JÉSUS NOTRE MODÈLE
On peut les diviser en deux catégories : ses miracles proprement dits, qui dépassent la puissance humaine ; et ses autres actions portées à un degré, pour ainsi dire miraculeux de perfection.
Le divin Sauveur guérit les malades et les boiteux, rendit la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la santé aux lépreux, et ressuscita des morts. Evidemment, toutes ces œuvres ne laissent aucune place à l'imitation. Mais que de leçons dans la manière dont elles furent accomplies !
D'abord, elles avaient toujours le bien de quelqu'un pour objet; Jésus ne fit jamais de miracles inutilement. Il passa en faisant le bien, c'est-à-dire, que pouvant sans effort, par une simple parole, par une seule pensée, opérer des prodiges plus grands même que ceux qu'il faisait, il ménagea cependant sa puissance avec prudence de façon à ce qu'elle ne se déployât qu'avec mesure et sagesse. Ce qu'il se proposait avant tout, dans l'exercice de son pouvoir, c'était de donner des preuves de sa charité et de sa bonté. Quelle excellente règle pour nous, pour l'emploi des modestes qualités, talents, dons que la Providence nous a départis. L'un possède de la mémoire, un autre une vive intelligence, un troisième le don de la parole. Chacun, d'après l'exemple du Sauveur, doit consacrer ses facultés au bien et au devoir,
spécialement au devoir le plus saint de tous, qui est l'édification et l'avantage spirituel du prochain. Hélas! à l'opposé de notre divin modèle, comme nous gaspillons et comme nous dissipons avec légèreté ces quelques dons que Dieu nous a accordés pour notre bien et le bien des autres !
Notre Sauveur, encore, eut toujours soin d'opérer ses prodiges merveilleux sans violer les prescriptions de la loi. Il ne se regardait pas comme exempté de ses préceptes, malgré qu'il fût placé bien au-dessus. 11 envoya les lépreux aux prêtres, pour se faire examiner et déclarer guéris par eux, bien que son pouvoir lui permît de s'affranchir de cette loi. 11 aurait pu chasser les démons selon son bon plaisir; mais il voulut nous donner l'exemple du jeûne et de la prière en s'y soumettant pour ces circonstances. De même, à la résurrection de Lazare, il voulut subordonner sa puissance à la prière, afm de nous en donner le goût et l'amour. Il nous apprend ainsi à nous soumettre toujours à la loi, si grands et supérieurs aux autres que nous puissions nous trouver, par notre situation ou nos capacités.
Avec quelle humilité, quelle modestie, notre Sauveur opéra-t-il ses splendides miracles ! Il recommandait à ceux qu'il guérissait de ne le dire à personne ; il ordonnait à ses Apôtres de ne point parler de sa Transfiguration, jusqu'à ce qu'il fût
JÉSUS KOTRE MODÈLE 223
ressuscité d'entre les morts. Il attribuait ses prodiges à son Père, afin de détourner la gloire qui en rejaillissait sur sa personne. Voilà, certes, d'importantes leçons pratiques à recueillir de ces actes du Sauveur, qui sont au-dessus de toute imitation.
Voyons ces autres actions de Jésus, qui, sans être miraculeuses, tiennent cependant du miracle. Tel, son jeûne de quarante jours ; telles, sa ferveur dans la prière, la profondeur de son humilité, de sa patience, et de ses autres vertus. Ce sont là des actions que nous devons imiter, et qu'il ne nous suffit pas, comme pour les autres, de considérer seulement dans leurs motifs et dans leurs circonstances. Il était juste que Dieu nous donnât pour les devoirs qui viennent d'être indiqués, un modèle qui dépasse notre pouvoir. La religion aurait été bien pauvre, dont le maître aurait pu être égalé par les disciples ! Nous pouvons nous appliquer, toute notre vie et sans interruption à reproduire notre divin modèle : à chaque étape de notre perfection, nous nous trouverons toujours aussi éloignés du but qu'au commencement. Une âme généreuse est ainsi sans cesse ex-citée à
monter plus haut, et à s'approcher le plus près possible du divin Maître.
Si nous examinons en particulier chacune de ces vertus, nous verrons comment, en les pratiquant, Jésus-Christ s'est fait le parfait modèle de notre conduite. Nous ne pouvons, sans doute, jeûner quarante jours sans prendre de nourriture ; mais le jeûne du Sauveur nous montre que les nôtres doivent être persévérants, qu'ils doivent être joints à l'éloignement du monde, qu'ils sont, non un préservatif assuré, mais une sauvegarde puissante contre la tentation.
Nous ne pouvons être en prière, des nuits entières, sans relâche ; mais nous pouvons apprendre, de l'exemple de Jésus, la valeur et l'importance delà prière, et nous pouvons conclure combien elle doit être fervente, prolongée, et faite dans le silence et la solitude.
Nous en pouvons dire autant de la patience inimitable, de l'humilité de notre divin Rédempteur. Il n'aurait pu que difficilement pratiquer l'humilité, s'il n'avait revêtu notre humanité ; nous qui avons cette humanité, non par choix, mais par nature, nous pouvons certainement essayer de reproduire quelque parcelle de cette belle vertu.
JÉbUS NOTRE MODÉLi:
3^fectionâ et ^<^ÂcluticnÀ
Remercions notre bon Sauveur d'avoir voulu faire servir à notre bien ses vertus les plus sublimes, et ses perfections les plus hautes. Disons-lui du fond du cœur : « Mon doux Jésus, avec quel amour vous m'avez toujours eu présent à vos pensées! Même quand vous vous montriez élevé bien au-dessus de notre humanité et de nos faibles forces, vous n'oubliiez pas un instant vos pauvres créatures; même alors, vous m'instruisiez et vous m'encouragiez.
