ISAÏE LV
Tous les sages qui ont instruit les peuples dans l'antiquité la plus reculée, et plus tard des nations
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entières , ont observé que la destinée régit la marche des choses, humaines , et tous les cœurs ont tremblé devant cette puissance redoutable, généralement reconnue, La philosophie païenne a cherché le mot delà terrible énigme. Elle a appelé ce pouvoir éternel , inexorable , auquel tout est soumis et auquel rien ne saurait résister, l'aveugle Destin. Elle croyait que de lui dépendait le sort du ver le plus infime , aussi bien que celui de Thomme le plus élevé et celui des difiérentes nations. Toutes les divinités dont Timagination des mortels avait peuplé le Ciel et la terre se croyaient sujettes elles-mêmes de cette loi universelle ; et même les plus puissants des dieux n'étaient pas à l'abri de ses coups.
Cette croyance dans la toute-puissance du Destin ne pouvait manquer de prendre racine chez des hommes qui n'avaient pas encore appris à distinguer clairement la différence entre le monde matériel et le monde spirituel, mais qui, au contraire, étaient tellement enfoncés dans la matière, qu'à leurs yeux le bien-être physique et le bonheur moral étaient identiques. La beauté, la puissance, la richesse, les honneurs étaient leurs dieux suprêmes. C'était là le but de leur existence ; et comme ils ne connaissaient rien de plus désirable en ce monde , la vie avait plus ou moins de prix à leurs yeux, suivant qa^ils arrivaient à les posséder en plus ou en moins
grande abondance. Aussi pensaient-ils que le Destin qui les avait privés de ces biens, pouvait bien les dépouiller de tout. Mais très-peu de penseurs ont eu le pressentiment et l'intuition d'un bien d'une nature plus élevée, d'un bien dont le destin même le plus acharné ne peut dépouiller Thomme sans son consentement. Le nombre de ceux qui eurent le courage de se mettre au-dessus des atteintes du destin par l'élévation de leur âme fut encore plus restreint : toutefois, ceux qui s'en montrèrent capables excitèrent déjà à cette époque Tétonnement et le respect de leurs contemporains par l'héroïsme de leurs vertus; et plus encore, le monde fut même porté à les mettre au rang des dieux.
Lies vues des Chrétiens à cet égard sont bien différentes de celles des païens. Jésus a guéri le genre humain des terreurs de l'imagination et de l'entwH dément, et l'a ramené dans les sentiers de la vérité éternelle. Il nous a révélé le Dieu unique comme le plus parfait de tous les êtres et comme le Père de» esprits , que njus devons adorer dans notre âme , et non par des ss^sriâces et des offrandes. Il nous a révélé que le but de Texistence de l'homme n'est pas tout entier circonscrit entre le berceau et la tombe» et II nous a pennis de jeter un coup d'œil dans les mystères de l'étemiié. Il nous a enseigné à faire pev dfi cas de la vie terrestre» parce que ce n'est pas
là la sphère véritable de notre bonheur : « Dans la maison de mon Père, » a dit Jésus, « il y a plusieurs demeures. »» Il nous a appris à apprécier la différence qui existe entre la valeur des choses terrestres et celle des choses célestes et spirituelles : « Si vous avez de quoi revêtir et nourrir votre corps , » a dit encore Jésus , « soyez content. N'amassez pas de trésors pour vous sur la terre , mais dans le Ciel , et cherchez avant tout le royaume de Dieu. Soyez parfaits, comme votre Père qui est dans le Ciel est parfait. Car à quoi sert à un homme de gagner le monde entier s'il vient à perdre son àme? » Il nous a enseigné que Tàme doit dominer le ôorps, et II nous a fait ressortir la majesté de l'esprit et sa supériorité sur tous les biens que cette terre peut nous offrir. Il nous a montré , par l'exemple de Sa vie , comment l'homme peut s'élever au-dessus de son destin et se mettre à l'abri de ses coups. Il nous a prouvé que l'ordre prédéterminé des événements peut, il est vrai, porter atteinte à nos intérêts terrestres, mais qu'il est impuissant à détruire notre paix intérieure et la félicité de notre esprit.
La destinée ou le sort est par conséquent la loi Divine à laquelle est soumis le monde matériel. I^a santé et les maladies du corps, la vie et la mort, rélévation ou le déclin de notre position ici-bas, l'augmentation ou la diminution de la considération,
de rinfluence ou du pouvoir dont nous jouissons, la grandeur ou la décadence des nations, la victoire ou les défaites sur les champs de bataille, — tous ces accidents terrestres sont soumis à la loi de la destinée qui régit toutes les choses de la terre.
Mais les esprits sont soumis à une loi bien afférente. Ils ne participent pas au sort inhérent à la terre. La liberté est leur essence, la vertu leur loi, la similitude à Dieu leur fin. Le sort du monde matériel ne les touche que dans les relations qu'ils ont avec la matière. Moins ils s'appartiennent et plus ils ont de penchant pour les choses terrestres ; plus ils se mêlent à ce bas monde, plus aussi ils s'assujettissent à la loi de la destinée. Quiconque se soumet à un maître étranger doit en porter le joug. Quiconque renonce à sa liberté personnelle et à l'empire qu'il a sur soi-même doit être traité en esclave. Aussi n'y a-t-il de réellement malheureux que l'homme qui place son bonheur dans les choses du monde extérieur, et de réellement heureux que le vrai sage, le disciple du Christ. Toutes ces choses (même celles qui sont en apparence les plus redoutables) concourent au bien de ceux qui aiment Dieu.
Les esprits sont soumis à une loi bien différente de celle qui gouverne les choses matérielles ; aussi souffrent-ils lorsqu'ils subissent un joug étranger.
Ils perdent alors leur dignité originelle et deviennent infidèles à leur vocation ; ils désirent être non pas des esprits élevés, mais seulement des animaux supérieurs. Cependant Dieu continue toujours de les aimer. La loi de la destinée devient la verge de leur châtiment, et les ramène à la connaissance d'eux-mêmes et les stimule à s'attacher à des choses plus élevées. Et au milieu de leurs désastres et de leurs malheurs terribles, la voix de Dieu leur parle en ces termes : — ^ Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes voies ne sont pas vos voies ; mais autant les Cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies et mes pensées au-dessus de vos pensées. »» (Isaiû LV, 8-9.)
Nous ne pouvons, il est vrai, rompre entièrement les liens qui nous attachent à la terre. Nous sommes encore placés si bas sur l'échelle des esprits, que nous devons nécessairement vivre en contact immédiat et intime avec les êtres inférieurs de l'univers. Mais il dépend de nous de nous élever à un échelon supérieur. C'est pour nous y aider que Jésus le Messie a été envoyé sur la terre. Il est venu nous afiranchir de la puissance des ténèbres et des liens de la mort, auxquels est soumis tout ce qui appartient à la terre. Il est venu nous aider à reconquérir notre liberté que nous avions perdue. Mais le sacri-
fice de Sa vie rédemptrice ner profitera nullement à cenx qni ne peuvent faire abnégation d'eux-mêmes, qui ne peuvent pas renoncer au monde, ni, à Son exemple, mener une vie juste, désintéressée, et sans tache. L'expiation de Sa mort ne profitera nullement à ceux qui n'ont ni assez de liberté d'esprit, ni assez de grandeur d'âme pour ne pas désirer plaire plutôt à Dieu qu'aux hommes, et mourir comme est mort le Sauveur.
Nous ne pouvons nous afiranchir complètement des choses de la terre; mais nous ne devons pas nous laisser dominer par notre amour pour elles ; nous devons au contraire savoir conserver notre liberté en tout ce qui la concerne. Nous sommes obligés et tenus de pourvoir à la subisistance de notre corps, mais nous le sommes également de ne pas attacher une trop grande importance à la satisfaction de notre palais. Nous devons nous vêtir décemment ; sans nous laisser entraîner par l'orgueil du faste extérieur, au point de nous regarder comme malheureux parce que nous ne sommes plus en état de porter des vêtements dispendieux. La pourpre, le velours et la soie, après tout, ne diffèrent pas tant du linceul dans lequel on ensevelit les cadavres. Nous devons travailler à améliorer notre position pécuniaire, afin que nous et tous les membres de notre famille puissions rester indépendants des
caprices d*autrui, et que nous puissions être à même de contribuer dans une plus large proportion au bien public ; mais nous ne devons pas faire consister notre suprême bonheur dans l'accumulation dés richesses, ni nous enorgueillir d'en posséder plus que les autres, et alors, quelles que soient les circonstances où nous soyons réduits, quelques pertes que nous puissions éprouver, la diminution de notre fortune ne nous causera ni honte ni grande affliction. Nous ne devons ni faire fi de l'estime d'autrui, ni être indifférents à l'influence que nous pouvons exercer sur notre prochain ; mais c'est à notre mérite, à nos vertus seules qu'il nous faut devoir cette considération et cette influence. Car ce n'est qu'autant que l'estime publique dont jouit un homme a pris sa source dans la confiance générale, et en reste entourée, qu'elle peut devenir un moyen de faire beaucoup de bien. Mais n'être avide de considération que pour la considération même, ne convoiter le pouvoir que pour le plaisir d'en jouir, c'est prendre le chemin qui mène au but pour le but lui-même, les moyens pour la fin, l'instrument pour l'œuvre qu'il est destiné à accomplir. Occuper une place élevée ou infime dans l'estime du monde, posséder un rang et des titres, ou n'avoir aucun de ces avantages, est chose indifférente pour l'esprit immortel, qui a conscience que sa véritable dignité réside en
hii seul, et ne repose sur rien de ce qui est eu dehors de lui ; que ce ne sont pas les distinctions dépendantes des caprices des hommes, mais la valeur que Tesprit doit à ses propres efforts, qui est indestructible.
Nous ne pouvons, nous ne devons pas dédaigner les plaisirs de la vie. Ils contribuent à récréer et à raviver tout notre être. Mais nous ne devons pas nous y attacher avec une telle avidité qu'en les perdant nous croyions avoir tout perdu. Nous devons aimer les objets de notre affection, nos amis, nos parents, nos enfants, avec toute la tendresse naturelle à des âmes bien nées. Mais nous ne devons pas oublier cependant que ce n'est pas le corps, — destiné à vieillir et à mourir, — mais l'esprit que nous aimons en eux. Nous ne devons point perdre de vue qu'un jour sonnera inévitablement la dernière heure de leur séjour sur la terre; mais la toute-puissante destinée ne saurait séparer l'esprit d avec l'esprit ; elle sépare seulement le corps d'avec le corps. Quiconque fonde son suprême bonheur sur le souffle d'un mortel l'appuie sur une base frêle et chancelante. Quiconque ne regarde pas l'univers comme la maison de Son Père qui est aux Cieux, quiconque ne reconnaît pas l'esprit pomme l'objet de son amour, quiconque ne voit pas la garantie de son bonheur dans l'immortalité ; qu'il se prive des plus tendres affections, celui qui ne veut pas a\mer l'instrument
de sa perte, qui ne veut pas être yictime d'une affreuse destinée : car ce qu'il aime ne doit un jour âtre que cendre et poussière.
