une profonde charité ! Arrêtons-nous souvent

pour les assister dans leur misère ; penchons-nous sur eux avec patience et avec compassion pour bander leurs plaies, les pansant avec le baume préparé dans le sang de Jésus-Christ, avec le vin du calice sacré de sa Passion. Le sanctuaire de la grâce divine est ouvert pour les recevoir, si seulement nous les y portons, comme des brebis perdues, sur notre épaule, si nous les menons à l'hôtellerie, c'est-à-dire, à l'Eglise de Dieu, qui achèvera leur guérison, qui les fortifiera avec la nourriture surnaturelle dont elle a le dépôt, qui les réconfortera de façon qu'ils puissent continuer leur voyage jusqu'au repos éternel.

Quel bonheur pour nous, si, un jour, nous recevons les actions de grâces de ces âmes que nous aurons ainsi secourues et soulagées !

^ffcctîonA et péôolutionô

« Je n'oublie pas, .ô bon Maître, que' vous êtes le vrai bon Samaritain. Quel était ce malheureux blessé sur le bord de la route, sinon l'homme tombé ? Il commençait son voyage au paradis terrestre, orné de la grâce, comblé de tous les dons du Père céleste ; hélas ! à peine avait-il marché, avant même d'être arrivé au seuil de sa première demeure, qu'il fut traîtreusement assailli, dépouillé, mutilé, meurtri. Alors les ministres de

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votre ancienne Loi passèrent à côté de lui ; puis vous vîntes du Ciel, apportant un baume salutaire pour ses blessures. Vous vous penchâtes sur lui pour adoucir ses souffrances, et les guérir. Il fut sauvé par vos propres blessures.

Ce que vous fîtes ainsi pour toute l'humanité, ô Jésus, que de fois vous l'avez recommencé pour moi individuellement ! Que de fois m'avez-vous rencontré défaillant par le péché, incapable par moi-même de me relever, sur le bord, peut-être, d'un abîme, où j'aurais péri pour toujours! Vous vous êtes approché ; vous m'avez murmuré quelques bonnes paroles ; vous avez relevé mon courage ; vous étiez disposé à me prendre et à me ramener à votre demeure. Mais, hélas ! je me suis détourné; je n'osais pas vous regarder; je vous parlais comme à un étranger, comme si vous aviez été pour moi un Samaritain; j'étais bouleversé de ma conduite ingrate envers vous si bon et si tendre. Mais vous avez persévéré dans votre œuvre d'amour; vous m'avez prêté votre main pour me relever; vous avez guéri mes plaies et vous m'avez conduit dans un endroit où je puisse me reposer, où je puisse vous bénir et vous louer avec un amour sans partage, de toute mon âme, avec un cœur qui ne veut point d'autre occupation, pendant l'éternité, que de vous témoigner sa gratitude pour votre charité infinie. »

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La perfection de Jé^u^

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;I quelqu'un avait été chargé de tracer le portrait de Jésus-Christ fait homme, dans son intimité, il est probable qu'il se serait mépris sur le caractère des vertus qu'il lui aurait attribuées, comme les Juifs se méprirent sur le caractère de son rôle public.

Nous nous serions représenté quelqu'un de merveilleux, d'éblouissant. Nous aurions imaginé Jésus tellement perdu dans les sublimités de la

contemplation, que nous n'aurions pas même supposé qu'il pût descendre jusqu'à s'occuper de choses terrestres; tellement élevé sur les cimes de la sainteté, qu'il ne pût être abordé qu'avec crainte et tremblement par ceux qui l'approchaient. Nous l'aurions fait s'avancer dans la vie avec une supériorité de perfection et une magnificence de vertus si extraordinaires que personne n'aurait jamais osé le prendre pour modèle.

Si Jésus avait été ainsi, observateur rigide de la Loi, sévère dans ses jeûnes et ses autres mortifications, il ne nous serait apparu que comme le premier parmi les Scribes et les Pharisiens, orné d'une grande perfection aux yeux du peuple Juif; mais non comme le saint des saints, et le plus parfait de tous les êtres possibles. Pourtant c'est ce qu'il est aux yeux de tous ceux qui étudient avec amour et avec soin sa perfection. Nous sommes vraiment étonnés de son affabilité, quand nous lisons que des pécheurs, après sa conversion, comme Zachée et saint Matthieu, osent l'inviter à leur table. Ce petit trait seul nous montre que si Jésus pouvait, par sa puissance transcendante, faire trembler les prévaricateurs et les amener au repentir, ceux-ci, to.utefois, ne perdaient rien de leur affection pour lui, même en faisant le sacrifice exigé de leurs biens mal acquis. Leur admiration ne pouvait en rien être amoindrie par leur familiarité à son égard.

LA PERFECTION DE JESUS ill

La grande beauté de la perfection du Sauveur réside dans son admirable adaptation au temps et aux personnes. Il n'y avait aucune rigidité inflexible qui le gouvernât; aucune exagération qui prédominât et réduisît ses autres vertus à un rôle inférieur. Ses vertus étaient toujours à la hauteur des circonstances, aussi parfaites les unes que les autres. En méditant chacun des actes du Sauveur, on se convaincra toujours qu'il ne pouvait pas mieux agir qu'il n'a fait. Ses alternatives de zèle et de douceur, de sévérité et de bonté, de prières et de conversations, sont éminemment parfaites. Il est tout autant Fils de Dieu dans la maison du Pharisien ou du Publicain, que sur le Thabor ou devant le tombeau de Lazare.

Et c'est en cela qu'il se distingue de ses saints et de tous les autres hommes. A ceux-ci il a départi ses dons, de manière que nous puissions mieux contempler en eux séparément ce qui se trouve réuni en lui. Ainsi il a donné à saint Thomas de Villeneuve un remarquable amour de la pauvreté, à saint François de Sales une exquise douceur, à saint Jean de la Croix une ardeur extraordinaire pour les souffrances, à saint Philippe de Néri une gaîté et une bonté attirantes. Mais en lui-même, aucune de ces vertus, bien que portées à un degré de perfection qui fasse paraître celles de ses saints

TRENTIKME MEDITATION

d'imparfaites copies, ne prédomine au détriment d'une autre. Telle était la perfection de notre Sauveur, formée de mille teintes variées, qui s'harmonisaient dans la plus délicieuse unité.

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Si la perfection du Sauveur ne peut être égalée, du moins elle est imitable. Nous pouvons l'étudier dans ses détails, sans en être éblouis, et nous pouvons la prendre comme modèle de notre conduite.

Jésus n'a pas pratiqué des actes de vertu pour ces actes en eux-mêmes, mais parce que le temps et les circonstances lui demandaient d'agir comme il faisait. Nous connaissons ainsi ses mobiles, et nous pouvons recueillirtoute une série de principes pour nous guider dans des occasions analogues ; principes qui ne nous égareront jamais dans leur application. Le Sauveur nous est un modèle vivant ; non pas un simple idéal de perfection, mais une réalité que nous pouvons, dans une certaine mesure, reproduire avec espérance de succès. C'est un fait remarquable, en effet, que les vertus les plus sublimes semblent plus imitables en Jésus qu'en aucun de ses serviteurs, qui ne les ont, pourtant, pratiquées qu'à un degré bien

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