Que vos leçons ne soient pas perdues pour moi. Je veux vous étudier, afin, par vous, de parvenir à la perfection. Soit que vous vous asseyiez à la table du Publicain, soit que vous vous teniez devant le tombeau de Lazare, vous êtes également mon modèle. Soit que vous caressiez les petits enfants qui venaient à vous, soit que vous vous transfiguriez devant vos Apôtres, vous me donnez toujours d'utiles et importantes leçons.
Ma vie ne devrait être qu'un essai perpétuel à vous imiter. Qu'elle soit ainsi. Enseignez-moi l'idéal de la perfection en m'apprenant à y atteindre, et, en même temps, pénétrez-moi du sentiment profond de mon indignité. »
POUCEUR DZ JÉ?U^
premier ^oint
UELLE douceur, quelle mansuétude dans l'attitude et dans la conduite du Sauveur, durant sa vie publique.
Bien qu'il opérât des merveilles que personne n'avait jamais accomplies, il n'éveillait cependant chez les spectateurs aucune pensée de crainte ni de terreur, mais, au contraire, des sentiments d'amour. Les Apôtres, semble-t-il, vécurent avec lui dans les termes d'une affectueuse familiarité, unie
évidemment au respect et à la profonde vénération dus à son caractère sacré. Les malades et les infirmes connaissaient bien sa bonté, et ils ne craignaient jamais de l'approcher. Quand les aveugles de Jéricho criaient vers lui, sur la route, et que la foule les repoussait, craignant que leur clameur parût irrespectueuse, Jésus s'approcha d'eux, et, à leur demande, leur rendit la vue. De même pour les petits enfants qui l'entouraient : ses disciples, qui s'imaginaient que sa dignité ne pouvait s'abaisser jusqu'à faire attention à ces enfants, les réprimandaient, et les écartaient ; mais Jésus, au contraire, les appelait, les attirait près de lui, leur imposait les mains sur la tête et les bénissait.
Les pécheurs et les publicains le trouvaient toujours affable, bon, aimable pour eux. Il acceptait les invitations et s'asseyait à la table de ceux qui, plus grands pécheurs, peut-être que ces publicains, ne voulaient pas se mêler à eux. Il leur témoignait sa miséricorde de la façon la plus encourageante.
Bien plus, envers ses ennemis eux-mêmes il ne se départit jamais de sa douceur et de son affabilité, sauf quand les circonstances l'exigeaient. Quand il fallait dénoncer publiquement l'hypocrisie des Pharisiens, quand il fallait déjouer les ruses des scribes et des prêtres, il le faisait avec une éloquence indignée. Mais partout ailleurs, il agissait
avec sa douceur accoutumée. Quand les Pharisiens même cherchaient à le surprendre dans ses paroles, comme dans l'affaire du tribut dû à César, il écartait la difficulté avec prudence et simplicité, plutôt qu'avec la colère qui aurait été ici justifiée. Quand la femme adultère fut amenée devant lui, il aurait pu renvoyer les accusateurs avec indignation, sachant la perfidie de leurs motifs; mais, sans s'irriter, il se comporte avec son calme habituel, et réduit mieux à néant par là leur malice et leurs embûches.
Ainsi, dans toutes les circonstances, dans tous ses actes, nous voyons avec quel droit Jésus pouvait dire : « Ecoutez mon enseignement, car je suis doux'.» En vérité, la douceur est bien la vertu toute particulière du Fils de l'Homme. Aussi est-ce la première qualité qu'exige de nous la charité chrétienne dans nos relations avec le prochain.
Ces traits de douceur sont éclipsés, toutefois, par ceux que Jésus manifesta dans les épreuves et les persécutions qu'il eut à subir.
I Discile a me, quia mitis sitm. S. Matth., xi, 29.
Il ne fit jamais que le bien. Il guérit les malades, chassa les démons et même rendit la vie à des morts. Il ne fut payé que par les injures et l'ingratitude. Il n'en montra que plus de douceur et de bonté.
Les Juifs prirent des pierres pour le lapider, quand il affirma sa consubstantialité avec son Père ; il se contenta de se cacher et d'entrer dans le Temple. Il aurait pu, d'un mot, comme Elie, faire tomber le feu du ciel, et anéantir ces rebelles ; il préféra une voie plus douce.
De même, remarquons son reproche plein de douceur, dans une autre occasion : « J'ai fait beaucoup de bonnes œuvres parmi vous ; pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous'?» Egalement, quand ils le traitèrent de Samaritain, de possédé, et qu'ils l'accusèrent de chasser les démons au nom de Belzébuth. Dans toutes ces circonstances, il ne donna jamais le moindre signe de colère ou d'indignation, mais il répondit toujours avec indulgence et douceur. Il allait même jusqu'à dire à ces impies que le blasphème contre sa personne pourrait être pardonné.
Une autre fois, la foule le conduisit sur le bord d'un précipice, près duquel leur ville était bâtie, afin de l'y jeter. Au lieu de faire éclater contre eux
I s. Jean, x, 32.
sa puissance, et de les réduire en poussière, il passa simplement au milieu d'eux invisible, et échappa à leur criminelle tentative.
En un mot, jamais nous ne le voyons dur, implacable ; jamais il ne nous apparaît que doux et affable.