Elevez-Tous au-dessus de la cendre et de la poussière, ô vous, élus de Dieu, disciples du Christ ! Jouissez des biens de ce monde comme de dons agréables, mais fugitifs et éphémères ; que votre trésor soit dans le Ciel ! Cueillez la rose fraîchement épanouie, mais n'oubliez pas que demain elle sera flétrie ou effeuillée. Vivez avec les biens de la terre, mais non pour eux; vivez en vous-mêmes. Acceptez tous les plaisirs qui se présentent à vous, mais ne vous y livrez pas. Ne rejetez ni les honneurs, ni les dignités, ni les richesses, mais ne leur sacrifiez pas le moindre de vos devoirs, qui sont d'un ordre plus élevé ; que les dons de la fortune soient pour vous de simples avantages dus au hasard, car ils ne sauraient vous appartenir à jamais, et vous leur appartenez encore moins. Celui qui ne reconnaît pas d'autres maîtres que lui-même, ses vertus et son Dieu, est maître de toutes choses; il est plus éloigné que les autres hommes des maux de cette terre, et la destinée n'a point d'empire sur lui. Il peut être pauvre, honni, persécuté ; il peut perdre sa fortune, ses consolations, ses amis, l'estime de son prochain, mais il ne perd jamais la satisfaction et la sérénité de son àme, la fière et noble conscience qu'il a de sa dignité. Il
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est au-dessus du destin. Ce n'est pas au monde qu'il est redevable de sa paix intérieure, de son bonheur intime, et le monde ne saurait les lui enlever.
Mais à qui m'adressé-je? Qui reconnaît la vérité éternelle des paroles de Jésus : « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et tout le reste vous sera donné en surcroît? » (Saint Matthieu rv^, 33.) Oh! les hommes ont des yeux, et ils ne voient pas ; ils ont des oreilles et ils n'entendent pas ! La grande majorité sont absorbés par leurs besoins terrestres, sans avoir la moindre idée des besoins d'un ordre plus élevé. Ils croient en Dieu, mais ils n'ont point d'amour pour ce qui est Divin; ils prient Dieu, mais ils sont esclaves de leurs passions ; ils respectent la vertu, cependant ils font le mal; ils croient à l'immortalité, cependant ils se donnent corps et àme au monde; ils désirent le bonheur, cependant ils le fuient; ils ne peuvent nier la vérité^ cependant ils s'attachent aux illusions de leurs sens; ils prétendent être des hommes et des êtres supérieurs, et cependant ils sont contents de persévérer à n'être que des brutes pour continuer à vivre en brutes ; ils se plaignent de la cruauté du Destin, cependant ils ne s'élèvent pas au-dessus par leur grandeur d'âme ; ils restent misérables, malheureux, en guerre avec tout ce qui les environne et avec euxmêmes ; ils cherchent le moyen d'échapper au Des*
tin, mais ils ne le trouvent pas; la voix de Dieu parle haut à leurs cœurs, cependant ils refusent de la suivre. Ils méritent leur misère, car ce sont eux qui Tout voulue; c'est pourquoi le Seigneur a dit : « Vos pensées ne sont pas mes pensées, et vos voies ne sont pas mes voies. Car autant les Cieux (et toutes les choses spirituelles) sont au-dessus de la terre (et de toutes les choses terrestres), autant mes voies sont au-dessus de vos voies, et mes pensées audessus de vos pensées. »
Mais à qui rappelé-je ces paroles? Aux nations? Eh bien! contemplez leur misère ! Cette misère est la prauve de leurs erreurs. Combien est frivole le but de tous les individus, ou du moins du grand nombre des individus qui composent les nations! Quels fruits pouvons-nous attendre d'une pareille graine ? Quel accord règne parmi eux une fois que le danger commun est passé? Où est leur amitié dès que leur intérêt personnel est atteint? Où est leur patriotisme quand leur avantage individuel est enjeu? Où est leur modération dans la prospérité? Pourquoi nourrissent-ils dans leurs cœurs cette arrogance qui les choque tant chez les autres? Pourquoi se plaignent -ils de trouver chez les autres cet orgueil dont ils ne peuvent se corriger eux-mêmes? Pourquoi se vantent-ils du respect qu'ils professent pour les droits des nations, tandis qu'ils y portent
atteinte toutes les fois qu'ils peuvent le faire sans danger pour eux-mêmes? Pourquoi louent-ils la probité et cherchent-ils cependant à usurper le bien d'autrui? Hélas! ils ont vu les suites de la désunion, de l'arrogance et de l'injustice ; ils ont entendu les enseignements de l'histoire universelle, mais leurs cœurs sont endurcis. Ils ont eu Moïse et les prophètes, mais ils ont préféré croire à leurs propres erreurs, à leurs propres folies. A Theure de l'adversité, ils ont arboré la bannière de la vertu pour se sauver de la destruction; mais, le danger passé, ils ont déserté la bannière sacrée pour se créer de nouvelles misères. Ainsi soit-il ! Votre destin est arrêté ; vous ne sauriez y échapper, car c'est vous qui l'avez attiré sur vos têtes. ** Mes pensées ne sont pas vos pensées, »» dit le Seigneur, «« et mes voies ne sont pas vos voies ; mais autant les Cieux sont audessus de la terre, autant mes voies sont au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées, r»
Cependant dans le grand nombre il peut se trouver un homme qui reconnaisse les pensées et les voies de Dieu dans les décrets de la destinée, pour qui son être intérieur, la conscience de son innocence, et la paix de Dieu, sont plus précieux que tous les biens du monde, qui se soit donné entièrement au Christ, et qui lui çende hommage, non en
accomplissant les cérémonies de l'Église, mais de cœur et d'esprit, de volonté et d'action, par son abnégation et son pouvoir sur lui-même. Oui, toi seul parmi tant de milliers de mortels, tu es le plus heureux, parce que la destinée n'a point de prise sur toi. Tu es au-dessus de tous les événements qui peuvent atteindre toutes les choses de la terre.
Oh! moi aussi, je veux faire tous mes efforts pour me procurer cette paix, pour atteindre à ce but élevé! Je veux être Ton frère, 6 Jésus! Divin Sauveur! Tu as joui du bonheur céleste, quoique le monde T'ait conspué. Tes persécuteurs étaient assis sur des trônes, et cependant ils étaient esclaves de leurs passions brutales; mais Toi, Tu étais le roi de la vie, le vainqueur de la mort, et la puissance de la destinée ne pouvait T'effrayer. La croix plantée sur le Golgotha a été Ton trophée triomphal; la couronne d'épines a été Ta couronne de lauriers.
Je veux travailler en esprit à atteindre Ton élévation, et le pouvoir de 'Dieu fortifiera ma faiblesse. Je veux poursuivre ce but; je veuD&«*être mon seul maître; je veux dominer mes sentiments et mes penchants, de manière à ne plus faire que ce qui est juste, vrai 6t utile, à accepter tout ce que la terre m'offre de beau et de bien, mais sans aliéner en échange ma tranquillité et mon empire sur moimême; à ne pas laisser enchaîner ma liberté inté«
Heure par des entraves étrangères; à être riche même au sein de la pauvreté, et élevé même dans rhumilité; à T'appartenir, 6 Jésus, ainsi qu'à tous les esprits purs et généreux. Tel est le but que je dois et veux poursuivre ! 0 Esprit de Dieu, affermis ma résolution, et je suis sûr de vaincre. Ainsi soit-iji!
Entonnons les chants de victoire, le Christ a gagné la journée pont notre saint (pour nons qni étions destinés à la tombe) et II a dissipé Tobscorité de la mort. Uœnvre s*est aocomplie noblement, et Jésus a triomphé pour nous.
'Ayec quel éclat de lumière Ses promesses s^aocomplissent! Comme la vérité du Verbe ce» leste resplendit! Uâme de Thomme a été créée immortelle, et devant le trône du Dieu toutpuissant la yertu recevra la couronne.
Ne nous abandonnons pas à la tristesse, ne chantons pas de lugubres et solennelles litanies sur la tombe où reposent les justes et les bons, car leurs âmes, mes frères, errent avec joie dans Pinfini ; — le Christ a gagné la victoire pour tous, et le tyran, la mort, est enchaîné.
(IL Corinthiens iv. 17-18.)
Jésus-Christ, notre Seigneur, nous a révélé comme dans un miroir, paf sa propre vie sur la terre, ce que nous sommes, et ce que nous devons être. Je
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reconnais en lui ce que je dois être. Depuis Fheure de Sa naissance dans une humble crèche, jusqu'à celle de Sa glorification^ après Sa descente dans la tombe, Sa vie a été un éternel exemple que la Divinité nous a donné pour nous indiquer ce qu'elle veut de l'homme et ce qu'elle attend de lui qui est né dans l'obscurité et dans la pauvreté, afin que nous apprenions que ni la richesse ni la pompe ne donnent à l'homme cette véritable noblesse, qui seule a de la valeur aux yeux de Dieu. Il est mort pauvre ; un étranger a fourni la place où son corps est enterré, afin que nous sachions que notre destinée sur la terre n'est pas d'amasser de vains trésors et de nous attacher aux choses visibles, mais,:au contraire, de soupirer après celles qui sont invisibles et cachées. Nulle part les Saintes Ecritures ne nous disent que dans le cours de Son séjour sur la terre, Jésus rechercha les honneurs du monde et les richesses ; mais elles nous apprennent qu'avec les années, Il progressa en sagesse et en science des choses Divines. Son but sur la terre fut d'assurer le bonheur des hommes ; Il est venu pour racheter les mortels du mensonge et du péché, et Son Esprit embrasse dans Son Amour et Sa Miséricorde, non-seulement Ses contemporains, mais aussi tous ceux qui sont venus des milliers d'années après Lui. *Et il n'a pas plus négligé les plus petits moyens de faiie le bien que
les plus grands. Il a guéri les aveugles et les boiteux, et II a secouru les délaissés. Tout cela a été fait afin que nous puissions apprendre que notre tâche dans la vie ne consiste pas seulement à accomplir les devoirs de notre vocation, à faire en sorte que nos familles acquièrent des honneurs et des richesses, mais aussi à grandir dans la perfectioa de toutes les vertus, dans la sagesse et dans la connaissance de Dieu. Il a cherché la mort pour le bien du genre humain ; Il est mort entièrement résigné à la volonté de Dieu ; Son Esprit a supporté les indignités les plus révoltantes — les douleurs les plus affreuses que Tingratitude et la trahison peu^^ent infliger — les souffrances physiques les plus cruelles, quand, épuisé par la faim, la soif, les mauvais traitements, Il s'est affaissé tout saignant sur la route du Golgotha ; ou quand, cloué sur la croix, et insulté par la multitude. Il luttait avec la mort, '^is quelle gloire dans Son triomphe au delà de la tombe ! Et tout cela afin que nous apprenions ' îo 'aucun bien-être sur la terre, aucune joie et au- ^"^ plaisir de ce monde ne sont le but de notre ^^^» cjue ni la misère ni les souffrances ne doivent etoui^ej. en nous l'amour de la Divinité , mais que, ^^^ que soit le sort qui nous est réservé, Tœil de Yespj:*it doit être dirigé vers l'éternité, où la palme de 1^ victoire et de la gloire nous attend, dès que
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notre lutte avec la mort sera terminée. ** Car, n disent les Saintes Ecritures, « cette légère affliction, qui ne dure qu'un moment, nous prépare une éternité de jouissances et de gloire bien plus grandes* Et tandis que nous ne regardons pas les choses visibles, nous obtenons celles qui sont invisibles ; car les choses que nous voyons sont temporelles, mais les choses que nous ne voyons pas sont éternelles. » ( IL Corinthiens iv, 17-18.)
