‹ Méditations sur la religion chrétienne (volume 3)Chapitre 29 sur 40 · JÉSUS-CHRIST ET 9ËS MIRACLES · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST ET 9ËS MIRACLES

J'ai dit que j'étais de ceux qui admettent le surnaturel, et par quels motifs. Je pourrais m'en tenir là et n'entrer dans aucune réflexion spéciale sur les miracles évangéliques. Quand on reconnaît en principe la possibilité des miracles, on n'a plus qu'à examiner la valeur des témoignages qui les attestent , et ce sera dans la seconde série de ces méditations qu'en traitant de l'authenticité des livres saints, je m'occuperai de cet examen. Mais je ne veux éluder, sur le fond même de cette '

question, aucune des difficultés qu'elle présente, car là est le point d'attaque des adversaires dû la foi chrétienne. L'image de Jésus-Christ selon l'Évangile serait d'ailleurs étrangement infidèle si ses miracles n'y prenaient place a. coté de ses préceptes.

,lc rappelle que je crois en Dieu, en Dieu créateur et souverain maître de l'univers qu'il règle et gouverne par cette action libre et continue de sa providence et de sa puissance qu'on appelle les lois de la nature. A ceux qui regardent la nature comme subsistant de toute éternité, par. elle-même, et gouvernée par des lois immuables et fatales, je n'ai rien à dire de Jésus- Christ et de ses miracles; la question qui s'agite entre eux et moi est plus grande encore que celle des miracles; c'est la question même du panthéisme ou du christianisme, du fatalisme ou de la liberté, divine et humaine. J'en ai déjà dit ma pensée générale et ses motifs; j'y entrerai plus

m HUITIÈME MÉDITATION.

avant dans la troisième série de ces Méditations, quand je parlerai des divers systèmes qui sont aujourd'hui aux prises avec la religion chrétienne. En ce moment, c'est aux déistes seuls et aux esprits incertains que je m'adresse.

Un fait est incontestable, la parfaite sincérité des apôtres et des premiers chrétiens dans leur foi aux miracles de Jésus - Christ. Sincérité d'autant plus frappante qu'elle s'allie à toutes les hésitations de l'esprit, à toutes les faiblesses de la conduite, et qu'elle n'en triomphe que lentement, tardivement, quand Jésus-Christ a quitté ses disciples et les a laissés chargés seuls de son œuvre. Pendant qu'il était avec eux, saint Pierre a failli, saint Thomas a douté ; après plusieurs miracles de Jésus, ses apôtres s'étonnent, l'interrogent, doutent encore de lui et de son pouvoir. A plusieurs reprises, Jésus les appelle « gens de peu de foi; » et, au moment où il est arrêté, ils l'abandonnent, iis s'enfuient. Nul enti'iiUiL'inent passionné, nulle

bravade dans leur confiance et leur dévouement ; même avec eux , Jésus est en présence de toutes les incertitudes, de toutes les pusillanimités humaines; il ne les persuade, il ne les conquiert, il ne les conserve qu'à grand'peine et à force, pour ainsi dire, de puissance comme de vertu divine. Ils ne croient vraiment en lui qu'après l'accomplissement de son sacrifice et de son dernier miracle, quand ils l'ont vu crucifié et ressuscité. Alors seulement, mais dès lors leur foi devient entière, supérieure à tous les périls, à toutes les épreuves : pleins du Saint-Esprit et associés, dans une certaine mesure, à la puissance de leur divin maître, ils poursuivent son œuvre avec une confiance et une fermeté inébranlables, sans y prétendre aucun mérite, sans aucun mouvement d'orgueil personnel. Devant « la belle porte » du temple de Jérusalem , saint Pierre a guéri et fait marcher un impotent; « et comme l'impotent qui avait été guéri tenait par la main Pierre et Jean,

Ï90 HUITIÈME Mf.TllTATION.

tout le peuple étonné courut ii eux, au portique qu'on appelle de Salomon. Mais Pierre voyant cela, dit au peuple ; Hommes israélites, pourquoi vous étonnez-vous de ceci? Ou pourquoi avez-vous les yeux arrêtés sur nous, comme si c'était par noire propre puissance ou par notre piété que nous eussions fait marcher cet homme?... Vous avez fait mourir le prince de la vie, que Dieu a ressuscité des morts; de quoi nous sommes témoins.

C'est par la foi en son nom que son nom a raffermi cet homme que vous voyez et que vous connaissez; et c'est la foi que nous avons en lui qui a opéré dans cet homme cette parfaite guérison, en présence de vous tous 1 . » l.e peuple n'était pas seul à s'étonner; les sénateurs, les scribes, le souverain sacrificateur et tous ceux qui étaient de la race sacerdotale s'assemblèrent, firent comparaître Pierre et Jean, et après une délibération

i. Actes des Apôtres, cliap. m, vers. 1-16.

pleine de trouble, « ils leur défendirent absolument de parler, ni d'enseigner, en aucune manière, au nom de Jésus. Mais Pierre et Jean leur répondirent -. Jugez vous-mêmes s'il est juste, devant Dieu, de vous obéir plutôt qu'a Dieu; car, pour nous, nous ne pouvons pas ne point parler des choses que nous avons vues et que nous avons entendues 1 . »

Quelle sincérité et quelle fermeté plus éclatantes que celles de la foi de saint Paul? Il en était bien plus éloigné que les autres apôtres; il avait fait bien plus que faillir comme saint Pierre ou douter comme saint Thomas; il avait ardemment persécuté les premiers chrétiens. Atteint et conquis à son tour, sur la route de Damas, par la voix de Jésus, il lui voue son âme et sa vie; il raconte lui-même sa miraculeuse conversion 2 , et

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