Et si nous en arrivons à sa Passion, que trouvonsnous, sinon le plus magnifique exemple de cette vertu, au milieu de tortures sans égales? Depuis son entrée à Jérusalem sur un âne, jusqu'à sa mort sur la croix, ce n'est qu'une pratique ininterrompue de cette vertu. Il va au-devant de Judas, et il en reçoit le baiser ; il guérit l'oreille de Malchus ; il demeure calme et plein d'indulgence devant les prêtres indignes qui l'insultent; il ne reproche son ingrat reniement à Pierre que par un regard de douceur ; il garde le silence devant Pilate et devant Hérode ; il n'a pas une plainte sous tous les outrages de cette journée ; il trouve des paroles d'encouragement pour les saintes femmes qui le suivent ; sur la croix elle-même, quelle attention délicate envers sa tendre mère et son disciple bien-aimé ; il pardonne au bon larron. Ne sont-ce point là des traits merveilleux d'une douceur surhumaine et digne de Jésus?
Quel modèle ! quelles leçons !
^ffcctionô et H^âoluticnâ
« Ah ! mon bon Sauveur, vous pouvez bien, en vérité, me dire d'apprendre de vous cette vertu. J'en ai un grand besoin. Je suis hautain, impatient: j'ai peine à pardonner ; et, pourtant, je ne suis qu'un pécheur, qui mérite les mauvais traitements du monde. Si tous les hommes s'unissaient contre moi pour me faire souffrir, je ne serais traité que selon mes mérites.
Et vous, ô Jésus, vous saint et pur au-dessus des anges, qui n'avez semé que le bien, vous vous soumettez aux plus cruels tourments ; vous les endurez avec une douceur invincible, avec une sérénité d'âme imperturbable! Honte à moi, qui suis si faible et si orgueilleux ; à moi, dont la conduite est si différente de la vôtre !
Au pied de votre croix, je proteste que je suis prêt à commencer à vous imiter. J'apprendrai de vous cette vertu, que vous avez tant aimée. Je la pratiquerai au milieu de tous les ennuis, de toutes les difficultés, de toutes les injustices du monde. J'accepterai les souffrances comme venant de votre main, pour me fournir l'occasion de vous ressembler davantage.
Je serai doux, parce que vous l'avez été et que vous aimez les doux. Je veux vous ressembler en tout, et mériter ainsi votre amour. »
]4uMaiTÉ DE JÉ^U3
Mrcmîer Moint
'HUMILITÉ est une des vertus que Jésus- Christ a particulièrement voulu nous enseigner par son exemple, comme il l'a déclaré lui-même : « Ecoutez mon enseignement, parce que je suis doux et humble de cœur ^ »
Il nous importe donc beaucoup d'étudier les exemples qu'il nous a donnés de cette vertu.
I s. Jean., x, 32.
Pour les autres vertus, la disproportion infinie qui existe entre lui et nous, est une source de difficulté dans notre imitation; pour celle-ci, ce nous est un avantage. Nous ne pourrons jamais nous élever, même par l'imagination, à la charité, à la ferveur, à la résignation, à la sainteté du Fils de Dieu ; la pureté et les perfections de son âme sont tellement au-dessus de nos aspirations, que nous ne pouvons jamais espérer les approcher, même de loin.
Mais pour la vertu d'humilité, il semble que nous pouvons raisonner ainsi : « Si Jésus, si pur et si parfait, a pu être humble, combien cela doit m'être facile à moi qui suis si indigne et si misérable. L'humilité n'est-elle pas une qualité naturelle, plutôt qu'une vertu, pour un pécheur et un indigent. Pour pratiquer l'humilité, Jésus a dû détourner les yeux de ses vertus et de ses perfections sublimes; tandis que moi je n'ai qu'à ouvrir mes yeux pour apercevoir mille sujets de confusion, de mépris de moi-même, si bien que l'orgueil me devrait paraître impossible... »
Nous voyons, en effet, que les hommes d'une condition inférieure, ou que nous jugeons tels, ont naturellement une attitude humble et respectueuse; cela ne leur coûte aucun effort. Ceux, au contraire, qui occupent de hautes situations, prennent difficilement cette attitude. Il devrait
évidemirrent enêtre de même dans la vie spirituelle. Si Jésus, notre Seigneur et notre Dieu, nous donne, dans toute sa vie, de si beaux exemples d'humilité, il ne devrait pas nous coûter beaucoup, à nous ses serviteurs, d'imiter et de pratiquer cette vertu.
On peut dire que l'hamilité est la vertu dominante de la vie du Sauveur, non seulement dans ses actions particulières, mais dans toute sa conduite ; elle pénètre toute son existence depuis le sein de la bienheureuse vierge Marie jusqu'à la croix du Calvaire. Quel acte de sublime et de parfaite humilité, que de revêtir notre nature humaine! Saint Paul dit : « Il s'est anéanti, et a pris la forme d'un esclave ^ » Il s'est anéanti, il s'est dépouillé de toute sa gloire et s'est fait esclave. Certes, après untel abaissement, l'humilité pouvait difficilement aller plus loin ; il n'y avait pas d'abîme plus profond où descendre. Toutes les autres circonstances, la condition pauvre de sa mère et de son père adoptif, le lieu de sa naissance, les compagnons de son enfance, l'indigence de son état, le mépris du monde, toutes ces choses et beaucoup d'autres ne sont que des degrés de plus dans son abaissement ; mais qu'est-ce que cela en comparaison de cet étonnant, de ce merveilleux mystère : Le Verbe s'est fait chair ="! Le Fils
1 Exinanivit semetipsum, formant servi accipiens. Philipp., ii, 7.
2 S. Jean, i, 14.
consubstantiel au Père s'est fait hom«me ! Le Créateur tout-puissant de l'univers a pris la nature et la condition d'une créature ! L'Infiniment Parfait s'est chargé des imperfections et des misères de l'homme !
