Exode, ehap. \n, vers
se replier et se tenir à l'écart. La colline, qui s'élève comme un immense autel en face du peuple réuni, et qui se dessine sur le ciel, d'un bout à l'autre de la plaine, avec une grandeur isolée, est bien l'image de cette montagne » qui ne devait pas être touchée, » et du haut de laquelle « la voix de Dieu » pouvait être entendue au loin dans tout l'espace agrandi sur ce point par le confluent de toutes les vallées voisines. Là est vraiment, entre toutes les parties de la péninsule, un sanctuaire retiré comme à l'extrémité du monde, loin du tumulte et de la confusion des choses terrestres »
Tel était, il y a trois mille cinq cents ans, et tel est encore le lieu où Moïse reçut de Dieu et donna au peuple d'Israël cette loi des dix commandements qui retentit encore aujourd'hui dans toutes
1. Striai' ami l'a/esiiuit, in cniiiei-lio» irilh tln-ir kixttiry, par Arthur Stanley, doyen de Westminster, pag. 12-43. Londres, 486Ï.
les églises chrétiennes, comme la première base de la foi et la première règle morale des peuples chrétiens.
Les Hébreux, au moment où le Décalogue devint leur foi fondamentale, étaient dans une crise de transformation sociale, et près de passer de l'état pastoral et nomade à l'état agricole et sédentaire. Il semble qu'à une telle époque les institutions politiques d'un peuple, les bases de son gouvernement soient sa plus naturelle et plus pressante affaire. Le Décalogue y reste absolument étranger, n'y fait pas la plus lointaine, la plus indirecte allusion. C'est une loi exclusivement religieuse et morale, qui ne se préoccupe que des devoirs des hommes envers Dieu et leurs semblables, et qui admet d'ailleurs, par son silence, toutes les formes de gouvernement que peut commander ou produire l'état intérieur ou extérieur de la société. Grand et original caractère, qui ne se rencontre point dans les lois primitives des États
SOO SEPTIEME MÉDITATION.
naissants, et où se révèle avec éclat la source divine de cefle-ci : c'est à la nature et à la destinée morale de l'homme que le Décalogue s'adresse; c'est son âme et sa liberté intime qu'il veut régler; il livre sa condition extérieure et civile à toutes les chances variables des lieux et des temps.
Un autre caractère de cette loi n'est pas moins original ni moins auguste; elle place Dieu et les devoirs envers Dieu en tête de la vie et des devoirs de l'homme; elle unit intimement la religion et la morale, et les regarde comme inséparables. Que les philosophes les distinguent en les étudiant, qu'ils recherchent dans la nature humaine le principe ou les principes spéciaux de la morale considérée en elle-même et à part de la religion, c'est le droit de la science; mais ce n'est là qu'un travail scientifique, une dissection de l'âme, qui ne s'applique qu'à une partie de ses facultés et ne la prend point dans l'ensemble et la réalité de sa vie. L'être humain entier et vivant
est naturellement et à la fois moral et religieux; à la loi morale qu'il trouve en lui-même il faut un auteur et un juge; Dieu est, pour lui, la source et le garant, l'Alpha et l'Oméga de la morale. Que tel ou tel métaphysicien oublie Dieu en affirmant la loi morale, que tel ou tel homme reconnaisse et respecte la morale en restant étranger à la religion, cela se peut, cela se voit; l'esprit humain peut se contenter d'une si petite dose de vérité ! L'homme se méconnaît et se mutile si aisément lui-même! Sa pensée est si aisément incomplète, inconséquente, et obscurcie ou égarée par sa passion et sa liberté ! Mais ce ne sont là que des états exceptionnels de l'esprit, des abstractions scientifiques ; ies hommes n'y tombent point d'une façon générale et durable; dans la vie naturelle et pratique du genre humain, la morale et la religion sont nécessairement liées; et c'est l'un des divins caractères du Décalogue, comme l'une des causes de son autorité permanente après lant de siècles,