Le jour de victoire de Celui qui est ressuscité d'entre les morts, me fait souvenir du jour à venir de ma victoire, et de ma destinée plus élevée.
Mais quelle est la destinée de l'homme? Jusqu'ici cette idée n'est pas bien claire pour mon esprit. Pour beaucoup, je le sais, le but de la vie est une énigme, et plus particulièrement pour ceux qui ne considèrent que les choses visibles. Sommes-nous ici pour jouir d*un bonheur et d'un bien-être en rapport avec les sentiments vertueux? se demandent bien des gens. Mais combien peu de personnes goûtent une joie sans mélange dans un monde où chaque heure apporte avec elle une alternative de plaisir et de peine; où, à certain moment, nous sommes appelés à partager les chagrins des autres, et le moment d'après à gémir sous l'influence d'une douleur physique ; où, enfin, nous sommes souvent forcés d'abandonner nos souhaits les plus chers? Or,
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^^ninient le bonhenr qui découle de sentiments ver- ^^©ux serait-il le nôtre, quand chaque jour nous '^^Us levons comme Pierre avec les plus nobles résolutions, et quand nous pleurons chaque soir sur '^^tre propre faiblesse?
I^ans quelbut Dieu m'a-t-il appelé en ce monde ? . ^Je été créé simplement pour être le jouet d'une ^ï*e, pour remplir une courte existence dans un mwV, inconnu, ou pour servir les projets d'autres créatures qui me sont inconnues, et qui peut-être s'amusent de mes joies et de mes larmes? Me faneï^i-je dans ma vieillesse et disparaîtrai-je pour toujours comme les fleurs du jardin, comme les arbres "6 la forêt, comme le lion dans le désert, ou comme ^^ insecte éphémère? Comment concilier une idée semblable avec la conception de la perfection infinie ^ Dieu? Pourquoi ai-je en moi-même la certitude ^^nsolante d'être un but et non un moyen, certitude "^^ lïie fait sentir que j'existe pour moi-même, et ^"^ je suis pour ainsi dire le point central de Tuni- ^'"s q^g jç y^ig autour de moi? Pourquoi vôrrai-je ^ ^Ht moi un but élevé qu'il me serait impossible ^ ^teindre dans cette courte existence, tandis que ^"tres créatures qui n'ont que les qualités ab-
^^■iiènt nécessaires pour pourvoir à leur existence
le^
^^^stre, savent trouver leur nourriture et éviter
I^einesét les dangers?
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Ainsi, notre raison, abandonnée à elle-même, découvrirait les contradictions qui s'élèveraient nécessairement, si nous supposions que notre destinée est comprise dans les limites étroites de cette vie.
Mais nous savons que l'homme est l'esprit, et que le corps est la cendre, et seulement un instrument et un vêtement porté par l'âme dans cette existence temporelle pour pouvoir jouir de ce qui est terrestre. Le corps, ou l'enveloppe animale de notre âme, change à mesure que les années s'accumulent sur nos têtes ; Tesprit acquiert plus de savoir, mais néanmoins il sent qu'il est toujours le même depuis qu'il existe, et depuis qu'il a commencé à avoir conscience de lui-même. Le corps se cramponne avec ténacité à la terre d'où il est sorti ; l'âme ne trouve jamais ni bonheur ni repos sur la terre : elle n'est jamais contente de ce qu'elle possède; un dé ses désirs n'est pas plus tôt satisfait qu'elle soupire après l'accomplissement d'un nouveau, puis d'un autre, sans jamais finir.
L'âme est donc la partie la plus essentielle et la plus durable de l'homme. Ce qui est invisible et éternel constitue sa vie, et non ce qui est visible et périssable. Son origine est divine, elle ne provient pas de la terre ; et de même que le corps retournera un jour à la terre d'où il est sorti, de même l'âme retournera à Dieu d'où elle émane.
Si mon âme est la partie la plus essentielle de mon être, qoand je parle de la destinée de Thomme, il ne peut être question que du but pour lequel elle a été créée, et nullement du corps lui-même, qui n'est qu'un instrument de Tàme. Et puis, s'il est question de Tàme, ce ne peut être qu'au sujet de sa vocation pendant une existence infiniment prolongée. Mais comment saurai-je quelle place la Divinité lui réserve après l'heure de la mort dans ce monde? Ma Tue ne s'étend pas si loin. Et cependant, les voix de la nature, de la raison, et de la révélation proclament avec une harmonie merveilleuse ce que je serai dans l'autre monde, et ce que je puis espérer.
Que deviennent le lichen sur le roc> le chêne au flanc de la montagne, l'aigle qui plane dans les airs? Rien de plus, rien de moins que ce qu'ils sont et ce que seuls ils peuvent être selon les forces et les facultés particulières que le Créateur a mises en eux : rien que lichen, chêne, et aigle ! Il en sera de même de l'esprit qui conçoit Dieu : il deviendra ce que lui permettront d'être les facultés particulières qu'il a reçues du Créateur ; il pourra, à travers les périodes infinies de «on existence, finir par arriver à être un être indicible qui, en se perfectionnant sans ce^se, se rapprochera de plus en plus de Dieu ; une essence supérieure à des milliers de forces
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vitales secondaires répandues dans ce monde, qui vit et agit indépendamment d'elles, tout en les comprenant, les gouvernant, et en acquérant sans cesse une science qui lui révélera l'immensité de Dieu et la grandeur de la création, sous une lumière toujours de plus en plus nette et plus brillante. Voilà quelle est la gloire sublime et éternelle qui nous est réservée, à nous qui regardons moins aux choses visibles qu'aux choses invisibles. Voilà où tendent' les vagues aspirations de nos âmes ; voilà la signification des recommandations de notre glorieux Sauveur, par lesquelles il nous a révélé notre véritable destinée : « Soyez parfaits comme votre Père dans le Ciel est parfait. » (Saint Matthieu v. 48.)
Je suis donc destiné à grandir à l'image de Dieu, à laisser mon esprit se perfectionner dans une progression infinie. Cette vérité, que Jésus m'a révélée le premier, se trouve confirmée par ma raison et par mon expérience de la vie sur la terre. Car les choses de ce monde elles-mêmes me poussent dans cette direction. Tout encourage l'âme à étendre sa domination sur tout ce qui n'est que sensuel, et à le regarder avec mépris, à se mettre au-dessus des chances du hasard et des circonstances extérieures de la vie. C'est ainsi qu'on grandit à l'image de Dieu, car Dieu est infiniment grand et élevé en intelligence et en sagesse, autant par Sa suprême et bien-
heureuse influence dispensatrice sur l'univers, que par Sa parfaite indépendance du hasard. La vie sur la terre nous est donnée pour préparer l'esprit à sa sublime destination ; mais cette éducation n'est pas achevée ici-bas; elle continuera jusque dans les sphères lointaines de la vie, tandis que notre bonheur se développera avec notre perfection.
Tout porte l'esprit à étendre sa science et sa sagesse. Dieu a fait naître l'homme nu et sans défense pour l'obliger à développer ses forces intellectuelleg dans l'intérêt de sa propre subsistance et de sa conservation. L'animal entre dans la vie vêtu, et pourvu de ses armes de défense naturelles ; son instinct l'aide à la recherche des herbes, des fruits ou de la chair, nécessaires à son alimentation, qu'il trouve à sa portée. Bien des milliers d'années se sont écoulés depuis que le globe est peuplé. Les animaux n'ont fait de progrés ni en science ni en intelligence. Il n'en est pas de même de l'homme, sans cesse poussé en avant par les besoins, les souffrances, et les cris de sa nature. D'abord il vécut dans des cavernes, puis dans des huttes faites de branches d'arbres, puis dans des maisons bien construites, confortables, qu'il fit lui-même. D'abord il n'eut d'autres instruments que ses mains et ses ongles pour l'aider, puis de grossiers outils de bois ou de pierre. Ensuite, il descendit dans les entrailles de
la terre, et en tira les nombreux métaux qui doublèrent sa force et Taidèrent à dominer tous les animaux. Le tigre alors cessa d'être plus fort que lui, le renard plus rusé, et Taigle de planer au-dessus de lui dans les airs. D'abord il se confina timidement au lieu où il était né, mais bientôt il passa dans d'autres contrées, apprit à traduire ses pensées au moyen de sons artificiels, et finit par apprendre les langages étrangers ; puis il traversa les mers d'un bout du globe à l'autre, et, à l'aide de signes écrits, il s'entretint avec ses amis résidant dans une terre lointaine que ses pieds n'avaient jamais foulée. Il commença à trembler à la voix du tonnerre, puis il contempla avec un vague étonnement les étoiles du ciel, et peu à peu l'idée de la Divinité s'éveilla en lui. Il chercha la Divinité, et, dans le commencement, il L'adora dans le tonnerre, dans le feu, et dans les étoiles; puis il commença à concevoir qu'aucune de ces choses n'était Dieu, mais seulement des choses créées, — >. et il invoqua l'Invisible jusqu'au moment où le genre humain étant devenu capable de recevoir l'entière lumière, elle M fut donnée par Jésus-Christ.
C'est ainsi que l'esprit humain, poussé par les nécessités de la vie, marcha, sans jamais s'arrêter, de découverte en découverte, de connaissance en connaissance. Ce qu'un simple enfant sait aujourd'hui
eût rempli d'étonnement, il y a deux où trois mille ans les hommes réputés les plus sages. Que sera le genre humain dans six cents ans, s'il continue à progresser ainsi dans toutes les connaissances!