PcuKïèmc §cint
Bien que cela pût paraître le dernier degré de l'abaissement volontaire, pareil abaissement est cependant rendu encore plus bas par le but que le Sauveur se proposait. Car il s'est humilié dans la nature humaine, afin de pouvoir, par là, s'humilier « jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix '. »
Si l'humilité, qui nous a donné un Homme-Dieu, nous semble un excès du divin amour, que penserons-nous de l'humilité qui porte cet Homme- Dieu à mourir, et à mourir d'une mort aussi infamante? Si les sages du monde avaient pu d'eux-mêmes découvrir que l'humilité est une vertu, du irioins ils lui auraient fixé des limites ; et quelles que soient les limites qu'ils eussent déterminées, si ridicules qu'elles aient pu paraître, ils auraient certainement exclu la possibilité d'un
I Usque ad mortem. morteni atttem criais. S. Paul. Philipp., 11,8.
2)6 TRENTE-QUATRJÈME MÉDITATION
pareil excès d'abaissement. Ils n'auraient jamais supposé, par exemple, qu'un roi pût, pour pratiquer cette vertu, se revêtir du costume d'un esclave, travailler à sa place et mourir pour lui. Et s'ils avaient été jusque-là, il leur aurait paru une impiété que d'imaginer le Dieu tout-puissant se soumettant à une telle humiliation.
Et pourtant c'est ce qu'a fait Jésus, dans son divin abaissement. Il s'est fait l'un de nous, et il est mort pour nous. Et de quelle mort! Une mort ignominieuse, accompagnée des plus cruelles tortures ; une mort d'esclave et de criminel, réservée aux plus vils des hommes ; une mort infligée par ses propres concitoyens, au milieu de malfaiteurs insignes, sous les huées et les malédictions d'une populace impie et sans entrailles ! Voilà tout ce à quoi il s'est soumis! Et après cela, il n'a eu pour récompense que l'ingratitude.
L'humilité de Jésus peut bien être rangée parmi ses actions les plus merveilleuses et les plus étonnantes ; elle les égale toutes en grandeur ; et l'on peut dire qu'elle brille parmi les plus belles de ses vertus.
JIffccticnâ et Si^olutionA
« Avec un tel exemple sous les yeux, est-il possible, ô mon bon Jésus, que je trouve difficile la pratique de l'humilité,? Puis-je encore me plaindre, me juger trop peu estimé par les autres, quand je contemple l'abîme d'humiliation dans lequel vous vous êtes plongé par amour pour moi ?
Non ; je veux désormais mettre ma gloire dans l'humiliation et dans le mépris de la part des hommes ; c'est par là que je pourrai le mieux vous ressembler. Faites que. je me réjouisse au milieu des dédains des autres, par la pensée que je vous ressemble, à vous que j'aime. -"
Surtout enseignez-moi à aimer et à rechercher l'humilité, quand elle est utile à votre sainte cause et au salut du prochain. Car alors, le motif étant le même que celui qui vous porta à descendre jusqu'à nous, à vous revêtir de notre chair, et à monter sur la croix, je vous ressemblerai davantage, et mériterai mieux votre amour compatissant.
Mais je n'ai pas besoin de sortir de moi-même pour pratiquer cette vertu. Je veux toujours l'aimer et la pratiquer au fond de mon cœur. Faites, ô mon Dieu, que je sache me mépriser et reconnaître
mon néant. Et puisque vous, mon aimable Sauveur, si saint, si parfait, vous avez pu trouver le moyen de pratiquer une telle humilité, moi qui suis un pauvre pécheur, j'en pourrais trouver mille.
Soyez à jamais béni, loué et glorifié pendant toute l'éternité, pour vous être ainsi humilié afin de me servir d'exemple, de modèle et de maître ! »
j-fuMILITÉ DE JÉ^U^ (Suite)
^Premier Çoint
I, comme nous l'avons vu, le commencement et la fm de la vie du Sauveur, sa naissance et sa mort furent des actes de l'humilité la plus profonde et la plus entière qui se puisse imaginer, l'intervalle qui s'écoule entre ces deux moments, et qui remplit sa vie cachée et sa vie publique, est aussi une suite ininterrompue d'actes d'humilité. îl ne cessa de donner en lui
Texemple de cette vertu précieuse, que ses disciples devaient imiter. « Ecoutez mon enseignement, parce que je suis doux et humble de cœur ^ »
Dès le début de sa vie cachée, nous le voyons rechercher et préférer la pauvreté, l'obscurité, le dédain des hommes. Il vit à Nazareth avec sa mère et son père adoptif, dans une humble maison; il s'adonne à des travaux vulgaires ; aux yeux de ses contemporains, et même de ses parents (car nous lisons que ses proches mêmes ne croyaient pas en lui), il passe pour l'un d'entre eux, plus vertueux, peut-être, plus saint, mais enfin pour un homme de leur condition. Et pourtant, s'il l'avait voulu, il aurait pu être dans une demeure splendide, richement servi, et entouré de splendeurs. Mais l'humilité était sa vertu de choix, et c'est tout l'opposé de ces choses qu'il recherche.