d'avoir proclamé et pris pour base leur intime
Je n'ai rien a dire ici de la législation civile et pénale de Moïse, ni de ses règlements sur le culte et l'organisation sacerdotale des Hébreux. Dans la première de ces deux parts du code mosaïque, un grand nombre de dispositions singulièrement morales, équitables et humaines se mêlent à des mœurs grossières, et dures quelquefois jusqu'à la barbarie. Le législateur est évidemment sous l'empire d'idées et de sentiments infiniment supérieurs à ceux du peuple auquel il est pourtant uni par une forte sympathie. Dans tout ce qui lient aux formes et aux pratiques extérieures du culte, les souvenirs de l'Egypte, les emprunts à ses usages et à ses cérémonies sont visibles et nombreux dans la législation mosaïque. Mais au-dessus de ces institutions et de ces traditions, souvent étrangères* et incohérentes , plane et domine constamment la notion du Dieu
d'Abraham et de Jacob, du Dieu unique el éternel, du vrai Dieu. En toute occasion les lois de Moïse le rappellent et l'inculquent au peuple hébreu. Non pas comme on rappelle un principe, une institution, un système; mais comme on met un souverain, le souverain légitime et vivant, en présence de ceux qu'il gouverne, et qui lui doivent obéissance et fidélité. Moïse ne parle jamais en son propre nom, ni au nom d'aucun pouvoir humain , d'aucune portion du peuple hébreu; c'est Dieu seul qui parle et ordonne; Moïse reporte au peuple ses paroles et ses ordres. A sa première ascension sur la montagne de Sinaï, quand ii eut reçu les premières inspirations de l'Éternel, « Moïse vint et appela les anciens du peuple, et proposa devant eux toutes les choses que l'Éternel lui avait commandées. — Alors tout le peuple, d'un commun accord, répondit et dit : « Nous ferons tout ce que l'Éternel adit 1 . » Quand i. Exode, cliup. xix, vers. 7-8. {Z)
toi SEPTIÈME MÉDITATION.
Moïse, remontant sur le mont Sinal, eut reçu de Dieu le Décalogue, il revint; « il prit !e livre de l'Alliance, et il le lut, le peuple l'écoutant qui dit : •< Nous ferons tout ce que l'Éternel a dit, et nous obéirons *. » A mesure que les événements se développent, le peuple hébreu est fort loin d'obéir toujours; il oublie, il viole souvent ces lois de Dieu qu'il a acceptées, et Dieu tour à tour le punit ou lui pardonne; mais c'est toujours Dieu seul qui agit; c'est de lui seul que tout émane; ni les prêtres qui président aux cérémonies de son culte, ni les anciens d'Israël qu'il appelle à se prosterner de loin devant lui, ni Moïse lui-même, son seul et constant interprète, ne font rien par eux-mêmes, ne réclament rien pour eux-mêmes. Le Pentateuque est l'histoire et le tableau du gouvernement personnel de Dieu sur le peuple d'Israël.
« Notre législateur, dit l'historien juif Josèphe, n'a pensé ni aux monarchies, ni aux oligarchies, i. Exode, chap. xkiv, vers. 1. (AA)
ni aux démocraties, ni h. aucune de ces formes politiques ; il a prescrit que notre gouvernement serait ( s'il est permis de se servir de cette expression un peu excessive) ce qu'on peut appeler une théocratie *. » Les écrivains éminents qui, dans ces derniers temps, ont le plus profondément étudié le régime mosaïque, M, Ewald en Allemagne 2 , M. Milman et M. Arthur Stanley en Angleterre, M. Nicolas en France, ont adopté l'expression de Josèphe en lui donnant son vrai et complet sens : u Le terme de théocratie, dit M. Stanley, a été souvent employé depuis le temps de Moïse, mais dans le sens d'un gouvernement sacerdotal, ce qui est exactement le sens contraire à. celui dans lequel le prenait son premier auteur. La théocratie de Moïse n'était point un gouvernement par des prêtres comme opposés à des rois;