Nous connaissons déjà l'immensité de Tunivers, les dimensions des orbes et des corps célestes les plas rapprochés de nous, les plaines, les montagnes, et la lumière qui revêt la lune, le soleil, et les planètes lointaines; les merveilleuses forces de l'atmosphère, de la lumière, et de bien d'autres objets innombrables de la nature. Mais Dieu, la Sagesse Suprême, sait tout, tandis que les plus sages des mortels ne connaissent q une goutte de cet océan des mondes. S'élever à 1' nage de Dieu est donc la destinée de l'esprit.
C'est vers ce but que nous entraîne l'organisation tout entière de l'univers. Tout nous pousse à étendre notre domination sur le monde des sens, et tend à développer la connaissance de notre dignité supérieure autant comme esprits que comme images imparfaites de Dieu. La volonté de l'esprit, les désirs et les instincts de la chair sont constamment en lutte. C'est cette double loi en nous, dont parle Saint Paul. De la chair naissent toutes les tendances au péché, à l'orgueil, à l'envie, à la vengeance, à la luxxire ; de l'esprit viennent notre désir de perfection, de saônteté, nos aspirations vers ce qui est
220 LA DESTINÉE DE l'hOMME.
Divin, invisible, et stable. C'est en, vain que l'esprit faible cherche le contentement dans les choses temporelles, elles le repoussent sans cesse et le font rentrer en lui-même. En vain l'esprit, oubliant sa dignité et sa destination, cherche son bonheur dans les jouissances de cette vie. La beauté et la force sont périssables, la gloire se ternit, les plaisirs engendrent les maladies, les richesses et les biens terrestres changent sans cesse de mains, et ne nous suivent pas au delà de la tombe; parents, maris, époux, épouses, enfants, tous meurent, rien sur la terre ne peut assurer un bonheur durable. Tout nous détourne du monde visl Me et nous pousse vers le monde invisible !
Le péché est l'asservissement spirituel, la vertu en est la liberté. Le péché est le règne de la chair, la vertu est le règne de l'esprit. En vain l'esprit voudrait oublier qu'il est libre, et qu'il doit gouverner les désirs qui tiennent à sa nature terrestre; en vain
il resterait inactif, et éviterait les efforts et les
luttes ; en vain il s'abandonnerait au bien-être sensuel , ne voyant pas de plus haute sagesse que d'éluder ce qui est désagréable, et de s'assurer la jouissance de ce qui est facile, agréable et honorable dans la vie sociale ordinaire ; en vain il résisterait aux aspirations de sa conscience ; malgré tout, l'ordre entier de l'univers, qui n'est que l'école des esprits, nous
LA DESTINÉE DE l'hOMME. 221
porte sans cesse à raffermir notre autorité sur les influences sensuelles, et à mépriser tout ce qui appartient à la terre. Tout péché est suivi d'un châtiment qui lui est propre. La fraude est punie par l'inquiétude, la débauche par de terribles maladies, l'intempérance par l'affaiblissement du corps. Il n'y a pas de repos pour l'esprit jusqu'à ce qu'il ait vaincu toutes les passions qui luttent contre lui, jusqu'à ce qu'il ait appris ce qui est juste, vrai, indépendant des préjugés et des désirs sensuels, et jusqu'à ce qu'il ait trouvé son suprême bonheur dans le sentiment de la vertu. Alors il est à l'image de Dieu.
Dans ce but, l'esprit est entraîné ^ar tout ce qui l'entoure à regarder toutes les choses matérielles d'un certain point de vue, à les juger, et à en user en conséquence ; chaque erreur de jugement est la source d'une souffrance. Tout le pousse vers cet idéal qui le rapproche de Dieu, jusqu'à ce qu'il soit élevé, non-seulement au-dessus des entraînements des sens, mais au-dessus delà force des événements. Les différents événements qui frappent l'homme ne sont que des messagers envoyés par Dieu, pour instruire et perfectionner l'esprit de l'homme ; ils n'ont de rapport qu'avec les choses de la terre. Quand des avalanches s'écroulent, quand des nations sont asservies ou délivrées, quand les flammes dévorent nos
habitations ou nos autres biens, quand la guerre dévaste une grande contrée, quand la maladie fond sur nous sans qu'il y ait de notre faute, et que nos amis rendent le dernier soupir dans nos bras, — tous ces événements ne nous affectent que dans nos relations terrestres. Plus l'esprit du Chrétien est indépendant et dégagé de toutes choses terrestres, plus il est au-dessus des événements qui y sont liés. Il peut être riche ou pauvre, vivre dans le luxe ou la misère ; il peut rencontrer l'amitié ou la persécution ; mais, dans aucun de ces cas, rien ne pourra ébranler son amour du Christ, de la vertu, et de la Divinité. Le monde ne peut rien contre luii à quoi il ne soit résigné d'avance. La vie elle-même n'a pas tant de valeur à ses yeux que le devoir. Il ne craint pas la mort ; et contre celui qui ne craint ni la mort, ni la pauvreté, ni les jugements des hommes, que peuvent les événements et le sort? Il est un esprit comme Dieu; il porte en lui sa félicité, son bien suprême, et aucun événement ne peut le détruire. De même qu'une Divinité, il est au-dessus de tous les orages de la vie, et il ne les craint pas, car il est soutenu par le sentiment de son innocence et de sa droiture. Il est presque semblable à Dieu; et c'est la destinée de l'homme ï
Et pendant mon séjour sur la terre, je dois, je puis, et je veux, par des efforts incessants, m'ap-
LA DESTINÉE DE l' HOMME. 223
procher le plas possible de cette destinée. Jésus est descendu sur la terre sous une forme humaine, et doué de qualités humaines; et cependant, Il a étendu Sa connaissance des choses divines ; Il a maîtrisé ses penchants terrestres, et II s'est élevé au-dessus de la moH. Il a eu des amis; Il a aimé tendrement Taffectueux disciple qui reposait sa tète sur Son sein; cependant Son àme ne s'est pas attachée exclusivement et passionnément aux individus. « Tous les hommes et toutes les femmes, »» disait-D, « sont Mes frères et Mes sœurs. »» Il n'a pas été indififérent aux discours de ce monde ; Il a assisté aux noces de Cana, et n'a pas refusé les parfums que lui offrait un cœur pieux, respectueux et reconnaissant ; néanmoins, II. a renoncé à tout plaisir sensuel sans regrets ; souvent. Il ne savait où reposer Sa tête, et il n'a fait aucun effort pour éviter la mort quand le devoir Lui a ordonné de donner Sa vie pour le salut des pécheurs. Mais un jour de victoire est réservé à atout esprit bon et juste, et II a été glorifié au delà du tombeau.
Si telle est la destinée de l'homme, malheur à moi, car combien de fois ne l'ai-je pas oublié ! Malheur au monde, car combien est grande la confusion d'esprit qui y règne ! Se peut-il que la nature, la raison, et la révélation aient cessé d'avoir une signification, et que Jésus, le Sauveur, ne soit pas
224 LA DESTINÉE DE l' HOMME.
ressuscité d'entre les morts? Car je vois les hommes occupés de toute autre chose, et ne pensant pas aux choses invisibles. Ils sacrifient le plaisir, la santé et la yie, pour obtenir d'autres biens,^ mais non pour perfectionner leur esprit, pour grandir à l'image de Dieu. Ils se glorifient de leur intelligence ; l'un se vante d'en avoir plus que l'autre; chacun est avide de profiter habilement du temps et des circonstances pour son avantage ; mais quel est celui qui aspire à cette grandeur d'esprit qui permet à l'homme de s'élever au-dessus du destin, au-dessus du temps et des circonstances, au-dessus de l'espoir et de la crainte?
Hélas! et quand je considère la masse des êtres, quelle obscurité spirituelle ! Dans tous les cœurs, il y a un profond désir des choses divines; pour tous la religion est sacrée, tous lèvent les yeux au ciel, tous cherchent à pénétrer les mystérieuses profondeurs de l'éternité ; mais quelle triste idée se fontils de leur destinée, quelle indigne conception de la majesté de Dieu! Ils croient pouvoir s'élever dans l'échelle des êtres à l'aide de prières dépourvues de sens et de puériles cérémonies d'Église, tout en restant esclaves de leur nature animale. Ils voudraient mener sur la terre une vie de plaisirs, et, pour assurer leur destinée dans l'autre monde, compter sur l'intercession des Saints, et sur les mé-
LA DESTINÉE DE l'hOMME. 2:^5
rites de Jésus-Christ. Et ils espèrent gagner ainsi leur glorification ! Ils voudraient volontiers jouir du Ciel sur la terre, croyant leurs bonnes actions et leurs prières parfaitement dignes d^une récompense céleste. Ils ne font le bien que pour jouir d'une récompense, et n'évitent le mal que par crainte du châtiment. Ils conçoivent le Ciel comme une vie étemelle de jouissances sensuelles. Et toutes ces erreurs sont propagées par le secours de personnes sans principes qui se font appeler ministres du Dieu Tout-Puissant, et propagateurs des doctrines de Jésus ; et ces ministres regardent la déplorable ignorance du peuple d'un œil indifférent, et négligent leur devoir qui les oblige de chercher un système d'éducation meilleur, de manière à ce que la connaissance des choses Divines puisse se répandre même parmi les classes les plus humbles. Se peut-il que le génie humain ait si complètement oublié sa haute destinée, que le souvenir n'en survive même pas comme un rêve vague? Jésus-Christ n'a-t-il pas dit : « — Soyez parfaits comme votre Père dans le Ciel est parfait ! »» Mais si nous ne désespérons pas de notre destinée, et si nous n'avons pas perdu notre foi en Dieu, pourquoi vivons-nous comme s'il nJy avait pas d'éternité? Pourquoi concevons-nous une image du Très -Haut beaucoup moins noble et moins pure que celle que nous concevrions d'un être
226 LA DESTINÉE DE L'hOMME,
humain qu'on nous peindrait comme juste, incorruptible et sage?
Jésus, ils T'honorent avec les lèvres, mais leurs coeurs sont loin de Toi. Ils se font les propagateurs de Ta sainte parole, non parce qu'ils désirent Te suivre, mais afin de s'assurer pour eux-mêmes les conforts de la vie ! Ils restent sous la dépendance de circonstances extérieures, de préjugés étroits, et de ■ désirs mesquins; eux, qui en qualité d'esprits éternels devraient s'élever, comme Tu l'as fait, au-dessus des lois inaltérables qui gouvernent les choses terrestres ! Tous ne font pas cela, il est vrai ! — Cependant le nombre de Tes vrais adorateurs et de Tes disciples n'est, hélas ! que bien petit.