Quand il quitte l'atelier de Nazareth pour commencer sa vie publique, il conserve toujours la même pauvreté, la même humilité, « Les renards ont leur tanière, disait-il, et les oiseaux du ciel leur: nid; mais le Fils de l'homme n'a pas 011 reposer sa tête ^ » Il va d'un endroit à l'autre, à pied, comme un pauvre pèlerin. Pour manger l'agneau pascal
1 Discite a me, quia mitis snin et hinnilis corde. S. Jean., x, 32.
2 S. Matth., VIII, 20.
avec ses disciples, il recourt à la générosité d'un étranger. Il n'a rien pour payer le tribut, mais il envoie Pierre prendre ua poisson, dans la bouche duquel il trouvera ce qu'il faut. Il vit avec ses Apôtres, modeste comme l'un d'entre eux. La petite communauté a une bourse commune, confiée à Judas, qui est entretenue par la générosité des croyants. Un poisson, un peu de pain, ou un rayon de miel, c'est pour eux un festin recherché ; souvent, comme dans le désert, ils n'ont aucune provision. Les disciples parlent à Jésus, avec respect sans doute, mais avec une familiarité qui témoigne de l'attitude humble et modeste de Jésus envers eux. Après ses Apôtres, sa compagnie favorite, au grand scandale des Pharisiens, était celle des publicains et des pécheurs. C'est chez Zachée, le publicain, qu'il descend. Il s'assied à la table du publicain Matthieu, au milieu de pécheurs et d'autres publicains. Il fait plus attention aux larmes de Madeleine qu'aux apprêts du riche Pharisien. En un mot tout ce que nous connaissons de la vie intime et quotidienne de Jésus nous le montre préférant ce qui est pauvre, humble, modeste, méprisé aux yeux des hommes, à ce qui est réputé honorable, noble, et glorieux. Quelle admirable vertu est l'humilité, ainsi aimée de Tésus !
î42 TRENTE-CINQUIÈME MÉDITATION
deuxième Hoint
Et combien plus frappante encore est son humilité dans sa vie publique. Son premier miracle en est un exemple. Il l'accomplit, pour ainsi dire, en secret, de telle sorte que le maître de la maison n'en soupçonne rien. Souvent il défend à ceux qu'il guérit d'en parler à personne ; il n'opère la guérison d'un grand nombre qu'après les avoir éloignés — tels ces lépreux qu'il envoie aux prêtres, et cet aveugle à la piscine de Siloë, — comme pour diminuer par ces intermédiaires la gloire de ses œuvres. Nous savons qu'en redescendant, après sa glorieuse Transfiguration, il dit aux trois témoins privilégiés : « N'en parlez à personne, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts *. » Il châtie les démons qu'il chasse pour avoir publié son nom et sa gloire. Son humilité lutte avec sa toute puissance pour la voiler, et quand il déploie son pouvoir, il s'applique à le dissimuler à la vue du monde. Quand les foules, enthousiasmées de ses prodiges et de la sagesse de son éloquence, le suivent avec admiration, il se dérobe à leur vue. Quand elles veulent l'élire roi,
I s. Matth., XVI, 9.
il s'échappe d'entre leurs mains, comme le jour où elles voulaient le jeter dans un précipice. D'autres fois, pour les éviter, il s'embarque sur la mer ou s'enfonce dans le désert.
Dans ses enseignements, également, quelle humilité ! Comme il repousse les titres auxquels il aurait droit. 11 ne veut pas qu'on l'appelle « bon Maître », disant que ce nom ne convient qu'à son Père. Toujours il répète que ce qu'il enseigne, que ses sublimes doctrines ne sont pas de lui, mais de son Père, bien qu'il ait le droit rigoureux de les revendiquer pour lui, puisque tout ce qui est à son Père lui appartient. Partout, il ne cherche qu'à éviter les louanges, et à rapporter toute gloire au Père céleste qui l'a envoyé dans le monde.
Quel exemple d'humilité, quand il lave les pieds de ses disciples ; quand il s'agenouille à leurs pieds et les sert comme un serviteur ! Quelle humilité dans son baptême ! Quelle humilité dans sa Passion, supportant sans murmure et sans plainte les insultes et les railleries ! Quelle humilité dans sa prière pour ses bourreaux, dans sa conduite envers les deux larrons! Quel excès inou'i d'humilité, quand il reçoit le baiser de Judas !
En un mot, si la mort de Jésus fut, en elle-même, l'acte d'humilité le plus sublime, chacune des paroles et chacun des actes qui l'accompagnèrent respirent cette même vertu.
244 TRENTE-CINQUIÈME MÉDITATIO^J
;^ffcctionA et PéôolutionA
« O bon Jésus, si quelque vertu doit m 'être plus chère que les autres, c'est bien l'humilité ! Non seulement, parce qu'elle fut votre vertu préférée, mais aussi parce qu'elle est pour moi la plus imitable.
Je ne suis qu'un pauvre pécheur, un publicain. Comment oserais-je jamais vous approcher et converser avec vous, si vous n'aviez vous-même préféré la compagnie des pécheurs et des publicains ? Si je ne vous voyais assis qu'aux tables des riches et des grands, comme ceux qui ne pardonnaient pas à Madeleine d'avoir interrompu leur festin, comment pourrais-je espérer trouver place à vos pieds, en les arrosant de mes larmes, comme je voudrais faire chaque jour? Si vos miracles n'avaient été tous accomplis que devant les foules, comment pourrais-je espérer que vous consentiez à descendre dans mon pauvre cœur, malade et comme mort, et que vous seul pouvez guérir?
Non, si misérable, si pauvre, si méprisable que je sois, je puis vous aimer de l'amour d'un frère. Je puis être dans votre intimité, comme vos Apôtres. Je puis, sans crainte et sans gêne, m'asseoir à votre céleste banquet, me rappelant que les
HUMILITÉ DE JÉSUS 24s
pécheurs repentants furent toujours les bienvenus près de vous, durant votre vie.
Bénie soit donc votre humilité î Qu'elle soit glorifiée éternellement dans le ciel par nous, qui avons été rachetés grâce à elle. »
pATIENCE DE JÉ^U?
