‹ Méditat́ions sur la mort et l'éternitéChapitre 39 sur 40 · C0 RELATION ENTRE LA VIE ET L*ÉTERNITÉ · texte numérisé non relu

C0 RELATION ENTRE LA VIE ET L*ÉTERNITÉ

commence, un nouveau monde, pour ainsi dire, commence î Rien n'est différent de ce qui a été ; tout est toujours éternellement le môme qu'auparavant.

Pensez-vous, lorsque la plante se flétrit et que ^a poussière en est dispersée par le vent, que les parties qui composaient autrefois cette plante aient été emportées hors de l'univers et réduites au néant absolu ? Non ; qu'elles soient réunies pour former une plante, ou qu'elles soient éparses en atomes dans un rayon de soleil, elles existent et sont indestructibles, rien ne saurait les faire disparaître de l'univers créé par Dieu. Le principe occulte de vie, qui avait transformé cette poussière en plantes verdoyantes et fleuries, continue aussi d'exister indépendamment de la poussière, et, en hiver comme en été, agit activement dans les graines et dans l'univers. Lorsque le soleil du Printemps reproduit les conditions établies par le Créateur, pour que la force vitale agisse sur les substances élémentaires qui l'environnent, cette action recommence, et de nouvelles plantes germent, poussent, se couvrent de bourgeons, de feuilles, et de fleurs. Ainsi toute chose est sans cesse la reproduction d'une chose ancienne, elle est toujours la même ; toute nouvelle qu elle puisse paraître à l'œil de l'homme.

Il n'y a rien de nouveau dans l'univers ; et rien

RELATION ENTRB LA VIE ET l'ÉTERNITÉ. 461

de ce qui est vieux n'est détruit. Ce que nous appe.- Ions nouveau, ce que nous nommons vieux ne sont que de pures distinctions établies par notre entendement, des moyens d'aider notre faible conception. En réalité, il n'y a dans la nature rien de nouveau ni rien de vieux ; car la création de Dieu est éternelle. Ce ne sont que les relations des choses entre elles qui changent, et ces changements sont ce que nous appelons temporels. Qu'une fleur se fane, meure, et se dissolve en poussière et en var peur, ou qu'un monde habité par des millions d'êtres soit détruit et réduit en poudre, c'est lamême chose. Les parties qui composaient la fleur, pas plus que celles qui composaient le monde, ne peuvent s'échapper de l'univers de Dieu. Ce sont seulement les relations qui existaient entre elles qui ont subi un changement. Nous faisons une différence entre la fleur et lé monde , parce que , relativement à nos corps, l'une nous semble très-petite et l'autre immense ; mais pour Dieu qui est infini, présent partout, il n'y a rien de petit ni rien de grand. Aussi le ver le plus infime et le mortel le plus puissant sur cette terre ont à Ses yeux une égale importance. Sa Providence et Son amour s'étendent également sur l'un et sur l'autre, qui sont également Ses créatures.

Nous devons prendre garde de nous laisser aller

462 ftELATION ENTRE LA VIE ET l'ÉTBRNITÉ.

jt croire que ce que nous pouvons voir avec notre vue bornée, mesurer avec notre mesure étroite, comprendre avec nos facultés restreintes, dan^ la sphère circonscrite de notre vie et de l'espace que nous occupons, soit exactement tel que nous le concevons. Nous faisons des distinctions là où, rigoureusement parlant, il n'en existe aucune dans la nature. Pour nous, ce qui est invisible et au delà de la sphère de notre compréhension sur terre est comme s'il n'était pas. Sur terre, rien n'existe, dont les substances élémentaires n'aient été antérieurement dans l'air, sous forme de molécules impalpables et invisibles. Le globe tout entier, que nous autres mortels habitons, a été formé de parties constituantes de l'atmosphère. C'est de l'air que l'eau se précipite ; c'est de l'air que les plantes reçoivent leurs éléments constitutifs; c'est de l'air et des plantes que les animaux reçoivent les leurs, et l'homme puise les siens à toutes ces sources à la fois* Les montagnes, les forêts, les mers, etc., sont toutes, en quelque sorte, les enfants de l'air, et peuvent de nouveau se dissoudre dans l'air, et tout ne faire qu'un.

Tout ne fait qu'un. C'est pourquoi toutes les choses sont si étroitement liées ensemble, qu'il est souvent impossible de distinguer les liens pris séparément. Dans l'univers éternel hier et aujourd'hui

BBLATION BMTRB LA VIB ET L*ÉTERNITÉ. 463

n'existent plus, — ils n'existent que pour nous, faibles mortels, qui habitons la petite planète appelée terre, dont la révolntion autour du soleil cause des alternatives passagères d'ombre et de lumière, de froid et de chaud, que nous nommons jours et saisons. Dans l'univers étemel, il n'y a ni commencement ni fin, mais seulement un mouvement constant de relation, et c'est ce que nous appelons la vie; mais les différentes relations des choses entre elles sont aussi étemelles que les choses elles-mêmes, comme tous les ouvrages de Dieu. Par conséquent, la vie peut être comparée à un réseau sans solution de continuité. Les relations particulières de certaines parties peuvent cesser, mais les substances ou les forces mêmes ne peuvent jamais cesser d'être, pas plus que les variations continuelles des relations, c'est-à-dire la vie. Ce qui est pour nous un commencement et une fin, comme la floraison et le dépérissement, le matin et le soir, — ce que nous appelons la naissance et la mort, la vieillesse et la jeunesse, n'est que le changement des relations des dioses dans l'univers, ou la vie de la création. Ce que nous nommons la mort est donc en soi la confirmation de la vie, un acte de vie, la vie même.

Le temps et l'éternité sont la même chose pour Dieu; mais ils le sont aussi pour moi. Pourquoi faire cette distinction? U n'y aqu un Étemel. Après ma

Page 1