Jésus, mon Divin modèle, dans toutes les choses de la vie, dans les souffrances et dans la mort, je célèbre aujourd'hui, dans la joie de mon cœur, Ta victoire et Ta glorification. — Puisse mon âme triompher de toutes les influences mondaines ! Je reconnais le but pour lequel j'ai été créé, et cette pensée me plonge dans l'extase. De même que Tu es sorti de la tombe, j'abandonnerai mes erreurs pour entrer dans une vie plus pure et plus élevée ; je saurai m'affranchir de l'esclavage de mes passions, et jouir avec liberté démon empire sur moi-même. Et, non content de cela, je m'efforcerai de réveiller chez les autres la connaissance de leur destinée; je leur rappellerai
LA DESTINÉE DE L'hOMME. 227
leur sublime vocation ; je chanterai Ta grandeur, ô Père qui vois dans le Ciel, dans mes foyers, au ml lieu de ceux avec lesquels Tu m'as uni sur la terre ; et par mes sentiments, ma parole, et ma conduite, je m'eflTorcerai de faire accepter partons cette vérité, que notre dernière demeure n'est pas parmi toutes les choses que nous voyons, mais bien parmi les choses que nous ne voyons pas, dans le domaine de rÉtemité. Que ni les richesses, ni le rang, ni les honneurs, ni enfin aucun des plaisirs de la vie, ne sont le but vers lequel doivent tendre nos efforts, mais que notre loi est « de devenir parfaits, comme notre Père dans le Ciel est parfait. »» Aind soit-il !
Quelle joie ter» la mienne quand Dieu m^cnlèvera à cette terre pour me faire entrer dans un monde meilleur 1 Pourrai -je comprendre les différentes appellations des choses que j*anrai crues Divines, quand, dans cette patrie sacrée, la gloire de Dieu me remplira de sa lumière?
De même qu^il n^y a qu^un Seigneur, qu^up Dieu qui règne dans le Ciel, de même à toutes les créatures il n^est donné qu^une vie, et dans tout le domaine de la création nous ne trouvons pas de place pour la mort, la loi des transformations se retrouve partout, — rien ne meurt complètement, — je sais que mon âme, une fois lavée des impuretés terrestres, habitera le royaume où le Christ, mon Rédempteur, règne dans sa Majesté éternelle.
(Saint Marc xvi. 1-14.)
La célébration de la Résurrection de Jésus, après Sa mort sur la croix, peut être considérée comme célébrée par nous en réjouissance de notre propre
immortalité. Sa sortie du tombeau nous révèle la grande transformation que nos âmes subiront aussi un jour. L'àme n'est pas poussière, comme le corps, et ne peut jamais rentrer dans la poussière. De même que toutes les puissances de l'univers créées par le Tout-Puissant sont éternellement actives, de même mon âme demeurera dans une activité éternelle. Jésus, notre modèle dans la vie, est aussi notre modèle dans la mort, et Sa Résurrection est un indice de ce qui nous attend après la mort.
Il y a trois grandes idées qui représentent les intérêts les plus sacrés de Thumanité, et devant lesquelles toutes les autres disparaissent; trois idées que Tespnt de l'homme seul, de toutes les autres créatures connues de Dieu, peut comprendre, et qui constituent les trésors les plus sacrés de toutes les âmes — et sans lesquels l'homme lui-même cesserait d'être homme. Ce sont : la conception d'un Dieu gouvernant toutes choses, — la croyance en la possibilité de nous rapprocher de Dieu en nous perfectionnant de plus en plus, — et Tespérance de l'immortalité.
Celui qui garde dans son esprit ces trois idées sacrées, suit les traces de Jésus; et il est dans la voie du salut. Il conservera toujours cette joie et cette paix de l'àme qui est un avant-goût de la félicité qui nous attend dans l'avenir.
imcoRTALiTA. 231
& la pensée de rinamortatité de T^me et de la miséricorde infime de Diea était iircessamment présente à Tesprit de rhomme, nous verrions moins de frivolité, moins de vanité, et no«s éprouvericms m<»ns de crainte en présence de la mort.
C'est pourquoi je veux aujourd'luai concentrer mon esprit dans cette glorieuse pensée. Il j a un Dieu, et je suis son œuvre indestructible ! Je veux méditer sur mes destinées plus hautes, sur la vie future qui m'est réservée, et me réjouir de cette douce espérance que Jésus m'a donnée, mais que Dieu Luimême a révélée, non-seulement aux Chrétiens, mais à tous les êtres qui s'agitent à la surface du globe.
Je SUIS né pour l'immortalité. Le Christ me Ta promise. Un jour viendra où je n'appartiendrai plus à ce monde, mais à un monde meilleur. Mon bonheur sera proportionné au degré de perfection que j'aurai pu atteindre dans cette vie. (Saint Jean v. 28; IL Corinthiens v. 10.)
Je suis appelé à l'immortalité. Ce corps qui me couvre maintenant a été emprunté à la terre, et retournera à la terre. Mais ce qui est incorruptible ne saurait périr, me disent les Saintes Écritures* Mon àme entrera dans une existence nouvelle comme si elle était revêtue d'une enveloppe plus pure, et elle deviendra capable d'une jouissance plus élevée. C'est en vain que nous chercherions ce; que
peut être la nature réelle de cette merveilleuse métamorphose. Il serait insensé de vouloir apprendre ce que devient Tàme après la mort. La faiblesse humaine peut-elle pénétrer les secrets de la Divine Profondeur? Notre vue si courte peut-elle sonder les mystères de la Sagesse infinie? Comment parviendrions-nous à connaître des merveilles pour lesquelles la sagesse humaine n'a pas d'expressions, e< avec lesquelles les choses de ce monde n' offrent aucune analogie? Saint Paul lui-même condamnait ceux qui se livraient à ces vaines recherches, et il n'a que des images obscures pour nous expliquer les phénomènes qui suivent la mort. (I. Corinthiens xv, 35-44.)
Qu'il suffise au Chrétien d'avoir acquis la conviction consolante qu'il lui est réservé une autre vie qui, dès le commencement du monde, a été préordonnée. Là, Dieu essuiera toutes les larmes qui couleront de nos yeux, et il ji'y aura plus ni mort, ni chagrins, ni pleurs, ni douleurs; car ce qui était auparavant sera passé. (Apocalypse xxi, 4.)
Quelques minutes seulement avant Sa mort, Jésus, le Sauveur dii monde, consolait le larron crucifié à côté de Lui «n Ini donnant la douce espérance do l'immortalité. D'une voix mourante, Jésus lui dit : « Aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis. »
Dieu a révélé à tous les mortels la nature éter-
nelle et indestructible de Tàme humaine. Tous les peuples de la terre croient à l'existence prolongée de leur àme après la mort, sans que cependant aucun peuple ait reçu cette certitude d'un autre peuple. Mais la Divinité a si bien organisé les lois de la raison humaine^ que, dès que l'esprit a acquis la faculté de penser, il est spontanément amené à croire en l'avenir éternel qui l'attend.
Toutes les religions enseignent cette consolante espérance, et les païens eux-mêmes, lorsqu'ils pleuraient sur le cadavre des* êtres aimés, ne manquaient pas de lever leurs yeux pleins de larmes vers le ciel. Cet accord universel, cette croyance de tous, c'est la voix de Dieu qui se fait entendre à nos cœurs!
Comment, en effet, l'horrible pensée d'une destruction éternelle entrerait -elle dans l'esprit de l'homme, quand la nature entière, toute la création de Dieu témoigne du contraire? Rien de ce qui a eu vie ne périt complètement. Le grain de poussière que vous foulez aux pieds a fait autrefois partie d'un rocher. Le rocher a cessé d'exister, mais les parties qui le formaient sont encore là, et si les choses les plus insignifiantes demeurent toujours, quoique avec le temps elles puissent subir mille changements de condition et de combinaison, pouvons-nous croire que la plus noble des créations connues, l'esprit de l'homme, soit une exception? Quand nous voyons
c^e le, graiu de poussière demeurera 4an& FaulYers tant que ruiULver& Im-mèxae subsistera, pouvonsnous croire que rame de Vhomme, qui seule a U faculté de concevoir Dieu, et l'iimûortalité, ne durera que quelques courts moments?
Il âst deux choses, parfaltemesit reconnues dana le domaine de la création, sans cesse distinctes Tune de l'autre, — la matière inanimée* et certaines farces secrètes qui lient et vivifient les molécules de cette matière. Ces âeurs qui ne doivent rien aux soms de Tlmmme, naissent de la terre. La plante^ il est vrai, se nourrit d'eau, de terre, d'air, et de lumière ; mais chaque parcelle de terre ou chaque rayon de soleil ne devient pas une plante. Il existe une puissance secrète qui force l'herbe à être herbe, et le chêne à être chêne, et rien autre chose. Cette force secrète, qui peut, pour aiusi dire, être considérée comme l'àme des plantes, sait extraire de chacun des éléments la nourriture qui leur convient. C'est au moyen de cette force iuvisible, inexplicable, que la fleur devient fleur.
Que penses-tu maintenant? — Sont-ce les substances inanimées qui, en se combinant, produisent une force mystérieuse, ou bien est-ce le pouvoir secret des forces- qui opère sur la matière et lui donne ses formes innombrables^ la vie, le mouvement, le plaisir? Si. la mâJ.ièré^ inanimée, ne peut disparaître
mMOBTALlTi. £85
de ruBivers» pttises^u que les forées les plva élevées et les plus nobles éléments poiaseat cesser dVxûh ter? Quand 1a plante est abandonnée par sa force intériewe, et qu'elle se fane et retourne à la terre, le pouvoir qui la vivifiait a-t-il donc disparu de Tunivers? Non; tu ne le vois pas» mais il sgit encore sous une autre forme et dans d'autres conditions.
n en est de même pour Tesprit humain , qui est une force infiniment plus grande et plus merveilleuse, d'autant plus qu'aucune des autres forces que nous connaissons ne peut lui être comparée. Et qui pourrait être assez déraisonnable pour croire que nos corps, composés de matière terrestre, ont produit l'esprit qui est en eux? — que lorsque le corps retourne à la poussière l'esprit doit aussi pénr? N'est-ce pas l'esprit qui soigne, nourrit, et protège le corps, qui dirige ses mouvements, et s'en sert arbitrairement comme d'un instrument?
Il n'y a en vérité d'assez fous pour douter de l'immortalité que ceux qui sentent que leur vie n'en est pas digne, ou qui ont des raisons pour la craindre. Mais ils s'efibrcent en vain de se tromper euxmêmes, de tromper leur propre raison! Une voix intérieure leur crie : Ton âme ne peut périr ! Il faut qu elle existe et paraisse au tribunal de Dieu ! Pécheur» pécheur» il y a un Dieu; et aussi vrai qu'il y
a un Dieu, tu es immortel, et tes actes te suivront jusque dans Téternité.