Çrcmicr Moint
A patience a toujours formé un des traits caractéristiques du Sauveur. C'est la vertu que lui attribuaient très clairement les anciennnes prophéties.
David, annonçant la venue du Messie son descendant, consacre un psaume entier à la description de ses souffrances, supportées avec une confiance inébranlable en son Père céleste, et une entière soumission à sa sainte volonté.
Jérémie est la figure anticipée du Sauveur. Il est persécuté par ses concitoyens, par ceux à qui il avait consacré ses forces pour leur bien temporel et éternel. Il décrit à maintes reprises la patience résignée avec laquelle il souffrait, n'ayant recours qu'à Dieu seul.
Le prophète Isaïe parle en termes encore plus transparents de la patience de Jésus au milieu de ses tortures : « Il s'est offert parce qu'il l'a bien voulu, et il n'a pas ouvert la bouche.... Comme une brebis conduite à la boucherie, comme un agneau devant celui qui le tond, il est resté muet, et il n'a pas ouvert la bouche ^ »
Nous n'avons pas de difficulté à trouver comment, dans sa vie et dans sa mort, Jésus a bien correspondu, à la lettre, à ces descriptions. Il ne voulut pas qu'il fût porté atteinte au caractère sacré de sa personne pendant le cours de sa vie ; il s'échappa même miraculeusement des mains de ceux qui voulaient le maltraiter. Il réservait toutes ces ignominies et toutes ces souffrances pour l'heure où il pourrait en vérité prendre le titre de «l'Homme des douleurs, » Virum doloriim '.
Néanmoins, avant ce moment, il eut deux sortes de souffrances qui lui permirent de pratiquer cette
1 Isaie, LUI, 7.
2 Ibid., un, 3.
vertu de patience. La première résultait des conditions mêmes de sa vie, de sa pauvreté, de ses privations, de la faim, de la soif, de la fatigue et de beaucoup d'autres gênes. Jésus supporta tout cela sans un murmure ni une plainte, sans même une seule révolte intérieure ; au contraire, il l'endura avec gaîté de cœur. Pour nous, hélas! combien vite notre courage s'abat au moindre revers, au moindre trouble qui se glisse dans nos plaisirs ou notre bien-être !
La seconde sorte de souffrances qui s'abattait sur le Sauveur, pendant sa vie, lui venait de la malice de ses ennemis. Leurs embûches ne lui laissaient aucun répit ; ils troublaient ses enseignements de leurs questions captieuses et perfides ; ils le calomniaient et noircissaient sa réputation ; ils cherchaient à ôter tout crédit à ses miracles par leurs railleries et leurs sarcasmes. En présence de toutes ces contradictions, il ne trahit jamais la plus légère impatience ; il se contenta d'écarter doucement les obstacles qu'ils semaient sur son chemin. Ce qui ajoute encore à la valeur de cette patience, c'est que toutes ces souffrances étaient souverainement injustes et imméritées ; tandis que ce que nous endurons n'est rien, comparé à ce que nous avons mérité. De plus, Jésus aurait pu tout terminer, d'un mot, et se libérer de tout ennui ; tandis qu'il n'est pas en notre pouvoir d'éloigner les épreuves
qui nous arrivent. Et pourtant, il a tout supporté, volontairement et sans se plaindre ; tandis que nous gémissons, que nous nous lamentons à la moindre affliction, et que nous murmurons, comme s'il était inouï que, le juste ayant luimême souffert, des pécheurs tels que nous souffrent aussi. Ah ! qu'il était utile que Jésus sou'ffrit, afin de nous apprendre la patience.
l^cuKicmc ^.cint
Mais, c'est dans sa Passion que le Sauveur donna toute sa perfection à sa patience. Nous n'avons pas besoiji, pour nous en convaincre, de le suivre dans toutes les diverses étapes de ses tourments ; il suffit de considérei; en particulier cette vertu mise en pratique par Jésus.
Les païens avaient trouvé un principe pour se fortifier, contre la douleur physique ou morale. Ils se drapaient dans leur orgueil, comme dans une armure invulnérable, que les traits de l'adversité ou de leurs ennemis ne pouvaient percer. Ils planaient au-dessus des calamités qui les atteignaient ou des personnes qui les persécutaient; ils affectaient le dédain et le mépris, et comme le sauvage Indien aux mains de ses bourreaux.
ils trouvaient un baume à leurs souffrances dans l'audace hautaine de leur attitude, ou dans l'admiration qu'ils excitaient. Ils appelaient cela avoir de la force d'âme, comme si c'était leur force qui résistait; et ils supportaient avec courage les maux qui les opprimaient. Mais quelle différence entre ce sentiment et la patience! Il y a entre eux la même distance qu'entre l'orgueil et l'humilité, car ce sont les sources de l'un et de l'autre sentiment.
La patience de Jésus n'était pas faite de résistance, mais de support ; son éloquence, c'était le silence ; sa victoire, le sacrifice. Et c'est là la grande merveille de la religion, fondée sur son exemple. Il ne chercha que les choses les plus méprisées et les plus viles, pour en faire des titres de gloire. Dans l'Ancien Testament, nous voyons que Dieu aimait à choisir, pour ses grands desseins, des instruments faibles et insiguifiants. Il se servit d'un caillou pour renverser Goliath, et de mouches pour ébranler le royaume de Pharaon ; pour prophètes et pour rois, il se choisit des bergers.