L'àme humaine qui jaillit de Tocéan infini de la lumière Divme, cette puissance sublime qui règne sur les plantes, les minéraux, et les animaux, qui peut s'élever au Ciel, qui calcule et règle les mouvements des sphères, et qui, par une révélation intérieure, a eu conscience de sa Divine origine, — cet esprit dont les pensées franchissent les montagnes et les mers, et pénètrent jusqu'au Tout-Puissant, cet esprit est essentiellement indépendant. Il existe par lui-même et pour lui-même. Il se crée, pour ainsi dire, un petit monde à lui. Il n'entre eh rapport avec le reste de la création que par ses sens, et, pendant qu'il observe les nombreuses métamorphoses qui s'opèrent autour de lui, il développe en elles de nouvelles forces. Si l'esprit humain n'était pas créé pour lui-même exclusivement, s'il existait pour d'autres choses, il perdrait sa valeur, et cesserait d'être dès que ces autres choses, dont il ferait partie, disparaîtraient. L'esprit n'existe pas pour le corps, pour la poussière qu'il vivifie, pour ce simple instrument, mais le corps existe par l'esprit. C'est l'esprit qui est le principe vivifiant et gouvernant le corps.
Et la. merveilleuse conscience qu'a l'esprit de son indépendance, la ferme conviction qu'il possède
qu'il n'existe que par lui-même et non comme une partie d'autres choses, est la meilleure garantie de son immortalité. De même, l'esprit le plus noble, la Divinité, le Créateur, ne fait pas partie de l'univers ni d'aucune autre chose, mais il existe par luimême, et est éternel. Vous qui doutez de l'immortalité de votre àme, vous pouvez auçsi, dans de tels moments d'aberration mentale, douter de l'existence de Dieu !
Si nous observons les animaux avec leurs instincts aveugles et leurs capacités, nous voyons que toutes les facultés dont le Créateur les a si merveilleusement doués, sont nécessaires, et même indispensables, pour supporter la vie, et arriver au but qui leur a été assigné sur la terre.
Maintenant, si l'esprit humain n'était créé que pour les choses fragiles de la terre, il n'aurait pas eu besoin de toutes les facultés supérieures que la main de Dieu lui a accordées. S'il n'avait reçu, comme les autres animaux, que des instincts aveugles pour le guider, ceux-ci auraient suffi également pour l'aider à trouver sa nourriture, et à soutenir le corps qu'il anime.
Mais à quoi servent les glorieuses facultés de notre esprit ? Pourquoi sommes-nous, par une surprenante accumulation de circonstances, forcés de perfectionner ces facultés? Pourquoi possédoné-nous la
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connaissance de Dieu, si ce Dieu devant le trône du* quel nos esprits se prosternent n'est pas notre Père éternel? Pourquoi la main du Dieu miséricordieux a-t-elle implanté dans nos cœurs cette soif ardente et des aspirations à une autre vie, si elles devaient n'être jamais satisfaites? Si Timmortalité de Tàme était une illusion, l'homme, avec ses facultés et ses connaissances supérieures, serait encore plus digne de pitié que le plus humble des animaux. Ce dernier ne sait rien de la mort; il ne se prépare pas pour sa dernière heure. Pourquoi Dieu dans Sa toutesagesse nous a-t-il donné la faculté d'entrevoir l'avenir? Sceptique, oserais-tu proférer un blasphème et répondre « que .c'est afin de nous rendre plus malheureux? »» Devons-nous donc supposer que Dieu a glorieusement manifesté Sa sagesse dans les pierres, dans les plantes, et dans les animaux, mais que pour l'homme II a manqué Son but? Les animaux atteignent, par leurs facultés inférieures, tout le contentement et le degré de perfection dont leur r.ature est capable ; mais Thomme, avec ses qualités bien plus élevées, n'atteint rien qui approche de la perfection dont sa nature est susceptible. Cette vie ne suffit donc pas pour ac<iomplir et atteindre notre destinée. Nous portons en nous le germe d'une perfection infinie ; donc l'infini doit avoir été une des conditions de notre création, ou le monde est un
chaos, et la nature de Dieu n^est pas conséquente avec elle-tiième, — pensée qu'un fou peut seul concevoir.
Tu crois en Dieu, et pourtant, téméraire et insensé I tu voudrais, dans ton aberration, nier la manifestation de Sa sagesse dans la meilleure organisation de l'univers. Et cependant chaque étoile, chaque brin d'herbe, ta propre conscience, tous les événements de la vie, toutes les nations de la terre le proclament, et en mille langages s'écrient : a Dieu est ! Dieu existe ! »»
Et s'il y a un Dieu, et s'il est l'Être parfait et suprême, comment oses-tu douter de Sa justice? Celui qui ne croit pas à l'immortalité de Tànne et à une justice rétributive, siégeant au-dessus des étoiles, ne croit qu'à un Dieu imparfait ; il croit que l'esprit humain conçoit une justice plus élevée que celle manifestée par le Très-Haut.
Car, comment pourrait-on concilier avec la justice Divine, que des hommes et des femmes parfaits, de pieux Chrétiens qui ont souffert les plus grandes misères sur la terre par amour de la vertu, et sans avoir rien à se reprocher, aient souffert ainsi, s'il n'y avait pas une compensation future de félicité suprême pour ce qu'ils ont «ouffert ici-bas ; et que des méchants, des tyrans sans cœur, aient passé leurs jours dans les honneurs et les plaisirs, et
soient restés impunis après avoir infligé à leurs semblables innocents, à des familles, à des individus, à des nations entières, des maux intolérables et des misères sans nombre? S'il n'y a pas de juge suprême et de justice, pas de châtiment pour les méchants, ni de récompense pour les bons, quel est ici-bas celui qui voudrait suivre les préceptes de la vertu?
Il est vrai qu'on a dit que la vertu porte en ellemême sa récompense? — hélas ! cela n'est pas toujours. Combien ont sacrifié toutes les joies de la vie pour une cause juste, et sont morts dans de grandes souffrances, fidèles jusqu'à la dernière heure aux lois divines ! Non, très-souvent la vertu sur la terre ne porte pas plus sa récompense avec elle que le vice ne porte son propre châtiment. Mais les martyrs Chrétiens, aussi bien que les pécheurs éhontés, ont une croyance intuitive d'un autre monde, et savent que la rétribution éternelle aura lieu au delà des étoiles.
Oui, au-dessus des étoiles, la Justice éternelle nous réserve les châtiments et les récompenses. Ne pleure pas, ami de la vertu qui soufires ; ne désespère pas, innocence persécutée et abandonnée, le jour du triomphe viendra. Porte avec courage ta croix jusqu'au tombeau comme Ta fait Jésus ; comme lui, tu vivras éternellement.
Nous sommes immortels ! nous ne serons pas à jamais la proie de la mort. 0 vous ! pauvres orphelins, pourquoi pleurez-vous, pourquoi ètes-vous si inconsolables sur la tombe de votre père, de votre mère ? 0 père ! 6 mère ! pourquoi vous désoler ainsi (le la mort de votre enfant? Il n'a fait que vous précéder dans un monde meilleur. Vous êtes immortels, et vous retrouverez le trésor que vous avez perdu. — Dieu a voulu que ce fût ainsi. Votre sort a été préordonné pour FÉternïté quand le plan du monde a été conçu. Dieu vous appellera aussi ; un jour vous serez transportés dans les bienheureuses régions où vous jouirez d'un bonheur étemel, tandis que d'autres vous pleureront sur la terre.
Nous sommes immortels ! — Pécheur, tu peux pâlir d'avance ! — L'âme de cet homme aussi est immortelle : c'est celui que tu as persécuté par ta haine et ta médisance ; immortel aussi est le malheureux mourant de faim auquel tu as refusé ton obole, afin de pouvoir dépenser davantage pour tes plaisirs ; immortelle est l'âme de l'innocente jeune fille que tu as séduite, et à laquelle tu as volé ainsi toutes les joies de la vie; et immortelle comme la tienne, ô orgueilleux ! est l'âme de ton semblable que tu foules aux pieds comme le ver qui rampe dans \a poussière.
Nous sommes immortels! — 0 Chrétien, ô doux
disciple de Jésus, ies âmes de ceux que tu as comblés de tes dons sont immortelles aussi. Elles témoignent en ta faveur devant Dieu. Les larmes que tu as séchées sur les yeux de ceux qui souffraient se cliangeront en larmes de bonheur pour toi. Les enfants que dans la piété de ton cœur tu as préparés pour l'éternité ne te seront jamais ravis. Ils seront dans l'autre monde ce qu'ils sont dans celui-ci, des âmes plus étroitement liées à la tienne.
Nous sommes immortels ! Dieu, mon Dieu ! Dieu sans nom, miséricordieux, sage et juste, cet espoir comprend tout mon bonheur sur la terre. Dans Ton monde il n'y a pas de mort, il n'y a que la vie ! Et ce que nous appelons mort n'est qu'une transfor* mation. Ton univers entier est la vie. Tu es Toimême la Vie ! Comment alors pourrai-je être en Toi, et cesser d'exister ? Tu ne m'as pas donné l'être pour faire un rêve si court sur la terre. — Tu m'as choisi pour l'éternité; et Jésus, qui est ressuscité d'entre les morts, m'a appris dans Ses saints préceptes le moyen de l'atteindre. (Colossiens m. 2.)
Oh ! quelle joie inexprimable s'empare de mon âme ! Quel ravissement fait battre mon cœur à la pensée de la vie éternelle ! Douleurs de la vie, heures de souffrance, qu'êtes-vous ? — Des ombres qui passent sans laisser de traces après elles. Des avertissements de Dieu pour nouô pousser à suivre
les saints enseignemeuts du Clirist. Des avertissements de mon Père céleste, qui me fait souvenir que je suis destiné à la vie éternelle.
0 mon Père ! je veux me rapprocher de toi ! Par Ta volonté je suis immortel, et, pénétré de Ton Saint Esprit, je m'efforcerai de me rendre digne de Timmortalité. Je rejetterai mes fautes comme une poussière indigne; je veux me dévouer à Dieu; car je suis immortel. De tout mon cœur je m'efforcerai de m'élever jusqu'à Toi, ô Père éternel ! Admets-moi ainsi que les miens dans Ton glorieux royaume ! Ainsi soit-il 1
Oui, je croîs; mais combien est fkible la vérité la plus éclatante cachée sons la poussière! combien souvent ma foi a-t-elle failli m*aban« donner, et n'a-t-elle désiré que par la vue set csp<^ranccs lui fussent révélées î
Pour moi, Toi qni est la vie par laquelle j'existe, oh! que Ton Esprit vienne me donner la certitude que la mort n^est pas la mort, — mais que c'est quitter la terre pour une seconde nature plus noble que la pren^ière.
Quand une fois cette vie transitoire sera jiassée. Ta main relèvera le voile, — le voile qui cache à tout œil la vision de l'Eternité.
(II. Corinthiens v. 7 )
Combien de fois, en songeant aux destinées futures de Tâme, les mortels ne se sont-ils pas dit : c Si nous
savions seulement ce que nous deviendrons dans la vie future ! Si nous avions seulement une idée de ce que sera l'àme après la mort du corps ! Si nous avions lar plus petite eœinaissance de la demeure où Tàme doit s'envoler, ou la moindre prévision de la destinée qui Ty attend, quelque fail)le pressentiment des joies et des douleurs de l'Éternité ! «
De tels désirs et de semblables questions sont pardonnables. Cependant ils indiquent plutôt une curiosité et une impatience communes qu'ils ne trahissent chez l'àme un noble désir de savoir. Car ce désir d'apprendre est facilement satisfait par la conviction qu'un jour viendra infailliblement où nous saurons et où nous verrons tout ce qui arrivera, quand il sera nécessaire pour nous. Mais la curiosité ne se contente pas de cela ; elle souhaite connaître simplement pour satisfaire sa soif; elle est comme l'enfant indiscret qui, sachant bien qu'il doit recevoir dans un temps donné un cadeau de ses tendres parents , cherche inutilement 'à deviner d'avance ce que peut être ce cadeau.
C'est ainsi que la folie humaine a toujours cherché à découvrir par une investigation subtile les secrets de l'Éternité. C'est ainsi qu'on a mis au jour tant de notions et de folles suppositions sur la vie future, et qu'il y a ^u des personnes qui ont laissé leur imagination s'égarer sur ce sujet. Chez les Juifs comme
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chez les^Tnrcs, chez les Païens comme chez les Chri* tiens, les idées Icts plos contradictoires régnent sur l'état de notre âme immortelle après la mort, — idées sourent très^indignes de la grandeur et de la majesté de Dieu.
Quelques-uns croieitt que dans Tautre monde Tàme vivra dans un état de bonheur sensuel, au milieu de bocages et de jardins charmants, où seront dressées des tables richement servies, aux* quelles ils pourront s'asseoir quand cela leur plaira. D'autres croient que l'âme dort dans la tombe jusqu'au grand jour du jugement, où les morts se lèveront et s'avanceront pour recevoir leur récompense. D'autres encore croient que jusqu'au dernier jour du monde, les âmes erreront çà et là, les unes sous la terre, d'autres à la porte de l'enfer, quelquesunes dans l'air, et quelques autres à là proximité de Dieu, et qu'elles ont le pouvoir de se révéler aux vivants, à certains moments, {Utrticulièrement la nuit, sous la forme de fantômes, et de Caire naître la terreur sans raison et sans but. D'autres encore pensent que les âmes des morts errent dans quelque paradis, où leur plus grande joie consiste à oe souvenir et à raconter les actions qu'ils ont accomplies pendaiit leur première existence. D'autres encore prétendent qu'avant que l'âme soit admise définitivement au paradis, ou dans le lieu où elle doit
jouir d'une joie éternelle, elle doit subir un tempr. d'épreuve pendant lequel elle s'épure de tans sbl^ désirs terrestres,, de tous les soucis et de toutes les impuretés qui l'enveloppent encore, afin de pouvoir jouir d'un bonheur sans fin et sans mélange.
C'est en vain, cependant, que la curiosité s'est efforcée d'ouvrir les portes de l'éternité, et de découvrir ce qu'il y a au delà de cette vie. Elle n'a jamais pu réussir. L'obscurité dans laquelle Dieu a enveloppénotre patrie future demeure impénétrable; et parmi les morts nul n'est encore revenu pour dé- . voiler à l'homme avide de les connaître, les secrets du monde des esprits.
Les folles conjectures faites sur ce sujet n'ont jamais eu de résultat utile ou bienfaisant. Les hommes se sont torturés avec leurs propres rêves ; ils se sont créé à eux-mêmes de terribles images, qui n'ont.d' existence que dans leurs cerveaux exaltés^ Ils ont peuplé leur imagination d'une foule de fantômes ou d'esprits qu'ils supposent visibles, que, dans leur timidité, ils se figurent voir et entendre partout. Us ont étendu, en conséquence, non le royaume de la sagesse, mais celui de la superstition; non le royaume de Dieu, mais celui des erreurs et des fables du paganisme. Us ont moins cherché à devenir semblables à Jésus en pensées et en actions, qu'à disputer sur leurs fantaisies et leuro
opinions. Ils ont mis plus de confiance dans de longues prières régulières et dans l'observation de la discipline extérieure, dans les jeûnes et les purifications, que dans Timitation des sentiments vertueux et des œuvres de charité de Jésus. Enfin, ih ont placé la valeur et l'essence du Christianisme plus dans certains dogmes et dans la foi que dans raccomplissement de ces choses qui plaisent à Dieu, ainsi que Jésus-Christ l'a dit dans son Sermon sur la Montagne et que les Apôtres l'ont répété dans tous leurs discours et dans toutes leurs épltres. C'est en vain que Saint Jacques leur crie : — « A quoi bon, mes frères, avoir la foi, si Ton n'a pas les œuvres ? La foi peut-elle nous sauver ?» En vain tu leur <5ries, ô Jésus : — «* Tous ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, n'entreront pas dans le royaume des Cieux ; mais il y entrera celui qui fera la volonté de mon Père qui est aux Cieux. »» Ils persistent dans leurs tristes conceptions, dans leurs cérémonies superstitieuses, dans leurs prières exagérées. Les observances religieuses extérieures sont plus sacrées pour eux que la parole de Jésus, que les avis salutaires du Christ.
Evitons scrupuleusement toute curiosité sur ce sujet solennel ; détournons-nous de toutes les imaginations et de toutes les suppositions sur l' état de notre âme après la mort qui peuvent nous induire à des
terreurs déraisonnables et superstitieuses, et nom amener à avoir recours à d'insignifiantes cérémonies. Il n'y a pour moi sur terre qvCun grand Révélateuï des choses saintes et Divines, et c'est Jésus-Christ, le Fils de Dieu, le Sauveur du monde. Lui seul est ma lumière, l'étoile qui me guide dans Tobscurité ; et tout ce que les hommes, si sages et si saints qu'ils soient, pourraient me révéler sur la vie étemelle, n'est que le résultat des conceptions humaines et do leur manière de voir.
Mais Jésus, qui vit dans l'Éternité, qui y est depuis le commencement, et qui y restera jusqu'à la fin, Jésus m'a assuré que mon àme est immortelle, sans cependant rien me révéler sur son état dans la vie future. Il nous a appris que l'àme de l'homme, une fois délivrée du corps, serait transportée dans une sphère plus élevée et plus heureuse, que Dieu lui avait préparée dès le commencement des siècles. Ainsi, il a dit à son compagnon sur la croix : « — Aujourd'hui tu entreras avec moi dans le Paradis. » Il nons a appris que nous devons sur la terre préparer nos âmes pour TÉternité ; que déjà ici*-bas elles appartiennent au grand royaume de Dieu ; que le royaume de Dieu ne consiste pas en signes extérieurs, mais qu'il est en nous dans l'àme vertueuse et parfaite. « I-,e Royaume de Dieu^ " dit-Il, «* est en vous» ♦» (Sain^ Luc xvii. 21 .) Il nous a appri« q«e, sekm qntf
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chaque mortel en cette vie sera plus digne, et ap» prochera d'une perfection plus grande, d*un état plus heureux, il retrouvera cette même perfection et ce même bonheur en quittant la terre. Là, chacun sera jugé selon ses parole?, ses pensées, ses ceuTres, et recevra la récompense qu'il aura méritée. (Saint Matthieu xxv. 34-46.)
Les disciples du Christ doivent se contenter de ces explications, et de ce qu'ils ont pu entrevoir de rÉternité. Ils connaissent la valeur de la vre éternelle et des promesses qui leur ont été faites à ce sujet, et ils doivent se réjouir. Ici, sur la teire, ^ nous voyons par la foi, et non par les yeux ! »»
Et pourquoi ne serais-je pas satisfait des révélations que je trouve dans les Saintes Écritures? Pourquoi ce que Jésus a promis ne suffirait-il pas à me tranquilliser? Pourquoi ajouterais-je plus foi aux conceptions de mon insatiable curiosité qu'à la sagesse de mon Divin Rédempteur et Consolateur?
Si la Divinité avait pensé qu'il était utile au genre humain de pouvoir pénétrer dans rÉternité, de connaître ses secrets, la puissance nous en eût été doiuiée. Mais Cehii qui sait et voit tout n'a pas voulu qu'il en fût sàmi ; nous pouvons donc conclure que la C|u3iilté de suivre les âmes dans les sentiers de l'Éternité n'augmenterait ni notre bonheur ni
notre bien-être. Elle nous est cachée jusqu'à l'heure importante où nous quitterons ce monde pour aller habiter dans FÉternité.
Ce désir constant de résoudre les mystères de la vie future est donc coupable, indigne d'un Chrétien ; il prouve un manque de confiance dans la sagesse et Tamour paternel de Dieu. Sois assuré que la connaissance de ce que le Seigneur te cache te rendrait malheureux. N'est-ce pas ainsi q«e les parents cachent bien des choses à leurs jeunes enfants, auxquels ces choses seront apprises quand ils atteindront l'âge mûr? La découverte prématurée de ces choses pourrait être nuisible au bien-être de la famille entière, ou peut être un mal pour les enfants eux-mêmes. Qui blâmerait la sagesse et la prudence de ces parents pleins de sollicitude qui, en maintenant leurs enfants dans une ignorance nécessaire, prouvent leur affection pour eux? Plus tard, Fenfant lui-même ne rendra-t-il pas grâce à ses parents» de leur réserve ?
Il en est de même de Fhomme par rapport à Dieu ! Nous aussi, un jour, quand la tnort déchirera le sombre voile qui entoure ce mystère, nous reconnaîtrons la sagesse d'un Père affectueux, et nous lui rendrons grâce. Nous aussi, nous sourirons de la futilité de nos efforts, des enfantillages de notre imagination sur l'autre vie. Nous aussi, nous nous
repentirons avec justice de notre manque de foi en la Sagesse et la Miséricorde éternelles.
Tout incapables que nous soyons pendant notre séjour sur cette terre, et avec nos facultés restreintes, de comprendre les conseils et les fins élevées du Très-Haut, il nous est beaucoup plus facile de deviner pourquoi la main de Dieu a voilé à nos yeux la face de l'Éternité, qu'il ne l'est de lever son voile, si peu que ce soit.
Moins nous savons avec certitude ce qui nous attend après cette vie, et plus notre vertu sur la terre sera pure et noble.