Mais c'était au Nouveau Testament qu'il était réservé de mettre en honneur les choses regardées comme les plus basses ; de faire un mérite du support des injures; de déclarer une perfection, les plaies, la lèpre et les douleurs patiemment supportées. La patience, ainsi comprise, est presque inconnue dans l'Ancien Testament. Et, en
PATIENCE DE JÉSUS 2 S l
effet, comment aurait-on pu comprendre l'excellence, la beauté, la sublimité d'une telle vertu, avant que l'exemple d'un Dieu fait homme l'eût appris et montré à la terre? Qui, sans cela, aurait pu convaincre les hommes de la valeur de la patience? H fallait que Jésus nous ouvrît le chemin, qu'il fût notre guide et notre porte-drapeau dans cette marche vers la perfection à travers l'ignominie, vers un trône à travers la boue ! Avec quelle perfection, patient du berceau à la croix, il a rempli sa mission!
^ffecticnâ et f^éâolutîcnô
« O Jésus, modèle de toute perfection, que votre exemple soit toujours devant mes yeux dans mes tribulations et mes afflictions de corps et d'âme! C'est grâce à votre exemple que vos martyrs ont pu endurer sans se plaindre la mort et les plus cruelles tortures. Ils pensaient à vous, le grand Maître en l'art de souffrir ; ils mêlaient leurs douleurs aux vôtres. Ils se rappelaient que vous aviez enduré tous vos tourments, innocent, par amour pour eux, et il leur semblait bien peu en retour de souffrir pour vous.
Faites que, dans les peines si légères que m'envoie votre main paternelle, je vous contemple
dans le jardin de l'agonie, sous les fouets de la flagellation ou sur la croix, et que je ressemble, dans l'affection de mon cœur, du plus près possible, au modèle que vous m'offrez.
Coupable comme je suis, je m'efforcerai d'atteindre à quelque degré de cette patience admirable que vous, Agneau sans tâche, vous avez montrée à travers tant de souffrances cruelles. »
^ÈXE DE JÉ^U3
ircmicr
Soint
r<!^^ E zèle était une conséquence nécessaire F.^^ de l'amour que le Sauveur nourrissait
que pour Dieu et pour les hommes, et qui l'a porté à procurer, au prix de tant de sacrifices, la gloire de ce Dieu et le salut de ces hommes. Ce furent là, en effet, les deux grands objets de son zèle.
Depuis le premier instant de sa naissance jusqu'à sa mort sur la croix, Jésus nous apparaît
observateur fidèle de la loi divine, premier principe de tout zèle. Il se soumet aux humiliations de la circoncision et de la présentation au Temple. Chaque année, il retourne offrir à Dieu ses hommages dans ce Temple, malgré sa pauvreté qui aurait pu l'exempter de cette observance légale. Gomme la foule, il se présente au baptême, afin que toute justice s'accomplisse. Dans le cours de sa vie publique, il ne manque pas de se rendre à Jérusalem, aux temps marqués, pour se conformer aux prescriptions de la loi de Moïse.
A son entrée dans la maison de son Père, voyant le parvis envahi par des gens d'affaires et de commerce, son zèle éclate. Un moment, il semble oublier la douceur habituelle de son caractère. Il renverse les tables des changeurs de monnaie et les étalages des marchands, sans prendre garde à leurs murmures et à leur colère. Il s'arme d'un fouet et chasse ces profanateurs du Temple. Quel zèle pour le service de Dieu et pour le respect dû au saint lieu !
S'il déploie un zèle si ardent contre les profanateurs de son Temple matériel, que sera-ce donc à notre égard quand il vengera tous les sacrilèges, les abus, les blasphèmes, les mépris, dont est victime son humanité sacrée dans l'adorable sacrement de l'autel?
Voyons-le encore, ce Sauveur, confondant les Pharisiens qui faussent la loi sainte et rigoureuse de Dieu. Ils tremblent sous le fouet de ses apostrophes, plus aiguës qu'un glaive ! Us frémissent et serrent les dents de rage ! Ils froncent les sourcils dans leur colère, sous le juste mépris dont les couvrent, devant le peuple, ses reproches véhéments. Ses paroles sont plus incisives qu'une arme à deux tranchants, et elles atteignent jusqu'au vif, par la honte et le remords, ces cœurs endurcis. Le zèle du Fils de Dieu ne connaissait ni bornes ni crainte, toutes les fois que la loi de son Père céleste était outragée, fût-ce par les hommes les plus élevés, les plus nobles et les plus puissants. Il savait à l'avance quelles seraient les conséquences chez ces malheureux, de son zèle impitoyable, et comment, par là, il exciterait en eux une soif de vengeance criminelle. Mais, malgré tout, il se dressait, ainsi qu'il avait dit à son prophète, comme un « mur d'airain », comme un glaive de feu, entre la loi de Dieu et ses aveugles prévaricateurs.
Quelle bonté, aussi, dans le zèle du Sauveur pour le salut des hommes !