Qu'est-ce que la vertu Chrétienne? En quoi consiste la sainteté que Jésus exige de nous ? Elle consiste à devenir meilleurs, à attirer sur nous les grâces et les bénédictions du Très-Haut. La sagesse du Chrétien, telle que Dieu la comprend, ne doit avoir d'autre but qu'elle-même : elle doit être un lïipyen de s'assurer tel ou tel avantage, elle ne doit pas être une simple mesure de prudence.
Quel est le mérite de cette vertu qui me fait donner l'aumône aux pauvres dans le but d'obtenir l'approbation des hommes, — qui me fait éviter les inimitiés dans le but de rendre ma vie plus facile et plus agréable, — qui me pousse à venir au secours des autres, afin que les autres me secourent à leur tour, — qui me porte à faire des actes d'utilité du-
blique dans le but de gagner la popularité, — qui me fait agir honnêtement afin de gagner la< confiance, — qui me rend agréable aux autres pour m'attirer leiirs louanges, — qui me fait témoigner de Famitié à ceux qui peuvent m'en témoigner en retour? Est-ce là la vertu telle que Jésus la comprend ? Non, ce n'est que de la prudence ! C'est une manière de se procurer de grands avantages en faisant de légers sacrifices. « Car, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense en retirez-vous? Et si vous ne saluez que vos frères seulement, que faites-vous de plus que les autres? »» Non, « vous devez être parfaits comme votre Père dans le Ciel est parfait; *> c'est-à-dire, votre bonté doit être pure de tout égoïsme, il i^e faut pas que votre vertu ne soit qu'une simple mesure de prudence, vous ne devez pas attendre une récompense plus grande que celle comprise dans cette vertu même.
Celui qui n'aime pas la vertu pour elle-même ne la connaîtra jamais!* Un enfant qui n'est obéissant que parce qu'on lui promet une récompense, n'est ni sage ni bon, mais avide et égoïste.
Dieu est parfait parce qu'il est Dieu, et II trouve dan^ Sa perfection même Sa joie la plus pure. Dieu est parfait, non pour obtenir des avantages extérieurs; et II n'est pas non plus miséricordieux, grand et bon, pour que l'homme faible, pauvre v^r
dans la poussière» Tadore et chante Ses louanges. Et c'est daxis cet esprit que Jésus nous dit d*ètre parfaits comme notre Père dans les Cieux est parfait.
Noos devons deyenir meilleurs, nous sanctifier dans la pratique de la vertu, non dans Tespoir d'une récompense, mais parce que dans la perfection, dans la sanctification on trouve le bonheur de Tàme. L'homme le plus vertueux et le plus sage sera le plus heureux, simplement parce qu'il est le plus parfait. Son àme demeurera en entrant dans rËternité ce qu'elle aura été ici-bas ; et pour récompense dans cette vie meilleure, il lui sera permis d'approcher plus prè': de la Divinité, et de grandir de plus en plus à l'image de Dieu.
Si quelqu'un évite le mal par la crainte du châtiment, il est prudent, mais il n'est pas vertueux. Si quelqu'un recule devant le vol par la crainte des fers et de la prison, devons-nous le croire pieux et probe? Qui peut m'assurer qu'il ne volerait pas s'il n'y avait ni chaînes ni prison? Si quelqu'un évite le péché par crainte de l'enfer, est-il donc un homme religieux? Ou, quand quelqu'un fait le bien en cette vie dans l'espoir qu'il en sera richement récompensé dans l'autre, est-il un saint selon l'esprit de Jésus? S'il n'avait pas d'espoir ou seulement un espoir vague d'une récompense future, agirait-il également bien? Si non, son ^oïste vertu est-elle autre chose qu'un
^jG pourquoi faut-il que la vie future
moyen habilement calculé pour acheter un bien considérable pour une avance de peu d'importance, et pour gagner, au prix d'un léger sacrifice de quelques minutes, une éternité dç bonheur?
Non, il est bien que ks yeux terrestres ne puissent pénétrer l'Éternité. Notre vertu sur la teri*e est par là plus pure et moins égoïste, parce que, ignorant ce qui doit suivre, nous sommes livrés entièrement à nous-mêmes.
Mais supposons qu'une révélation de la vie future nous soit faite, serions-nous capables de la comprendre? Comment se peut-il que, liés à la terre comme nous le sommes^ et avec des facultés proportionnellement limitées, nous ayons le pouvoir de comprendre le surnaturel ? Comment ce qui est sensuel peut-il concevoir ce qui est spirituel? Toutes les descriptions seraient insuffisantes et ne parviendraient pas à nous éclairer, parce que nous manquerions de moj'^ens de comparaison.
Si un voyageur de notre partie du globe visitait les sauvages du Pacifique, et essayait de leur décrire les conforts de la vie et la supériorité intellectuelle dont jouit l'habitant de nos régions, comment se ferait-il comprendre, puisque aucune idée de cette espèce n'existe dans l'esprit des sauvages? Si un homme jouissant du bienfait de la vue décrivait à fn aveugle-né les beautés d'un paysage, la forme
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sublime des haates montagnes au pied (lesquelles coulent des torrents majestueux, et au sommet desquelles sont rassemblés des nuages éblouissants dorés par les rayons du soleil couchant, dans quels termes pourrait-il représenter à l'aveugle qui ne connaît pas la lumière, qui ne sait pas ce qu'elle est, les merveilleuses beautés de la création? L'aveugle resterait, comme auparavant, plongé dans l'obscurité, sans pouvoir comprendre ce que l'autre aurait essayé de lui faire sentir; mais une tristesse plus grande s'emparerait de lui à la pensée qu'il est exclu de tant de bonheur échu en partage aux autres.
Eh bien, que sont les mortels, sinon des aveuglesnés, quant aux gloires de l'existence future qui nous attend? Ces gloires ne peuvent être perçues que par les esprits délivrés de la fange terrestre, et si l'un d'eux nous apparaissait et nous décrivait la grandeur, la bonté et la majesté du Créateur, telles qu'elles se manifestent dans ces régions bénies, et la béatitude des âmes qui ont brisé tous les liens de la chair, serions-nous capables de comprendre ce qu'il nous dirait? Ne serions- nous pas accablés de tristesse à la pensée que d'autres créatures de Dieu puissent être infiniment plus parfaites et plus heureuses que nous? Ne trouverions-nous pas les joies que Dieu nous a accordées ici-bas bien insignifiantes en comparaison de celles qu'il nous réserve? Oh!
258 POURQUOI FAUT-IL QUE LA Vir. FUTURE
soyons assurés que c'est avec une main sage et prudente que le Dieu éternel a mis un voile entre les gloires de l'Éternité et les yeux de ceux qui, étant encore sur la terre, ne peuvent y prendre part; car les apercevoir ne ferait que nous rendre moins heureux que nous ne le sommes maintenant, où les joies que nous goûtons sont les plus grandes que nous connaissions.
S'il nous était permis d'entrevoir les joies de la vie future, notre impatience de les atteindre remplirait d'amertume notre vie sur la terre. Combien, dans ce cas, les barrières de la vie pourraient être facilement et franchement franchies! Combien de milliers d'êtres souffrants oublieraient leurs devoirs dans un moment d'impatience et se détermineraient à quitter ce monde!
Mais c'est la volonté de Dieu que nous parcourions jusqu'au bout la route qui nous est tracée sur la terre ; que nous ne mettions pas volontairement et capricieusement fin à notre carrière terrestre, mais que nous la parcourions jusqu'à la fin.
C'est pourquoi II a placé comme gardiens, aux: portes de l'Éternité, la Terreur et le Doute, le calme effrayant de la mort, et l'obscurité impénétrable
Ces gardiens repoussent la race humaine , afin •qu'elle poursuive jusqu'au b^ii^t le chemin qui lui a été tracé.
Malgré toutes les misères de la vie, malgré notre impatient désir de nous trouver réunis aux amis qui ont quitté cette terre avant nous pour aller dans ce lieu d'étemel repos, les terreurs qui encombrent les portes de TÉtemité nous repoussent, et nous continuons notre voyage sur la terre avec un esprit plus calme.
Sans ces terreurs et cette obscurité, ne serionsnous pas comme les matelots fatigués, qui, après un long voyage sur les mers orageuses, contemplent à peu de distance les rives de la patrie aimée? Ils voient le calme et la sécurité du port, où ni le vent ni la tempête ne peuvent menacer de destruction; ils peuvent déjà apercevoir les arbres verdoyants et les paisibles chaumières ; leurs cœurs volent vers leurs foyers ; leurs yeux s'emplissent de larmes de joie et de tristesse à cette vue dont ils ont été longtemps privés. Ils tremblent. Chaque minute qui s'écoule avant qu'ils aient atteint le rivage leur semble une année. Ah! déjà ils reconnaissent leurs femmes, leurs frères, leurs parents, leurs enfants, leurs fiancées bien-aimées qui les attendent. Ils voient leurs bras s'ouvrir pour les recevoir, et ils entendent de loin leurs cris impatients de joie et d'affection. Qtti ies empêche de voler de suite dans ces bras, de répandre des pleurs de joie sur ces poitrines dans lesquelles le cœur bat si tendrement pour eux ! « 0
\foyers ! ô joies ! dont nous avons été si longtemps Iprivés! » s'écrient-ils tous. Tous oublient le gouvernail du navire, les vagues de la mer, les rochers, récume qui les entoure ; ils oublient les trésors qu'ils ont recueillis ensemble pendant ce long et laborieux voyage ; — ils se jettent à la mer pour toucher plus tôt le sol de leur pays.
Telle serait la conduite des mortels, si un sombre océan ne les séparait pas, pour leur propre bien, de leur patrie céleste.
Mais ce n'est pas pour toujours, ô mon Dieu ! que Tu me sépares dés êtres chéris qui m'attendent làbas ! Je verrai un jour ces rives de la patrie de mes pères ; je les reverrai enfin , ces êtres aimés que mon cœur désire avec tant de tendresse, et je me reposerai au milieu d'eux après les dangers et les fatigues que j'aurai endurés pendant mon voyage sur la mer orageuse de la vie.
Oui, console-toi, ô mon âme ! Dieu a préparé pour toi un asile de repos ! Dieu t'a gardé une maison dont la porte te sera ouverte, où. tu retrouveras avec joie ce que tu as perdu ici-bas. Tu ne seras pas seule, tes bien-aimés t'attendent déjà. Ils te font signe avec la palme de victoire pour laquelle tu dois combattre ici-bas. Debout donc, mon àme, lutte avec fermeté ! Elève-toi avec l'aide du Saint Verbe de Jésus, dans l'Esprit Saint de Jésus, à cette per-
fection, par laquelle seulement tu peux devenir habitant de cette terre meilleure, et prendre part à cette Éternité bienheureuse ! C'est le Seigneur qui te crie : « Sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie. »