« Le Fils de l'Homme, dit-il, est venu pour chercher et pour sauver ceux qui sont perdus \ 7, Il ne s'asseoit pas et ne dit pas : Que ceux qui ont soif viennent à moi ; prêt à recevoir avec bonté ceux qui répondront à son appel. Il va réellement à la recherche de ceux qui ont besoin de son aide dans rœuvre de leur salut. Il est comme le pasteur qui court, par monts et par vaux, après sa brebis égarée et qui ne s'arrête pas qu'il ne l'ait retrouvée. Il cherche ses Apôtres jusque sur leurs barques et au milieu de leurs filets ; il marche sur les eaux en furie vers eux, afin de se les attacher à son service. Il va trouver saint Matthieu à son bureau de comptableetil faitsigne à Zachéeperdu dans les branches d'un sycomore, ll.cherche Marie-Madeleine malgré ses désordres et la trouve au banquet du Pharisien. Il fréquente les publicains et les pécheurs ; il paraît à leurs fêtes, dédaignant les railleries et le scandale affecté des scribes et des anciens, afin de pouvoir gagner quelqu'un de ces pécheurs. Jamais il ne recule devant les difficultés et les soucis, quand il s'agit de consoler les affligés, de secourir les malheureux. Quand le centurion envoie lui annoncer que son serviteur est malade : « J'irai et
I Venit enini Filins hominix quœrerc et sahum facere qiiod perierat. S. Luc, XIX, 10.
je le guérirai 2>, répond-il, et il se lève pour y aller. Quand Lazare est malade, sessœurs ne craignentpas de demander au Sauveur d'entreprendre un voyage de plusieurs jours pour venir le guérir. Chacun sait qu'on peut faire appel à sa condescendance et à sa bonté ; personne ne craint de refus de sa part.
Quel bel exemple pour nous! Hésiterons-nous désormais à nous rendre à tout appel du devoir, pour secourir, soulager quelqu'un de nos frères? Nous contenterons-nous même de répondre aux appels qui nous sont faits, et, comme le Sauveur, n'ironsnous pas au-devant? Nous voyons, sans nous étonner, le chasseur poursuivre son gibier pendant des heures, des jours entiers, à travers des montagnes et des glaces ; il ne se plaint pas et est heureux s'il rapporte son butin ; hésiterons-nous à en faire autant pour une âme, tant que nous apercevrons la possibilité de l'aider dans son salut?
En essayant ainsi d'imiter cette charité ardente du Sauveur — car le zèle n'est que la flamme de la charité — nous nous appliquerons à entretenir. en nous le foyer dont le cœur du Sauveur brûlait si. ardemment, c'est-à-dire un zèle enflammé, toujours porté à travailler au salut, non seulement des individus, mais aussi de l'humanité tout entière. C'est ce zèle qui a fait descendre Jésus du Ciel, qui l'a conduit dans toutes ses œuvres et toutes ses souffrances jusqu'à la mort de la croix. Ce zèle
2s8 TRENTE-SEPTIÈME MÉDriATIOK
était en lui une soif brûlante, une passion inextinguible. Si nous avons ce même sentiment sacré, nous tendrons à ce but béni avec une ferveur incessante. Nous soupirerons après ce but dans nos prières; comme les prophètes d'autrefois, nous supplierons, jour et nuit, le Seigneur d'épargner son peuple et d'avoir pitié des siens.
^ffectionâ et |péâolutionÀ
« Que serait-il advenu de moi, ô bon Sauveur, si vous n'aviez déployé votre zèle pour moi ? J'étais cette brebis égarée, perdue dans le désert ; souvent, hélas ! dans votre recherche après elle, vous vous êtes assis, fatigué de votre poursuite.
Puisque je dois tout à votre zèle, est-ce que je ne m'efforcerai pas en retour, de pratiquer cette vertu, et de dépenser pour le salut des autres le zèle dont vous avez usé pour moi? Oui, ô Jésus ; envoyez-moi à la recherche de ces âmes, dont le salut vous est si cher. Mettez dans mon cœur ce désir de leur bien, cette activité pour assurer leur bonheur éternel, dont vous avez brûlé. Que l'Esprit Saint enflamme mon âme; que ma langue soit de feu, quand je parlerai de vous. Je veux me dévouer à la recherche de quelques-unes de ces âmes qui sont égarées, et contribuer ainsi à l'honneur et à la sfloire de votre saint Nom. »
Conduite de Jé^u? enver? le? pécheur?
'rcnijcr
•oint
OUTE la vie du Sauveur a été la mise en œuvre de cette parole : « Je suis venu chercher et sauver ce qui a été perdu de la maison d'Israël... Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, au repentir. »
Ce désir de la conversion des pécheurs, il le manifesta de deux manières : par sa conduite à leur égard, quand ils étaient encore plongés dans le péché, et par la façon dont il accorda le pardon à leur repentir.
TRENTE-HUITIEME MHDITATION
Jamais il ne repoussa les avances des pécheurs ; jamais il ne s'éloigna d'eux à cause de leur indignité, ainsi que faisaient les Scribes et les Pharisiens, ces hypocrites qu'il reprit si sévèrement et si vivement. Ceux-ci poussaient leur orgueilleuse délicatesse et leur fausse vertu, au point de classer tous les autres au rang des pécheurs, et de les exclure avec mépris de leur compagnie. C'est ainsi qu'ils accusaient les publicains de toutes sortes de fautes, comme ce superbe Pharisien dans sa prière au Temple, et qu'ils leur défendaient de les approcher. De là, leur étonnement en voyant Jésus accepter les invitations des publicains et des pécheurs, comme si les uns et les autres se confondaient. C'est ainsi encore qu'au moment où l'aveugle-né guéri s'avisait de défendre Jésus, ils lui répondaient avec hauteur : « Tu es né dans le péché, et tu veux nous instruira ' ! »
Quelle différence dans la conduite de Jésus ! Il distinguait avec certitude les pécheurs de ceux qui ne l'étaient pas, tandis que les autres hé pouvaient queconcevoirdes soupçonstéméraires; etpourtant, jamais il ne donna le nom de pécheur à personne. Hélas ! il savait trop bien que s'il s'éloignait de tous ceux qui méritaient cette appellation, il n'avait plus qu'à quitter ce monde de péché. Aussi, il laissait les pécheurs l'entourer en foule, et avec bonté et
I /« peccatis natiis es totus, et tu doces nos ! S. Jean, ix, 34.